La Bible en ses Traditions

Philippiens 1,3–2,30

Byz V S TR Nes

3 Je rends grâce à mon Dieu à chaque fois que je fais mémoire de vous

 

1,3 Je rends grâce à mon Dieu Rm 1,8 ; 1Co 1,4 ; 1Th 1,2 ; Phm 4
Byz V TR Nes
S

4 toujours

et en chacune de mes prières pour vous tous

faisant cette supplication dans la joie

4  

car en toutes mes prières pour vous

et dans la joie, j'intercède

Byz V S TR Nes

5 en raison de votre communion dans l’Évangile, depuis le premier jour jusqu’à présent,

1,5 dans l’Évangile 1Co 9,23

6 ayant cette confiance

que celui qui a commencé en vous une œuvre bonne

la parachèvera jusqu’au jour du Christ Jésus.

TRde Jésus Christ.

Sde notre Seigneur Jésus Christ.

1,6b Œuvre de Dieu Jn 4,34 ; 6,28-29 ; Rm 14,20 1,6bc Dieu fidèle 1Co 1,9 ; 1Th 5,24 1,6c jour du Christ Jésus 1Co 1,8 ; Ph 1,10 ; 2,16 ; →Parousie
Byz V TR Nes
S

7 De même il est juste pour moi de penser cela au sujet de vous tous

parce que je vous porte dans mon cœur, vous, qui dans mes liens

ainsi que Byz V Nesdans la défense et l'affermissement de l’Évangile,

êtes tous associés à ma grâce.

Vjoie.

7 De même il est juste pour moi de penser au sujet de vous tous

parce que dans mon cœur vous êtes établis vous qui, dans mes liens

ainsi que dans ma défense de la vérité de l’Évangile,

êtes associés à ma grâce.

 

1,7b dans mon cœur 2Co 6,12 ; 7,3 1,7c Évangile Rm 1,16 ; 1Co 15,1 1,7d ma grâce Ep 3,2 1,7c chaînes Ph 1,13-14.17 ; Col 4,18 ; 2Tm 2,9 ; Phm 10.13
Byz V S TR Nes

8 Car Dieu m’est témoin

comme je languis après vous tous dans les entrailles du Christ Jésus !

1,8b je languis après vous tous 1Co 16,24 entrailles Ph 2,1 ; Sg 10,5 ; Si 30,7 ; Mt 9,36 ; 18,27 ; Lc 10,33 ; 15,20 1,8a Dieu m'est témoin Rm 1,9 ; 1Th 2,5.10

9 Voici donc ce que je demande dans ma prière :

que votre amour

Vcharité surabonde toujours plus en connaissance

Vscience et en toute espèce d'acuité

Stout discernement spirituel 

1,9b surabonde 2Co 9,8 connaissance G-Pr 8,10 ; Ep 1,17 1,9ss Prière de Paul Col 1,9-12

10 pour mettre à l'épreuve les choses qui diffèrent

Vapprécier ce qui est le meilleur

afin d’être purs et irréprochables pour le jour du Christ

1,10b irréprochables 1Th 3,13

11 comblés des fruits

V Nesdu fruit de la justice par Jésus Christ

VJésus-Christ pour la gloire et la louange de Dieu.

1,11 fruits de la justice Is 32,17 ; Am 6,12 ; Pr 11,30 ; He 12,11 ; Jc 3,18 fruits Ph 1,22 ; Mt 21,34 ; Jn 15,2-8.16 ; Rm 1,13 ; 6,22 ; Ga 5,22 ; Jc 3,17
Byz V TR Nes
S

12 Or je veux que vous sachiez, frères

que ce qui m’est arrivé a tourné plutôt au progrès de l’Évangile.

12 ...

1,12b progrès Ph 1,25 ; 2Th 1,3

13 En sorte que mes liens sont devenus manifestes par le Christ dans tout le prétoire et partout ailleurs

13 ...

1,13 Prisonnier Ac 23,35 ; Ep 3,1 ; 4,1 ; 2Tm 2,9
Byz V S TR Nes

14 et la plupart des frères, ayant dans le

Snotre Seigneur pris confiance par le fait même de mes chaînes,

ont beaucoup plus d’audace pour dire sans peur la parole V Sde Dieu.

1,14 Annoncer avec audace Ac 28,31 ; 1Th 2,2

15 Certains, il est vrai, c'est par envie et querelle

Vpar esprit de contention

mais d’autres, c'est par bonne volonté Set par amour qu'ils prêchent le Christ.

Byz V TR Nes
S

16 Ceux-ci

VCertains agissent par

querelle annoncent le Christ sans pureté [d'intention], pensant susciter de l’affliction dans mes liens 

V Nescharité sachant que j'ai été préposé pour la défense de l’Évangile ;

16 ...

Byz S TR Nes
V

17 tandis que les autres [agissant] par charité sachant que j'ai été préposé pour la défense de l’évangile

Nesquerelle annoncent le Christ sans pureté [d'intention] pensant susciter de l'affliction dans mes liens.

17 tandis que les autres annoncent le Christ par esprit de contention et non sincèrement,

en prétendant susciter l'affliction dans mes rangs.

Byz V TR Nes
S

18 Quoi donc ? De toute manière

soit prétexte soit vérité le Christ est annoncé

et de cela je me réjouis et je m'en réjouirai encore.

18 ...

19 Car je sais que cela aboutira

Vtournera à mon salut

par votre prière et l’assistance de l’Esprit de Jésus Christ

19 ...

1,19b Prière d’intercession G-Jb 13,16 ; Rm 15,30 ; 2Co 1,11 assistance de l’Esprit Rm 8,26 ; Ga 3,5

20 selon ma vive

Vmon attente et mon espérance 

que je ne serai confondu en rien

mais qu'en toute assurance maintenant comme toujours le Christ sera magnifié dans mon corps

soit par ma vie soit par ma mort.

20 ...

1,20 assurance 2Co 3,12 exalté dans mon corps 1Co 6,20; 2Co 4,10 1,20ac espérance + assurance 2Co 3,12

21 Car pour moi vivre c'est le Christ et mourir, un gain.

21 ...

1,21 Union au Christ Ph 3,8-10 ; Rm 8,10 ; Ga 2,20 ; Col 3,3-4

22 Mais

VQue si vivre dans la chair c'est pour moi un fruit du labeur

je ne sais que choisir.

22 ...

23 De fait

Byz V NesOr je suis pressé des deux côtés

ayant le désir de partir

Vd'être séparé et d’être avec le Christ

ce qui est Nes| en effet | [en effet ] | de beaucoup le meilleur

23 ...

1,23b être avec le Christ Lc 23,43 ; Jn 14,3 ; 2Co 5,8 partir 2Tm 4,6
Byz V S TR Nes

24 mais que je demeure dans la chair est plus nécessaire

Smon corps me presse pour vous.

Byz V TR Nes
S

25 Et étant persuadé de ceci, je le sais, je resterai et je demeurerai avec vous tous

pour votre progrès et pour la joie de votre foi

25 ...

26 afin que votre fierté

Vvotre action de grâces abonde dans le Christ Jésus en moi

par ma présence auprès de vous.

26 ...

1,26a Fierté de l’Apôtre Ph 2,16 ; 2Co 1,14

27 Seulement vivez en citoyens

Vconduisez-vous d’une manière digne de l’Évangile du Christ

afin que soit que je vienne et que je vous voie

soit qu'absent, j'entende dire de vous

que vous tenez bon dans un seul Esprit

d’une seule âme

luttant

Byz TR Nestravaillant ensemble pour la foi de l’Évangile

27 ...

1,27a Mener une vie digne Ep 4,1 ; Col 1,10 ; 1Th 2,12 1,27bc Présence et absence Col 2,5 1,27d Unité d’Esprit Ph 2,2 ; 3,16 ; 4,2 ; Ac 2,44 ; 4,32 ; Rm 12,16 ; 15,5 ; 1Co 1,10 ; 2Co 13,11 ; Ep 4,3
Byz V S TR Nes

28 n’étant nullement effrayés par les

Snos adversaires :

ce qui pour eux est

V Nesest pour eux une démonstration

Vcause de la perte

et pour vous du

Nesde votre

Sde notre salut

 Byz V TR Neset cela est de Dieu. 

1,28a adversaires 1Co 16,9
Byz V TR Nes
S

29 Car il vous a été fait la grâce

Vdonné à l'égard du Christ

non seulement de croire en lui

mais aussi de souffrir pour lui

29 et ceci vous a été donné par Dieu,

que non seulement et vraiment vous croyiez en Christ, 

mais aussi que pour lui vous souffriez

1,29a (S) donné par Dieu Jn 3,27 ; Jc 1,17 1,29c Souffrir pour le Christ Mt 5,10-11 ; Ac 5,41 ; Col 1,24 ; 2Th 1,4-7 ; 1P 1,6-7
Byz V S TR Nes

30 ayant

Sendurant le même combat que vous avez vu en moi,

et dont vous entendez maintenant parler en moi

V Sà mon sujet.

1,30a combat 1Th 2,2

2,1 S’il est donc une consolation dans le Christ

s’il est un encouragement de l’amour

Vla charité

s’il est une communion de l’Esprit

s’il est des entrailles de commisération,

2,1a consolation Lc 2,25 2,1c communion de l'Esprit 2Co 13,13 2,1d entrailles Ph 1,8 ; Sg 10,5 ; Si 30,7 ; Mt 9,36 ; 18,27 ; Lc 10,33 ; 15,20

2,2 comblez ma joie, en ayant une même pensée,

ayant le même amour

Vla même charité

unis d’âme

aspirant à une seule chose

2,2a joie Ph 1,4.18 ; 2,18 ; 3,1 ; 4,4 ; 2Co 13,11 ; 1Th 5,16 joie parfaite Jn 3,29 ; 15,11 ; 16,24 ; 17,13 ; 1Jn 1,4 2,2c unis d’âme Ph 1,27 ; 3,16 ; 4,2 ; Ac 2,44 ; 4,32 ; Rm 12,16 ; 15,5 ; 1Co 1,10 ; 2Co 13,11 ; Ep 4,3 ; 1P 3,8
Byz V TR Nes
S

2,3 rien par esprit de contention ou

V Nesni par vaine gloire

mais dans l'humilité que chacun estime les autres comme supérieurs à lui-même

Vsoi

3 ...

2,3 Gloire et humilité Pr 15,33 ; Mt 18,4 ; 23,11 ; Lc 14,10-11 ; 1P 5,4-5 2,3b humilité Ep 4,2 ; Col 3,12 ; 1P 3,8

2,4 chacun ayant égard, non à ses propres intérêts,

mais à ceux des autres.

4 ...

2,4 Intérêt d’autrui 1Co 10,24.33 ; 13,5
Byz S TR Nes
V

2,5  Byz S TREn effet, qu'il y ait   NesAyez entre vous les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus :

5  En effet ressentez en vous ce qui est aussi dans le Christ Jésus :

Byz V TR Nes
S

2,6  lui ayant de fait

Valors qu'il était en forme de Dieu

il n’a pas considéré comme une usurpation d'être égal à Dieu

6 ...

2,6 Renoncer à son droit Rm 15,3; 1Co 9,15; 2Co 8,9 2,6a Le Christ, image de Dieu 2Co 4,4; Col 1,15; He 1,3 forme Mc 9,2 ; 16,12 2,6b égal à Dieu Jn 1,1-2 ; 5,18 ; 10,30 ; 17,5

2,7 mais il se vida de soi

Vs’anéantit lui-même prenant une forme d'esclave

s'étant rendu

Vdevenu semblable aux hommes

et reconnu à sa figure comme un homme

7 ...

2,7 reconnu... comme un homme Mt 13,55s; Lc 4,22c; Jn 10,33 2,7a se vida Is 53,2-5.12 ; 2Co 8,9 2,7 un homme Jn 1,14 ; Rm 8,3 ; Ga 4,4 ; 1Tm 2,5 ; He 2,7.14.17 ; 1Jn 4,2 2,7a esclave Mt 20,28 ; Jn 13,4-5

2,8 il s’abaissa

Vs'humilia lui-même devenant obéissant jusqu’à la mort,

mais la mort de la croix.

8 ...

Byz V S TR Nes

2,9 Voilà pourquoi Dieu l’a exalté

et lui a donné un

Nesle nom qui est au-dessus de tout nom

2,9 nom Is 62,2; Ac 3,16; 4,12; 5,40s; He 1,4 Exaltation - ascension Is 52,13 ; Lc 24,51 ; Ac 7,55-56 ; Rm 14,9 ; Ep 1,20-21 Abaissement - exaltation Mt 23,12 ; He 2,9

2,10 afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse

aux cieux, sur terre et dans les profondeurs,

Venfers, 

2,10 Prosternation Is 45,23; Lc 24,52; Ep 3,14; He 1,6 Domination universelle du Christ Col 1,16-20; He 1,3s; Ap 5,11-14; 12,10 cieux.terre.profondeurs Nb 16,33; 1S 28,11s; Ep 4,10; Ap 5,3

2,11 et que toute langue confesse

que le Seigneur c’est Jésus Christ

VJésus-Christ pour

Vdans la gloire de Dieu le

Sson Père.

2,11 Jésus Seigneur Ac 2,36; Rm 1,4; 10,9; 1Co 12,3; Col 2,6; Ap 19,16 gloire de Dieu Is 42,8

2,12 Ainsi, mes bien-aimés, comme vous avez toujours obéi

non seulement en ma présence

Slorsque je suis proche

mais bien plus maintenant en mon absence,

Sque je suis loin,

avec crainte et tremblement, œuvrez à votre salut

2,12d crainte et tremblement Ps 2,11 ; 1Co 2,3; 2Co 7,15; Ep 6,5; 1P 1,17
Byz V TR Nes
S

2,13 car c’est Dieu qui opère en vous

à la fois le vouloir et le faire selon sa bonne volonté.

13 ...

2,13 dessein bienveillant Mt 11,26; Lc 2,14; Ep 1,5.9 2,13a Dieu qui opère en vous Ph 1,6 ; 2Co 3,5 ; Ep 2,10 ; 3,20 ; 1Th 2,13 ; He 13,21

2,14 Et faites toutes choses sans murmures ni hésitations

14 ...

2,14 murmures et discussions 1Tm 2,8
Byz V S TR Nes

2,15 afin que vous soyez irréprochables et intègres,

enfants de Dieu irrépréhensibles

au milieu d'

Shabitant dans une génération tortueuse et pervertie

parmi laquelle vous brillez

Sapparaissez comme des flambeaux dans le monde,

2,15 intègres Rm 16,19 Être irréprochable pour le jour du Seigneur 1Co 1,8; 1Th 3,13 luminaires dans le monde Dn 12,3; Mt 5,14ss génération.pervertie Dt 32,5 ; Mt 17,17 ; 12,39 ; Ac 2,40
Byz V TR Nes
S

2,16 étant attentifs à la parole de vie

pour ma fierté

Vgloire au jour du Christ

car je n’aurai pas couru en vain

ni peiné en vain.

16 Que je sois pour eux un lieu de vie

pour ma fierté en vue du jour du Christ

car je n’aurai pas couru en vain

ni peiné en vain.

2,16 la parole de vie Ac 5,20 jour du Christ 1,10 Fierté de l’Apôtre 1,4; 1,26; 1Co 15,31; 2Co 1,14; 5,12; 1Th 2,19 couru en vain Is 49,4 ; 65,23 ; Ga 2,2 ; 4,11 ; 1Th 3,5

2,17 Et même si je sers de libation

Vje suis immolé pour le sacrifice et le service de votre foi

je m’en réjouis et vous félicite tous

17 ...

2,17 libation Ex 24,6ss; 2Co 12,15; 2Tm 4,6; He 9,19 service 1,24s
Byz V S TR Nes

2,18 de même, vous aussi, soyez joyeux et réjouissez-vous avec moi.

2,19 J’espère dans le Seigneur Jésus vous envoyer bientôt Timothée

afin que moi aussi je sois réconforté en apprenant ce qui vous concerne,

2,19 Timothée Ph 1,1 ; Ac 16,1 ; 1Co 4,17 ; 16,10 ; 2Co 1,1 ; 1Th 3,2.6 ; He 13,23
Byz V TR Nes
S

2,20 car je n’ai personne d'autre de même sentiment : lui se préoccupera sincèrement de ce qui vous concerne.

20 Car je n'en ai pas d'autres ici comme moi, qui se préoccupera sincèrement de ce qui vous concerne.

Byz V S TR Nes

2,21 Tous en effet cherchent leur propre intérêt non ceux de Jésus Christ

VJésus-Christ.

2,21 Prédicateurs concurrents Ph 1,15-17 ; Ga 1,7

2,22 Mais vous connaissez sa valeur éprouvée

car comme un enfant envers son père, avec moi, il s'est mis au service de l’Évangile.

2,22 Hommes de valeur 1Co 16,16 Paternité de l’Apôtre 1Co 4,14-17; 2Co 6,13; 12,14; Ga 4,19; 1Th 2,11; 1Tm 1,2.18; Tt 1,4; Phm 10
Byz V TR Nes
S

2,23 J’espère donc l’envoyer

Vque je l’enverrai dès que j’aurai aperçu

Vvu ce qu'il en est de moi

23 ...

2,24 et j’ai confiance dans le Seigneur que moi

Vmoi-même aussi j'irai bientôt.

Vje viendrai vers vous bientôt.

24 ...

2,24 Retrouvailles Ph 1,25-26

2,25 J’ai estimé nécessaire vous envoyer Épaphrodite, mon frère, collaborateur et compagnon d’armes

mais aussi votre apôtre et ministre en ma nécessité,

25 J’ai estimé nécessaire vous envoyer Épaphrodite, mon frère, assistant et collaborateur

mais [aussi] votre apôtre et ministre en ma nécessité,

2,25 L’apostolat comme service militaire 1,27; 4,3; Rm 15,30; Phm 2 Épaphrodite 4,18
Byz V S TR Nes

2,26 puisqu’il désirait vous voir tous et était anxieux

car Sil savait que vous aviez entendu qu'il était malade.

2,27 Et de fait, il a été malade, bien près de la mort

mais Dieu lui a fait miséricorde

non pas seulement à lui, mais à moi aussi,

afin que je n’aie pas tristesse sur tristesse.

Byz V TR Nes
S

2,28 Avec plus d'empressement donc je l'ai envoyé

afin que l'ayant vu vous vous réjouissiez encore

et que moi, je sois sans tristesse.

28 ...

2,29 Recevez-le donc dans le Seigneur avec toute joie

et tenez de tels hommes en honneur.

29 ...

Byz V S TR Nes

2,30 Car à cause de l’œuvre du Christ il a approché la mort,

livrant son âme

Nesayant risqué sa vie

Byz TRsans aucune considération pour sa vie

Sayant méprisé sa vie,

afin de compenser l'insuffisance de votre service à mon égard.

2,30 jusqu’à la mort 2,8 Soutien de l’Apôtre 4,10-20; Rm 12,13; 1Co 9,11; 2Co 8,14; 11,8s

Propositions de lecture

1,1–30 Communion entre l'Apôtre et les fidèles dans la nouvelle cité

Structure

  • Praescriptum (v.1-2). La salutation initiale prépare le développement futur en usant d’un qualificatif inhabituel pour Paul : « esclave » (Procédés littéraires Ph 2,1a).
  • Prologue (v.3-11) : captatio benevolentiae (v.3-8) et prière conclusive (v.9-11). Paul met en valeur la communion (y compris financière : Procédés littéraires Ph 2,5.7d ; Procédés littéraires Ph 2,1–11) des Philippiens à son action missionnaire et y reconnaît l’œuvre de Dieu. Avec la communion, Paul introduit les autres thèmes de l’épître : la joie, l’Évangile et l’attitude juste du chrétien (Vocabulaire Ph 2,7a). L’agir chrétien, informé par la charité (Tradition chrétienne Ph 2,9b), est mis dans sa perspective eschatologique.
  • Nouvelles biographiques (v.12-26). Paul informe les Philippiens du détail de la captivité tout en donnant aux événements leur sens théologique. Paul dépeint le cœur de l’Apôtre, déterminé par la charité, considérant d’abord le bien de ceux à qui il est envoyé. Décrivant sa lutte, il prépare les Philippiens à comprendre son exhortation à la résistance face aux persécutions (v.27), combat (Procédés littéraires Ph 2,27d) où l’unité de la communauté est fondamentale (v.28). 
  • Exhortation générale à vivre conformément à l’Évangile (v.27-30).

