Un projet du Programme de Recherches La Bible en ses traditions AISBL
Dirigé par l’École Biblique et Archéologique Française de Jérusalem
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1–30 Présentation générale
Paul propose aux Philippiens un itinéraire fondé sur l’exemple du Christ.
8b mais L’adverbe est mis pour de, qui renforce le mot précédent.
8b mais la mort de la croix Soulignement
Ce bref développement souligne le caractère extrême de l’obéissance du Christ par la manière dont il meurt : sur la croix, supplice le plus abject dans la mentalité d’alors (Milieux de vie Textes anciens).
6–11 Éloge (encomium) ou hymne ?
8b la croix Pire supplice de l’Antiquité La crucifixion était un mode d'exécution très répandu dans l'Antiquité pour des peines politiques ou militaires : elle assouvissait les instincts de vengeance des puissants et constituait une force de disuasion sans égale. Considérée comme le supplice le plus cruel, elle était en outre précédée de la flagellation. Plutôt destinée aux esclaves, aux criminels et aux ennemis militaires, elle ne devait normalement pas être appliquée aux citoyens romains, sauf en cas de rébellion contre Rome (→ B.J. 2,75.241.253.306 ; 3,321 ; 5,449 ; →A.J. 20,102). Textes anciens Ph 2,8b ; →La crucifixion et les Juifs au 1ers.
6–11 Des connotations subversives dans le contexte ancien ?
Un mythe ancien de rébellion cosmique, dont il reste des vestiges dans les textes d'Ougarit, est p.ê. à l'origine de plusieurs textes bibliques (Intertextualité biblique Ph 2,6–11 Inversion) auxquels ce passage fait allusion : un souverain a le projet de s'élever par-delà les étoiles du ciel pour devenir comme un dieu, mais il se retrouve précipité plus bas que terre.
Plutarque décrit l'entreprise de domination d'Alexandre le Grand en une longue période structurée en ouk... alla, et usant du symbolisme de l'habit (à propos de sa coutume de s'habiller en Asiate pour gagner la sympathie des peuples conquis) :
8b la croix Supplice ultime Ce supplice, considéré comme étant réservé aux esclaves, est indigne des citoyens romains, d’où la cruauté de Scipion l’Ancien :
Quoique très répandue, la crucifixion était d'une horreur telle qu'elle est très rarement mentionnée dans la littérature gréco-romaine : le plus souvent pour fustiger des atrocités barbares ou dans le contexte de récits sur des personnages de basse extraction.
La crucifixion est quasi absente des récits mythologiques et n'a guère d'application métaphorique dans le discours moral. Sénèque fait exception, lui qui l'évoque en termes réalistes pour mieux frapper l'imagination des correspondants qu'il cherche à persuader dans ses enseignements moraux :
La crucifixion fut abolie par Constantin dans les dernières années de son règne, sous l’influence du christianisme.
6–11 Récapitulation poétique et narrative des Écritures ? Cet « hymne » condense des schémas prégnants de l'Ancien Testament dans une poétique de l’exemplum du Christ adressée aux disciples.
Textes anciens Ph 2,6–11 Inversion ; Tradition chrétienne Ph 2,6b
Une lecture de cet éloge du Christ à la lumière de He 5,8 (« tout Fils qu'il était, il apprit, de ce qu'il souffrit, l'obéissance » ; cf. Références en marge passim) souligne, non la condition filiale en elle-même, mais la manière dont le Fils est en relation avec le Père.
La kénose, dans le contexte d’abaissement de Ph 2,7 et He 5,8, renvoie à la signification intrinsèque de la mort du Christ et à ses implications comme paradigme éthique.
1–13 Usage dans les lectionnaires chrétiens La section la plus christologique de Ph apparaît, selon des divisions diverses, dans toutes les grandes liturgies chrétiennes.
(→, 44).
= Paul fonde son exhortation à l'humilité sur l'exemple du Christ, Fils de Dieu.
= appel à se convertir au quotidien.
= À l'orée de la semaine sainte, invitation à communier aux sentiments du Christ en sa Passion.
= Paul demande que l'on recherche l'unité en ayant les mêmes dispositions, le même amour, les mêmes sentiments...
