La Bible en ses Traditions

Genèse 49,18–28

M Sam G V S

18 Après ton salut j'ai espéré, YHWH

GJ'attends le salut, Seigneur

VJ'attendrai ton sauveur, Seigneur

SAprès ton salut j'ai espéré, Seigneur

M Sam G
V
S

19 Gad des razzieurs le razzieront

Gpillera et lui razziera leur talon.

Gles pillera aussitôt à revers.

19 Gad armé, combattra devant lui et lui-même sera armé en retour.

19 Gad sortira contre une bande de pilleurs et lui, [les] atteint au talon.

M Sam G S
V

20 M SamD'Asher : son pain riche

Griche son pain

Sbon son pays et lui, donnera des délices de roi.

Gdu bien-être aux rois

Sde la nourriture aux rois 

20 Aser, riche son pain et il présentera des délices aux rois.

M Sam V
G
S

21 Nephtali

VNephthali une biche envoyée

Vun cerf envoyé et donnant des paroles de beauté.

21 Nephtali un stolon qui a resurgi, donnant de la beauté par son fruit. 

21 Nephtali messager rapide, donnant une belle parole.

M Sam
G V
S

22 Fils « fécondité », Joseph, fils « fécondité » près d'une source

des filles ont marché près d'un mur.

Sammon fils, mon petit, sur un mur.

22  Un fils qui s'est accru, Joseph, un fils qui s'est accru, envié,

Vfils s'accroissant, Joseph, un fils s'accroissant et beau à voir

mon fils, le plus jeune, reviens vers moi.

Vdes filles ont couru ça et là sur un mur.

22 Le fils de l'accroissement, Joseph, le fils de l'accroissement,

monte, source, construction appuyée, qui monte sur un mur.

M Sam G
V
S

23 Et ils le rendirent amer et lui lancèrent des flèches

GDélibérant contre lui ils insultaient et lui gardèrent

Ggardaient rancune les maîtres des flèches.

23 Mais ils l'ont exaspéré et ils l'ont querellé et jalousé ceux qui avaient des traits.

23 Et ils le contestèrent et ils augmentèrent et ils l'envièrent les chefs de bandes.

24 Mais son arc resta ferme et les bras de ses mains étaient agiles

GEt leurs arcs furent brisés et les nerfs des bras de leurs mains rendus sans vigueur par les mains du Puissant de Jacob

d'où, celui qui fait paître, [lui], pierre d’Israël.

Gfortifie Israël,

24  Son arc est établi dans le Très-Fort et les chaînes de ses bras et de ses mains ont été rompues par la main du Puissant de Jacob

de là le berger est sorti [lui], la pierre d'Israël.

24 Mais son arc est retourné au pouvoir et les bras de leurs mains ont été dispersés par les mains du Puissant de Jacob,

et par le nom du Pasteur, de la pierre d'Israël.

M Sam S
G
V

25 Par

SØ le Dieu de ton père et qu'il t'aide

St'aidera  et lui, Shaddaï et qu'il te bénisse

Sam SEl Shaddaï te bénira 

bénédictions

Sbénédiction des cieux d'au-dessus

bénédictions

Sbénédiction de l’abîme qui s'étend au-dessous 

bénédictions

Sbénédiction des seins et des entrailles.

25 de la part du Dieu de ton père et il a couru à ton secours mon Dieu et il t'a béni

de la bénédiction du ciel d'au-dessus

et de la bénédiction de la terre qui contient tout

à cause de la bénédiction des seins et des entrailles,

25 Le Dieu de ton père sera ton aide et le Tout-Puissant te bénira

des bénédictions du ciel d'au-dessus

des bénédictions de l’abysse qui s'étend au-dessous

des bénédictions des seins et des entraillles. 

26 Les bénédictions de ton père Samet de ta mère furent puissantes plus que les bénédictions de ceux qui m'ont conçu

jusqu'à la limite

Sjusqu'au désir des collines éternelles 

qu’elles soient sur la tête de Joseph et sur le sommet de la tête du consacré

S la tête [qui est] la couronne de ses frères.