Traits remarquables

Ce ch. introduit deux traits caractéristiques de l'épître :

  • l’insistance sur l'exemple à donner et à suivre. L’Apôtre invite les Philippiens à imiter des modèles : Jésus et lui-même, Paul. À cet effet, il décrit sa situation avec soin ;
  • le recours aux lieux communs de la cité pour illustrer la vie de la jeune Église et à ceux du stoïcisme (Textes anciens Ph 2,4c) pour décrire la vie du chrétien.

2,1–30 Présentation générale

Sujet

Paul propose aux Philippiens un itinéraire fondé sur l’exemple du Christ. 

  • Cet exemple, exposé dans une prose rythmique qui fécondera tout le développement christologique, est introduit par une première exhortation qui place le Christ au cœur de la vie de la communauté. Les rapports fraternels de →Communion trouvent leur dynamisme dans cet abaissement réciproque les uns vis-à-vis des autres, appel audacieux à une époque où l’humilité est considérée comme une faiblesse.
  • La seconde exhortation fait écho à l’exemple du Christ par l’invitation à obéir. Elle considère l’enjeu de cet itinéraire. La vie chrétienne est réalisation du salut, dans une attitude illustrée par une lecture typologique de l’AT.
  • Paul annonce alors la visite de Timothée et Épaphrodite dont la conduite est précisément modelée sur celle du Christ, ceux-ci étant décrits comme d’authentiques serviteurs, prêts à risquer leur vie.

Structure

  • exhortation (v.1-5)
  • exemplum du Christ (v.6-11)
  • exhortation au salut (v.12-18)
  • recommandation de Timothée et Épaphrodite (v.19-30)

2,7 La « kénose » : aux origines d'un thème théologique majeur Il ne faut peut-être pas chercher dans ce texte poétique un exposé théologique rigoureux ni préciser excessivement le sens de la « kénose » à partir du contexte. L’« anéantissement » désigne avant tout l’incarnation : c’est le Seigneur préexistant qui, en assumant la nature humaine, « se réduit à rien ». Une fois devenu homme, le Christ est soumis à la mort, même si celle de la croix est particulièrement cruelle. 

Le sujet de ekenôsen n'est pas le Christ incarné, mais le Seigneur préexistant que l'assomption de la nature humaine ''réduit à rien'' ; expression légitime à une époque où l'on n'avait pas encore défini qu' ''Il'' avait une seule Personne et deux natures. Le meilleur parallèle est 2Co 8,9  : 'eptôcheusen plousios ôn. Il se fit pauvre, quoiqu'il fût riche » ( →Spicq 1982, 402s).

Texte

Critique textuelle

1,8b languis Traduction littérale « désirer », « regretter l’absence de quelqu’un ou quelque chose ».

1,10b irréprochables Traduction littérale « qui ne fait pas trébucher », « qui ne provoque pas de scandale ».

1,11 louange Variantes

  • D* : pour la gloire et la louange du Christ ;
  • P46 : pour la gloire de Dieu et ma louange ;
  • F G Ambrosiaster : pour ma gloire et ma louange.

1,16s Ordre inversé des versets Certains manuscrits, à l'image de ceux du texte byzantin et du Textus Receptus que nous suivons ici, donnent un ordre des versets inverse par rapport à la Vulgate et Nestle Aland (ainsi que la plupart des manuscrits les plus anciens tels que P46, א, A, B, D et la tradition latine) et non attesté avant le VIe siècle.

1,22a fruit du labeur Littéralement « fruit d’œuvre » (Ps 104,13 [Ps-G 103,13]). Paul considère la fécondité d’un apostolat futur et non le désir de voir le fruit de son apostolat passé.

2,5 en effet Omission dans א A B D Y 33 81. Sa présence attestée chez de nombreux témoins souligne le lien entre cette exhortation et ce qui précède. Ce pourrait être donc un ajout ultérieur (lectio facilior).

2,7b hommes Variante P46 : homme (au sg.).

2,7c reconnu Traduction littérale « trouvé ».

2,9b un Ou « le » ? (Variantes) L’art. devant onoma spécifie qu’il s’agit du nom divin.

  • L'art. est absent de D F G Ψ 075 0278 et de nombreux pères.
  • Les principaux manuscrits l’indiquent : P46 א A B C 33 1175 1739. 
  • TR est identique à Byz.
  • V et surtout S peuvent être lus au sens défini comme au sens indéfini.

2,11a confesse Conjecture

  • P46 א B lisent le subj. valorisant la finalité ;
  • de nombreux autres, A C D F G Ψ, nombreux minuscules, lisent l'ind.

2,12a comme Omission dans B 33 1241, dans quelques manuscrits de V et dans l’Ambrosiaster.

2,13a Dieu L’article est présent uniquement en D Ψ Byz et TR.

2,15a afin que vous soyez Ou « soyez ! » (Conjecture) P46 A D* F G et des manuscrits latins lisent un impératif.

2,19a Seigneur Jésus Addition C D* F G 630 1739 1881 et quelques manuscrits coptes ajoutent : Christ.

2,30a Christ Variante א A P Ψ 33 81 104 365 1241 et quelques manuscrits syriaques et coptes lisent Seigneur.

2,30b sans aucune considération : Byz TR (parabouleusamenos) | Nes : ayant risqué (paraboleusamenos) L'option de Nes se trouve dans P46 א A B D F G 365 1175 et quelques manuscrits coptes.

2,30c compenser Traduction littérale (anapleroô) « compléter », « mener à son terme ».

Vocabulaire

1,6c parachèvera Connotation Le verbe epiteleô signifie litt. « accomplir », « mener à son but (epi-telos), à son accomplissement ».

1,7a penser Terme favori de Paul Le verbe phroneô, employé fréquemment par Paul dans Ph (Ph 1,7 ; 2,2[x2].5 ; 3,15[x2].16.19 ; 4,2.10[x2]), désigne la faculté de juger et de sentir, mais renvoie aussi à la volonté, à l’opinion, aux dispositions intérieures. Les parallèles sémantiques existant entre v.3-5 et v.7 montrent que le verbe intègre la prière, la mémoire, les souffrances, les finances et la communion à la mission.

V traduit tantôt par sapere (« goûter », « apprécier »), tantôt par sentire (« éprouver », « juger », « avoir telle intention »), y compris en cas de double occurrence dans le même verset (Ph 2,2 ; 3,15).

1,7c l'affermissement Connotations Le mot bebaiôsis évoque consolidation, garantie, authentification, ...

1,9b acuité Hapax NT Gr : aisthêsei, litt. « perception » ; la capacité à percevoir et estimer une situation précise, le tact. Cf. G-Pr 5,2 ; 14,7 ; 15,7.

1,9b connaissance spirituelle Le substantif epignôsis signifie « connaissance » spirituelle : capacité à reconnaître le bien, à discerner. C’est un fruit de l’action de l’Esprit dans le croyant. V traduit par scientia, notitia, cognitio, agnitio, etc.

1,11 comblés Registre comptable L’acception comptable de peplêrômai se retrouve en Ph 4,18. Procédés littéraires Ph 2,5.7d

1,11 des fruits Nuance financière Le nom karpos (« fruit », « profit ») revêt ici une acception nouvelle (« dividendes » ou « profit financier ») qu’attestent certains dérivés (karpeia, karpizomai). La conclusion de l’épître vient d’ailleurs l’appuyer : Ph 4,17 « je recherche les dividendes (karpon) qui débordent sur votre compte (eis logon humôn) ». →Vocabulaire financier

1,12b progrès Sens concret, puis moral Prokopê terme rare dans G (2M 8,8; Si 51,17) et le NT (Ph 1,12.25; 1Tm 4,15), du grec tardif, décrivant au sens propre le travail des pionniers dégageant la route devant l’armée et préparant ainsi son avancée d’où le sens figuré d’avancement, de progrès. C’est un concept central du stoïcisme décrivant le progrès moral de l’individu dans la vertu. Textes anciens

1,14b dire + la parole — Expression unique chez Paul lalein ton logon (présente en Ac 4,25 ; 8,29 ; etc.), comprise selon le contexte des v. suivants, elle exprime ici la proclamation de l’Évangile.

1,15b bonne volonté Substantif spécifiquement biblique eudokia est formé sur le verbe eudokeô, « éprouver du plaisir, se complaire, choisir, décider ». Dans G, il traduit le plus souvent rāçôn, exprimant la eudokia de Dieu. Dans un sens personnel comme ici, il exprime la bonne volonté, l'élan du coeur (Rm 10,1; 2Th 1,11). Dans un contexte théologique, ce terme exprime la volonté divine de salut pour l'humanité (Lc 2,14; 10,21; Ep 1,5.9; Ph 2,13). Le verbe décrit l'amour du Père pour le Fils (Mt 3,17; 12,18; 17,5; Mc 1,11; Lc 3,22). 

1,19a salut Sens eschatologique Constant chez Paul. La reprise de G-Jb 13,16 évoquant le jugement devant le tribunal divin confirme cela.

1,20a vive attente Grec chrétien, terme rare dans le NT Apokaradokia (ici et Rm 8,19), non attesté en dehors de la littérature chrétienne. La majorité des Pères l'interprète comme une forme intensive de karadokia, une expression forte de l'attente. Il exprime une attente dans un contexte angoissant ou difficile. Ce pourrait être l'expression de la connotation émotionnelle de l'espérance.

1,20c assurance Parrêsia est formé par l'association de pan et rêma, « toute parole », d'où le sens de tout dire sans crainte. Ce mot connote la confiance. Paul traduit ainsi l'absence de peur, la liberté de parole dans l’annonce de l’Évangile (2Co 3,12; 7,4; Ep 3,12; 6,19; Phm 1,8).

1,21 gain Kerdos : le Christ est le gain qui se substitue à tous les autres gains qui faisaient la fierté de Paul (Ph 3,7). L'Apôtre fait ici écho à un lieu commun de la culture hellénistique (Textes anciens Ph 2,21).

1,22a chair Sens double chez Paul Sarx peut désigner :

  • le corps dans sa fragilité (Rm 2,28; 2Co 4,11; Ga 4,14), la vie mortelle (sens à retenir ici) ;
  • dans un sens négatif, la condition humaine soumise au péché (Rm 7,3; 8,8).

1,23a pressé Terme rare Sunechomai est peu fréquent chez Paul (2Co 5,14). Forme moyenne de sunechô, « tenir ensemble » d'où « serrer, comprimer ». Il traduit l'oppression subie par l'Apôtre confronté au dilemme.

1,27 luttant ensemble Connotation athlétique ou militaire Sunathlountes formé de athlein, « lutter, prendre de la peine » et sun, « ensemble ». Paul peut faire référence soit aux combats de l'arène, soit, plus vraisemblablement, au contexte militaire. Il évoque ici la communion entre les Philippiens dans l'adversité. En Ph 4,3, ce verbe traduira la collaboration entre Paul, Évodie et Syntychè.

1,27a en citoyens Terme rare Dans tout le NT, politeuesthai est employé seulement ici et en Ac 23,1. Procédés littéraires Ph 2,27a

1,27d Esprit Sens double Pneuma peut renvoyer à l'esprit humain ou à l’Esprit Saint.

  • Le premier sens est inhabituel chez Paul alors qu'il invite par ailleurs à « être ferme dans le Seigneur » (Ph 4,1).
  • L'Esprit Saint est source d’unité de force pour l’action. Il est le principe de communion pour la communauté (Ph 2,1 ; 1Co 12,13 ; Ep 2,18 ; 4,4).

1,28a effrayés Hapax biblique Pturomenoi.

1,28b démonstration Terme rare Endeixis figure peu dans le NT (Rm 3,25s; 2Co 8,24). Le mot désigne l'action de montrer, la démonstration, la preuve. Ce terme peut avoir un sens juridique, mais c'est peu vraisemblable ici. Textes anciens Ph 2,28 Tradition chrétienne Ph 2,28

2,1a consolation divine ou humaine ? C'est habituellement un acte divin, mais pouvant ici se manifester par les relations fraternelles. Comprise en un sens interpersonnel, elle est alors traduite par « exhortation », autre sens possible (Rm 12,1; 15,30; 16,17; 1Co 1,10; 4,16; 16,15; 2Co 10,1; Ph 4,2; 1Th 4,1; 5,14).

2,1b encouragement Hapax NT

  • En grec, paramuthion (« consolation dans le sens d’un apaisement »). La même racine en forme verbale signifie « parler amicalement à quelqu’un pour l’apaiser » (par contraste avec paraklêsis, qui désigne la « consolation dans le sens d’un encouragement »). Après le passé avec la consolation, Paul considère le présent.
  • S : mml’ blb’, litt. « un remplissement dans le coeur ».
  • V : solacium, « soulagement ».

2,1d entrailles de commisération divine ou humaine ?

  • Splagchna kai oiktirmoi, lat. viscera et miserationes, litt. « des entrailles et des compassions/miséricordes ».
  • S : rwḥp’ wrḥm’, « une tendresse et des miséricordes ». rwḥp’ est parfois employé pour dire « une descente de l'esprit » (notamment dans les sacrements, d'après S-Za 12,10), et rḥm’ provient évidemment du mot « entrailles ».

Cette expression renvoie habituellement à une attitude divine dans le NT (Rm 12,1; 2Co 1,3). Elle peut aussi qualifier les relations au sein de la communauté. Les deux sens ne s’opposent pas nécessairement, la charité intra-communautaire étant le fruit de l’action de Dieu.

2,2c unis d’âme Hapax G et NT Sumpsuchoi, adj. exprimant l’unité dans la pensée.

2,3a vaine gloire Hapax NT Kenodoxia : la vaine gloire, s’oppose à la gloire de Dieu, dont le Christ hérite (v.11).

2,6a ayant de fait (Gr) Connotation Huparchô, dans le NT, indique une situation de fait, naturelle ou acquise (Ph 3,20 ; Rm 4,19 ; 1Co 11,7.18 ; 12,22 ; 13,3 ; 2Co 8,17 ; 12,16).

2,6a forme Ambivalence sémantique : apparence ou essence ?

Morphê 

Le terme morphê se rencontre dans le grec classique pour évoquer le corps humain et sa beauté. Dans le domaine des artefacts, il s'applique aux statues, pas aux images.

  • Morphô, « la beauté », est un nom d’Aphrodite. Morphôma est la forme, la figure extérieure. Il est souvent employé pour les statues. Il implique une forme tridimensionnelle. Un enfant est formé (morphoô) dans le sein de sa mère (Ga 4,19).
  • La Loi est l’expression (morphôsis) de la connaissance et de la vérité (Rm 2,20).
  • Le chrétien est appelé à être conformé (summorphizô) au Christ dans sa mort (Ph 3,10) pour que son corps devienne conforme (summorphos) au corps de gloire du Christ ressuscité (Ph 3,21).

Le recours au vocabulaire renvoyant à la perception extérieure du comportement du Christ (Vocabulaire Ph 2,7bc) va dans le sens de la fonction d’exemple de ces v. bien mis en valeur par la tradition chrétienne (Tradition chrétienne Ph 2,1–11).

Un substrat sémitique ?

Si morphê (V : forma ; S : dmwt’ , litt. « ressemblance ») dénote l’extériorité, le modelé, il renvoie aussi à la réalité sous-tendue par cette dimension apparente. C'est d'autant plus possible si l'on admet sous le terme grec un substrat hébreu ou araméen tel que dmwt ou çelem (cf. Gn 1,26).

La distinction entre morphê et schêma

  • Schêma renvoie à la simple apparence extérieure quand morphê implique, outre l’extériorité, une dimension intérieure (Vocabulaire Ph 2,7). Cf. Rm 12,2 et Ph 3,21 où la transformation extérieure exprimée par des composés de schêma, suschêmatizô et metaschêmatizô, résulte d’une transformation intérieure exprimée par metamorphoô et summorphos.
  • La forme de Dieu, morphê theou, est ainsi la manifestation visible de sa divinité.

La ressemblance avec eikôn

La signification de ce mot est presque identique à celle d' « image » (eikôn) et les deux termes sont utilisés dans G de manière interchangeable ; la « forme de Dieu » est donc synonyme d' « image de Dieu », qui est le qualificatif attribué à Adam (Gn 1,27 ; 1Co 11,7) et au Christ (2Co 4,4).

Morphê ressortit de fait au vocabulaire de l'apparition divine dans le judaïsme du second Temple (Littérature péritestamentaire Ph 2,6a). Cela préparait l’interprétation dogmatique (christologique) qu’en ferait la tradition chrétienne (Tradition chrétienne Ph 2,6a).

2,6b égal De condition ou de traitement ?

  • En grec, la forme adverbiale rare de l’adj. isos, « égal, équivalent à », traduit non l’égalité de condition (= être égal à) mais l'égalité de traitement, de dignité reconnue que Jésus aurait pu revendiquer dans son existence humaine.
  • S semble proclamer plus explicitement la simple divinité du Christ, p.ê. en raison de contestations dans l'environnement culturel des destinataires de la Peshitta.

2,7a esclave Ou « serviteur » ? Cette autre traduction, tout aussi légitime, renverrait plus explicitement à la figure du serviteur d’Isaïe (Intertextualité biblique Ph 2,7b).

2,7c figure Connotation « Figure » traduit schêma qui désigne l’apparence extérieure (Vocabulaire Ph 2,6a) ; cf. 1Co 7,31. V lit habitu inventus ut homo.

2,9a exalté Connotation divine Huperupsoô, utilisé dans G presque toujours pour Dieu (Ps-G 96,9 ; Dn 3), exprime l’attribution au Christ par Dieu de la seigneurie universelle sur l’univers.

2,9b donné Connotation de gratuité Echarisato, litt. « faire grâce, donner gratuitement ».

2,9b nom Bien plus qu’un appellatif le →Nom participe, de quelque manière, de la réalité qu'il vise. On touche ici à l'un des fondements juifs (Littérature péritestamentaire Ph 2,9b) les plus anciens de la christologie (Tradition chrétienne Ph 2,9b). 

2,10b dans les profondeurs Hapax biblique

  • = monde des défunts et des puissances souterraines. 
  • V : infernorum, « des enfers ».
  • S : ltḥt mn ’r‘’, litt. « sous la terre ».

La triade désigne tout le créé : les êtres angéliques, le monde terrestre, les défunts et les puissances souterraines.

2,11a confesse Connotation scripturaire Ce verbe traduit une profession de foi publique, cohérente avec Is 45,23. Autre traduction possible « reconnaître, admettre ».

2,12c absence Hapax biblique apousia.

2,15a intègres Connotation de pureté akeraioi exprime l’absence de mélange, l’intégrité intérieure de la personne. Autre traduction possible : « pur ».

2,16a étant attentifs Connotation intensive epechô traduit une attention soutenue.

2,17a service Connotation ? Leitourgia renvoie à tout type de service. Le vocabulaire sacrificiel lui donne une connotation cultuelle (Procédés littéraires Ph 2,15.17).

2,19b réconforté Hapax biblique eupsychô.

2,20 de même sentiment Hapax NT isopsuchos, litt. « d’âme égale », présent en Ps 55,14 (Ps-G 54,14). L’adjectif peut se référer à Timothée (« semblable à lui »), à Paul (« comme moi » ; cf. 1Co 16,10) ou aux Philippiens. Les deux premières solutions sont possibles, la troisième serait pléonastique.

2,20 sincèrement Hapax traduisant la sincérité de l’intention de Timothée.

2,27a bien près Hapax biblique paraplêsion, adv. ; les tournures de V et S sont courantes.