5–11 PARALITURGIE Adaptation au chemin de croix Dans la volonté contemporaine de refonder les dévotions populaires dans leurs substrats bibliques, ces v. sont parfois proposés durant le chemin de croix, comme pour donner le sens le plus profond de la passion de Jésus, où le dépouillement des vêtements dit quelque chose de la kénose transcendante de Dieu même.
Jerzy (1941-2004), 10 — Jésus est dépouillé de ses vêtements, (huile sur toile, 2000-2001), 185 x 117 cm
Chemin de croix ex voto de l'artiste, narthex, galerie haute du sanctuaire de l'icône miraculeuse, Sanctuaire de Czestochowa, Jasna Gora (Pologne)
© D.R. Jerzy Duda-Gracz Estate→ ; photo : J.-M. N. , Ph 2,5-11 ; Mt 27,35-36 ; Mc 15,24 ; Lc 23,34 ; Jn 19,23-24
Une station absolument remarquable, qui remet dans un sens véritable l’adoration du Saint Sacrement : Jésus est dépouillé de ses vêtements, totalement. Le corps du Christ est associé au dépouillement total, de toute vie. Le Christ, lorsqu’il a été crucifié, était totalement nu. C’est la pudeur qui l’a fait représenter à travers les âges, avec ce qu’on appelle le perizonium, le pagne. Mais tous ceux qui étaient crucifiés étaient totalement nus. Il n’était pas question de pudeur. Cette nudité veut dire qu’il porte toutes les nudités des hommes, il porte toute la réalité de notre humanité. S’il est corps, il est corps dénudé, c’est-à-dire il est corps enfanté, il est corps de Dieu : un corps qui se présente à nous. Et le rapport entre l’hostie, le corps blanc, de cet ostensoir doré, ce qui est vénéré à travers le Corps du Christ, c’est sa Passion et le don de sa vie. De ce corps qui fut bafoué, au coeur de cette Fête-Dieu représentée sous le dais, l’artiste a associé à la fois la Passion et le Corps glorieux. Le Corps de Lumière, ce rayonnement qui préfigure déjà la résurrection, le soleil du petit matin du corps nu enseveli dans le tombeau. C’est le corps dénudé où s’accomplit l’enfantement de toute l’humanité ; c’est le corps dénudé du Christ. Comme le disait le cardinal Wojtyla devant le pape Paul VI lors de la retraite de 1976, « le Corps du Christ révèle la souffrance, il nous met face à nos douleurs et à nos souffrances pour participer pleinement et totalement à sa résurrection ». Effectivement, Jésus passe dans les processions de la Pologne, au milieu de ces bannières, pour qu’on n’oublie pas Celui qui a donné sa vie. (J.-M. N.)
6–11 Métamorphoses liturgiques de l'« hymne »
= Le titre exact de la fête est celui d'Exaltation de la sainte Croix. C'est pourquoi on lit l'évangile où Jésus annonce qu'« il faut que le Fils de l'homme soit élevé » (Jn 3,14), comparant la croix au poteau sur lequel Moïse éleva le serpent de bronze (Nb 21,4-9), tandis que Paul rappelle que le Christ s'étant abaissé jusqu'à la mort sur une croix, « Dieu l'a élevé plus haut que tout. »
Les liturgistes qui modifièrent et enrichirent le bréviaire à la suite du second concile du Vatican y ont enrichi systématiquement de nouveaux « cantiques de l’Ancien Testament » et « cantiques du Nouveau Testament » les grandes heures :
L’office romain classe les textes par intensité croissante de révélation christique :
La liturgie romaine, selon le rite ordinaire, le fait chanter aux premières vêpres du dimanche (chaque samedi soir) : il condense tout le mystère pascal dont chaque dimanche est la réactualisation.
8ss Versets de l’annonce pascale par excellence Mémorial et kérygme, chez Paul, l'humiliation et l'exaltation du Christ constituent un Leitmotiv des célébrations pascales, particulièrement les vendredi et samedi saints.
Christus factus est pro nobis obediens usque ad mortem, mortem autem crucis. Propter quod et Deus exaltavit illum et dedit illi nomen quod est super omne nomen.
Dans le bréviaire du rite tridentin le jeudi saint, le vendredi saint et le samedi saint, elle est dite à la fin de chaque heure.