26 de la bénédiction de ton père et de ta mère

elle l'a emporté sur les bénédictions des montagnes stables et des bénédictions des sables qui s'écoulent 

elles seront sur la tête de Joseph et sur le sommet de sa tête [lui] qui a donné l'exemple à [ses] frères.

26 Les bénédictions de ton père ont été renforcées comparé aux bénédictions de ses pères

jusqu’à ce que soit advenu le désir des collines éternelles

qu'elles s'accomplissent sur la tête de Joseph et sur le sommet de la tête du nazaréen parmi ses frères. 

M Sam G V S

27 Benjamin, un loup il déchirera

G V Srapace le matin il dévorera une proie

Samsa proie

GØ

Sla proie le soir il partagera le butin.

Gdistribuera la nourriture

Vpartagera les dépouilles

Spartagera ce qui a été pillé.

M Sam G S
V

28 Tous ceux-là sont les tribus d’Israël

G fils de Jacob douze [en tout]

et voilà ce dont leur a parlé SJacob leur père

et il les a bénis chacun selon sa bénédiction il les a bénis.

28 Tous ceux-là, il s'agit des tribus d’Israël douze [en tout]

leur père leur a parlé en ces termes

et il a béni chacun selon sa propre bénédiction.

Propositions de lecture

37,2–50,26

Le cycle de Joseph

Ici commence l'histoire de Joseph, d'un caractère nettement distinct du cycle de Jacob. Alors que ce dernier se termine au ch.35 avec l'achèvement de l'ensemble des institutions nécesssaires à la vie des tribus établies en →Terre promise, l'histoire de Joseph annonce l'Exode et le thème du Retour.

La Providence rédemptrice

Au contraire des précédentes, cette histoire se déroule sans intervention visible de Dieu, sans révélation nouvelle, mais elle est tout entière un enseignement, exprimé en clair à la fin (Gn 50,20 et déjà Gn 45,5-8) :

  • La Providence se joue des calculs des hommes et sait faire tourner au bien leur mauvais vouloir. Non seulement Joseph est sauvé, mais le crime de ses frères devient l'instrument du dessein de Dieu : la venue des fils de Jacob en Égypte prépare la naissance du peuple élu.
  • C'est toujours la même perspective de salut (« sauver la vie à un peuple nombreux », Gn 50,20) qui traverse tout l'AT pour déboucher en s'élargissant dans le NT. C'est une esquisse de la →Rédemption, comme plus tard l'Exode. ­

Indices de la datation de la rédaction

De nombreux traits du récit témoignent d'une certaine connaissance des choses et des usages de l'ancienne Égypte, tels que les documents égyptiens nous les révèlent. Cependant,

  • les parallèles que l'on peut dater se rapportent à l'époque où ces traditions furent rédigées,
  • et non à celle de la descente de la famille de Jacob en Égypte, qu'on pourrait approximativement situer vers le 17e s. av. J.-C.

1–33 Jacob fut le père des douze tribus d'Israël Quel est le rapport entre Jacob, Israël et le Judaisme ?

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En 2012, lors de leur concert à Paris-Bercy, Kanye West et Jay-Z jouent douze fois leur titre Ni**as in Paris. Oui vous avez bien lu : 12 fois ! Alors pourquoi une telle répétition ? Parce que le public le réclamait bien sûr…

Jay-Z & Kanye West, Ni**as In Paris, performance à Paris-Bercy, 2012 © Licence YouTube standard

Mais aussi parce que les deux rappeurs sont fascinés par les symboles bibliques : et quoi de plus symbolique, dans les Écritures, que le nombre 12 ?

Douze fils et douze tribus d'Israël

Jacob est le patriarche à qui Dieu donne son nom d'« Israël » au moment de son fameux combat avec l'Ange, en Gn 32. Ici, nous nous intéressons aux douze fils de Jacob, de qui naquirent les douze tribus d’Israël.