Grammaire

1,3 mémoire Construction inhabituelle Litt. « pour toute la mémoire de vous », tous les souvenirs au sujet des Philippiens. Cette construction rare chez Paul est généralement comprise « en toute occasion où je fais mémoire de vous » (gén. objectif).

1,14a dans le Seigneur Construction ambivalente L'expression peut aussi être attachée à « frères », mais cela serait redondant.

1,18a Quoi donc ? Question elliptique Ti gar indique une cause ou une raison. Ici, cette expression a la valeur d'une interjection en réaction à ce qui précède. Paul considère sans importance l'intention perverse et se concentre sur le résultat positif : l'Évangile est annoncé.

1,21 vivre ...mourir — Zeugme Phrases nominales.

1,27 foi de l’Évangile Construction ambiguë Pistis tou euaggeliou peut signifier, suivant la valeur que l'on donne au gén. : 

  • la foi qui vient de l’annonce de l’Évangile (gén. subjectif) ;
  • la foi qui a pour objet l’Évangile (gén. objectif) ;
  • la foi qui est l’Évangile (gén. épexégétique).

1,28b ce Antécédents divers Hêtis au féminin peut renvoyer à différents antécédents : la foi (v.27), la persécution dont les chrétiens sont l’objet (v.28ss), l’unité des croyants dans l’adversité (v.27-28a).

1,28b pour eux Construction ambiguë pouvant dépendre de « démonstration » (signe pour eux de perdition) ou de perte, la résistance des chrétiens étant le signe de la destruction à venir des persécuteurs.

1,28d cela est de Dieu Ellipse du verbe. Le « salut » et la « perte » sont le résultat de l'action divine.

2,1c de l’Esprit Génitif polysémique L'expression peut avoir trois sens en fonction de l’interprétation du cas génitif :

  • la communion opérée par l’Esprit Saint (gén. subjectif) ;
  • la communion au même Esprit reçu en partage (gén. objectif) ;
  • la communion spirituelle entre les chrétiens (gén. de qualité), sens compris par V societas.

2,5 entre vous Ou « en vous » (ambiguïté)

  • en humin peut être traduit « en vous » (sens personnel). Les v.3-4 recommandent le sens communautaire.
  • Même interprétation possible en V : in vobis.
  • S traduit bnpškwn : « en votre âme ».

2,7a prenant Fonction explicative : « pour prendre » ? Ce part. aoriste explicite ce que signifie « se vider », tout comme les deux aoristes successifs « étant rendu » et « reconnu ».

2,7b étant Ambiguïté à fort contenu théologique Le part. de ginomai (« devenir ») pourrait aussi se traduire « devenant ». 

  • Cette traduction présupposerait la préexistence au v.6 et le participe décrirait l’incarnation.
  • Cette hypothèse semble contredite par le caractère exemplaire des v.6-8 : le comportement du Christ y est montré aux fidèles comme un modèle à imiter.

2,8b mais L’adverbe est mis pour de, qui renforce le mot précédent.

2,10a de Jésus = gén. possessif.

2,12d L’impératif en fin de phrase commande les propositions (12cd) qui le précèdent et le préparent.

2,16a de vie = gén. objectif, la parole donne la vie.

2,17a de votre foi = gén. épexégétique.

2,28a envoyé = aoriste épistolaire.

Procédés littéraires

1,1–11 Inclusion avec Ph 4,10-20 Le thème de la communion/collaboration et le →vocabulaire financier ouvrent et terminent la lettre. Les Philippiens ont investi dans les souffrances de Paul et dans ses activités missionnaires : ils sont donc associés dans ses « affaires » !

1,4c joie Thème récurrent La joie est une des notes caractéristiques de cette épître : Ph 1,18.25 ; 2,2.17-18.28-29 ; 3,1 ; 4,1.4.10.

1,5.7d communion + associés — Isotopie du thème financier Le double sens du mot koinônia (« partenariat » et « communion ») ouvre une isotopie du thème des « finances », développée tout au long de la lettre (cf. Ph 4,14-19).

  • Elle se fonde sur l’idée du « partenariat spirituel » (cf. Ph 1,5 koinônia ; Ph 1,7 sunkoinônous ; Ph 4,14 sunkoinônêsantes ; Ph 4,15 ekoinônêsen) et l’image du compte courant (Ph 4,15 logon doseôs kai lêmpseôs « un compte de débit et de crédit » ; cf. Ph 4,17).
  • Cette image est annoncée dès Ph 1,11 (le verbe peplêrômenoi « ayant reçu pour solde de tout compte », et le substantif karpon « dividendes » ; cf. Ph 4,18 peplêrômai « je me déclare entièrement remboursé », et Ph 4,19 plêrôsei « il règlera la facture »).

→Vocabulaire financier

1,5 dans l’Évangile Synecdoque désignant toutes les activités et les fruits liés à l’évangélisation.

1,5 depuis + jusqu’à — Mérisme qui met en valeur la qualité de la communion.

1,8a témoin Appel à témoin C'est la figure la plus efficace en faveur de la bonne foi de l’auteur.

1,11 ; 4,19a comblés + comblera — Ironie et inversion des rôles

Paul use fréquemment de l'isotopie financière dans ses lettres

→Vocabulaire financier

Paul débiteur

Paul se présente ici d’abord en débiteur qui règle ses dettes (Ph 1,11 litt. « afin que vous soyez pleinement remboursés [peplêrômenoi] »). Les Philippiens ont en effet subvenu aux besoins de l’Apôtre en vertu des bons offices d’Épaphrodite (Ph 2,25 litt. « [que vous avez] délégué pour venir en aide [leitourgon] à mes besoins » ; cf. Ph 4,16).

Paul créancier

Mais dans la suite de l’épître, à travers l’image du compte courant ici amorcée, dettes et créances vont mystérieusement changer de bénéficiaire (Ph 4,15 « aucune autre Église que vous n’a pris part au partenariat spirituel de ce compte de débit et de crédit [logon doseôs kai lêmpseôs] »). Paul recherche au fond la richesse spirituelle des habitants de Philippes, eux qui sont en fait ses débiteurs (Ph 4,17). Si l’Apôtre se déclare finalement comblé par leurs contributions pécuniaires (Ph 4,18 peplêrômai), ceux-ci seront à leur tour remboursés par Dieu (Ph 4,19 « Mon Dieu règlera la facture [plêrôsei] de tout ce qui vous manque, selon sa richesse, dans la gloire, dans le Christ Jésus »).

1,12b.25b progrès Inclusion Même terme, même construction eis prokopên. Tout ce que Paul a subi dans le passé contribue au progrès de l’Évangile, tout ce qu’il fera contribuera au bien des Philippiens.

1,20c corps Métonymie Sômati (« corps ») renvoie à toute la vie de Paul.

1,20d vie + mort — Énumération complexe Relevant à la fois du mérisme énumératif, de l'hyperbole et de l'épiphore, elle précise la métonymie précédente et introduit les v.21-24 par une symploque (x...y / x...y : vie...mort / vivre...mourir).

1,21–24 Reversio Paul place en début et fin de la dubitatio (Procédés littéraires Ph 2,23) le bien des croyants, « fruit du labeur » et « nécessaire pour vous », et au milieu son hésitation personnelle : « Que choisir ? » et « je suis pressé des deux côtés ». Ce procédé met en valeur le critère ultime : le bien des Philippiens.

1,21 mourir, un gain Conclusion en forme d’oxymore La formule procède de la dramatisation caractéristique de ces v., qu'elle conclut avec une formule puissante.

1,21 vivre Synecdoque Zên : le verbe renvoie à plus que la vie biologique ou l'ensemble des événements et attitudes constituant une vie humaine.

1,23b partir Métaphore nautique Litt. « larguer les amarres, lever l’ancre, lever le camp (délier les tentes) », métaphore qui évoque la mort paisible, désirée (2Tm 4,6). Théologie Ph 2,23b

1,27bc soit + soit — Parallélisme inégal Le balancement construit par la reprise de eite, « soit », est déséquilibré puisque à venir et voir ne répond que rester absent. Paul introduit ensuite une proposition qui met l'accent sur l'objet de son écoute et de son attention, soulignant ainsi le contenu de la proposition introduite par hoti, « que », qui explicite le v. de la principale, politeuesthe, « vivez [...] en citoyens ».

1,28bc perte + salut — Antithèse C'est l'opposition avec le salut qui définit l'acceptation eschatologique de la perte. Il s'agit de la perte de la vie éternelle auprès de Dieu. Les opposants aux Philippiens combattent Dieu et ne peuvent que connaître la défaite.

1,28d–30 Expolitio explicitant ce qui précède immédiatement. Ce qui vient de Dieu est de croire au Christ et de souffrir pour lui.

2,1 S’il est Anaphore quadruple conférant une tonalité solennelle à l’invitation qui suit et se déploie dans les v.6-11.

2,1d entrailles de commisération Hendiadys et synecdoque déjà évoquées en Ph 1,8.

2,2 Accumulation soulignant l’unité de l’élan des croyants. Cette figure invite à lire « unis d’esprits » avec le colon suivant.

2,6 Reversio Les v.6-7a et 7b-8 forment un parallèle strict. L’abaissement procède en deux étapes : renoncement à l’égalité de traitement, assimilation à la condition humaine jusqu’à l’extrême.

2,6a forme Diaphore Le même mot grec morphê est utilisé au v.7.

2,7a se vida Métaphore énigmatique car rien ne spécifie de quoi le Christ s’est vidé. De nombreuses interprétations furent proposées (Tradition chrétienne Ph 2,7a Théologie Ph 2,7a).

2,7a esclave Caractérisation ambivalente de Jésus Noter le contraste avec le « Seigneur » du v.11.

2,8b mais la mort de la croix Soulignement

Correctio

Ce bref développement souligne le caractère extrême de l’obéissance du Christ par la manière dont il meurt : sur la croix, supplice le plus abject dans la mentalité d’alors (Milieux de vie Textes anciens).

insistance paulinienne

2,9a exalté Écho Huperupsoô rappelle hupo de hupêkoos (v.8) soulignant ainsi le lien entre l’obéissance du Christ et la réponse du Père.

2,9b un nom qui est au-dessus de tout nom Insistance

Épanadiplose

(reprise d’un terme en début et en fin d’une proposition). Cette figure répond à l’abaissement des v.7s.

Désignation indirecte de la divinité de Jésus

Ce nom est celui de « Seigneur », comme le révèle le v.11.

  • Le « nom » est un terme purement fonctionnel, qui ne dit rien de la nature du Christ ; c'est un titre qui est mérité (Rm 14,9).
  • Cependant, en dépit de son usage quotidien et de sa fréquente application au Christ à travers tout le NT, il est décrit comme « au-dessus de tout nom » car le NT l'applique à Dieu.

2,10a.11a tout genou + toute langue — Synecdoque La génuflexion indique l’adoration (Esd 9,5.15 ; Ps 95,6), la langue la confession (Liturgie Ph 2,10). Est ainsi exprimée la totale soumission du créé au Christ.

2,10a Jésus Souffrant « Jésus » seul est utilisé délibérément, en contraste avec le v.11, pour évoquer la figure souffrante et humiliée des v.6-8.

2,10b cieux Métonymie pour leurs « habitants » = puissances angéliques (Col 1,16). Littérature péritestamentaire Ph 2,9b

2,10b aux cieux, sur terre et dans les profondeurs Métonymie La triade désigne les êtres par leur lieu d’habitation. L’esprit de l’auditeur est entraîné au-delà des êtres vivants. C’est toute la création, animée et non animée, qui est embrassée.

2,11b le Seigneur c’est Jésus Christ Anastrophe avec kurios placé devant Iêsous Christos. Elle met en valeur le titre divin. Le retard dans l’identification du nom crée un suspens.

2,15a.17a Métaphore cultuelle

  • « Intègres » (amôma), « verser en libation » (spendomai), « sacrifice » (thusia) et « service » (leitourgia) renvoient au domaine cultuel.

C’est toute la vie des Philippiens qui devient un sacrifice offert à Dieu (Ph 3,3 ; 4,18 ; Rm 12,1 ; He 13,15-16).

2,16c couru Métaphore sportive à laquelle Paul recourt fréquemment pour décrire sa mission apostolique (Ph 3,12-14).

2,21s Comparaison et antithèse entre Timothée et tous.

2,22b un enfant Métaphore de la filiation fréquente chez Paul pour décrire ses rapports d'engendrement dans la foi en l'Évangile avec certains collaborateurs ou certaines communautés (1Co 4,15.17 ; Ga 4,19 ; 2Tm 1,2.18 ; 2,1 ; Phm 10).

2,22b servit Isotopie du service L’emploi de ce verbe fait de Timothée l’illustration du modèle du Christ « serviteur » présenté aux Philippiens en Ph 2,6-11.

2,25a compagnon d’armes Métaphore qui fait allusion aux combats et difficultés rencontrées par l’Apôtre dans sa mission. C’est une métaphore fréquente chez Paul (1Co 9,7; 2Co 10,3s), parlante pour les anciens vétérans habitant Philippes (Procédés littéraires Ph 1,27d).

Genres littéraires

1,3 L’action de grâces est habituelle au début des épîtres protopauliniennes (Rm 1,8 ; 1Co 1,4 ; 1Th 1,2 ; Phm 4). Elle est une reconnaissance des bienfaits reçus et du bienfaiteur qui en est l’origine. Attitude fondamentale de la vie chrétienne, elle fonde l’espérance pour l’avenir. →Vocabulaire de la grâce et du bienfait dans la Bible

1,9ss Prière Fréquentes, ces mentions de la prière de Paul font entrer son lecteur dans le cœur de l’Apôtre (Rm 1,10 ; Ep 1,16 ; Col 1,9).

2,6–11 Éloge (encomium) ou hymne ?

  • Cette prose rythmée relève du genre littéraire de l’éloge (enkômion) à finale éthique.
  • Depuis Lohmeyer 1928, on voit souvent dans ces v. une ancienne hymne liturgique que Paul citerait. Cela ne peut être démontré, la métrique n’ayant aucune correspondance avec l’hymnodie sémitique ou gréco-romaine. Tradition chrétienne Ph 2,5–11

2,20–30 Lettre de recommandation Paul recommande ses collaborateurs en recourant au genre littéraire, classique dans l’épistolaire, du tupos sustatikos (1Co 16,15s pour Stéphanas, 2Co 3,1). Cette recommandation met inhabituellement en valeur non des personnages célèbres, mais d’humbles serviteurs de l’Évangile, témoignant ainsi du renversement des valeurs opéré par le Christ humble et obéissant. Pourrait être présent aussi le genre des nouvelles épistolaires ou celui de la parousie épistolaire.

Contexte

Repères historiques et géographiques

1,5 premier jour Vie des communautés : construction de la mémoire collective Paul fait ici allusion au « jour » de la conversion des Philippiens (Repères historiques et géographiques Ph 2,1b), moment à partir duquel ils ont eu le souci de soutenir matériellement l’action de Paul (Ph 4,15-16).

1,13 prétoire Calque de praetorium. Originellement, ce terme renvoie à la garde prétorienne ou à son siège. Ce terme pouvait aussi désigner le quartier général d’un gouverneur de province.

1,28a adversaires Identification ? Les Philippiens sont confrontés au même combat que Paul. Ces adversaires sont donc probablement des païens.

Milieux de vie

1,8b entrailles Anthropologie antique Organe de perception des sentiments, spécialement de la compassion.

1,27a citoyens romains ? De nombreux habitants de Philippes étaient citoyens romains. La ville bénéficiait du jus italicum et dépendait directement de l’empereur.

1,27a Vivez seulement en citoyens selon l’Évangile Liberté religieuse et empire

  • Adaptation d'une formule politique initiée dès la conquête d’Alexandre le Grand pour gérer le pluralisme ethnique et religieux en laissant les sujets « vivre en citoyens selon leurs coutumes ancestrales ».
  • Revendiquée ensuite par les Juifs de Judée et de la Diaspora pour justifier des exemptions afin de « vivre en citoyens selon le judaïsme ».
  • Dans le contexte d'une communauté religieuse structurée comme un politeuma (Milieux de vie Ph 2,1a Milieux de vie Ph 3,20), il s’agit de rendre possible l’intégration civique en préservant la liberté religieuse. Cf. 3,18. 

2,3b humilité Qualité ou défaut ?

  • Dans la littérature grecque non biblique, c'est plutôt un défaut, quoique la notion d'hubris (« démesure ») soit condamnée par les écrivains. Sans encore parler d’humilité chrétienne, il est une voie de sagesse qui consiste à accepter sa propre mesure et ne pas la dépasser. 
  • Dans G, c'est la vertu de ceux qui se reconnaissent faibles. Le Christ est humble, tapeinos (Mt 11,29).

2,8b la croix Pire supplice de l’Antiquité La crucifixion était un mode d'exécution très répandu dans l'Antiquité pour des peines politiques ou militaires : elle assouvissait les instincts de vengeance des puissants et constituait une force de disuasion sans égale. Considérée comme le supplice le plus cruel, elle était en outre précédée de la flagellation. Plutôt destinée aux esclaves, aux criminels et aux ennemis militaires, elle ne devait normalement pas être appliquée aux citoyens romains, sauf en cas de rébellion contre Rome (→Josèphe B.J. 2,75.241.253.306 ; 3,321 ; 5,449 ; →A.J. 20,102). Textes anciens Ph 2,8b ; →La crucifixion et les Juifs au 1ers.

2,11b le Seigneur c’est Jésus Christ pour la gloire de Dieu le Père VIE DES COMMUNAUTÉS C'est la profession de →foi essentielle au christianisme (Rm 10,9 ; 1Co 12,3 ; Col 2,6).

2,25a Épaphrodite Origine ? Son prénom, dérivé de celui de la déesse Aphrodite, indique l’origine païenne de ce disciple.

Textes anciens

1,4c joie Thème important du stoïcisme, courant philosophique dominant à Philippes La joie est le signe de la sagesse du stoïcien :

  • →Diogène Laërce 7,115-116 « De la même manière que le corps a une inclination à certaines maladies, comme le rhume ou la diarrhée, de la même manière l’âme a de fortes inclinations comme l’envie, l’apitoiement, les colères, et ce qui est semblable. Ils [= les stoïciens] disent aussi que les trois bonnes émotions sont la joie, la prudence et la volonté. La joie, le contraire du plaisir, est une élévation raisonnable, la prudence, le contraire de la peur, une esquive raisonnable, le sage n’éprouvant jamais la peur, mais il fera usage de prudence. Et ils font de la volonté le contraire de la convoitise, la volonté étant un désir raisonnable [...]. Ils disent donc que le sage est sans passions parce qu’il ne peut pas tomber dans de telles infirmités [c.-à-d. les fortes inclinations]. » Tradition juive Ph 2,4c

1,5 communion dans la cité

  • →Aristote Pol. 1,1 (1252a) « Puisque nous voyons que toute cité est une sorte de communauté et que toute communauté est constituée en vue d’un certain bien (car tous font toutes choses en vue de ce qui leur semble être un bien), il est clair que, toutes [les communautés] visent un certain bien, et que le bien souverain est la fin de la communauté qui est souveraine entre toutes et comprend toutes les autres, celle qu’on appelle cité ou communauté politique. »

1,7b je vous porte dans mon cœur L’amitié, lieu commun antique

Source de communion

Importance dans l’adversité

  • →Cicéron Amic. 22-23 « L’amitié allège l’adversité parce qu’elle la partage et qu’elle y fait prendre part. L’amitié renferme donc des avantages très nombreux et très considérables ; mais il en est un par lequel elle l’emporte sur tout : c’est qu’elle fait briller à nos yeux un doux espoir pour l’avenir et ne laisse pas les âmes s’affaiblir et tomber. Car celui qui considère un ami véritable, voit en lui comme sa propre image. Aussi, les absents deviennent présents ; les pauvres, riches ; les faibles, forts ; et, ce qui est plus difficile à dire, les morts sont vivants : tant l’honneur, le souvenir, le regret de leurs amis les accompagne [...]. Supprimez du monde les rapports de bienveillance : aucune maison, aucune ville ne pourra rester debout. »

1,12b progrès Dans le système stoïcien le processus de transformation qui fait passer de l’homme commun à celui de sage se réalise à travers un processus composé de trois étapes.

