La Bible en ses Traditions

Psaumes 91,1–16

M
G S
V

Celui qui habite au secret du Très-Haut

 repose à l’ombre du Tout-Puissant.

...

LOUANGE DE CANTIQUE DE DAVID

Qui habite dans le secours du Très-Haut

demeurera sous la protection du Dieu du ciel 

1–16 Dieu sauve de l’angoisse Jb 5,19-22 1 Shaddaï Gn 17,1 ; 28,3 ; 35,11 ; 43,14 ; 48,3 ; 49,25 ; Ex 6,3 ; Nb 24,4.16 ; 1Ch 17,24 ; Jb 5,17
M
G V
S

Je dis à YHWH : — Mon refuge et ma forteresse

mon Dieu, en lui je me confierai. 

il dira au Seigneur : — Tu es mon protecteur

Vsoutien  

et mon refuge, mon Dieu ! J'espérerai en lui

...

2 Ma forteresse Ps 18,3
M
G S
V

Car c’est lui qui te délivrera du filet de l’oiseleur

de la peste funeste

...

puisque c'est lui qui me libérera du lacs des chasseurs

et de la parole âpre.

de son plumage il te progégera

sous ses ailes tu t'abriteras.

Sa fidélité est un bouclier et une cuirasse

...

De ses épaules il t'ombragera

et sous ses ailes tu espéreras

4 Sous les ailes de Dieu Dt 32,11 ; Rt 2,12 ; Ps 17,8 ; Mt 23,37

Tu ne craindras ni la frayeur de la nuit

ni la flèche qui vole le jour

...  

d'un bouclier t'entourera sa vérité :

tu ne craindras ni crainte nocturne 

5 Surprises de la nuit Ct 3,8 Terreurs soudaines Pr 3,25
M G
V
S

ni la peste

Gun acte qui marche dans les ténèbres

ni la peste qui dévaste à

Gune malchance, ni un démon de midi.

ni flèche qui vole de jour

ni négoce déambulant dans les ténèbres

ni incursion ni démon de midi ;

...

6 La peste, fléau de l’infidélité Dt 32,24 Le dévastateur de midi Jr 15,8 Aucune peur Si 34,16
M
G S
V

Que mille tombent à ton côté 

et dix mille à ta droite

tu ne seras pas atteint.

...

mille tomberont à ton côté

et dix mille à ta droite

mais de toi il n'approchera pas !

De tes yeux cependant tu regarderas

et tu verras le salaire des méchants.

...

Cependant de tes yeux tu considéreras

et tu verras la rétribution des pécheurs

Car tu as YHWH pour abri

du Très-Haut tu as fait ton refuge.

...

(puisque c'est toi, Seigneur, mon espérance !)

du Très haut tu as fait ton refuge : 

10 Le mal ne viendra pas jusqu’à toi

aucun fléau n’approchera de ta tente.

10 ...

10 les maux ne viendront pas jusqu'à toi

ni le fléau n'approchera de ta tente

10 Pas de malheur pour le juste Pr 12,21 Dieu éloigne les plaies Dt 7,15
M G V
S

11 puisqu'à ses anges il commandera

qu'ils te gardent dans toutes tes voies ;

11 ...

11 “Esprits chargés d’un ministère” He 1,14 = Mt 4,6 ; Lc 4,10s 11s = Mt 4,6s ; Lc 4,10s
Crampon

12 Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte contre la pierre.

12 “Ton pied n’achoppera pas” Pr 3,23
M
G S
V

13  sur le lion et sur l’aspic tu marcheras

tu piétineras le lionceau et le dragon.

13 ...

13  sur aspic et basilic tu déambuleras

÷ et : tu fouleras aux pieds lion et dragon !

13 Fouler au pied les bêtes sauvages Jb 5,22; Lc 10,19

14 Puisqu’il s’est attaché à moi, je le délivrerai

 je le protégerai puisqu’il connaît mon nom.

14 ...

14 — Puisqu’il a espéré en moi, je le libérerai 

je le protégerai, parce qu'il connaît mon nom :

14 Dieu veille sur qui connaît son nom Ps 9,11

15 Il m’invoquera et je l’exaucerai 

je serai avec lui dans la détresse

Je le délivrerai et le glorifierai.

15 ...