Un usage analogue perdure dans le bréviaire latin d’après Vatican II :
Avec la seconde partie du répons graduel Propter quod et Deus…, le samedi saint, la pensée latente au cours de tout l’office se concrétise et achève la liturgie douloureuse de la semaine sainte : la résurrection est virtuellement commencée, le deuil de l’Église achevé, les cœurs rassérénés.
8s Christus factus est
Ténèbres de Gethsémani - Laudes: Répons "Christus factus est", (CD, 2005)
Dom Jean Claire, Choeurs Des Moines de L'Abbaye De Solesmes
Le Graduel Christus factus est (5e mode) constitue le leitmotiv de la Semaine Sainte, dont il termine chaque jour l’Office des Ténèbres, et même, sans chant, chacune des Heures. Simple adaptation, sans doute, à un type mélodique antérieur, mais merveilleusement réussie, tant elle souligne l’opposition entre l’humiliation de la croix (1re partie), et l’exaltation triomphale dont la croix fut la condition et la rançon (verset).
8.10s Qu'au nom du Seigneur
, Introït - In nomine Domini
Chœur des moines de l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux
, Introït - In nomine Jesu
Chœur des moines de l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux
Introït chanté pour la fête de Saint Ignace de Loyola le 31 juillet et pour la fête du Saint Nom de Jésus.
8b la mort de la croix
Hypatios d’Éphèse, lettre pastorale organisant un service de sépulture gratuit (années 530), inscrite dans l’atrium de la cathédrale Sainte-Marie : « Jésus-Christ, notre Dieu, après s’être totalement dépouillé pour nous, volontairement et sans changement, s’est humilié lui-même, comme le dit le divin Apôtre, jusqu’à la mort, à la mort de la croix. Et après sa crucifixion vivifiante et sa mort, ainsi que l’indique la tradition des évangiles, à cause de son indicible amour des hommes, il est jeté nu et sans sépulture, reçoit les soins de Joseph [d’Arimathie], et est placé dans le tombeau de ce dernier : c’est jusque-là qu’il s’identifia en tous points aux humbles que nous sommes, à l’exception du péché (He 4,15). Si donc quelqu’un rend ce saint service et honneur [des funérailles] à nos frères qui nous ont précédés dans le repos, qu’il sache qu’il le rend au Seigneur » (→SEG 32,1133 cité sur →, 73).
6–11 La prière ‘Aléynû : précédent de cet éloge du Christ ou réaction à lui ? L'ouverture eschatologique, la thématique, la triade cieux-terre-sous la terre, communes à la seconde partie de la très célèbre prière ‘Aléynû et à Ph 2,9-11, pourraient signaler une relation intertextuelle entre Ph et cette antique prière.
Aléynû est une prière très ancienne qui célèbre le Créateur pour le privilège donné à Israël, entre toutes les nations, de pouvoir le servir, et confesse en écho à Is 45,23 l'espérance de voir un jour toutes les nations reconnaître sa royauté et glorifier son Nom. Elle se récite : à la fin de chacun des trois services synagogaux quotidiens ; après la bénédiction de la nouvelle lune ; après la célébration d'une circoncision ; à la fin de tout office public quel qu'il soit.
(Abba Arikha, † 247 ?), ‘Aleynû עלינו, Période dite « du Second Temple » (?)
chant : Hazzan Brian Shamash, Jewish Learning and Prayer→, 2014 ; images : TEFILLAH TRAINER™ SOFTWARE. www.kinnor.com
© Licence Youtube Standard, Is 45,23
Cette prière se retrouve à la première personne du singulier dans la littérature mystique dite des « Palais célestes » (cf. Hékalôt).
Les autorités chrétiennes virent une possible allusion polémique au Christ au coeur de la prière (« ils s'inclinent devant souffle et vanité, et prient un dieu qui ne sauve pas » ; cf. Is 30,7 ; 45,20).
En conséquence, on a proposé que les rabbins aient inséré la prière ‘Aléynû dans le rituel de Rosh Hashana pour souligner l'exclusivité de Dieu créateur et sauveur contre l'usage christologique que Paul en aurait fait dans ce passage.