  • →Sénèque Ep. 75,8 « Les hommes qui sont en progrès sont encore au nombre des insensés, mais séparés d’eux par un vaste intervalle ; et parmi ces premiers même on trouve de grandes différences. Ils se divisent, selon quelques-uns, en trois classes. »

1,21 gain Le topos de la mort comme gain

Lieu commun parmi les philosophes grecs

Socrate présente la mort comme un sommeil sans rêve et y voit un gain :

  • →Platon Apol. 40c-d « alors la mort serait un gain merveilleux ».
  • →Platon Phaed. 62a : Socrate explique à Cébès pourquoi il n’est jamais légitime de se suicider par respect pour les dieux : « si l'on admet que la mort est quelquefois préférable à la vie, il pourra te sembler étonnant qu'alors même on ne puisse, sans impiété se rendre heureux soi-même, et qu'il faille attendre un bienfaiteur étranger. »

Un précédent sémitique

  • →Josèphe A.J. 15,158 rapporte la manière dont les Arabes, face à Hérode qui refusait les négociations, préférèrent la mort à la vie : « Ainsi décidés, ils sortirent des retranchements, mais furent incapables de se battre ; affaiblis de corps et d'âme, ils ne pouvaient fournir une belle résistance ; ils regardaient d'ailleurs la mort comme un bonheur, la vie comme une calamité. Au premier choc il en tomba environ sept mille. »

1,22 La mort chez les stoïciens du temps de Paul La mort peut être considérée comme le fruit d’un choix par les auteurs stoïciens contemporains :

  • →Sénèque Ep. 26,10 « Apprends à mourir ! C’est me dire : apprends à être libre. Qui sait mourir ne sait plus être esclave : il se place au-dessus ou au moins hors de tout pouvoir. Que lui font les prisons, les gardes, les barreaux ? Il a toujours une porte libre. Une seule chaîne nous retient captifs : l’amour de la vie. Il faut non pas le répudier, mais tellement le restreindre qu’au besoin rien ne nous arrête et ne nous empêche de faire résolument et sur l’heure ce que tôt ou tard il faut faire. »
  • →Cicéron Fin. 3,60-61 « Lorsque plusieurs choses sont selon la nature, son devoir est de rester en vie ; lorsque plusieurs lui sont contraires, ou semblent devoir l’être son devoir est de quitter la vie [...]. C’est pourquoi les raisons pour rester en vie ou pour en partir doivent être estimées entièrement en fonction des choses primaires de la nature dont nous avons parlé précédemment. Pour l’homme vertueux, il n’est pas nécessaire de rester en vie par vertu, pour ceux qui manquent de vertu, il n’est pas nécessaire de rechercher la mort. Et très souvent, il est approprié pour le Sage d’abandonner la vie au moment où il connaît un très grand bonheur, si une occasion le rend possible. Car ils [les stoïciens] pensent que le bonheur, qui est vivre en harmonie avec la nature, est l’opportunité de saisir le moment juste. »

1,28b démonstration Sens rhétorique

  • →Galien Hipp. Progn. 3,39 est un exemple parmi bien d'autres d'emploi du mot endeixis en grec hellénistique dans l'acception rhétorique de « démonstration ».

2,6–11 Des connotations subversives dans le contexte ancien ?

Inversion d’un ancien mythe d’ascension et de chute ?

Un mythe ancien de rébellion cosmique, dont il reste des vestiges dans les textes d'Ougarit, est p.ê. à l'origine de plusieurs textes bibliques (Intertextualité biblique Ph 2,6–11 Inversion) auxquels ce passage fait allusion : un souverain a le projet de s'élever par-delà les étoiles du ciel pour devenir comme un dieu, mais il se retrouve précipité plus bas que terre.

Un curieux « parallèle » en Alexandre le Grand ?

Plutarque décrit l'entreprise de domination d'Alexandre le Grand en une longue période structurée en ouk... alla, et usant du symbolisme de l'habit (à propos de sa coutume de s'habiller en Asiate pour gagner la sympathie des peuples conquis) : 

  • →Plutarque Alex. fort. 330 « Ce n'était pas [ou...] en brigand qu'il avait parcouru l'Asie. Il ne voyait pas là une capture [harpagma], une dépouille d'un bonheur inespéré dont il songeât à saisir et à emporter les lambeaux, comme plus tard Annibal considéra l'Italie, ni comme auparavant les Trères avaient considéré l'Ionie, ou bien les Scythes la Médie – non [alla] : il voulait assujettir à un seul mot d'ordre, à une seule forme de gouvernement l'univers entier. C'était pour faire de tous les hommes une nation unique qu'il se costumait [eschêmatizen] de cette manière » (trad. Bétolaud 1870, 2,171).

2,8b la croix Supplice ultime Ce supplice, considéré comme étant réservé aux esclaves, est indigne des citoyens romains, d’où la cruauté de Scipion l’Ancien :

  • →Valère Maxime Fact. dict. 2,7,12 « On n’a jamais montré plus de douceur que ne l’a fait le Premier Africain [Scipion]. Et pourtant, pour raffermir la discipline militaire, il a jugé nécessaire d’emprunter à la cruauté qu’il détestait tellement un peu de son aigreur. La preuve en est qu’après la défaite de Carthage, quand tous ceux qui avaient quitté nos armées pour rejoindre les Carthaginois furent retombés en son pouvoir, il a sévi plus durement contre les Romains que contre les Latins, quand ils étaient passés à l’ennemi. Les premiers en effet, il les a traités comme des déserteurs et il les a fait mettre en croix ; les autres, comme des alliés déloyaux et il les a fait frapper de la hache. Je ne m’étendrai pas davantage sur cette attitude, et parce qu’elle est celle de Scipion et parce que, lorsqu’il s’agit d’un homme de sang romain, même s’il la subit à juste titre, un supplice destiné aux esclaves n’a pas à être brandi comme une insulte, surtout lorsqu’on a la possibilité de passer à des actes qui peuvent être racontés parce qu’ils se sont déroulés sans blesser nos concitoyens. » 

Quoique très répandue, la crucifixion était d'une horreur telle qu'elle est très rarement mentionnée dans la littérature gréco-romaine : le plus souvent pour fustiger des atrocités barbares ou dans le contexte de récits sur des personnages de basse extraction. 

  • →Cicéron Verr. 2,5,168-170 : La crucifixion est la plus cruelle et la plus horrible sentence.
  • →Josèphe B.J. 7,202 décrit le crucifiement comme une souffrance insupportable.
  • →Plaute Mil. glor. 2,4 (Sceledrus, esclave de militaire) : « Ne menace pas tant ; je sais que je dois avoir la croix pour sépulture ; c'est là que reposent mes ancêtres, mon père, mon aïeul, mon bisaïeul, mon trisaïeul. Pourtant tes menaces ne sauraient m'ôter les yeux de la tête. »

La crucifixion est quasi absente des récits mythologiques et n'a guère d'application métaphorique dans le discours moral. Sénèque fait exception, lui qui l'évoque en termes réalistes pour mieux frapper l'imagination des correspondants qu'il cherche à persuader dans ses enseignements moraux :

  • →Sénèque Marc. 20,3 « Je vois chez les tyrans des croix de plus d’une espèce, variées à leur fantaisie : l’un suspend ses victimes la tête en bas ; l’autre leur traverse le corps d’un pieu qui va du tronc à la bouche, d’autres leur étendent les bras à une potence ; je vois leurs chevalets, leurs verges sanglantes, leurs instruments de torture pour mes membres, pour chacune des articulations de mon corps ; mais là aussi je vois la mort. Plus loin, ce sont des ennemis couverts de sang, des citoyens impitoyables ; mais à côté d’eux je vois la mort. La servitude cesse d’être dure, quand l’esclave, dégoûté du maître, n'a qu’un pas à faire pour se voir libre. Contre les misères de la vie, j’ai la mort pour recours. »
  • →Sénèque Ep. 101,13-14 « Il invoque le malheur ultime et désire la plus cruelle des souffrances : être mis en croix et y rester attaché et pour quelle récompense ? Celle d'une vie un peu allongée. Mais qu'est-ce qu'une telle vie ? Rien qu'une longue mort. Se peut-il trouver un homme qui aime mieux sécher dans les tourments, périr membre par membre, et répandre sa vie goutte à goutte, que de l'exhaler d'un seul coup ? Un homme qui, cloué sur ce bois fatal, déjà défaillant, défiguré, les épaules et la poitrine enflées de hideuses papules, ayant déjà, même avant la croix, mille motifs de mourir, aspire à traîner une existence qui entraînera tant de maux ? »

La crucifixion fut abolie par Constantin dans les dernières années de son règne, sous l’influence du christianisme.

Intertextualité biblique

1,11 fruits de la justice Expression biblique figée qui indique l’engagement de l’homme pour une vie juste et sage, ou la récompense correspondante de la part de Dieu (Pr 13,2 ; Am 6,12).

1,23 Immortalité de l’âme Dans l'AT, le juste ne peut être gardé prisonnier de la mort (Ps 17). Dieu rachète son âme (Ps 49,16 ; 72,14). Ps 73,25 rend compte d'une communion avec Dieu au delà de la mort physique. Sg exprime cela dans une terminologie hellénistique (Sg 3,1 ; 4,14). Les auteurs perçoivent une communion de l'âme avec Dieu dans l'éternité, et semblent même envisager parfois une résurrection pour la chair : cf. Ps 1,5 et Dn 12,2s.

2,6–11 Récapitulation poétique et narrative des Écritures ?  Cet « hymne » condense des schémas prégnants de l'Ancien Testament dans une poétique de l’exemplum du Christ adressée aux disciples.

SCÉNARIO Descente et remontée

  • La structure de ce texte (Genres littéraires Ph 2,6–11) est manifestement fondée sur le schéma biblique de l'humiliation (v.6-8) suivie de l'exaltation (v.9-11), selon lequel un juste souffrant est récompensé par Dieu (Ps 49,15-16 ; Si 49,14 ; Ez 21,31 ; Lc 14,11 ; 18,14 ; Mt 23,12 ; Jc 4,10). 
  • Elle est traditionnellement interprétée selon le schéma de la descente et de la remontée de la divinité (Gn 11,5 ; 17,22 ; 28,12 ; Is 55,10-11), selon lequel la kenosis représentait pour le Christ l'abandon de sa gloire divine afin de vivre une vie humaine et de subir la souffrance.

TOPOÏ Inversion de l’hybris royale et motif luciférien

Textes anciens Ph 2,6–11 Inversion ; Tradition chrétienne Ph 2,6b

  • Is 14,12-15 moque la destinée brisée du roi de Bablyone qui s'élevait intérieurement jusqu'au ciel pensant pouvoir se faire semblable au Très-Haut.  
  • Ez 28,2.9 stigmatise semblablement l'arrogance du roi de Tyr qui connaîtra lui aussi la chute (Ez 28,17).  
  • 2M 9,10.12 fustige Antiochus Épiphane de la même façon. 

intertexte avec l’épître aux Hébreux : une poétique de l’exemplum christique pour les disciples ?

Une lecture de cet éloge du Christ à la lumière de He 5,8 (« tout Fils qu'il était, il apprit, de ce qu'il souffrit, l'obéissance » ; cf. Références en marge passim) souligne, non la condition filiale en elle-même, mais la manière dont le Fils est en relation avec le Père. 

  • He 5,5-10 concentre plusieurs éléments évocateurs du récit kénotique, notamment la description du Fils en proie à une grande angoisse d’une part, et la victoire qui couronne sa présence salvifique pour ses « frères » d’autre part. Cependant He ne développe pas de théologie kénotique en termes de « dépouillement », ni d'« incarnation » comprise dans les acceptions de « l’abandon » des attributs divins.

La kénose, dans le contexte d’abaissement de Ph 2,7 et He 5,8, renvoie à la signification intrinsèque de la mort du Christ et à ses implications comme paradigme éthique.

2,7a se vida + esclave — ALLUSION TYPOLOGIQUE au Serviteur souffrant d'Is 53

Le verbe

  • kenoô, « se vider », est probablement construit en référence à Is 53,12 où l’on a une expression très proche : he‘ĕrâ lammāwet napšô. Le verbe hébreu ‘rh signifie « mettre à nu, vider, verser ».
  • Le pronom réfléchi (« il se vida » ; cf. v.8 et Ga 2,20) insiste sur le fait qu'il s'agit d'une décision du Christ. Il a choisi de mourir. Cette façon d'être, à la lumière de l'allusion à Is 53,12, ne peut être que celle du Serviteur souffrant de YHWH, qui est mort pour les autres (Is 53,3.5.7). 

Le substantif

2,7c ALLUSION à Dn ? Litt. « trouvé, quant à l'aspect, comme un homme » (schêmati heuretheis hôs anthrôpos plutôt que l'expression usuelle heuretheis hôs...) pourrait être un calque grec de l'expression kbr-'nš (« comme un fils d'homme ») et ainsi faire allusion au « fils de l'homme » de Dn 7,13. 

2,10a tout genou fléchisse CARACTÉRISATION divine du Christ ? Paul fait allusion à Isaïe et attribue au Christ ce qui est propre à Dieu.

  • Is 45,23 : « Je suis le Seigneur, que tout s'agenouille devant moi au plus haut des cieux et sur la terre. »

L’oracle prophétique annonce la fin de l’exil et la ruine de Babylone, témoignage de la seigneurie de Dieu sur le monde. En Ph 2,10, le futur est devenu présent, les païens reconnaissent la seigneurie de Dieu sur le monde réalisée en Jésus (cf. Rm 14,11). Cette inclusion de Jésus dans l'adoration due à l'Unique semble bien accomplir l'attente eschatologique monothéiste du judaïsme du second Temple. Littérature péritestamentaire Ph 2,6a

2,12d crainte et tremblement Expression vétérotestamentaire figée Cf. Ex 15,16; Dt 2,25; Jdt 2,28; 15,2; 1M 7,18 : ce syntagme dénote soit une peur paroxystique, soit la crainte en présence de l’action de Dieu.

2,14 murmures Allusion à l’Exode goggusmos, dans G, décrit l’attitude rebelle du peuple d’Israël durant sa marche dans le désert contre Moïse et Aaron, et contre Dieu (Ex 16,7ss.12; Nb 17,20.25; Si 46,7).

2,15c génération tortueuse et pervertie Allusion à Israël infidèle L'expression renvoie indirectement à G-Dt 32,5, passage caractérisant Israël comme peuple corrompu ayant oublié son Dieu.

Littérature péritestamentaire

1,7s La compassion demeure dans le cœur miséricordieux :

  • →T. Zab. 8,2 « Dans les derniers jours, le Seigneur envoie sa compassion sur la terre, et à chaque fois qu’il trouve un cœur miséricordieux, il y fait sa demeure. »

2,9b nom Spéculations juives sur le n/Nom La réflexion sur le Christ s'est faite dans le contexte d'intenses spéculations juives sur le →Nom :

Réception

Comparaison des versions

1,11 comblés des fruits : Byz TR V | Nes : sens métaphorique ou sens propre ?

  • Le complément étant au gén. (karpôn) ou à l’abl. (fructu), Byz, TR et V y lisent un passif divin.
  • Nes (P46 א A B D etc.) retient un complément à l’acc., qui introduit une métaphore financière : pleroô + acc. = « payer un dû, régler un compte ».

1,16s Byz et TR : inversion de l’ordre des versets Byz et TR ont inversé l'ordre des v.16 et 17 pour reproduire l'ordre du v.15.

2,5 ressentez (V) Connotation Les traductions anciennes de la Vetus Latina ont essayé existimate, sapite et sentite, retenu par V. Elles apportaient par là une dimension sensorielle à la description de la vie en Christ : Tradition chrétienne Ph 2,5a.

2,11b dans la gloire (V)

  • « Dans » est proposé par V.
  • Ce peut être la juste traduction liée à l’affaiblissement du dat. et l’emploi indifférent du dat. et de l’acc. avec certaines prépositions dans le grec koinè.

La gloire du Christ s’inscrit ici dans la gloire divine et la révèle comme gloire du Père. La gloire du Christ est à l’avantage du Père parce qu’il n’y a pas rivalité entre eux.

Liturgie

1,1–11 Texte

TO-II, 30e semaine, vendredi, messe

= Paul prie que l’amour des chrétiens de Philippes « surabonde toujours plus en clairvoyance » ; Jésus guérit un hydropique.

1,4ss.8–11 Texte

Année C, Avent, 2e dimanche, messe

= Paul prépare le jour du Christ, comme Jean le Baptiste préparait le chemin du Seigneur.

1,4c dans la joie MYSTAGOGIE Ph et le temps de l’Avent Comme Ph (Théologie Ph 2,4c), la liturgie de →l’Avent est un grand invitatoire à la →joie. À la suite de Paul et en s’inspirant de ses formulations tout au long de ce temps liturgique, l’Église exprime son allégresse en des prières remplies d’espérance. Ph 3,20 « Pour nous, notre cité se trouve dans les cieux, d’où nous attendons ardemment, comme sauveur, le Seigneur Jésus-Christ » ; Ph 4,5 « Le Seigneur est proche. »

  • Cette joie se déploie plus particulièrement lors du 3e dimanche appelé « dimanche Gaudete » (Liturgie Ph 4,4).

1,6c jusqu’au jour du Christ Jésus Objet de désir

Mystagogie

Pour Paul et les premiers chrétiens, le jour du Seigneur n’est pas un « jour de colère », mais un jour d’attente joyeuse. Ils aimaient la formule araméenne « Maranatha ! » (1Co 16,22 ; Genres littéraires Ph 4,5b) qu’on peut interpréter dans le sens d’un souhait : Marana tha « Ô notre Seigneur, viens ! »

Textes

  • année A, 1er dimanche de l'Avent, vigiles, 3e nocturne, 3e répons (→LM 1,51) : « Il est proche, le Jour du Seigneur ! »
  • année A, 2e dimanche de l'Avent, vigiles, 2e nocturne, 3e répons (→LM 1,151) : « Jérusalem [...] tu exulteras de bonheur, car il vient, le Jour du Seigneur. »
  • année A, 3e dimanche de l'Avent, vigiles, 2e nocturne, 2e répons (→LM 1,261) : « Oui, le temps de sa visite est proche, son Jour ne sera pas différé [...]. Il viendra [...], il n’y aura plus de frayeur sur la terre : c’est lui notre Sauveur ! »
  • mardis de l'Avent jusqu’au 16 décembre, et 20 décembre, vêpres, capitules (→LM 1,17 et 435) : « Nous attendons de voir se révéler notre Seigneur Jésus-Christ. C’est lui qui nous fera tenir solidement jusqu’au bout, et nous serons sans reproche au jour de notre Seigneur Jésus-Christ (1Co 1,7-8). »
  • 18 décembre, sexte, capitule (→LM 1,399) : « Et qu’ainsi il vous établisse fermement dans une sainteté sans reproche devant Dieu notre Père, pour le jour où notre Seigneur Jésus viendra avec tous les saints (1Th 3,13). »
  • 23 décembre, vêpres, capitule (→LM 1,485) : « Pour le Seigneur, un seul jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un seul jour. Le Seigneur n’est pas en retard pour tenir sa promesse, comme le pensent certaines personnes ; c’est pour vous qu’il patiente : car il n’accepte pas d’en laisser quelques-uns se perdre ; mais il veut que tous aient le temps de se convertir (2P 3,8-9). »

1,18b–26 Texte

Années paires, 30e samedi du temps ordinaire

= Paul se donne en exemple à travers ses tribulations ; Jésus invite à prendre la dernière place.

1,20c–24.27a Texte

Année A, 25e dimanche du temps ordinaire, messe

= Paul hésite face à la mort et choisit de rester par charité ; la parabole du maître de la vigne montre que les premiers et les derniers bénéficient également de la bonté de Dieu.