15 il clamera vers moi et je l'exaucerai

je suis avec lui dans la tribulation

je l'en arracherai et le glorifierai

15 “Il m’appelle et je lui réponds” Jr 33,3 “Je suis près de lui” Is 43,2
Crampon

16 Je le rassasierai de longs jours, et je lui ferai voir mon salut. »

16 De longs jours pour l’homme fidèle Dt 6,2 ; Jb 5,26 ; Ps 21,5 ; Pr 3,2 ; 10,27

Propositions de lecture

1 Louange de cantique V—IUXTA G = louange sous forme de cantique.

3 de la mort des embuscades V = des embuscades mortelles

14b connut = connaît V—HEBR. Cognosco Le parfait de ce verbe de sens inchoatif serait mieux traduit pas un présent. Il connut ou il prit connaissance, donc il connaît.

Texte

Vocabulaire

6 l'être V—IUXTA G : negotium Negotium connote les sens de « chose, objet, être » en parlant d'une personne, et « créature » (cf. Blaise Dict.).

15c V—IUXTA G  Le verbe eripio signifie d'abord « tirer brusquement hors, mettre dehors, faire sortir, arracher, retirer, emporter » et par suite « ôter, ravir, enlever, arracher de force » enfin « délivrer de, affranchir, etc. ».

Réception

Comparaison des versions

1 V—IUXTA HEBR.

  • Qui habite dans le secret du Très-Haut | demeurera dans l’ombre du Seigneur.

2 V—IUXTA HEBR.

  • Disant au Seigneur : — Mon espérance et ma force | mon Dieu, je me confierai en lui. 

3 V—IUXTA HEBR.

  • Parce que lui-même te délivrera du filet des chasseurs, de la mort des embuscades.

5 V—IUXTA HEBR.

  • bouclier et protection, sa vérité | tu ne craindras pas de crainte nocturne 

6 V—IUXTA HEBR.

de la flèche qui vole le jour | de la peste qui marche dans les ténèbres | de la morsure du furieux à midi.

7 V—IUXTA HEBR.

  • mille tomberont à ton côté et dix mille à ta droite | mais de toi il n'approchera pas.

8 V—IUXTA HEBR.

  • De tes yeux cependant tu verras | et tu apercevras la punition des impies. 

9 V—IUXTA HEBR.

  • Toi en effet, tu es,  Seigneur, mon espérance | du Très-Haut tu as fait ta demeure.

10 V—IUXTA HEBR.

  • Le mal ne viendra pas jusqu’à toi | et la lèpre n’approchera de ta tente.

11 V—IUXTA HEBR.

  • Parce qu'il commandera à ses anges à ton sujet de te garder dans toutes tes voies.

12 V—IUXTA HEBR.

  • Sur les mains ils te porteront de peur que ton pied ne heurte contre une pierre.

13 V—IUXTA HEBR.

  • Sur l'aspic et le basilic tu marcheras | tu fouleras aux pieds le lion et le dragon.

14 V—IUXTA HEBR.

  • Puisqu’il s’attacha à moi, aussi je le délivrerai | je l'exalterai puisqu’il connaît mon nom.

15 V—IUXTA HEBR.

  • il m'invoquera et je l'exaucerai | avec lui je serai dans la tribulation je le délivrerai et le glorifierai.

16 V—IUXTA HEBR.

  • D'une longue suite de jours je l'emplirai | et je lui montrerai mon salut.

Liturgie

1–16 LITURGIE JUIVE (rite séphardi) Ce psaume est chanté dans les Zemirot du samedi matin et des fêtes. Il est également inclus dans les parties conclusives de l'office du samedi soir après Ps 90,13-17 (sauf quand il y a une fête solennelle dans la semaine suivanteà et dans le service funèbre.

1–7.11–16 Qui habite CHANT GRÉGORIEN Le psaume du Carême par excellence ?  Le Psaume 91 (90) est à l’honneur dès le Premier dimanche de carême. Toutes les pièces chantées de la messe lui empruntent l’un ou l’autre verset et presque tous les versets dans le Trait.

Interprétation mystique

Il semble que l’Église en fasse une sorte de réparation contre la suggestion du diable qui osa citer les versets 11-12 (évangile du Premier dimanche de Carême des années A et C). 

Répartition du texte

Les v.3-4 et 11 seront utilisés comme leitmotiv durant tout le carême jusqu’à la Semaine sainte :

  • le v. 11 tel un refrain revient tous les jours comme verset précédant l’antienne à Benedictus de Laudes V/ Angelis suis mandabit de te. R/ Ut custodiant te in omnibus viis tuis. (« V/ À ses anges il commandera à ton sujet. R/ Qu’ils te gardent dans toutes tes voies. ») (AM 1,123)
  • le v. 3 comme Répons bref aux féries de Laudes R/ Ipse liberabit me de laqueo venantium. V/ Et a verbo maligno. (« R/ Lui-même me libérera du lacs des chasseurs. V/ Et de la parole méchante. ») (AM 1,123).
  • le v. 4 comme verset précédent l’antienne à Magnificat de Vêpres : V/ Alis suis obumbrabit tibi. R/ Et sub pennas eius confugies. (« V/ De ses ailes il t’ombragera. R/ Et sous ses plumes tu trouveras refuge. ») (AM 1,121).