Anonyme (cercle de Bartolomé Estéban Murillo), Jacob et Rachel au puits, (huile sur toile, 17e s.), 930 x 1492 cm

Dulwich Picture Gallery, Londres © Wikicommons→, Ct 2

Dès le livre de la Genèse, ce nombre 12 détermine la répartition légendaire du territoire d’Israël entre les 12 fils qui formeront autant de tribus.

Partage du pays de Canaan entre les 12 tribus d'Israël, (numérique, 2022), Jérusalem,

M.R. Fournier © BEST AISBL, Jos 13-21 

Le livre de la Genèse détermine la répartition légendaire des 12 tribus telle qu'elle est décrite par le  Jos1,1-24,34. Or, la ville de Bethléem se trouvait dans le territoire de la tribu de Judah. Et ce n'est pas un détail !

Le fils et la tribu le plus célèbre : Juda

Dans le texte de Gn 49, Jacob prononce 12 bénédictions. Nous n’avons retenu qu’un seul des 12 bénédictions que prononce Jacob, celle pour son fils Juda (Gn49,8-12). Pourquoi ? Parce que sa postérité historique est incroyable. Deux exemples :

  • Son nom « Juda » se transmet à chaque membre de sa tribu qu'on appelle « Judéen », en grec Ἰουδαίος (Ioudaios) qui a donné le terme français juif ou anglais Jewish. Ce terme qui désigne les membres du judaïsme trouve donc son ancrage scripturaire dans ce nom du fils de Jacob-Israël. Un Juif est donc au sens biblique du terme « fils d’Israël ».
  • Le territoire de la tribu de Juda comprend une sacrée petite ville : Bethléem. À Bethléem naquirent deux personnages centraux des Écritures : le roi David et Jésus. Or, le roi David et Jésus-Christ sont en ligne directe héritiers de la tribu de Juda et de leur père Israël. On rappelle qu'Israël est fils d’Isaac et petit-fils d’ Abraham (l’arbre généalogique commence à bien prendre forme !).

à la famille !

Qu'est-ce que le Judaïsme ?

Le judaïsme et Israël ont donc un lien indissociable dans l'Écriture. Et c'est l'Israélien et le religieux dominicain que fut Marcel Dubois qui offre la conclusion :

  • « Israël, est-ce la communauté, la loi, la liturgie, la langue, la terre, le pays actuel ? Ces réalités sont diversement liées les unes aux autres : Israël, pour moi, c’est un dialogue avec Dieu à travers ce langage culturel complexe. Je crois que si on est conscient de l'origine biblique d'Israël, la formule de saint Augustin Memoria sui memoria Dei (« Se souvenir de soi-même c’est se souvenir de Dieu ») devient plus exigeante pour un Juif que pour tout autre. Si je fais mémoire de ce que je suis comme juif, j'appartiens au vouloir de Dieu, par conséquent cette mémoire me conduit à Dieu. » (O.-T. Venard, M.-J, Dubois et A. Laurent, Nostalgies d’Israël, entretiens avec le P. M.-J. Dubois, « L’Histoire à vif », Cerf, Paris, 2006, p.153).

Réception

Liturgie

1–33 ; 50,15–26 Liturgie catholique latine

Littérature

25 abysse (V) FRANÇAIS BIBLIQUE Terme propre « Abysse » est un terme océanographique bien attesté en français→. Il rend l’hébreu tᵉhôm (S thwm’ ) en calquant littéralement le grec et le latin : G abussos, V  abyssus.

Nous le maintenons nonobstant l'évolution de la langue qui permettrait de dire « abîme » (contraction de « -isme »), d'autant plus que sa connotation inquiétante fut réactivée à la fin du siècle passé dans le titre d'un film mémorable pour ses effets spéciaux innovants :

  • James Cameron, Abyss (avec  Ed Harris, Mary E. Mastrantonio, etc., mus. : Alan Silvestri, effets spéciaux : Pacific Western, Steve Johnson's XFX Inc.), États-Unis d’Amérique : 20th Century Fox, 1989, 139 mn. 