La suite de l’histoire de cette prière est intéressante, qui l'oriente dans un sens spirituel et universel :
C'est ce type de lecture qui prévaut dans les traductions et interprétations en usage dans les synagogues libérales et réformées et « conservative » aujourd’hui. Leurs livres de prière omettent « qui se prosternent vers la vanité et le vide, et qui prient un dieu qui ne sauve pas ». Même certains livres de prière orthodoxes placent ce v. entre parenthèses (→Artscroll Siddur, 158-160).
6ss L'énigme de l'humilité dans le Dieu biblique
1–11 Interprétation morale
La vertu exemplaire de ces v. encourageant à la communion (Tradition chrétienne Ph 2,1c) dans l'humilité (Tradition chrétienne Ph 2,3c) est reprise par les Pères et les commentateurs anciens :
Les écrivains antiques n'ont pas opposé la lecture éthique et la lecture dogmatique (christologique) de cette péricope : c'est dans la méditation sur l'identité divine du Christ (Tradition chrétienne Ph 2,6a) qu'ils enracinent leurs exhortations :
Les réformés insistèrent aussi sur l'efficacité particulière de l'exemple du Christ :
5–11 Un exemple à imiter
7s CHRISTOLOGIE Nature humaine du Christ Ces v. appuient fréquemment la profession de foi en l’incarnation :
Une lettre de Léon le Grand, dite « Tome à Flavien », joua un rôle clé dans l’élaboration du dogme christologique :
La « condition » d’esclave implique pour le Christ l’apprentissage d’une connaissance humaine de manière expérimentale.
8 la mort de la croix CHRISTOLOGIE Convenait-il que le Christ souffre sur la croix ?
La responsio développe sept raisons de convenance : (1) donner un exemple de vertu, en nous montrant que la mort n'est pas à craindre pour qui mène une vie droite ; (2) nous racheter du péché originel — Adam a péché en mangeant du fruit de l'arbre, le Christ nous rachète en étant attaché au bois de la croix ; (3) sanctifier l'air - selon Jean Chrysostome - après avoir sanctifié la terre en y marchant durant sa vie terrestre ; (4) préparer notre ascension au ciel - toujours selon Jean Chrysostome ; racheter l'ensemble des hommes (Grégoire de Nysse) les quatre branches pouvant signifier les points cardinaux, et les bras étendus les juifs d'un côté, les païens de l'autre ; (6) par la forme de la croix, symboliser des vertus comme la persistance et la persévérance par la position débout, l'espérance ou encore la gratuité de la croix ; (7) répondre à des préfigurations — Augustin voit ainsi dans l'arche en bois de Noé, dans le bâton de Moïse ou encore l'arche d'alliance, des préfigurations de la croix du Christ.
6–11 Fortune musicale de l'« hymne » Ces v. si profonds et émouvants n'ont cessé d'inspirer les compositeurs, spécialement en musique vocale, en particulier :
Guillaume (1300-1377) Obediens usque ad mortem (motet n° 10) fait entendre un v. latin citant quelques mots de Ph 2,8 sous les trois voix qui chantent des vers d’amour courtois évoquant le feu du désir d’amour d’un homme pour une femme, qui le pousserait à désirer la mort. Vers la fin du moyen âge, un chanoine, musicien et poète, met ainsi audacieusement en série amour humain et geste pascale du Christ ;
Giovanni Pierluigi (1534-1594) Christus factus est (date et attribution incertaines), motet à quatre voix a cappella, fait entendre, tranchant sur des harmonies sobres, une ornementation mélodique de crucis et de nomen ;
Pierre (1555-1617) In nomine Jesu, motet à huit voix (Melodiae sacrae, 1603) fait majestueusement éclater la gloire finale ;
J.-S. (1685-1750) Himmelskönig, sei willkommen ("Roi du Ciel, sois bienvenu"), cantate pour le dimanche des Rameaux, BWV 182, sur un texte de Salomon (1714). Le quatrième mouvement reprend Ph : « Puissant amour, grand fils de Dieu qui t'a conduit depuis le trône de ta gloire, de sorte que, pour le salut du monde, tu puisses être offert en sacrifice, que tu as prescrit avec ton sang » ;
Charles (1870-1939) « Prélude à l’introït de la fête du saint Nom de Jésus » (L’orgue mystique, cycle de Noël, n° 6, op. 55, 1929), reprend au clavier manuel toute la mélodie grégorienne sur Ph 2,10s. Il souligne le Dei Patris de la formule doxologique avec des aigus surprenants.