Introït « Invocabit me » Ps 91,15-16

Un chant serein teinté d’une infinie compassion donne la parole au Père, puissant soutien au Fils dans l’accomplissement de sa mission rédemptrice.

Traditionnel, Introït - Invocabit me (Grad. 71-72)

Chœur des moines de l’abbaye Sainte-Madeleine

© Abbaye du Barroux→, Ps 91,15s.1

Texte

Ps 91,15ac-16a : Invocabit me, et ego exaudiam eum | eripiam eum, et glorificabo eum | longitudinem dierum adimplebo eum. (« Il m’invoquera, et moi, je l’exaucerai | Je l’arracherai (de l’épreuve) et je le glorifierai | d’une longue suite de jours, je le comblerai. »)

Le texte latin diffère de la V iuxta LXX. Il lit invocabit au lieu de clamabit, il ajoute ego avant exaudiam, glorificabo au lieu de clarificabo, adimplebo au lieu de replebo.

Les couples verbaux invocare / exaudire et clamare / audire ou sanare se retrouvent dans plusieurs chants du carême : Offertoire du mercredi des cendres « Exaltabo te » (Grad. 67, cf. Grad. 313) ; Communion du samedi après les cendres « Voce mea ad Dominum » (Grad. 71) ; Communion « Cum invocarem » du mardi de la 1re semaine de carême (Grad. 80) ; Introït « Verba mea » du Jeudi de la 1re semaine de carême (Grad. 83) ; Graduel « Ad Dominum » du Vendredi de la 2e semaine (Grad. 95), etc.

Interprétation mystique

Cet introït est la promesse du Père qui aboutit à la prière d’action de grâces de l’introït du samedi de la 4e semaine de carême autrefois le dimanche de la septuagésime « Circumdederunt me » où le Seigneur dit : « Dans ma tribulation j’ai invoqué le Seigneur et il a exaucé ma voix du haut de son saint temple » (Grad. 117-118).

Le Père parle et il exaucera le cri « clamore valido » (He 5,7) de son Fils. Dès le début du carême la liturgie est orientée vers ce grand cri que poussera le Seigneur sur la Croix (Mt 27,46.50 ; Mc 15,34.37 ; Lc 23,46), ce cri qui concentre toute la souffrance humaine possible.

Interprétation musicale

Le nombre 3 est à l’honneur ! On remarque trois Sol sur le 1er mot de l’intonation invocabit qui se retrouvent sur et glorificabo et trois Si sur glorificabo, la tristropha de Do sur l’accent d’exaudiam, ainsi que sur la finale de longitudine. Toutes les fins de phrase se terminent par eum, faisant ressortir l’importance de ce pronom. La même formule se fait entendre sur le 2e et 4e eum et sur dierum.

  • Dès l’intonation, la voix du Père est empreinte d’une autorité nuancée de bienveillance pour le Fils de sa dilection. Les 3 Sol expriment peut-être la présence des Trois Personnes divines. Sur et ego exaudiam eum, la mélodie monte dans une affirmation pleine d’assurance. L’accent d’exaudiam en crescendo.
  • Le 1er mot de la 2e phrase eripiam dont le sens suggère un arrachement physique est rempli de douce autorité. Dès le début de l’incise suivante, s’amorce un magnifique crescendo qui s’exalte avec éclat sur l’accent de glorificabo, évoquant la splendeur de la gloire promise. Bien faire entendre les 3 Si qui introduisent le thème pascal Do-Si-Ré-Mi (fa-mi-sol-la). Ces 3 Si expriment la gloire de la Croix qui mène à la Résurrection. Les trois personnes de la Trinité y sont impliquées : cf. la prière du prêtre avant la communion « Domine Iesu Christe, Fili Dei vivi, qui ex voluntate Patris, cooperante Spiritu sancto, per mortem tuam mundum vivificasti … ». Il est intéressant de noter que le même motif Do-Si-Si-Si-Ré-Mi-Do-Do-La se retrouve une seule fois encore tel quel avec le Si répété 3 fois sur les mots misericordia eius du Trait Laudate de la Vigile pascale (Grad. 187-188). C’est la gloire de la miséricorde ! Glorificabo occupe le sommet de toute la pièce. Il aboutit sur eum dans une joie qui ne finit pas, évoquée par la cadence sur La.
  • La 1re incise longitudine dierum de la 3e phrase prolonge l’atmosphère joyeuse évoquée dans la gloire promise glorificabo, mais avec une nuance de douceur. La mélodie s’achemine vers la paix bienheureuse de l’éternité sur adimplebo eum que suggère le thème du per omnia saecula saeculorum qui se reconnaît à partir de la dernière syllabe d’adimplebo Mi-Sol-La-Si-La-Sol-La-Sol et se poursuit sur eum.