Quant à son référent précis, voir : Milieux de vie Ap 20,1ss.

Drapeau de la francophonie→ © Domaine public

Musique

37,2–50,26 Jacob préférait Joseph Joseph et ses frères - Oratorio Le cycle de Joseph occupe les quatorze derniers chapitres de la Genèse. Vendu par ses frères, esclave puis prisonnier en Égypte, il devient le second du royaume ; la famine conduit ses frères devant lui, qui ne le reconnaissent pas. Il les éprouve, les retient, les renvoie, puis se fait reconnaître. Le récit se conclut sur une parole adressée aux frères : « Vous aviez voulu me faire du mal, Dieu l’a changé en bien » (Gn 50,20).

Joseph pleure huit fois dans ce récit, souvent en cachette. Hændel puis Méhul ont écrit sur cette histoire deux œuvres qui s’attachent moins aux événements qu’aux sentiments éprouvés par les personnages.

19e s.

L’opéra-comique de Méhul, sur un livret d’Alexandre Duval, est créé à Paris en février 1807. C’est l’œuvre la plus célèbre du compositeur, longtemps jouée en France et en Allemagne.

Méhul choisit la sobriété. 

Aucune intrigue amoureuse, aucune épouse égyptienne : le seul rôle aigu est celui de Benjamin, chanté par une soprano. Le drame se resserre sur le père, les fils et le frère perdu.

Joseph, devenu ministre de Pharaon sous un nom égyptien, y chante le souvenir de la vallée d’Hébron et de la maison paternelle. Sa romance « À peine au sortir de l’enfance » raconte sa propre histoire à ceux qui ne le reconnaissent pas.

Siméon porte le poids de la faute. C’est lui que le remords ronge, jusqu’à l’aveu devant son père.

Étienne Nicolas Méhul (1763-1817), La légende de Joseph en Égypte, 1807

Claude Bardon (dir.), Ensemble Choral Intermezzo, Orchestre régional de Picardie: Le Sinfonietta

© Licence YouTube Standard→

18e s.

L’oratorio est achevé à l’été 1743 et créé à Covent Garden le 2 mars 1744, après Messiah, Samson et Semele. Le livret est de James Miller, pasteur et auteur de comédies, mort quelques semaines après la création ; il adapte en partie un drame d’Apostolo Zeno (1722).

L’œuvre ne commence pas au puits de Gn 37. Au lever du rideau, Joseph est en prison, « dans une attitude mélancolique » ; l’acte I le conduit de l’interprétation des songes de Pharaon à son mariage avec Asenath (Gn 41,45). La trahison des frères n’est jamais montrée : elle n’existe que dans les remords.

Ces remords ont un visage, celui de Siméon, rôle créé par le ténor favori de Haendel, John Beard. Dans la Genèse, Joseph le garde en otage (Gn 42,24) ; Siméon est aussi l’un des deux frères qui avaient pris l’épée à Sichem. L’acte II s’ouvre sur lui en prison, en miroir de Joseph à l’acte I, et Haendel en fait le personnage le plus tourmenté de l’œuvre. C’est la parole des frères en Gn 42,21 : « Vraiment, nous sommes coupables envers notre frère. »

Benjamin est confié à une voix d’enfant, créée par le jeune Samuel Champness. Ses airs, délicats, sont entrecoupés de nombreux silences. Dans la scène centrale, il chante sa pitié pour son père tandis que Joseph, sans se faire connaître, exprime son angoisse en apartés : un duo dont les deux voix ne se répondent pas. Ce sont les larmes de Gn 43,30, quand Joseph, bouleversé à la vue de son frère, sort en hâte pour pleurer à l’écart.

Quand les frères refusent de repartir sans Benjamin, Joseph se fait reconnaître, et l’oratorio s’achève dans la réconciliation.

Georg Friederich Händel (1685-1759), Joseph and his brethren HWV 59, 1744

Nicholas McGegan (dir.), Philharmonia Baroque Orchestra & Chorale

© Licence YouTube Standard→, Gn 37,2-50,26