Anton (1883-1945) Christus factus est pro nobis (op. 16, 1928), premier canon (sur cinq) traitant des textes latins, pour soprano aiguë (utilisée comme un instrument), clarinette et clarinette basse. En vingt-deux secondes d’une rigueur totale, la voix imitant l’instrument chante les v.8s ;
Aujourd’hui encore, divers compositeurs sont inspirés par les v. de Paul pour des compositions instrumentales ou vocales, dans des compositions pour orgue (Daniel , 1942-), pour ensemble instrumental (Jean-Étienne 1917-1989, Usque ad mortem,1966; Rolande , 1920-2006, Kénose, 1983) ou vocal (André , 1943-).
Voici deux compositions récentes, offertes aux lecteurs de cette bible par leur compositeur :
Kris , OCSO (1972-), Ignatius Cantata op.34, 2014
Joris Derder (bariton), Nico Couck (guitare), I Solisti del Vento (ensemble)→, Musa Horti (choeur)
© Kris Oelbrandt→, Ps 123,2.148,1-4.51,19.69,8-10 Lc 1,38.9,57-61.2,48s Jn 6,68.21,15ss Ph 2,6-11
Cette cantate est une synthèse musicale des exercices spirituels d'Ignace de Loyola. Les mouvements I, II, III et IV parcourent les quatre phases des exercices: émerveillement sur la création, suivre le Christ, s'adonner à la croix, ressusciter avec Lui. Ces quatre idées centrales sont explicitées par des citations des exercices (chantées en Sprechstimme par le bariton), qui sont commentés par des versets bibliques illustratifs, chantés par le chœur. Le premier mouvement est précédé par un prologue (la fameuse prière de Thérèse d'Avila), le dernier est suivi par un épilogue qui donne une dernière synthèse.
Dans le premier mouvement, le retraitant s'apprête pour l'émerveillement en se rendant compte de sa propre humilité et de la grandeur de Dieu. Le psaume 123, notamment par l'image de la servante qui regarde la main de sa maîtresse, décrit cette idée. Voir aussi Ps 51,19.
Au milieu de la première phase des exercices, le retraitant éclate en émerveillement et joie sur la création. La musique monte pas à pas, le chœur monte dans des progressions harmoniques qui ouvrent chaque fois un nouveau monde (un nouvel élément énuméré dans le psaume 148), le bariton parle à travers en énumérant plus ou moins les mêmes éléments comme ils apparaissent dans le texte ignacien.
Retour vers la conscience de sa propre humilité. Le verset du psaume 51 (l'offre de mon cœur broyé) rappelle le psaume 123. La mélodie reprend celle du ps 123 en mouvement miroir rétrograde.
La deuxième phase des exercices ignaciennes se concentre sur la volonté de suivre le Christ. Ce concept est illustré musicalement par un basson seul qui joue une mélodie légère, sautante, quasi improvisée, en croches constantes - décrivant quelqu'un qui se met en route. Sur cette mélodie apparaissent de courts fragments avec des citations bibliques sur ce thème. La première expression de la volonté de suivre le Christ, chantée en forme de chorale, est celle de l'Annonciation, où Marie se confie à la promesse de l'ange Gabriel. Voir aussi Lc 9,57-61 et Jn 6,68.
La deuxième expression de la volonté de suivre le Christ est la promesse - pourtant conditionnelle - de divers gens de suivre le Christ. Celui-ci répond en Espagnol (rappellant les exercices ignaciennes) "Sigue me", "Suis-moi". Voir aussi Lc 1,38 et Jn 6,68.
La troisième expression de la volonté de suivre le Christ, citation de l'évangile selon St Jean, est mise de nouveau (comme la première, Lc 1,38) en forme de chorale. Voir aussi Lc 1,38 et Lc 9,57-61.