Graduel « Angelis » Ps 90,11-12

 

Traditionnel, Graduel Angelis suis (Grad. 72)

Chœur des moines de l’abbaye Sainte-Madeleine

© Abbaye du Barroux→, Ps 91,11s

Texte

Angelis suis mandavit de te | ut custodiant te | in omnibus viis tuis | V/ In manibus portabunt te | ne unquam offendas | ad lapidem pedem tuum. (« À ses anges il a commandé | afin qu’ils te gardent | dans toutes tes voies | V/ Dans leurs mains ils te porteront | de peur que tu ne heurtes | ton pied contre la pierre. »)

Le texte du graduel lit mandavit au parfait au lieu du futur de la V, unquam au lieu de forte.

Interprétation musicale

La mélodie type des graduels du 2e mode de ce graduel Angelis donne une couleur très sereine à ces versets. Le mouvement général est plutôt léger avec une touche de ferme autorité sur le salicus de mandavit. Sur les deux pronoms te on sent une tendresse bienveillante. Sur In manibus portabunt te la mélodie se fait fluide, très légère suggérant un vol d’ange !

Trait « Qui habitat » Ps 91,1-7.11-16

Traditionnel, Trait Qui habitat (Grad. 73-76)

Chœur des moines de l’abbaye Sainte-Madeleine

© Abbaye du Barroux→, Ps 91,1-7.11-16

Texte

Le texte du trait lit le verbe du v. 3 liberavit au parfait au lieu du futur ; v. 4 il n’y a pas de préposition in devant scapulis ; v. 6a per diem au lieu de in die, v. 6c a ruina au lieu de ab incursu ; v. 7c tibi au lieu de ad te ; v. 11a mandavit au lieu de mandabit ; v. 12b ne unquam au lieu de ne forte ; v. 14b quoniam au lieu de quia ; v. 15a invovabit au lieu de clamabit ; v. 15c glorificabo au lieu de clarificabo ; v.16a adimplebo au lieu de replebo.

Interprétation musicale

La mélodie est faite de formules psalmiques du 2e mode. Quelques mots ou expressions sont mis en évidence ou ont un traitement propre.

  • V. 1 : La mélodie sereine de l’intonation Qui habitat « celui qui habite » lui donne dès le départ de l’importance. Dei est le mot le plus expressif, syllabique avec un punctum allongé et formant un saut de quinte descendante avec la note suivante, il en est comme l’apex de ce verset. Sur commorabitur, il y a une touche de paisible assurance.
  • V. 2 : Domino est chanté avec vénération par un léger ralentissement, de même Deus. Ce dernier répète la même formule que le mot meum qui le précède. La voix lui donne de l’insistance en le chantant un peu plus fort.
  • V. 3 : Le long développement de ipse évoque la confiance. Liberavit monte joyeusement.
  • V. 5 : Scuto est très caractéristique à cause de sa tenue sur une seule note Fa, un punctum sur l’accent prolongée par une distropha et une tristropha sur sa finale. Il évoquerait un bouclier étendu en protection.
  • V. 6 : Les quatre expressions sagitta volante, negotio, ruina et daemonio meridiano ont des motifs originaux. Le même motif se retrouve sur negotio et ruina. Les trois virga sur negotio et ruina sont des trivirgas épisématiques. Les répercussions doivent se faire comme avec l’archet d’un violon, sans brusquerie pour ne pas briser le legato. À meridiano la mélodie touche le Si, ailleurs dans les autres descentes elle l’évite en sautant par-dessus pour aboutir au La.
  • V. 7 : Le 1er mot cadent reçoit un développement qui marque son importance. Ils tomberont c’est certain ! Le 1er motif de mille Fa-Sol-Fa-Ré-Ré-Do est répété deux fois comme une joyeuse insistance dans le salut assuré.
  • V. 13 : Ambulabis est traité comme mille du v. 7.
  • Le dernier v. : illi reçoit la grande formule qui fait fonction de sommet (voir la même formule au mot caeli du Trait du dimanche des rameaux (Grad. 147), au mot visita du Trait de la messe chrismale (Grad. 159) ; tempus du Trait du vendredi saint (Grad. 174).