1,20c–24 Texte

Fête de saint Martin de Tours (11 novembre), messe
  • = 1re lecture (→LSa 391), en raison de la prière de ce saint sur son lit de mort ;
  • suivie de l'évangile de Mt 25,31-40 qui illustre la charité du saint évêque.

1,27–30 Texte

Messe pour les chrétiens persécutés

= Paul exhorte les Philippiens à lutter ensemble pour la foi de l'Évangile comme il le fait lui-même.

2,1–13 Usage dans les lectionnaires chrétiens La section la plus christologique de Ph apparaît, selon des divisions diverses, dans toutes les grandes liturgies chrétiennes. 

HISTOIRE Usages de Ph 2,5-11

(→Perrin 2013, 44).

  • Jérusalem, au Golgotha, début 5e s., vendredi saint  : c'est la deuxième des huit lectures de Paul (Codex arménien Jérusalem 121) ;
  • Rome, début 6e s., lu le dimanche des Rameaux (Comes de Würzburg) ;
  • Gaule, 8e s., lu pour la fête de l'Invention de la Croix (Missel de Bobbio Ms Paris lat. 13246) ;
  • Constantinople, 10e s., lu lors des deux fêtes de la  Nativité de la Mère de Dieu (8 septembre) et de la Dormition (15 août) (Ms Sainte-Croix n° 40).

TEXTE Dans les liturgies orientales

Célébration du mystère pascal et de la croix glorieuse
  • Arménienne : vendredi saint, office de la crucifixion à sexte (huit péricopes de l'AT en diptyques avec huit péricopes d'épîtres du NT), Ph 2,5-11 semble exprimer les pensées du Christ en écho aux griefs contre les responsables du peuple d'Is 3,9-15.
  • Copte : vendredi saint, 11e heure (Ph 2,4-11) ;
  • Syriaque malankare : samedi de Pâques  (Ph 2,1-11) ;
  • Chaldéenne : 1er dimanche de la Croix, après le 14 septembre (Ph 1,27-2,11) ; selon le même découpage le texte exprime l'exaltation du Christ pour le dimanche entre l'Ascension et la Pentecôte ;
  • Éthiopienne : le vendredi saint, 9e heure (Ph 2,5-11) ; le 24 maskaram ou deuxième dimanche après l’Exaltation de la Croix (Ph 2,5-12). 
Célébrations de la Mère de Dieu
  • Byzantine : épître pour les divines liturgies des deux fêtes mariales qui encadrent l'année liturgique (commencée le 1er septembre selon Nicée) ; cf. HISTOIRE supra. En suivant les rubriques slaves : épître proposée aux "fêtes d’icônes" de la Mère de Dieu (au choix avec He 9,1-7). 
Synthèse par analogie des mystères
  • Chaldéenne : le 1er janvier, fête de la Circoncision, soulignant la vérité de l'Incarnation (Ph 2,5-11) ;
  • Éthiopienne :  vendredi ou samedi saints (27 ou 28 maggabit) dans le calendrier fixe où l’Annonciation (29 maggabit = 25 mars) coïncide avec la création du monde et la résurrection du Christ.

TEXTE Dans la liturgie romaine contemporaine

Temps ordinaire
Années paires, 31e mardi du temps ordinaire, messe
  • 1re lecture (→LS 1340).

= Paul fonde son exhortation à l'humilité sur l'exemple du Christ, Fils de Dieu. 

Année A, 26e dimanche, messe
  • 2e lecture (→LD 306-307) ; 
  • précédée par la promesse de vie pour le pécheur converti (Ez 18,25-28)
  • et suivie de la parabole des deux fils envoyés par le père à la vigne (Mt 21,28-32).

= appel à se convertir au quotidien.

Temps de la Passion
Dimanche des Rameaux et de la Passion, messe

= À l'orée de la semaine sainte, invitation à communier aux sentiments du Christ en sa Passion. 

Mémoire du saint Nom de Jésus (3 janvier), messe
  • 2e lecture.
Messe votive pour l'unité des chrétiens 

= Paul demande que l'on recherche l'unité en ayant les mêmes dispositions, le même amour, les mêmes sentiments...

2,1–4 TEXTE Dans la liturgie romaine contemporaine

Messe pour un concile, un synode, une réunion d’ordre spirituel ou pastoral

= Paul exhorte à rechercher l'unité.

Années paires, 31e lundi du temps ordinaire, messe
  • 1re lecture (→LS 1336-1337).

= Paul invite à vivre l'humilité et l'unité dans la charité du Christ afin que sa joie soit complète.

2,5–11 PARALITURGIE Adaptation au chemin de croix  Dans la volonté contemporaine de refonder les dévotions populaires dans leurs substrats bibliques, ces v. sont parfois proposés durant le chemin de croix, comme pour donner le sens le plus profond de la passion de Jésus, où le dépouillement des vêtements dit quelque chose de la kénose transcendante de Dieu même.

CONTEMPLATION : dixième station

Jerzy Duda-Gracz (1941-2004), 10 — Jésus est dépouillé de ses vêtements, (huile sur toile, 2000-2001), 185 x 117 cm

Chemin de croix ex voto de l'artiste, narthex, galerie haute du sanctuaire de l'icône miraculeuse, Sanctuaire de Czestochowa, Jasna Gora (Pologne)

© D.R. Jerzy Duda-Gracz Estate→ ; photo : J.-M. N. , Ph 2,5-11 ; Mt 27,35-36 ; Mc 15,24 ; Lc 23,34 ; Jn 19,23-24

Une station absolument remarquable, qui remet dans un sens véritable l’adoration du Saint Sacrement : Jésus est dépouillé de ses vêtements, totalement. Le corps du Christ est associé au dépouillement total, de toute vie. Le Christ, lorsqu’il a été crucifié, était totalement nu. C’est la pudeur qui l’a fait représenter à travers les âges, avec ce qu’on appelle le perizonium, le pagne. Mais tous ceux qui étaient crucifiés étaient totalement nus. Il n’était pas question de pudeur. Cette nudité veut dire qu’il porte toutes les nudités des hommes, il porte toute la réalité de notre humanité. S’il est corps, il est corps dénudé, c’est-à-dire il est corps enfanté, il est corps de Dieu : un corps qui se présente à nous. Et le rapport entre l’hostie, le corps blanc, de cet ostensoir doré, ce qui est vénéré à travers le Corps du Christ, c’est sa Passion et le don de sa vie. De ce corps qui fut bafoué, au coeur de cette Fête-Dieu représentée sous le dais, l’artiste a associé à la fois la Passion et le Corps glorieux. Le Corps de Lumière, ce rayonnement qui préfigure déjà la résurrection, le soleil du petit matin du corps nu enseveli dans le tombeau. C’est le corps dénudé où s’accomplit l’enfantement de toute l’humanité ; c’est le corps dénudé du Christ. Comme le disait le cardinal Wojtyla devant le pape Paul VI lors de la retraite de 1976, « le Corps du Christ révèle la souffrance, il nous met face à nos douleurs et à nos souffrances pour participer pleinement et totalement à sa résurrection ». Effectivement, Jésus passe dans les processions de la Pologne, au milieu de ces bannières, pour qu’on n’oublie pas Celui qui a donné sa vie. (J.-M. N.)

2,6–11 Métamorphoses liturgiques de l'« hymne »

HISTOIRE

TEXTE Dans la liturgie romaine contemporaine

Dans le missel
Fête de la Croix glorieuse (14 septembre), messe
  • 1re lecture au choix (→LSa 313) ou 2e lecture quand la fête tombe un dimanche ;
  • suivie de évangile de Jn 3,13-17. 

= Le titre exact de la fête est celui d'Exaltation de la sainte Croix. C'est pourquoi on lit l'évangile où Jésus annonce qu'« il faut que le Fils de l'homme soit élevé » (Jn 3,14), comparant la croix au poteau sur lequel Moïse éleva le serpent de bronze (Nb 21,4-9), tandis que Paul rappelle que le Christ s'étant abaissé jusqu'à la mort sur une croix, « Dieu l'a élevé plus haut que tout. » 

Messe votive de la sainte Croix ; messe votive du saint Nom de Jésus
  • 2e  lecture au choix.
Dans la liturgie des heures

Les liturgistes qui modifièrent et enrichirent le bréviaire à la suite du second concile du Vatican y ont enrichi systématiquement de nouveaux  « cantiques de l’Ancien Testament » et « cantiques du Nouveau Testament » les grandes heures :

  • « À l'office du matin, entre le premier et le dernier psaume, se place, selon la coutume, un cantique de l'Ancien Testament. Outre la série reçue de l'ancienne tradition romaine, et une seconde introduite dans le bréviaire par saint Pie X, on a ajouté dans le psautier plusieurs cantiques tirés de divers livres de l'Ancien Testament, pour que chacune des féries des quatre semaines ait son cantique propre; les dimanches, on fait alterner les deux parties du cantique des Trois Enfants. À l'office du soir, après les deux psaumes, se place un cantique du Nouveau Testament, tiré des Épîtres ou de l'Apocalypse. Sept cantiques sont indiqués, un pour chaque jour de la semaine. Mais les dimanches de Carême, au lieu du cantique alléluiatique tiré de l'Apocalypse, on dit le cantique de la première épître de Pierre; en outre, à la solennité de l'Épiphanie et à la fête de la Transfiguration du Seigneur, on dit le cantique indiqué en son lieu, tiré de la première épître à Timothée. Les cantiques évangéliques Benedictus, Magnificat, Nunc dimittis jouissent de la même solennité et dignité que les lectures tirées de l'Évangile » (→PGLH 136-138).
Place dans la progression théologale des offices 

L’office romain classe les textes par intensité croissante de révélation christique  :

  • L’hymne initiale, composition ecclésiastique plus ou moins inspirée, ne relève pas de la Parole de Dieu stricto sensu.
  • Les psaumes qui suivent actualisent la prière du peuple de l’Ancienne Alliance, récapitulée en Jésus.
  • À laudes, ils encadrent un cantique de l’AT ; à vêpres, ils sont suivis d’un cantique du NT tiré de lettres pauliniennes où l’on discerne des compositions pré-pauliniennes (Ep, Col, Ph), d’Ap ou de 1P.
  • Une lecture brève suit (à vêpres, toujours empruntée au NT).
  • Puis on chante (debout) un cantique tiré de l’Évangile.
  • Tout culmine dans la prière même de Jésus, le Notre Père.
Ph 2,6-11 comme « cantique du Nouveau Testament » des premières vêpres du dimanche

La liturgie romaine, selon le rite ordinaire, le fait chanter aux premières vêpres du dimanche (chaque samedi soir) : il condense tout le mystère pascal dont chaque dimanche est la réactualisation.

2,8.10s Qu'au nom du Seigneur

Introït « In nomine Domini »

Traditionnel, Introït - In nomine Domini

Chœur des moines de l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux

© Abbaye du Barroux→, Ph 2,10.8.11

Introït « In nomine Jesu »

Traditionnel, Introït - In nomine Jesu

Chœur des moines de l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux

© Abbaye du Barroux→, Ph 2,10-11 Ps 5,12-13

Introït chanté pour la fête de Saint Ignace de Loyola le 31 juillet et pour la fête du Saint Nom de Jésus.

2,8ss Versets de l’annonce pascale par excellence Mémorial et kérygme, chez Paul, l'humiliation et l'exaltation du Christ constituent un Leitmotiv des célébrations pascales, particulièrement les vendredi et samedi saints.

TEXTE, CALENDRIER Annonce pascale dans le missel

Christus factus est pro nobis obediens usque ad mortem, mortem autem crucis. Propter quod et Deus exaltavit illum et dedit illi nomen quod est super omne nomen.

  • Années A, B, C, dimanche des Rameaux et de la Passion, messe, après la 2e lecture : répons graduel (→Grad. 148), ou v. pour l'acclamation de l'Évangile : « Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus. Pour nous, le Christ s'est fait obéissant, jusqu'à la mort, et la mort sur une croix. Voilà pourquoi Dieu l'a élevé souverainement et lui a donné le Nom qui est au-dessus de tout nom. Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus » (→LD 97.396.625).
  • Vendredi saint, célébration de la Passion du Seigneur, après la 2e lecture : répons graduel (→Grad. 148) ; v. pour l'acclamation de l'Évangile : « Christ, mort pour nos péchés, Christ, ressuscité pour notre vie ! Pour nous, le Christ s'est fait obéissant, jusqu'à la mort, et la mort sur une croix. Voilà pourquoi Dieu l'a élevé souverainement et lui a donné le Nom qui est au-dessus de tout nom. Christ, mort pour nos péchés, Christ, ressuscité pour notre vie ! » (→LD 123).

TEXTE, RITE Dramatisation dans la liturgie des heures

Dans le bréviaire du rite tridentin le jeudi saint, le vendredi saint et le samedi saint, elle est dite à la fin de chaque heure.

  • Le jeudi saint, seulement : Christus factus est pro nobis obediens usque ad mortem...
  • Le vendredi saint, on poursuit : ... mortem autem crucis... 
  • Le samedi saint, on ajoute la suite : ... Propter quod et Deus exaltavit (« C’est pourquoi Dieu l’a exalté »).

Un usage analogue perdure dans le bréviaire latin d’après Vatican II :

  • Vendredi et samedi saints, laudes ; samedi saint, vêpres : répons graduel  (→Grad. 148).
  • Vendredi et samedi saints (→OHS 244-246), fin des petites heures (de prime à complies) : récité recto tono et suivi du Pater et de l’oraison ; repas : récité en guise de bénédicité et d’action de grâces.

MUSIQUE Chant grégorien

  • Christus factus est pro nobis obediens usque ad mortem… D’abord simple récitatif sur la tonique, sans autre ornement que le podatus d’accentuation, puis belle demi-cadence large et expressive, ondulant autour de la tonique sur laquelle elle vient finalement se poser : pro nobis (« pour nous ») ; l’idée est magnifiquement soulignée. Appuyée sur cette base, la mélodie monte vers la quinte, soulignant ainsi la grandeur de l’obéissance du Christ, d’où elle ne tarde pas à retomber presque lourdement vers la tonique, avec gravité profonde et recueillie.
  • mortem autem crucis : nouvelle insistance de la mélodie. Autem, simple conjonction, précise le genre de mort, la plus cruelle : les courbes musicales et douces sur cet autem amènent le mot principal crucis (« croix ») où la mélodie sur la première syllabe répercute la tonique autant de fois que le nombre de clous plantés dans les mains et les pieds sacrés. Sur la deuxième syllabe, elle étale une quarte descendante sur le do grave et évolue de nouveau autour de la tonique en faisant entendre le thème pascal fa-mi, sol-la (le demi ton descendant fa-mi exprime la douleur et le ton montant sol-la, la résurrection, c’est le thème de l’alléluia de la messe du jour de Pâques : Pascha nostrum [→Grad. 197]).
  • Propter quod et Deus... : jaillissement en contraste absolu avec ce qui précède. En mouvement syllabique, la mélodie bondit à la quinte supérieure, puis dans une grande vocalise en de larges intervalles et courbes descendantes sur illum (« lui »), elle grimpe à l’octave supérieure, qu’elle dépasse même, pour se livrer à une série de balancements festifs, où se tempère peu à peu l’exultation qui vient de l’emporter. Surgit un nouvel élan, plus retenu sur et dedit illi (« et lui a donné »), suivi, sur nomen (« le nom »), de la belle formule large, solennelle, vibrante, que l’on retrouve souvent dans les graduels du deuxième et du cinquième modes, pour se terminer enfin dans le calme et la gravité retrouvée de quod est super omne nomen (« qui est au-dessus de tout nom »).

MYSTAGOGIE

Avec la seconde partie du répons graduel Propter quod et Deus…, le samedi saint, la pensée latente au cours de tout l’office se concrétise et achève la liturgie douloureuse de la semaine sainte : la résurrection est virtuellement commencée, le deuil de l’Église achevé, les cœurs rassérénés.

  • Dans la liturgie eucharistique romaine, la douloureuse Passion est bel et bien « la Passion qui nous sauve » (salutiferae passionis : Prière eucharistique 3 [→MR 587.113]) ; le Canon romain fait « mémoire de la Passion bienheureuse » Unde et memores [...] eiusdem Christi, Filii tui, Domini nostri, tam beatae passionis... du Fils de Dieu, Jésus-Christ, notre Seigneur (anamnèse) (→MR 576.92).

2,8s Christus factus est

Répons "Christus factus est"

Ténèbres de Gethsémani - Laudes: Répons "Christus factus est", (CD, 2005)

Dom Jean Claire, Choeurs Des Moines de L'Abbaye De Solesmes

© Abbaye de Solesmes→, Ph 2,8.9

Le Graduel Christus factus est (5e mode) constitue le leitmotiv de la Semaine Sainte, dont il termine chaque jour l’Office des Ténèbres, et même, sans chant, chacune des Heures. Simple adaptation, sans doute, à un type mélodique antérieur, mais merveilleusement réussie, tant elle souligne l’opposition entre l’humiliation de la croix (1re partie), et l’exaltation triomphale dont la croix fut la condition et la rançon (verset).

2,8b la mort de la croix

RITE, HISTOIRE Une application à la piété envers les défunts

  • Hypatios d’Éphèse, lettre pastorale organisant un service de sépulture gratuit (années 530), inscrite dans l’atrium de la cathédrale Sainte-Marie : « Jésus-Christ, notre Dieu, après s’être totalement dépouillé pour nous, volontairement et sans changement, s’est humilié lui-même, comme le dit le divin Apôtre, jusqu’à la mort, à la mort de la croix. Et après sa crucifixion vivifiante et sa mort, ainsi que l’indique la tradition des évangiles, à cause de son indicible amour des hommes, il est jeté nu et sans sépulture, reçoit les soins de Joseph [d’Arimathie], et est placé dans le tombeau de ce dernier : c’est jusque-là qu’il s’identifia en tous points aux humbles que nous sommes, à l’exception du péché (He 4,15). Si donc quelqu’un rend ce saint service et honneur [des funérailles] à nos frères qui nous ont précédés dans le repos, qu’il sache qu’il le rend au Seigneur » (→SEG 32,1133 cité sur →Perrin 2013, 73).

TEXTE Dans la liturgie romaine contemporaine

Semaine sainte, mardi et mercredi
  • Allusion dans le v. pour l’acclamation de l’Évangile : « Louange à toi, Seigneur, Roi d'éternelle gloire ! Salut, ô Christ notre Roi : obéissant au Père, comme l'agneau vers l'abattoir, tu te laisses conduire à la croix. Louange à toi, Seigneur, Roi d'éternelle gloire ! » (→LD 279.283).

2,9b le nom qui est au-dessus de tout nom TEXTE, RITE Exorcisme Cette formule est récurrente dans la prière initiale précédant les exorcismes.

  • →Cabasilas Vita 2,20 « Le baptême est, pour ceux qui vivent selon Dieu, le commencement de l’existence, comme le prouvent les paroles et les rites. Celui qui s’approche du mystère, avant d’y être initié, n’est manifestement pas encore réconcilié avec Dieu ni affranchi de l’antique honte [cf. Gn 3,10] : en effet, avant tout autre rite, le célébrant prie pour que celui qui s’approche soit affranchi du démon qui le retient, et pour obtenir cela il ne s’adresse pas seulement à Dieu, mais il s’en prend au tyran lui-même, il lui fait des injonctions et le chasse en le fustigeant ; et son fouet, c’est 'le nom qui est au-dessus de tout nom' » (trad. SC 355,149).

2,10s La fête du Saint Nom de Jésus dans la liturgie romaine

CALENDRIER La fête du Saint Nom de Jésus

Au 16e s. (1530), les franciscains ont institué le fête du Nom de Jésus, qui avait lieu chaque deuxième dimanche après l’Épiphanie, ce qui a reçu la force légale avec Innocent XIII (1721), mais qui a disparu après 1969 avant d’être restaurée comme mémoire facultative le 3 janvier par Jean-Paul II en 2002.

TEXTE

Ce passage est lu ou chanté au début de la messe de la mémoire (et de la messe votive) du Saint Nom de Jésus (3 janvier).