Dans la troisième phase des exercices ignaciennes, le retraitant réalise que la croix est inévitable en suivant le Christ. Après la citation de la phrase centrale des exercices par le bariton, le début du prologue revient, maintenant joué par la guitare. De cette manière l'auditeur se souvient de la prière de Thérèse d'Avila: "Je suis à vous". La tête de la mélodie de la prière est maintenant jouée par les instruments à vent et tenue longue en point d'orgue. Les versets du psaume 68 (69) sont superposés sur ce tapis harmonique, mêlant ainsi la notion de l'abandon et la notion de la croix. Le bariton chante régulièrement, comme troisième couche, "Sigue me", "Suis-moi", ce qui rappelle le deuxième mouvement, notamment Lc 9,57-61.
La conviction que le Christ ressuscité est apparu tout d'abord à Marie, sa mère, est typiquement jésuite. L'histoire du jeune Jésus qui est retrouvé après trois jours dans le temple, peut être vu comme une justification biblique de ce passage des exercices ignaciens. Deux motifs musicaux sont repris et superposés: la mélodie continue du basson (voir la deuxième phase dans Lc 1,38, Lc 9,57-61 et Jn 6,68) - maintenant jouée par le hautbois - et le chant de l'humble servante (voir ps 123, 2). L'humble servante est comparée à Marie qui s'écrie en retrouvant Jésus.
La quatrième et dernière phase des exercices conclut par une réconciliation: le retraitant se réconcilie avec Jésus et ses émotions ou conflits intérieurs en déclarant son amour pour le Christ ressuscité, illustré par Jn 21,15-17. La mélodie du prologue, où le chœur chantait la prière de Thérèse d'Avila, notamment "Que mandais hacer de mi?" ("Que veux-tu que je fasse?"), sonne maintenant dans les instruments à vent comme une formule répétée pp. C'est sur cette couche que les confessions de Pierre à Jésus sont chantées, en alternance entre ténors (Jésus) et le reste du chœur.
Kris , OCSO (1972-), A Dieu (Oratorio du printemps op.23), 2011
Aldo Platteau (bar); Ensemble Sturm und Klang (dir. Thomas van Haeperen)
© Kris Oelbrandt→, Mc 8,34-35.9,2 Mt 16,24-25.17,2 Lc 9,23-24.29 Ph 2,6-11 Ex 33,21-23
Cette Cantate est composée pour le cinquième Dimanche du carême sur la transfiguration. Sept scènes méditent sur les paradoxes qui sont au cœur des évangiles: Jésus homme divin; se perdre pour se retrouver; Dieu visible-invisible. Un soliste présente une mélodie dodécaphonique qui revient légèrement transformée dans chaque scène, rendant la transfiguration audible.
Scène 1: paradoxe de celui qui sauve son être en le perdant à cause de Jésus et l'Annonce.
Scène 2: le récit de la transfiguration au mont Tabor.
Scène 3: La kénose de Dieu donne lieu à la naissance de Jésus qui, à son tour, s'humilie jusqu'à la croix.
Scène 4: méditation poétique de Rutger Kopland (« De grazige weiden » dans « Al die mooie beloften ») sur le Christ crucifié.
Scène 5: jubilation sur le Christ ressuscité.
Scène 6: L'histoire de Dieu que nous ne voyons que de dos illustre le paradoxe de Celui qui nous est tellement proche, mais dont nous ne voyons jamais le visage. Le verset de Paul Éluard, « Il fallait bien qu'un visage réponde à tous les noms du monde », sert d'illustration.
8s Le Christ s'est fait obéissant
Anton (1824-1896), Christus factus est, 1884
Cantando
Anton est un compositeur autrichien et organiste.
Felice (1560-1614), Christus factus est
The Cambridge Singers
© Licence YouTube standard, Ph 2,8s
Christus factus est pro nobis obediens usque ad mortem, mortem autem crucis. Propter quod et Deus exaltavit illum et dedit illi nomen, quod est super omne nomen.
Le Christ s'est fait pour nous obéissant jusqu'à la mort, et la mort sur la croix. C'est pourquoi aussi Dieu l'a élevé et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom.
Compositeur italien de la fin de la Renaissance et du début de la période dite baroque, Felice appartient à l'École romaine des compositeurs. Il est le frère aîné d'un autre compositeur important et légèrement plus moderniste, de la même période, Giovanni Francesco .