Offertoire « Scapulis suis » (Ps 91,4-5)

Traditionnel, Offertoire Scapulis suis (Grad.  76-77)

Chœur des moines de l’abbaye Sainte-Madeleine

© Abbaye du Barroux→, Ps 91,4s

Certains auteurs voient dans scapulis suis les bras du Seigneur en Croix. De ses bras, il étendra sa protection, il t’ombragera. On pense à la phrase d’Anatole France : « Planter sur les ruines de la civilisation injuste et cruelle la croix du Calvaire, non plus morte et nue, mais vive et de ses bras fleuris ombrageant le monde » (A. France, Lys rouge, 1894, p.274).

Texte

Scapulis suis obumbrabit tibi Dominus | et sub pennis eius sperabis | scuto circumdabit te veritas eius. (« De ses épaules le Seigneur t’ombragera | et sous ses ailes tu espéreras | d’un bouclier t’entourera sa vérité. »)

Interprétation musicale

Comme dans l’introït, 3 Sol sont mis en évidence sur scapulis suis, sur obumbrabit et sur et sub pennis. Ils donnent à toute la pièce un cachet d’unité et de parenté avec l’introït.

  • La mélodie attire l'attention sur la joyeuse tierce majeure de suis Sol-Si. Une magnifique montée s’amorce à obumbravit vers tibi, la 2e note du podatus de tibi au levé et dans un beau plané juste avant la majestueuse retombée sur sa finale tibi. Celle-ci en quarte descendante un peu ralentie suivie de la tierce majeure descendante aboutit à la sous tonique Fa qui sous-tend la cadence de Dominus.
  • Les 3 Sol se retrouvent pour la 3e fois à la phrase suivante et sub pennis qui vient s’établir sur la dominante Do. La mélodie exprime de la vénération sur eius. Un crescendo progressif monte à partir de et sub pennis jusqu’à sperabis évoquant la ferveur avec sa belle cadence en suspens sur le Si (½ ton descendant). Il y aurait une touche de 2e mode transposé en La qui se poursuit au début de la phrase suivante ?
  • La dernière syllabe du 1er mot scuto de la phrase suivante a le même motif que dans le Trait — une distropha suivie d’une tristropha sur une même corde, ici le Do. La cadence pleine Sol-Fa à la fin de circumdabit te évoque la plénitude et la certitude. Dans un hommage à la fidélité de Dieu, veritas part avec la même note Fa et monte majestueusement jusqu’au Ré et redescend par un accord parfait Do-La-Fa vers la cadence doucement amenée sur eius qui se termine dans une paix savourée.

Communion « Scapulis suis » (Ps 91,4-5)

Traditionnel, Communion - Scapulis suis (Grad. 77)

Chœur des moines de l’abbaye Sainte-Madeleine

© Abbaye du Barroux→, Ps 91,4s

Texte

Même texte que l’offertoire sans le Dominus.

Interprétation musicale

Le mode 3e avec sa cadence en ½ ton descendant Fa-Mi donne à toute la pièce une touche plus intérieure qu’accompagne une nuance de gravité. La joie se fait moins sentir que dans l’offertoire. Les cadences en ½ ton Fa-Mi sont les mêmes pour les trois phrases sur les mots obumbrabit tibi, sperabis et veritas eius. Une formule identique amène les cadences partout Mi-Sol-Fa-Fa-Fa-Mi.

  • Scapulis suis est joyeux. Il se tient sur le Do. L’adjectif possessif suis avec son double Do qui est une bivirga épisématique vient se reposer sur le La. Obumbrabit part sur le Fa et se maintient dans le grave donnant une impression de profondeur et d’intimité.
  • Pennis est bien mis en évidence avec la montée de quarte Sol-Do sub pennis et la tenue sur Do et sa descente avec la même quarte inversée Do-Sol. Il est suivi d’une légère pause sur Fa à eius. Beaucoup de tendresse sur sperabis qui à partir de Fa monte jusqu’au Si bémol pour descendre avec la même formule déjà entendue de tibi.
  • Scuto commence d’un pas décidé sur le La et brode autour de cette note. Le mot est un peu élargi, de même circumdabit. Il s’agit de la sollicitude enveloppante de Dieu qui ne saurait décevoir, sa vérité en est le fondement assuré.