  • Introït (→Grad. 155) : In nomine Domini omne genu flectatur, caelestium, terrestrium et infernorum : quia Dominus factus obediens usque ad mortem,mortem autem crucis : ideo Dominus Jesus Christus in gloria est Dei Patris (« Qu’au nom du Seigneur tout genou fléchisse aux cieux, sur la terre, et dans les enfers ; car le Seigneur s’est fait obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix : c’est pourquoi le Seigneur Jésus-Christ est dans la gloire de Dieu le Père »).

Il est également utilisé pour la mémoire de saint Ignace (31 juillet) ; et pour la messe du Mercredi saint. 

2,10a qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse RITE L'agenouillement 

HISTOIRE

La posture de l'agenouillement

La tradition chrétienne occidentale adopte l'agenouillement comme une posture médiane, entre inclination et prosternation, pour exprimer l'adoration (→Attitudes corporelles d’adoration ; Procédés littéraires Ph 2,10s ; Littérature Ph 2,10). La génuflexion au nom de Jésus appartient à l’Église anglicane depuis l’époque d'Élisabeth Ire et a été réaffirmée par le canon 18 de 1604.

Moqueries contre une lecture littéraliste de ce passage pour justifier des gestes de révérence systématiques

Dès l’Antiquité, un philosophe comme Celse raille l’attitude déshonorante des fidèles chrétiens qui s’agenouillent précipitamment et se couvrent la tête, comparée à la dignité philosophique. Origène lui répond en rappelant la vraie doctrine de l’humilité :

  • →Origène Cels. 6,15 « S’il en est qui, n’ayant pu voir clairement, dans leur simplicité, la doctrine de l’humilité, se livrent à de pareilles pratiques, il ne faut pas mettre en cause l’Évangile, mais pardonner à la simplicité de ces gens qui, avec les meilleures intentions, n’arrivent point à les réaliser à cause de leur naïveté même. Plus que le sage humble et rangé de Platon, est humble et rangé le juste : rangé, parce qu’il marche dans des chemins sublimes et admirables qui le dépassent ; humble, parce que, tout en suivant ces chemins, il s’humilie volontairement, non sous un homme quelconque, mais ‘sous la puissante main de Dieu’ (1P 5,6), grâce à Jésus qui enseigne ces doctrines : Il ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu, etc. (Ph 2,6-8). »

Une interprétation polémique, cette fois entre chrétiens et non plus entre païens et chrétiens, renaît au temps de la Réforme : 

  • →Calvin Comm. NT « Les sophistes sorboniques sont plus que dignes de moquerie, qui concluent de ce passage qu’il faut ployer le genou chaque fois qu’on prononce ce mot de Jésus, comme si c’était un mot de sorcellerie (quasi vox esset magica) dont toute la vertu consisterait au son et en la prononciation. Or saint Paul parle de l’honneur qui doit être fait au Fils de Dieu, et non à des syllabes » (trad. Marcel 1965, 273).

2,10b aux cieux, sur terre et dans les profondeurs TEXTE, MUSIQUE Motif hymnique de l’Avent L’hymne Conditor alme siderum, sur une mélodie extraordinairement sereine, reprend ces mots pour invoquer Celui dont l’Avent célèbre le retour à venir comme juge. (Cf. →L’Avent 3. Anticipation de la venue du Seigneur.)

  • Féries jusqu’au 16 décembre, vêpres, hymne : « Saint Créateur des cieux, / lumière éternelle des croyants, / Christ rédempteur de tous les hommes, / entends les prières de ceux qui te supplient. -- Compatissant devant la mort / de notre monde qui s’en allait en perdition, / tu l’as sauvé de sa langueur / en donnant aux pécheurs le remède [...] -- Sous la puissance de ta gloire, / tout être fléchit le genou, / dans les cieux comme sur la terre, chacun proclame ton pouvoir. -- Nous te prions avec foi, ô très saint, / qui viendras pour juger le monde … » (→Hymn. 17).

2,12–18 Texte

Années paires, 31e mercredi du temps ordinaire, messe 
  • 1re lecture (→LS 1344-1345).

= Paul invite ses destinataires à travailler à leur salut par une vie exemplaire. Ils désirent qu'ils brillent comme des lumières au milieu des ténèbres de ce monde.

Tradition juive

1,4c joie Sobria ebrietas rabbinique La joie est le signe de celui qui est habité par l’Esprit de Dieu, qui se manifeste dans la joie qu’on trouve à vivre les commandements divins :

  • →b. Šabb. 30b « Ceci vous enseigne que la gloire divine ne repose ni dans la mélancolie, ni dans la paresse, ni dans la frivolité, ni dans la légèreté, ni dans la discussion, ni dans un discoureur indolent, mais dans une joie causée par le commandement divin. » Textes anciens Ph 2,4c

1,23b être avec le Christ La foi en l’immortalité de l’âme est présente aussi dans le judaïsme contemporain de Paul, en particulier chez les →Pharisiens, dont Flavius Josèphe se réclame.

  • →Josèphe B.J. 3,372 « Les corps, bien sûr, sont mortels chez tous les vivants et constitués d’une matière corruptible, mais l’âme est à jamais immortelle et habite dans les corps comme une parcelle de Dieu. » 

2,6–11 La prière ‘Aléynû : précédent de cet éloge du Christ ou réaction à lui ? L'ouverture eschatologique, la thématique, la triade cieux-terre-sous la terre, communes à la seconde partie de la très célèbre prière ‘Aléynû et à Ph 2,9-11, pourraient signaler une relation intertextuelle entre Ph et cette antique prière. 

Aléynû est une prière très ancienne qui célèbre le Créateur pour le privilège donné à Israël, entre toutes les nations, de pouvoir le servir, et confesse en écho à Is 45,23 l'espérance de voir un jour toutes les nations reconnaître sa royauté et glorifier son Nom. Elle se récite : à la fin de chacun des trois services synagogaux quotidiens ; après la bénédiction de la nouvelle lune ; après la célébration d'une circoncision ; à la fin de tout office public quel qu'il soit. 

Traditionnel (Abba Arikha, † 247 ?), ‘Aleynû עלינו, Période dite « du Second Temple » (?)

chant : Hazzan Brian Shamash, Jewish Learning and Prayer→, 2014 ; images : TEFILLAH TRAINER™ SOFTWARE. www.kinnor.com 

© Licence Youtube Standard, Is 45,23

Translittération populaire
  • Aleinu le'shabeiach la'adon hakol, lateit gedulah leyotzeir bereshit, she'lo asanu ke'goyei ha'aratzot, ve'lo samanu ke'mishpechot ha'adamah, she'lo sam chelkeinu kahem, ve'goraleinu ke'chol hamonam. Va'anachnu korim, u'mishtachavim, u'modim, lifnei melech, malchei ham'lachim, hakadosh baruch Hu. She'hu noteh shamayim, ve'yoseid aretz, u'moshav yikaro bashamayim mi-ma'al, u'sh'chinat u-zo be'gavhei me'romim. Hu Eloheinu, ein od. Emet malkeinu, efes zulato. Kakatuv be'torato, ve'yadata hayom, ve'hashevota Eil le'vavecha. Ki Adonai, Hu ha-Elohim, bashamayim mi-ma'al, ve'al ha'aretz mi-tachat. Ein od. Kakatuv be'toratecha: "Adonai yimloch le'olam va'ed." Ve'ne'emar: "Ve'haya Adonai le'melech al kol ha'aretz, bayom hahu yihiyeh Adonai echad, u'shemo echad.
Traduction
  • « C'est à nous qu'il incombe de louer le Maître de tout, de reconnaître la grandeur du créateur du monde, parce qu'il ne nous a pas créés comme les peuples des autres nations, et il ne nous a pas établis comme les familles de la terre, et il ne nous a pas donné une part semblable à la leur. Notre lot n'est pas celui des multitudes qui se prosternent vers la vanité et le vide, et qui prient un dieu qui ne sauve pas. Nous, nous nous prosternons devant le Roi des rois, le saint béni soit-il, lui qui tend les cieux et établit la terre. La demeure de sa gloire se trouve dans les cieux d'en haut, et la présence de sa force est dans les hauteurs célestes. 'C'est lui notre Dieu et il n'y en a pas d'autre. C'est lui notre roi, et il n'y a rien en dehors de lui’, comme il est écrit dans la Tora. Et tu sauras aujourd'hui, et tu rapporteras à ton coeur que le Seigneur est Dieu dans les cieux d'en haut, sur la terre et au-dessous, il n'y en a pas d'autre. C'est pourquoi nous espérons, notre Dieu, de voir rapidement la beauté de ta force éliminer les idoles de la terre. Les divinités seront bannies entièrement, pour réparer le monde par le règne du Dieu fort, et tous les êtres de chair invoqueront ton Nom quand se tourneront vers toi tous les méchants de la terre. Tous les habitants du monde sauront et reconnaîtront que devant toi tout genou fléchira, que devant toi Dieu, toute langue prêtera serment. Devant toi notre Dieu, ils s'inclineront et tomberont, et ils rendront hommage à la gloire de ton Nom, et recevront tous le joug de ton règne. Tu règneras bientôt pour toujours sur eux, car le règne est à toi pour l'éternité. Tu règneras dans la gloire, comme il est écrit dans la Tora : le Seigneur règnera à jamais. Comme il est dit : ‘Le Seigneur sera roi sur toute la terre en ce jour-là, en ce jour-là, le Seigneur sera Un et son Nom sera unique’. Et dans la Tora, Seigneur notre Dieu, il est écrit : ‘Écoute, Israël, le Seigneur notre Dieu, le Seigneur est Un’. »

Histoire de la réception de cette prière

Antiquité

Cette prière se retrouve à la première personne du singulier dans la littérature mystique dite des « Palais célestes » (cf. Hékalôt).

Moyen âge

Les autorités chrétiennes virent une possible allusion polémique au Christ au coeur de la prière (« ils s'inclinent devant souffle et vanité, et prient un dieu qui ne sauve pas » ; cf. Is 30,7 ; 45,20).

  • Ainsi un ms de 1189 amplifie-t-il « ils se prosternent devant la vanité et le vide – un homme de cendre, sang, bile et chair pourrissante, [infesté] de larves : hommes et femmes impurs, adultères, mourant dans leur injustice et pourrissant dans leur méchanceté, tombant en poussière, pourrissants de vers et de larves – et qui prient un dieu qui ne peut pas sauver » (Ms 133, Corpus Christi College de l’Université d’Oxford, →Beit-Arié 1985).
  • Wryq (« et vanité ») aurait la même valeur guématrique que Yšw (Jésus) ou Mohammed (→Abraham ben Azriel ‘ărûgat, 3,468-469).

En conséquence, on a proposé que les rabbins aient inséré la prière ‘Aléynû dans le rituel de Rosh Hashana pour souligner l'exclusivité de Dieu créateur et sauveur contre l'usage christologique que Paul en aurait fait dans ce passage.

Renaissance et temps modernes

La suite de l’histoire de cette prière est intéressante, qui l'oriente dans un sens spirituel et universel :

  • Au 16e s., Isaac Louria, le grand kabbaliste, recommande la récitation consciente de cette prière en tant qu’arme puissante dans le combat spirituel, pour prévenir toute limitation du flux divin par les qelîppôt (« enveloppes » ou « coquilles »  externes de la sainteté divine, ensemble de représentations impures et maléfiques du divin pouvant conduire à l’idolâtrie). Pour lui, les paroles « il ne nous a pas donné une part semblable à la leur. Notre lot n'est pas celui des multitudes qui se prosternent vers la vanité et le vide » sont un véritable exorcisme contre ces qelîppôt (→Louria Sēfer perî ‘eç ḥayyîm, 1,312-313).
  • Au 19e s. Samson Raphael Hirsch, un des fondateurs du judaïsme orthodoxe moderne, invite à lire cette prière dans l’espérance qu’un jour l’humanité entière se convertisse au Dieu unique et véritable – non pas que tous deviennent juifs un jour, mais qu’un jour tout homme vive pleinement son humanité, rendant hommage à Dieu en suivant la loi morale universelle transmise par la Tora au bénéfice de toute l’humanité (→Hirsch Siddur, 208-209).

C'est ce type de lecture qui prévaut dans les traductions et interprétations en usage dans les synagogues libérales et réformées et « conservative » aujourd’hui. Leurs livres de prière omettent « qui se prosternent vers la vanité et le vide, et qui prient un dieu qui ne sauve pas ». Même certains livres de prière orthodoxes placent ce v. entre parenthèses (→Artscroll Siddur, 158-160).

  • Mishkān tepillah 586-589 remplace les v. polémiques : « Il ne nous a pas établis comme les familles de la terre, et il ne nous a pas donné une part semblable à la leur. Notre lot n'est pas celui des multitudes qui se prosternent vers la vanité et le vide, et qui prient un dieu qui ne sauve pas » par une formule positive : « Tu nous as donné une destinée unique parmi les nations ».
  • Le mouvement du Jewish Renewal va même plus loin en récrivant les formules singularisant Israël comme des affirmations de l’unité de toute la création. Il remplace « Notre lot n'est pas celui des multitudes qui se prosternent vers la vanité et le vide, et qui prient un dieu qui ne sauve pas. Nous, nous nous prosternons devant le Roi des rois, le saint béni soit-il » par « Certains d’entre nous [les êtres humains] aiment à t’adorer en tant que vanité et vide ; certains d’entre nous veulent t’adorer comme Roi des rois » (→Zaslow Siddur 221).

2,6ss L'énigme de l'humilité dans le Dieu biblique

  • →Levinas Nations « [...] l'idée de l'incarnation divine est étrangère à la spiritualité juive [Tradition juive Ps 115,16]. Les docteurs du Talmud — dont la pensée, les discussions, et même les divergences, sont déterminantes pour la formulation de cette spiritualité et pour l'interprétation de l'Ancien Testament tel qu'il signifie pour Israël — tirent bien des enseignements du Ps 115,16 [...]. Interprétation audacieuse qui module le sens obvie des versets tels que Ex 19,18 ; 19,20 ; 33,9 et 2R 2,1.11. Mais que la Kénose ou l'humilité d'un Dieu consentant à descendre jusqu'aux conditions serviles de l'humain — dont parle l'épitre de saint Paul aux Philippiens (Ph 2,6-8) —, ou une modalité ontologique très proche de celle que suggère à la conscience chrétienne ce mot grec, ait aussi sa pleine signification dans la sensibilité religieuse juive est d'abord attesté par des textes bibliques eux-mêmes. Les termes évoquant la Majesté et la Hauteur divines sont souvent suivis ou précédés de ceux qui décrivent un Dieu se penchant sur la misère humaine ou habitant cette misère. Des articulations du texte soulignent cette ambivalence ou cette énigme de l'humilité dans le Dieu biblique » (1988, 133).

2,7a se vida de soi Thèmes kénotiques dans la tradition juive ?

  • →Levinas « Jud. et kén. » « Si l’idée de l’incarnation est [...] étrangère à la spiritualité juive, la kénose ou l’humilité d’un Dieu consentant à descendre jusqu’aux conditions serviles de l’humain est attestée par les textes bibliques eux-mêmes » (133).

Diverses lignes kénotiques apparaissent dans les Écritures hébraïques

Les Écritures évoquent à plusieurs reprises l’humilité de Dieu (Ps 12,6 ; 113 ; 147,3 ;  Is 57,15) : Celui qui habite dans les hauteurs des cieux se tient aussi tout proche du cœur humble et abattu. 

  • →Levinas Transcendance  : Ps 91,15 est le « verset sur la kénose, telle que l’annonce le judaïsme : l’humilité de Dieu dans son association à la misère des misérables » (1996, 59).

Dans la tradition rabbinique 

La proximité de Dieu
  • →b. Meg. 31a citant Dt 10,17s, Is 57,15 et Ps 68,5-6 insiste sur la proximité du Dieu très haut et des cœurs humbles et contrits et sur le lien permanent entre sa puissance et son humilité.
  • →b. Soṭa 24a s’appuie sur Gn 3,21 et Dt 34,6 pour affirmer que Dieu lui-même exerce des fonctions serviles comme celle de « couturier » et de « fossoyeur » pour l’homme.
L'abaissement de Dieu 

Dans diverses élaborations sur la shekina (« résidence, inhabitation » divine), la tradition rabbinique contemple la proximité de Dieu dans le monde et auprès des hommes, allant jusqu’à penser une sorte de servitude volontaire du Saint auprès du peuple qu’il a choisi (déjà suggérée par les Écritures ; cf. Is 43,24 « par tes péchés tu m’as fait esclave ») :

  • →b. Meg. 29a « En quelque lieu qu’Israël [les Israélites ] ait été exilé, la shekina était avec eux »
  • Mekhilta sur Ex 3,1-2 (midrash exégétique fragmentaire du 4e ou 5e  s.)  déploie cette idée d’une compassion divine avec le Peuple ou avec chaque israélite en questionnant le choix d’un buisson pour se révéler (Ex 3,14) : « Rabbi Siméon bar Yohaï demande : Pourquoi le Saint, béni soit-il, lorsqu’il se révéla du haut des cieux, parla-t-il avec Moïse du sein du buisson ? De même que ce buisson est le plus dur de tous les arbustes du monde, en sorte que tout oiseau qui y entre ne peut en sortir sain et sauf, sans se déchirer les ailes, de même l’esclavage d’Israël en Égypte était plus dur que tous les esclavages du monde. […] »  (trad. P. Lenhardt et J. Massonnet, →Cousin 1998, 530-531).

Selon la kabbale : le ṣimṣûm

La pensée juive comme les autres monothéismes se pose la question de l’un et du multiple : si Dieu est absolument un, comment le monde vient-il à être ? Imaginant ce qui précède la création du monde, les penseurs de la kabbale comme Isaac Louria (dit Arizal) ou Moïse Cordovero (dit Ramaq ; les deux à Safed, 16e s.) évoquent une sorte d’auto-contraction divine par laquelle Dieu, retirant sa lumière originelle, fait place à une réalité autre que lui : un « vide », d’abord, qui cependant garde son empreinte (rešîmû), dans lequel il émet un rayon de lumière (qab). Ce rayon subit maintes contractions (ṣimṣûmîm) atténuant par degrés la lumière jusqu’à l’adapter aux créatures.

La lumière émanée et les récipients qui la reçoivent (kēlîm) constituent d’abord les dix cercles concentriques des sepîrôt ; elle rayonne de deux manières : dans le monde de l’intériorité, celui de l’âme et du divin, et dans le monde extérieur, celui de la « séparation ».  La lumière vitale est donc à la fois voilée et manifestée par les récipients où elle se contracte. Le ṣimṣûm désigne cette dissimulation de la lumière.

Échos modernes

  • →Levinas « Jud. et kén. », s'appuyant sur →Volozine Âme, évoque une kénose de Dieu, qui diffuse par degrés son énergie sur la pluralité de mondes hiérarchisés et emboîtés qu’il crée, chacun servant d’ « âme » à l’inférieur qui lui sert de « corps », jusqu’à la créature humaine dont le corps dit la finitude, qui est créée à l’image (Gn 1,26) et à la ressemblance (Gn 5,1) de Dieu, si bien que son âme est porteuse de  la puissance du souffle divin (Gn 2,7). L’homme se retrouve ainsi âme des mondes, à l’instar de son Créateur. Il y a ainsi une première « kénose » divine en l’homme : le Créateur instaure une dépendance de lui envers l’homme, en tout ce qui concerne sa relation avec les mondes : il fait dépendre de l’homme leur sanctification ou leur dégradation vers le néant. Il s’auto-subordonne à la responsabilité morale et à la prière de l’homme. 

2,10s Hommage universel à Dieu et prière La prière Nišmat kol ḥay (« L'âme de tout être vivant »), une des plus célèbres de la liturgie synagogale, célèbre l'unicité de Dieu. Elle se récite : le sabbat, pendant la prière du matin ; le dimanche ; durant le sēder de Pâque dans certaines traditions. 