Philosophie

15 Validité de la prière pour soi

Pour la gloire de l'Histoire d'Israël

  • Levinas Nations « La vraie prière n'est [...] jamais pour soi, jamais pour ses besoins [Tradition juive Pr 15,8]. Rabbin Haïm l'affirme explicitement. Instituée par les hommes de la Grande Synagogue comme remplaçant les sacrifices quotidiens du temple détruit ou éloigné, comment les aurait-on mêlés aux demandes humaines ? Les sacrifices quotidiens du temple n'étaient-ils pas de quotidiens holocaustes ? La chair offerte ainsi au temple ne devait-elle pas se consumer entièrement sans rien laisser à l'offrant ? Concernant le particulier, peut-il parler de ses besoins égoïstes en priant et compromettre ainsi le pur dés-inter-essement de l'holocauste ? Peut-on d'ailleurs demander en priant l'adoucissement de nos souffrances humaines ? Les souffrances ne signifient-elles pas expiation des péchés ? "Pas de souffrance sans faute", dit le traité b. Šabb. 55a. [...] Mais le Talmud lui-même n'a-t-il pas recommandé de joindre, aux prières qui glorifient l'Éternel, des supplications pour ses épreuves personnelles ? Cela ne serait admis que pour les épreuves qui nous frappent à travers la détresse de tout Israël, à partir du danger qui menace le peuple de la Révélation, persécuté et honni. Israël n'est-il pas la manifestation même, parmi les hommes, de la gloire et du message divins ? N'est-il pas le porteur et le sujet de l'Histoire sainte ? Et la persécution d'Israël n'est-elle pas la profanation du Très-Haut ? Peut-on ne pas invoquer Son Nom, quand Son Nom est abaissé ? Mon moi n'est pas une raison suffisante pour ma prière. C'est pour la gloire de l'Histoire sainte et de sa vérité que la supplication est autorisée pour moi-même, sans ravaler le rapport à Dieu à un souci pour moi-même » (148-149).

Pour la souffrance de Dieu qui souffre

  • Levinas Nations « La souffrance humaine de l'individu serait-elle condamnée au silence ? L'autorisation talmudique de prier pour soi exclut-elle absolument les demandes du moi malheureux ? Prier pour son propre malheur ne serait jamais, d'après rabbi Haïm de Volozine, l'ultime intention d'une pieuse prière, de la prière du juste. La finalité de toute prière reste le besoin que le Très-Haut a de la prière des justes pour faire exister, pour sanctifier et pour rehausser les mondes [Tradition juive Pr 15,8]. Mais, dans la mesure où la souffrance de chacun est déjà la grande souffrance de Dieu qui souffre pour lui, pour cette souffrance qui, "mienne", est déjà sienne, divine, le moi qui souffre peut prier et, dès lors, il peut prier pour soi : il prie pour soi-même en vue de faire cesser la souffrance de Dieu qui souffre dans la souffrance du moi [Philosophie Is 63,9]. Le moi n'a pas à prier pour sa propre souffrance : Dieu, avant toute demande est déjà avec le moi. Ne dit-pas : "(Ps 91,15b)" ? » (149).

Histoire des traductions

15b je serai avec lui dans la détresse

Littérature

6 midi FRANÇAIS BIBLIQUE

  • « Le démon de midi » : l'expression est employée pour exprimer toute tentation en période de maturité dans le domaine des sens et du sentiment.

Drapeau de la francophonie→ © Domaine public 

6b négoce (V) FRANÇAIS BIBLIQUE Négoce→ rend ici negotium latin. Le terme français n'a pas que la signification commerciale usuelle : il peut aussi désigner toute affaire ou occupation, et en particulier les trafics honteux ou suspects, ici personnifiés comme hantant les nuits de ceux qui les perpètrent.

 Drapeau de la francophonie→© Domaine public

Arts visuels

1–16 Sainte Thérèse et les anges du Seigneur

20e s.

  • « Je ne veux plus que tu converses avec les hommes, mais avec les anges ». 

George Desvallières (1861-1950), Sainte Thérèse d’Avila et les anges, (Huile et essence sur papier, ca. 1929), 80 x 62 cm

Collection particulière, Paris, consulté sur internet→, © SEBERT.

En 1927, le projet d’illustration de sainte Thérèse d’Avila de Louis Bertrand (CR 1991) est envisagé et l’artiste compose et expose alors un cycle sur la sainte mystique. Ce grand panneau, dont on ne connait pas de petit format, représente l’illustration de la sentence mystique : « Tu ne parleras plus qu’aux anges », (Garreau, 1942, p. 145).

Louis Bertrand précise la phrase du Christ entendue par la sainte carmélite : « Je ne veux plus que tu converses avec les hommes, mais avec les anges », parole qui effraie tout d’abord la carmélite avant la grande consolation qui l’envahit quand elle avoue : « Jamais plus je n’ai pu me fixer en amitié, ni avoir consolation, ni amour particulier, si ce n’est avec des personnes qui de toute certitude pour moi, ont elles-mêmes l’amour de Dieu et sont zélées pour le servir... » (Bertrand, p. 171-172).

Le peintre, imprégné de la lecture de ce livre depuis qu’il songe à son illustration, compose, dans un camaïeu de lumière, sous les traits de sœur Marie de la Grâce, sa fille Sabine, clarisse, cet émerveillement de la carmélite au milieu des anges qui conversent avec elle. Une reproduction de la scène illustre l’article écrit par le père Couturier en fin d’année 1933, en hommage à son maître, publié dans L’Artisan Liturgique.

5ss Résister aux flèches du mal Saint Antoine est resté le type même de l'ascète fidèle à Dieu à travers les tentations.

Jérôme Bosch (ca. 1450-1516), La tentation de saint Antoine, (huile sur panneau, ca. 1495-1515), 131,1 x 119 cm

Panneau principal d'un triptyque, Musée national d'art ancien (Portugal)

Domaine public © Wikicommons→

6 démon Représentations iconographiques des démons Les démons sont souvent représentés comme des êtres monstrueux, cornus, ailés ou même comme de véritables chimères, mélanges d'hommes et d'animaux divers :

16e s. italien

Luca Signorelli (1441-1523), Les Damnés à l'Enfer (fresque, 1499-1502), Chapelle San Brizio, transept droit, Cathédrale d'Orvieto

Domaine public © Wikicommons→

16e s. flamand

Jérôme Bosch (ca. 1450-1516), Le Charriot de foin (huile sur panneau, 1512-1515), 135 × 100 cm

Musée du Prado, Madrid, domaine public © Wikicommons→

Délices ...

Jérôme Bosch (ca. 1450-1516), Le Jardin des délices (huile sur panneau de bois, ca. 1480-1505), 220 × 390 cm

Musée du Prado, Madrid, domaine public © Wikicommons→

... et supplices 

Jérôme Bosch (ca. 1450-1516), Le Jugement dernier (huile sur panneau de bois, ca. 1482-1516), 163,7 × 247 cm

Académie des Beaux-Arts de Vienne, domaine public © Wikicommons→.

11ss Marie, reine des anges, piétine le serpent

18e s.

Giovanni Battista Tiepolo (1696-1770), L'Immaculée Conception, (huile sur toile, 1767-1768), 281 x 155 cm

Musée du Prado, Madrid, Espagne, Domaine public © Wikimedia commons→, Ap 12

11 puisqu'à ses anges il commanderaqu'ils te gardent dans toutes tes voies Psaume 90

Iconographie contemporaine 

Éric Mortreuil (1964 -), Psaume 90, (Parchemin de chevrette : pigments, encres pigmentées et feuille d’or sur colle de poisson, 2023), 30 x 24,

Coll. part., France,

D.R. É. Mortreuil→ © BEST aisbl,

Enlumineur depuis 2016, É. M. s’inspire de textes bibliques et chrétiens et de la spiritualité scoute pour élaborer des compositions dans la tradition de l’enluminure occidentale, avec une préférence pour le style irlandais « insulaire » (Livre de Kells, Évangiles de Lindisfarne) et pour le gothique du 13e s.

Reprenant le Ps 90 (texte ajouté sur la photo à l'ordinateur), É. M. a réalisé cette enluminure dans l'esprit d'un Évangile arménien du XVIIe siècle.

Musique

1–16 Reste avec moi, Dieu mon abri

19e s.

Henry Francis Lyte (1793-1847), Abide With Me, 1861

Stephen Cleobury (dir.), King's College Choir, Cambridge

© Licence YouTube standard→, Lc 24,29  1Co 15,55  Ps 91,1-16

Paroles

1. Abide with me; fast falls the eventide; the darkness deepens; Lord, with me abide. When other helpers fail and comforts flee, Help of the helpless, O abide with me. 2. Swift to its close ebbs out life's little day; earth's joys grow dim; its glories pass away; change and decay in all around I see; O thou who changest not, abide with me. 3. I need thy presence every passing hour. What but thy grace can foil the tempter's power? Who, like thyself, my guide and stay can be? Through cloud and sunshine, Lord, abide with me. 4. I fear no foe, with thee at hand to bless; ills have no weight, and tears not bitterness. Where is death's sting? Where, grave, thy victory? I triumph still, if thou abide with me. 5. Hold thou thy cross before my closing eyes; shine through the gloom and point me to the skies. Heaven's morning breaks, and earth's vain shadows flee; in life, in death, O Lord, abide with me.