Traditionnel, Nichmat Kol Haï, chanté par Laurent Nakache→ © Licence Youtube Standard

Traduction
  • « L'âme de tout être vivant bénira ton Nom, Seigneur notre Dieu, et le souffle de toute chair glorifiera et exaltera pour toujours ton souvenir notre roi, depuis le début de ce monde et jusqu'au monde [futur], tu es le Dieu puissant. Et excepté toi, nous n'avons pas de roi qui amène la délivrance, et qui envoie le salut, qui affranchisse, sauve, exauce et prenne pitié, dans toutes nos détresses et toutes nos angoisses, nous n'avons pas de roi, hors de toi, qui nous aide et nous soutienne. Dieu des premières et des dernières générations, Dieu de toutes créatures, Maître de tout ce qui est créé, loué de multiples louanges, qui gouverne le monde dans la grâce et tes créatures avec miséricorde. Le Seigneur est un Dieu de vérité, il ne sommeille ni ne dort, il réveille ceux qui dorment et éveillent ceux qui sont assoupis. Il ressuscite les morts, il guérit les malades, il ouvre les yeux des aveugles et redresse ceux qui sont courbés, il donne la parole aux muets, et révèle ce qui est caché. À toi seul Seigneur, nous rendons grâce. Si notre bouche était remplie de chants comme la mer [est pleine d'eau] et si les louanges de notre langue était comme la rumeur de ses vagues, si les cantiques de nos lèvres recouvraient l'étendue des cieux, si nos yeux brillaient comme le soleil et la lune, si nos mains étaient étendues comme les ailes des aigles dans le ciel, si nos pieds étaient agiles comme ceux des biches, nous ne pourrions pas suffisamment te rendre grâce, Seigneur notre Dieu, et bénir ton Nom, notre roi, ne fut-ce que pour un seul des mille milliers de myriades de bontés, de miracles et de merveilles que tu as opérés pour nous et pour nos pères. Tu nous as autrefois délivrés d'Égypte, Seigneur notre Dieu, tu nous as affranchis de la maison d'esclavage, tu nous as nourris pendant la famine et tu as pourvu à nos besoins au temps de l'abondance. Tu nous as sauvé du glaive et protégé de la peste, tu nous as épargné de nombreuses et mauvaises maladies. Ta miséricorde est venue à notre aide, et tes bontés ne nous ont pas manqué. C'est pourquoi les organes que tu as disposés en nous, le souffle et l'âme que tu as insufflés en nos narines, la langue que tu as mise dans notre bouche, ce sont eux qui te rendront grâce, qui béniront, loueront, et glorifieront pour toujours ton Nom, notre roi, car toute bouche te rendra grâce, toute langue te louera, tout œil t'espère. Tout genou fléchira, et toute hauteur s'abaissera devant toi, les cœurs te craindront, et les entrailles et les reins célèbreront ton nom, comme il est dit : ‘Tous mes os diront : qui est comme toi ?’ Tu sauves le pauvre d'un plus fort, le pauvre et l'indigent de celui qui les vole. Tu entends le cri du pauvre, tu écoutes le cri du misérable, et tu le sauves, car il est écrit : ‘Vous les justes, chantez des chants d'allégresse pour le Seigneur, aux cœurs droits la louange va bien.’ »
Histoire

Le texte complet, tel qu'on le récite aujourd'hui le matin du Shabbat et des fêtes ainsi que dans la Haggada de Pesah, apparaît pour la première fois dans →b. Pesaḥ. 118a  et dans le Seder Rav Amram Ga’on, compilé en Babylonie vers 860-870.

  • →m. Pesaḥ. 10,7 prescrit qu'on termine le Hallel sur la quatrième coupe et qu'on dise ensuite la « bénédiction du chant » (birkat ha-šîr), sans préciser de quel texte il s'agit. 
  • →b. Pesaḥ. 118a rapporte alors deux avis : pour Rav Yehouda (3e s. ap. J.-C.), c'est la prière Yᵉhalᵉlûkā, qui clôt habituellement le Hallel ; pour Rabbi Yohanan bar Nappaha (3e s. ap. J.-C.), c'est Nišmat kol ḥay.
  • Le passage « Si notre bouche était remplie de chants comme la mer… » est cité dans →b. Ber. 59b et →b. Ta‘an. 6b avec le nom de Rabbi Yohanan, comme une action de grâces pour la pluie. Cela le situerait à l'époque des Amoraïm, vers le 3e s. ap. J.-C. 

Tradition chrétienne

1,3 mémoire de vous Philologie ?

1,5 en raison de votre communion dans l’Évangile

Une communion en actes et pas seulement en idées

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Il dit donc "en raison de votre communion", c’est-à-dire ce par quoi vous communiez à la doctrine évangélique, en croyant et en accomplissant son œuvre. C’est cela en effet la vraie communion, selon He 13,16 "Souvenez-vous d’exercer la charité, et de faire part de vos biens." »

Source de toute persévérance 

  • →Brenz Expl. Phil. : La persévérance naît de la communion en l’Évangile, qui a pour fondement la miséricorde de Dieu et qui requiert l’obéissance morale par gratitude envers Dieu. Paul n'a pas été rendu parfait par ses œuvres, mais par l’obéissance qui lui fut donnée par Dieu.

Une raison qu'il est nécessaire de rappeler car il n'y a pas de certitude dans le salut

  • →Hemmingsen Comm. Phil. : Contrairement à la certitude concernant le salut que croient pouvoir afficher les « stoïciens » (calvinistes ?), dans le peuple de Dieu les consciences doivent être régulièrement rassurées et persuadées. En l’occurrence, elles doivent se rappeler que la cause directe du commencement de leur vie spirituelle est la prédication de l’Évangile qui façonne, infléchit et dirige les cœurs des hommes vers la justice.

1,5 depuis le premier jour jusqu’à présent La persévérance comme appel et effet de la grâce

  • →Lapide Comm. ep. Pauli : Le don de persévérance est potentiellement fait à tous, sous forme d’élan pour commencer à agir et d’énergie pour continuer. Ce don est confirmé et pleinement actualisé en ceux qui persévèrent. Il déroule alors toute la série des moments de la grâce (décrits par →Trente Session 6). Ce premier don, ou grâce prévenante, n’est pas encore la grâce justifiante : c’est une grâce qui entrave la possibilité de pécher mortellement.

1,6bc celui qui a commencé en vous une œuvre bonne la parachèvera Tout est grâce

Polémique anti-pélagienne

Pélage, moine irlandais du 5e s., niait qu’un péché originel altérant les potentialités de leur nature fût transmis à tous les hommes. Du coup, il minimisait l’importance de la grâce divine, la réduisant à une lumière sur la fin à poursuivre et un couronnement des efforts entrepris pour l’atteindre. Bien que cette doctrine fût condamnée par les conciles de Carthage de 418 et d’Orange de 529, et par une lettre du pape Célestin Ier en 431, elle continua à faire débat à travers les siècles.

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « [Paul] a confiance en la puissance de Dieu. Et c’est pourquoi il dit "celui qui a commencé, etc." Selon Jn 15,5 "Vous ne pouvez rien faire sans moi." Cela va contre les pélagiens, qui disent que le principe de l’œuvre bonne vient de nous, mais son achèvement de Dieu. Mais cela n’est pas vrai : parce que le début d’une bonne œuvre en nous est de réfléchir au bien, et cela même vient de Dieu, d’après 2Co 3,5 "Non que nous soyons capables de former nous-mêmes aucune bonne pensée comme de nous-mêmes." »
  • →Lapide Comm. ep. Pauli : Dieu, en tant que bon pasteur, ne nous donne pas seulement une grâce suffisante par laquelle nous puissions persévérer, mais encore une grâce actuelle par laquelle nous persévérons effectivement. Une bonne œuvre n’est pas forcément quelque chose d’extraordinaire, mais peut consister en la simple vie évangélique.

Polémique anticatholique 

  • →Brenz Expl. Phil. : L’Apôtre ne fait ici que rendre témoignage à l’Évangile et à la justification. Les chrétiens, parce qu'ils croient en Christ, sont réputés justes par Dieu à cause de Christ. La foi fonctionne ainsi comme une semence qui germe et se développe jusqu'à porter ses fruits. 

Application morale : Dieu principe de bienveillance a priori 

  • →Calvin Comm. NT : Paul savait voir en Dieu l’unique artisan qui opérait dans ses frères et sœurs à Philippes, sans chercher d'autre assurance, et en accordant à tous le bénéfice du doute.

1,8b dans les entrailles du Christ Jésus Expression d’un amour

... paternel

  • →Jean Chrysostome Hom. Phil. 1,2 « Il n’a pas prononcé ce mot de charité : son expression est bien plus tendre. Je suis devenu votre père, et c’est de l’amour du Christ qu’émane cette paternité. »

... divin 

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « C’est-à-dire : moi qui suis dans les entrailles de Jésus-Christ. Ou bien, combien je désire que vous soyez en elles, comme pour dire : combien je désire votre salut et votre participation aux entrailles de charité du Christ. Comme il est dit dans Lc 1,78 "Par les entrailles de la miséricorde de notre Dieu", comme pour signifier que la puissance de l’amour touche les profondeurs et l’intime du cœur. Ou encore, combien je désire que vous soyez dans les entrailles de Jésus-Christ, c’est-à-dire que vous l’aimiez lui-même intimement, pour que vous soyez aussi aimés de lui ; en cela, en effet, consiste la vie de l’homme. »

... christique

  • →Calvin Comm. NT : Paul ici oppose les « entrailles du Christ » à l’émotion charnelle : l’amour vrai, sacré et pieux ne vient que des entrailles de Christ : comme s’il les ouvrait pour que s’épanouissent amour mutuel et affection cordiale entre les croyants.

... maternel

  • →Hemmingsen Comm. Phil. : Paul évoque son amour intime pour les Philippiens, comme celui d’une mère qui prend pitié, ce qui est l’effet de la grâce de Christ.

1,9b amour surabonde

L'amour est sans limite

  • →Jean Chrysostome Hom. Phil. 1,2 « Quand on aime comme lui, on réclame de l’objet aimé qu’il ne s’arrête pas non plus dans son affection, l’amour étant un bien sans mesure. »

Premier bien demandé : la croissance de la charité

Thomas d'Aquin formalise la prière conclusive de Paul en trois « biens » demandés par l'Apôtre à Dieu en faveur de ses destinataires. La charité est le premier. 

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. 1,2 « L’affection intérieure est perfectionnée par la charité, et c’est pourquoi à celui qui n’a pas la charité, il faut souhaiter qu’il l’ait ; mais à celui qui l’a, qu’elle soit perfectionnée. [...] Pour que la charité s’accroisse, il faut recourir à Dieu, car Dieu seul opère cela en nous. »

1,9b toujours plus + en toute espèce d’acuité

Deuxième bien demandé : la connaissance enseignée par la charité

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Le deuxième bien regarde l’intelligence. [...] Mais est-ce que la science provient en quelque façon de la charité ? Oui [...]. La raison en est que celui qui a un habitus, si c’est un habitus droit, il s’ensuit qu’il a un jugement droit pour les choses qui relèvent de cet habitus [...]. Ainsi, le tempérant a un bon jugement sur ce qui touche aux choses de l’amour, ce qui n’est pas le cas de l’intempérant qui a un jugement faux. Or, tout ce qui provient de nous doit être informé par la charité, et c’est pourquoi, celui qui a la charité a un jugement droit en ce qui concerne les choses à connaître. Et ainsi, il dit "en connaissance", par laquelle on connaît la vérité et on adhère à tout ce qui relève de la foi. »

Non pas la connaissance de tout, mais une connaissance parfaite parce qu'utile à un progrès spirituel continu

  • →Calvin Comm. NT : Paul ne veut pas dire que les chrétiens arriveront à la connaissance de toutes choses, mais que les connaissances qu’ils auront acquises seront complètes et parfaites. Les docteurs de la Sorbonne avaient beau connaître un nombre impressionnant de choses — et beaucoup d’entre elles bien loin d’être fausses —, cette connaissance ne valait pourtant rien, car leur doctrine n’avait aucune force pour la vie spirituelle et était donc pernicieuse. Sans justice parfaite, il est impossible de plaire à Dieu, or il n’y a de justice qu’en Christ à travers la foi. La sanctification des croyants est une œuvre jamais achevée en cette vie.

Nécessité d'une connaissance affective aussi pour une  véritable piété 

  • →Hemmingsen Comm. Phil. : Il faut que la force de la doctrine soit sentie pleinement et profondément dans le cœur. Sinon, il est vain de se réjouir dans la force de l’Évangile. 

1,10b afin d’être purs et irréprochables

Troisième bien demandé : la préservation du mal

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « "Afin d’être purs" : il y a en effet un double péché à éviter, à savoir d’abord la corruption intérieure par laquelle l’homme est corrompu en lui-même, et cela est écarté par la sincérité. 1Co 5,8 dit "[C’est pourquoi célébrons cette fête, non avec le vieux levain ni avec le levain de la malice et de la corruption, mais] avec les pains sans levain de la sincérité." L’autre est contre le prochain, c’est-à-dire l’offense. Et c’est pourquoi il dit "irréprochables". »

Une double perfection

  • →Cajétan Ep. Pauli : La pureté perfectionne chaque personne pour elle-même, tandis que l’abstention de tout scandale la perfectionne dans l’intérêt de son prochain.

1,11 pour la gloire et la louange de Dieu

Invitation à tout rapporter à Dieu

  • →Théodoret de Cyr Interpr. Phil. « Réjouis-toi de ces dons ! Garde ta foi non contaminée ! Présente le fruit de la justice à Dieu, de manière à ce que Dieu soit célébré par tous » (PG 82,562).

Dieu glorifié dans les œuvres des saints

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Dieu est glorifié par les œuvres des saints, puisque les autres éclatent en louange de Dieu devant elles, comme dans Ps 150,1 "Louez le Seigneur dans ses saints" ou dans Jr 33,9 "Toutes les nations de la terre qui entendront parler de tous les biens que je leur aurai fait, en relèveront mon nom avec joie, et m’en loueront avec des cris de réjouissance." »

1,11 comblés des fruits de la justice Distinction entre la justice et ses œuvres

  • →Hemmingsen Comm. Phil. : Les œuvres du chrétien, parce qu’elles proviennent de la foi, sont certes d’une espèce différente de celle de n’importe quel homme : elles sont sans hypocrisie et sans "cause d’achoppement". Cependant, ces bonnes œuvres sont les fruits de la justice, et non pas la justice elle-même.

1,14b confiance par le fait même de mes chaînes L’Apôtre plus redoutable qu’un engin de guerre

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. renvoie de façon quelque peu énigmatique au « récit des éléphants » dans 1M. Il fait allusion au harnachement des éléphants de guerre en 1M 6,37 : « Sur chaque bête et la protégeant, se trouvait une solide tour de bois fixée sur elle par des sangles, et dans chacune se trouvaient les trois guerriers combattant sur les bêtes, en plus de leur cornac. »

1,19a je sais que cela aboutira à mon salut La certitude d’être sauvé ?

Fondée sur la confiance en Dieu

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « La raison [de sa confiance en Dieu] vient de ce qu’il est totalement consacré au service du Christ, comme pour dire : ce pour quoi ces choses servent à mon salut, c’est que je suis totalement au service du Christ. […] Il dit donc : Mais en toute assurance, etc., comme pour dire : beaucoup me persécutent, mais moi j’ai confiance en Dieu, selon Is 12,2 ‘J’agirai avec confiance, et je ne craindrai point’ et Ps 12,6 [Ps-V 11,6] ‘J’agirai en cela avec une entière liberté.’  »
  • →Brenz Expl. Phil. : Comme Paul suivait l’appel de l’Évangile afin de parvenir à la félicité éternelle. Il avait la certitude qu’il y atteindrait...

Établie par un raisonnement a fortiori  

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Lorsque nous faisons quelque bien en coopérant au salut des autres, cela rejaillit sur notre propre salut. Si, en effet, comme il est dit dans Mt 17,6 ‘Si quelqu’un scandalise un de ces petits [qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on lui pendît au cou une de ces meules qu’un âne tourne, et qu’on le jetât au fond de la mer]’, combien plus celui qui procure le salut de beaucoup n’est-il pas digne de gloire ? »

1,20ac vive attente + espérance + en toute assurance — Sauvés en espérance

Contradiction avec « je sais » du v.19 ?

Non : car c'est l'espérance d'un bien qu'on ne peut attendre que de Dieu
  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « L’espérance n’est-elle pas l’attente de la béatitude future ? Il faut dire que l’espoir est un mouvement de l’appétit portant sur un bien ardu. Et cela de deux façons, car quand quelqu’un espère l’atteindre par lui-même, alors l’espoir est sans attente ; mais quand c’est par un autre, alors il y a espoir accompagné d’attente, et ainsi nous attendons, ayant l’espoir d’obtenir quelque chose par un autre, selon le Ps 40,2 [Ps-V 39,1] ‘J’ai attendu, et je ne me suis point lassé d’attendre le Seigneur, etc.’  et Rm 8,24 ‘Car c’est en espérance que nous sommes sauvés.’ »
Non : car c'est Dieu qui cause la confiance en Dieu
  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Il dit : Je sais, et ensuite : J’espère et j’attends. Est-ce que cette espérance n’était pas certaine ? L’Apôtre répond en disant : Si, je ne serai confondu en rien. Comme il est dit dans 1M 2,61 ‘Tous ceux qui espèrent en Dieu ne s’affaiblissent point’ et dans Rm 5,5 ‘Or cette espérance n’est point trompeuse’ ; et dans Si 2,11 ‘Jamais personne qui a espéré dans le Seigneur n’a été confondu.’ »

1,21 vivre c’est le Christ et mourir, un gain

Éloge de Paul : la maxime d'un cœur adamantin 

  • →Jean Chrysostome Hom. Phil. 1,3 « Vit-il encore dans le temps, celui qui ne désire plus la vie présente ? Vit-il dans le temps, celui qui vers un autre monde précipite sa marche ? Vit-il dans le temps, celui qui ne convoite plus ce qui est de la terre ? Un cœur de diamant serait en vain mille fois frappé ; rien ne l'entame : ainsi Paul ! »
  • →Hemmingsen Comm. Phil. : Cette formule vise la gloire après la mort. La mort est une véritable épreuve pour la foi : celui qui croit que Christ est victorieux sur la mort ne doit pas être battu par la mort. Une gloire céleste attend quiconque meurt en vivant pour Christ.

Une vérité métaphysique, à prendre au sens propre

sur la vie en général, en tant que mouvement vers une fin
  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « La vie, en effet, implique un certain mouvement. Car ceux-là sont dits vivre qui se meuvent eux-mêmes. Et de là vient que ce qui est le principe de son mouvement semble être le fondement de la vie d’un homme. Or il s’agit de ce à quoi son affection est unie comme à une fin, parce que c’est de là que l’homme est mû vers toutes les choses. Voilà pourquoi certains appellent ‘leur vie’ ce à partir de quoi ils sont poussés à agir, comme les chasseurs la chasse, et les amis leurs amis. Ainsi donc, le Christ est notre vie, parce que tout le principe de notre vie et de notre opération est le Christ. Et c’est pourquoi l’Apôtre dit : Car le Christ est ma vie, etc., parce qu’il était mû par le Christ seul. »
sur la perfection de la vie en Christ
  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « L’Apôtre parle au sens propre. En effet, chacun estime que c’est un gain pour lui, quand il peut parfaire une vie qu’il possède imparfaitement. Ainsi, le malade estime qu’une vie en bonne santé est un gain. Notre vie, c’est le Christ, comme le dit Col 3,3 ‘Votre vie est cachée en Dieu avec Jésus-Christ.’ Mais ici, elle est imparfaite selon 2Co 5,6 ‘Pendant que nous habitons dans ce corps, nous sommes éloignés du Seigneur.’ Et c’est pourquoi, quand nous mourons corporellement, notre vie est parachevée pour nous, c’est-à-dire le Christ, auquel nous sommes alors présents. Comme le dit Ps 127,2 ‘Lorsqu’il aura accordé le repos comme un sommeil à ses bien-aimés, etc.’ ; et 2Tm 4,6 ‘Car pour moi, je suis sur le point d’être sacrifié et le temps de ma mort s’approche, etc.’ »
  • →Lapide Comm. ep. Pauli : Vivre ou ‘ma vie’, c’est le Christ, parce que le Christ est la cause de ma vie, en trois sens. (1) Il est la cause efficiente de ma vie spirituelle et la protège. (2) Il est la cause exemplaire de ma vie. (3) Il en est la cause finale, car l’honneur et l’amour du Christ me poussent à accomplir des bonnes œuvres. Cette vie originée en le Christ est donc ce qu’il y a de plus profond en l’homme. Comme Théophylacte le dit : le Christ est pour moi l’esprit, la lumière et la vie – naturelle, surnaturelle et celeste tout ensemble.