Reste avec moi, le soir tombe vite ; l'obscurité s'épaissit ; Seigneur, reste avec moi. Quand nos autres aides s'évanouissent et que le réconfort nous fuit, Secours de ceux qui sont sans secours, oh reste avec moi. Le petit jour de la vie reflue rapidement vers sa fin ; les joies de la terre deviennent ternes, ses gloires passent. Je vois le changement et la dégradation dans tout ce qui m'entoure. Ô toi qui ne changes pas, reste avec moi. J'ai besoin de ta présence à chaque heure qui passe. Qu'est-ce qui peut contrecarrer le pouvoir du tentateur, si ce n'est ta grâce ? Qui, autant que toi, peut être mon guide et mon abri ? À travers les nuages et le soleil, Seigneur, reste avec moi. Je ne crains aucun ennemi, avec toi près de moi pour me bénir ; les mauvais n'ont aucun poids, et les larmes aucune amertume. Où est l'aiguillon de la mort ? Où est, tombeau, ta victoire ? Je triomphe encore, si tu restes avec moi. Tiens ta croix devant ems yeux qui se ferment ; brille à travers l'obscurité, et montre-moi le ciel. Le matin du paradis se lève, et les ombres vaines de la terre s'enfuient. Dans la vie, dans la mort, ô Seigneur, reste avec moi.

Composition

Abide with Me est une hymne chrétienne écrite par l'anglican Henry Francis Lyte en 1847, et le plus souvent chantée sur la musique d'Eventide par William Henry Monk composée en 1861. Lyte a écrit le poème sur son lit de mort, gravement atteint par la tuberculose ; il mourut trois semaines après avoir achevé son chant. L'hymne est utilisée pour des cérémonies religieuses et militaires dans tout le Commonwealth, et par des supporters, notamment dans la Coupe d'Angleterre de football et la Coupe d'Angleterre de rugby à XIII. Elle figure également dans de nombreux films et cérémonies officielles telles que la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques d'été de 2012. Il existe une version française écrite par Jacques-François « Francis » Chaponnière en 1881.

Cinéma

4 sous ses ailes Motif puissant d'un soutien céleste

Réinterprétation fantastique dans la faerie

Le cinéma populaire a récemment eu recours à un tel motif.

Peter Jackson(réal.) avec Fran Walsh, Zane Weiner et al. (prod.), The Hobbit An Unexpected Journey, séquence des aigles (film fantastique-aventure, 2h 49', anglais, Nouvelle Zélande : WingNut Films, 2012) ; scén. et dial.: d'après J.R.R. Tolkien, Fran Walsh, Philippa Boyens, Peter Jackson, Guillermo del Toro, mus. : Howard Shore ; avec Ian McKellen, Martin Freeman, Richard Armitage et al.

© Licence YouTube standard

Ex 19,4 ; Dt 32,11 ; Ps 91,1-16 ; Is 40,1-31 ; Jr 48,40 ; Ez 17,3-8 ; Jb 39,27-30 ; Ap 8,13 ; 12,14 

Cette scène réinterprète à la suite de Tolkien le motif biblique des « ailes de l'aigle », symboles tantôt de la persévérance héroïque des croyants dans l'adversité, tantôt de l'intervention divine qui vient les arracher à la tribulation au moment où ils pourraient commencer à désespérer de leurs peines.

Il se trouvait déjà dans le dernier film de la saga de Jackson qui avait adapté The Lord of the Ring, œuvre magistrale deTolkien:

Peter Jackson, réal. d'après J.R.R. Tolkien, prod. Barrie M. Osborne, Peter Jackson, Fran Walsh, The Return of the King, séquence du sauvetage ultime de Frodon à Mordor, (film aventure-fantastique, 201', anglais, Allemagne, Nouvelle Zélande et États-Unis : New Line Cinema et WingNut Films, 2003), scén. Fran Walsh Philippa Boyens Peter Jackson, mus. Howard Shore ; avec Elijah Wood ; Ian McKellen ; Liv Tyler ; Viggo Mortensen ; Sean Astin ; Cate Blanchett et al.

© Licence Youtube standard

Ex 19,4 ; Dt 32,11 ; Ps 91,1-16 ; Is 40,1-31 ; Jr 48,40 ; Ez 17,3-8 ; Jb 39,27-30 ; Ap 8,13 ; 12,14 

Au dernier instant, Frodon est sauvé du gouffre du Mordor par des aigles qui le portent lui et ses compagnons vers des contrées plus paisibles. Le motif est repris à dessein par Tolkien et rendu à l'écran par Peter Jackson.