Une question textuelle

Calvin comprend Christ comme sujet des deux membres de la phrase, ce qui conduit à traduire : « Pour moi le Christ est un gain dans la vie et dans la mort. » 

  • →Calvin Comm. NT « Paul proteste que ce lui est tout un de vivre ou de mourir, pour autant qu'ayant Christ en soi, il estime et l'un et l'autre à gain. Et certes, il n'y a que le Christ qui nous fasse bienheureux tant en la mort qu'en la vie. Autrement, si la mort est misérable, la vie n'est de rien plus heureuse, en sorte qu'il est bien difficile de résoudre lequel est le plus utile de vivre ou de mourir hors Jésus-Christ. Au contraire, que Christ soit avec nous, il bénira tant notre vie que notre mort, en sorte que l'une et l'autre nous seront désirables. »  

1,22ss Expression de la tendresse pastorale de Paul

  • →Jean Chrysostome Hom. Phil. 1,3 « Ce passage nous révèle un grand mystère : l’apôtre était maître de son sort, puisque avoir le choix c’est être maître de l'avenir. — Je ne sais que choisir, dit-il : ainsi tout dépend de vous ? Sans doute, répond-il, si je veux demander cette grâce à Dieu [...]. Remarquez la tendresse paternelle du bienheureux. Il veut encore ainsi les consoler, en leur faisant comprendre que son avenir est remis à son choix, qu’il ne dépend pas de la malice des hommes, mais de la providence de Dieu. »
  • →Brenz Expl. Phil. : Paul ne parvenait pas à choisir entre la vie et la mort. Si Dieu veut que nous vivions, qui peut répondre : ‘Ma vie n’est pas utile’ ?  Mais le corps est vraiment une prison et la présence corporelle, même celle de Paul, a peu de valeur. Bien plus important est l’Évangile avec ses effets dans les croyants. Les avantages ou biens qui viennent du fait de croire et d’être justifié sont mineurs en comparaison de ceux qui viennent du fait de souffrir pour Christ, pour lui rendre témoignage.

1,23a je suis pressé des deux côtés Alternative entre :

- l'instinct vital et le mouvement de la grâce 

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Dans l’homme [...], il y a un double mouvement : celui de la nature et celui de la grâce. Celui de la nature pousse à ne pas mourir, selon la parole de 2Co 5,4 : ‘[Car pendant que nous sommes dans ce corps comme dans une tente, nous soupirons sous sa pesanteur, parce que] nous ne désirons pas d’en être dépouillés, mais d’être revêtus par-dessus, etc.’ ; et celle de Jn 21,18 : ‘Et un autre vous mènera où vous ne voulez pas, etc.’ Et il y a le mouvement de la grâce, que suggère la charité, qui pousse à l’amour de Dieu et du prochain. Ce sentiment provoque l’amour de Dieu, pour que nous soyons avec le Christ. Et c’est pourquoi il dit : J’ai le désir de partir, non en soi, mais pour être avec le Christ, comme le dit 2Co 5,8 : ‘Dans cette confiance que nous avons, nous aimons mieux sortir de la maison de ce corps, pour aller habiter avec le Seigneur, etc.’ On voit par là la fausseté de l’opinion des Grecs, selon laquelle les âmes des saints ne sont pas avec le Christ aussitôt après la mort. »

- le choix d'aimer Dieu pour moi-même (charité imparfaite) et celui d'aimer Dieu pour lui-même (charité parfaite)

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. : On peut aussi comprendre : « L’amour de Dieu est double, à savoir l’amour de concupiscence qui veut jouir de Dieu et se délecter en lui, et ceci constitue le bien de l’homme. De même, il y a l’amour d’amitié par lequel l’homme préfère l’honneur de Dieu à sa propre délectation par laquelle il jouit de Dieu, et là est la charité parfaite. D’où Rm 8,38 : ‘Ni la mort, la vie, ni les anges, [ne nous pourra jamais séparer de l’amour de Dieu en Jésus-Christ notre Seigneur], etc.’ Et il ajoute en Rm 9,3 : ‘Jusque-là que j’eusse désiré de devenir moi-même anathème, et d’être séparé de Jésus-Christ pour mes frères, etc.’ Et il a dit cela pour montrer qu’il est habité de la charité parfaite, étant prêt pour l’amour de Dieu et pour sa gloire à se priver de la délectation de la vision divine ; et c’est pourquoi il a fait ce choix, et à juste titre, comme étant plus parfait. »

- le désir de saisir tout de suite son salut personnel et le risque de souffrir pour celui des autres

  • →Lapide Comm. ep. Pauli accuse Bèze de suggérer que Paul ait pu ignorer la valeur du prix qui l’attendait et par conséquent hésiter : « Je ne sais pas que choisir » – ou pire que l’Apôtre ait pu dire une chose et en penser une autre. Paul voulait vraiment être libéré de la prison de son corps. Il était réaliste : la vie fournit plus d’occasions de pécher que de gagner des mérites. Donc le plus court serait le mieux (comme dans le cas de tel catholique anglais martyrisé très jeune). Si Paul préfère finalement rester en vie et souffrir, c’est pour contribuer au salut des autres.

1,25b progrès

  • →Jean Chrysostome Ant. exsil. 1 « Les menaces du monde, je les méprise ; ses faveurs, je m’en moque. Je ne crains pas la pauvreté, je ne désire pas la richesse ; je ne crains pas la mort, je ne désire pas vivre, sinon pour vous faire progresser. C’est à cause de cela que je vous avertis de ce qui se passe, et j’exhorte votre charité à la confiance. »

1,26a dans le Christ Jésus en moi Paul est-il trop audacieux ?

  • →Calvin Comm. NT : Paul ne se considérait sûrement pas lui-même comme égal au Christ ! Le grec « afin que votre gloire abonde en Jesus Christ en emoi [par moi/de moi] » signifie que Paul n’est qu’un instrument et que sa valeur est fonction de son état d’esclave du Christ et de prédicateur de sa parole. En ce sens, la gloire de Paul était la gloire du Christ.

1,29bc non seulement de croire + mais aussi de souffrir — La foi et/ou les œuvres ?

Lecture catholique : les deux 

Polémique anti-catholique : une grâce, pas une initiative personnelle

  • →Hemmingsen Comm. Phil. : Pour comprendre qu’il vaille la peine de croire et de souffrir pour l’Évangile, il faut avoir l’Esprit de Dieu. Les « Papistes » ont tort de penser que chacun puisse croire ou ne-pas-croire, souffrir ou ne-pas-souffrir, comme un don qui fît partie de son libre arbitre.   

2,1–11 Interprétation morale

La fonction exemplaire de l'humilité du Christ pour l’agir chrétien

La vertu exemplaire de ces v. encourageant à la communion (Tradition chrétienne Ph 2,1c) dans l'humilité (Tradition chrétienne Ph 2,3c) est reprise par les Pères et les commentateurs anciens :

  • Eusèbe de Césarée Hist. eccl. 5,2,2s cite une « Lettre des Églises qui pérégrinent à Lyon et à Vienne en Gaule à leurs frères d'Asie et de Phrygie » (entre 175 et 180) qui décrit l’attitude d’autres chrétiens qui « devinrent tellement les émules et les imitateurs du Christ qui, subsistant en forme de Dieu, n’a pas regardé comme une proie l’égalité avec Dieu que, bien qu’ils fussent dans une telle gloire et eussent rendu le témoignage non une seule fois, ou deux, mais souvent, et eussent été ramenés d’auprès des bêtes couverts de brûlures, de meurtrissures, de plaies, non seulement ils ne se proclamaient pas eux-mêmes martyrs, mais ils ne permettaient même pas de les appeler de ce nom, et si parfois l’un de nous, par lettre ou verbalement, les appelait martyrs, ils le reprenaient amèrement » (23s).
  • Cyprien de Carthage De cath. eccl. unitate 21 (234-237) fait une amplification de Ph 2 pour exhorter à l'humilité des confesseurs imbus de leur personne.
  • Hilaire de Poitiers Tract. Ps. 118 14,10 cite intégralement Ph 2,5-8 puis Ph 2,9ss pour montrer que nous tenons de Dieu un exemple unique d'humilité et de récompense due à l'humilité (134-137) = Ambroise de Milan Exp. Ps. 118 20,17s (453s).
  • Ambrosiaster Comm. ad Phil. « C'est pour enseigner la loi de l'humilité que le Christ ne résista pas aux Juifs qui l'appréhendaient. C'est cette patience et cette humilité qu'il nous apprend à imiter, etc. » (140).
  • Jean Chrysostome Hom. Phil. 6,1 « Pour décider les Philippiens à la pratique de l'humilité, il met en scène Jésus-Christ ; et ce n'est pas seulement pour cette vertu, c'est aussi pour expliquer la charité envers les pauvres, qu'il rappelle ce grand modèle en ces termes ‘Vous connaissez la grâce du Seigneur Jésus-Christ, qui pour nous s'est fait pauvre, lorsqu'il était si riche !’ [2Co 8,9]. Il n'est rien, en effet, qui excite une âme grande et sage à la pratique du bien, comme de lui faire comprendre que ses œuvres la rendront semblable à Dieu. »
  • Pélage In epist. ad Phil. « Si [...] nous désirons être exaltés, faisons-nous les serviteurs de nos frères à l'exemple du Christ. Car si le maître et seigneur s'est fait le serviteur de ses esclaves et de ses disciples [cf. Jn 13,13-17], combien plus devons-nous servir ceux qui nous sont égaux ou supérieurs et obéir à Dieu et à ses saints, y compris jusqu'à la mort, de peur que ce ne soit en orgueilleux disciples que nous suivions un humble maître et qu'en serviteurs ingrats nous méprisions un doux maître » (47).
  • Cyrille d’Alexandrie Epist. pasch. 10,4 « L’œuvre de l’Esprit cherche à nous transformer par l’intermédiaire de la grâce dans la copie parfaite de son humiliation. »
  • Bruno le Chartreux Exp. ad Phil. « Pour recommander à la fois l’humilité et la patience, l’Apôtre expose combien grandes furent l’humilité et la patience du Christ : Chacun, dans l’humilité, doit estimer que les autres lui sont supérieurs. Je dis bien dans l’humilité, car ce que vous devez avoir en vous, c’est ce que vous voyez non pas en moi – ce qui ne serait rien – mais surtout dans le Christ Jésus. Et non seulement ayez cela, mais sentez-le, c’est-à-dire éprouvez-le, par l’expérience de la chose. C’est pourquoi il précise : sentez-le. Car beaucoup s’imaginent qu’ils peuvent tout souffrir pour le Christ, mais s’ils en venaient à l’expérience, ils défailliraient. Sentez en vous, dit-il, l’humilité et la patience ; ce que vous voyez en moi, mais surtout dans le Christ Jésus : lui qui, alors qu’il était dans la forme, c’est-à-dire l’égalité de Dieu le Père – tout aussi invisible, coéternel et consubstantiel au Père -, savait bien qu’il était égal à Dieu. Et en ceci qu’il le savait, il y a l’humilité plus grande. Car s’il s’était humilié en ignorant sa hautesse, son humilité, du fait de son ignorance, serait moins remarquable » (360).
  • Cajetan Ep. Pauli  Il est presque impossible de trouver un évêque qui accepte de voir son nom humilié et de s’abaisser jusqu’à servir les autres hommes. Mais lui est devenu homme non au moyen d’une semence humaine mais par la puissance divine. Il fut fait semblable aux autres âmes, mais fut « trouvé » dans un corps, semblable à tous les autres corps humains. Il s’est soumis à Pilate. Par ses actes d’obéissance, il méritait grande exaltation. 
  • Lapide Comm. in ep. Pauli dit qu'Ignace de Loyola a bien décrit le paradoxe de l’humilité : il est meilleur pour l’âme d’être vaincue que de vaincre, et nous devons préférer les choses des autres gens. De même que Dieu demanda à Moïse de bâtir le tabernacle selon l’image qui lui avait été montrée sur la montagne du Sinaï, de même les chrétiens sont censés porter constamment l’image du Christ crucifié sur le Calvaire, pour faire de l'âme par les vertus un tabernacle selon le modèle divin, et par là rendre hommage à Dieu. Les signes de Dieu sont l’humilité : être humble t’honore parce que cela te conforme peu à peu à ton Dieu. L’orgueil, inversement, te conformerait au diable ! L’humilité a exalté le nom du Christ ton Seigneur jusqu’à lui conférer le nom au-dessus de tous noms : l’humilité a la puissance de t’élever toi aussi !

La nécessité de l'humiliation volontaire du Christ pour que le chrétien puisse accéder par la foi à la justice et à l'imitation du Christ 

Les écrivains antiques n'ont pas opposé la lecture éthique et la lecture dogmatique (christologique) de cette péricope : c'est dans la méditation sur l'identité divine du Christ (Tradition chrétienne Ph 2,6a) qu'ils enracinent leurs exhortations :

  • Origène Cels. 6,15 « Plus que le sage ‘humble et rangé’ de Platon [Leg. 715e-716a], est ‘humble et rangé’ le juste : rangé parce qu'il marche dans des chemins sublimes et admirables qui le dépassent ; humble, parce que, tout en suivant ces chemins, il s'humilie volontairement, non sous un homme quelconque, mais ‘sous la puissante main de Dieu’, grâce à Jésus qui enseigne ces doctrines [citation de Ph 2,6ss]. Telle est la grandeur de la doctrine de l'humilité que, pour nous l'enseigner, nous n'avons pas n'importe quel maître, mais notre puissant Sauveur lui-même qui déclare : 'Mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de coeur' » (217).
  • Jean Chrysostome Anom. « Paul [...] lorsqu'il veut nous adresser quelque exhortation profitable, fait toujours descendre du ciel pour nous ses exemples de vertu. [...] Parlant de l'humilité aux Philippiens, il introduit le Christ [citations de Ph 2,3 puis de Ph 2,5s]. Si c'était parce qu'il était inférieur par nature qu'il avait accepté de prendre chair, ce ne serait plus de l'humilité [...]. Celui qui a ravi quelque chose qui ne lui appartient pas le garde constamment et ne voudrait pas l'abandonner, plein de crainte, ne pouvant être assuré de sa possession ; mais celui qui possède un bien qu'on ne peut lui enlever, même s'il le cache, n'éprouve pas de telles craintes. [...] Il savait clairement que sa condescendance ne pourrait en rien diminuer sa gloire, car elle ne lui venait pas du dehors, elle ne lui avait pas été donnée comme une proie, elle ne lui était pas étrangère, ni impropre, mais elle lui était naturelle et légitime » (270-276).

Les réformés insistèrent aussi sur l'efficacité particulière de l'exemple du Christ :

  • Luther Serm. dupl. just. Par la foi en Christ, le chrétien ne fait qu'un avec lui si bien que la justice du Christ en sa kénose devient par pure grâce la justice du croyant. Celui-ci peut ensuite s'efforcer de faire la volonté de Dieu, coopérant à cette première justice, imitant le Christ et atteignant la seconde justice (211). « L'apôtre veut que les chrétiens, chacun pour son compte, à l'exemple du Christ, se fassent esclaves d'autrui. Et s'ils possèdent quelque chose de la sagesse, de la puissance ou de la justice qui leur permettrait de l'emporter sur les autres et de se glorifier d'être égaux à la condition divine, ils ne doivent pas prendre cela en considération [pour eux] mais le référer à Dieu » (214).
  • Brenz Expl. ad Phil. Le point central est que nous devons suivre le modèle du Christ, notre tête. À l’inverse de Satan qui voulait arracher de force l’égalité au Père, le Fils de Dieu a voilé sa majesté, a renoncé aux prestiges de l’éloquence, ne s’est pas manifesté en héros, mais a choisi de s’abaisser et d’assumer l’humanité en toute liberté. Que Dieu condescende à une telle humiliation signifie que Dieu a decidé de nous épargner.

2,1c communion de l’Esprit Camarades d’armes pour le « bon combat »

  • Thomas d’Aquin Ad Phil. « De même qu’il y a des compagnons dans les armées guerrières, de même y a-t-il des hommes bons sur le plan spirituel, qui communient les uns avec les autres dans les biens spirituels. Et c’est pourquoi il dit : S’il est quelque communauté d’esprit, c’est-à-dire de moi à vous, rendez ma joie parfaite. Comme pour dire : moi, je vous ai procuré beaucoup de consolation ; si donc vous êtes mes compagnons, faites la même chose aussi pour moi. Comme il est dit dans Ep 4,3 : ‘Et travaillant avec soin à conserver l’unité d’un même esprit par le lien de la paix, etc.’ ; et dans Pr 18,24 : ‘L’homme dont la société est agréable sera plus aimé que le frère.’ »

2,1d commisération = la concorde entre les disciples

  • Jean Chrysostome Hom. Phil. 5,1.

2,7a se vida de soi

COMMENT ?

En-deçà ou au-delà des définitions dogmatiques (Tradition chrétienne Ph 2,6a), les commentateurs inventent des images pour comprendre en quoi consiste cette « kénose ».

Miniaturisation
  • Grégoire de Nysse Antirrh. 159,20 « Le terme s'est anéanti montre clairement qu'il n'a pas toujours été ce que nous avons vu de lui, mais qu'il était dans la plénitude de la divinité [cf. Col 2,9], égal à Dieu, inaccessible, inatteignable, et surtout sans pouvoir être contenu par la petitesse du néant humain, mais il se laissa contenir par la nature périssable de la chair seulement lorsqu'il s'anéantit, comme le dit l'Apôtre, réduisant la gloire inexprimable de sa divinité jusqu’aux limites de notre petitesse, de sorte que ce qu’il était restait grand, parfait et insaisissable, tandis que ce qu’il a pris était à l'échelle de grandeur de notre nature. »
  • Haymon d’Auxerre Exp. définit ainsi l’exinanitio : « C’est quand une chose grande et insaisissable est comprise sous une forme petite. » Par exemple : le paysage réduit au médaillon peint ou modelé d’un artiste, ou le monde comparé à une éponge gorgée d’eau de mer placée au cœur de la mer que serait la divinité (740). Cf. Augustin d’Hippone Conf. 7,7.
Alliage
  • Comm. Cambr. « C’est l’électrum qu’a vu Ézéchiel au milieu du feu [Ez 1,4]. L’électrum est un alliage compact d’or et d’argent [...]. L’or, métal brillant, de qualité supérieure et quasiment imputrescible, est tempéré par l’ajout d’un métal plus médiocre, l’argent, de nature bien inférieure [...]. Cet électrum est le Christ, composé [compactus] de deux natures, dans lequel l’or de nature imputrescible, c’est-à-dire la divinité, qui est infinie, s’est tempéré et a recommandé l’humanité, qui est bien inférieure. En effet, si la divinité nous était apparue avec le même éclat qu’elle apparaît aux anges, elle nous aurait brûlés plutôt qu’illuminés ou renouvelés, comme le dit saint Grégoire [Grégoire le Grand Hom. Ez. 2,14 (102ss)] » (457s, trad. Dahan 2013, 94).
Occultation
  • Grégoire le Grand Moral. Job 2,22,42 L’exinanition consiste à cacher l’immensité invisible en prenant une forme visible.
  • Atton de Verceil Exp. in ep. Pauli Ce n’est pas la substance qui est évacuée : c’est l’honneur qui est caché (594) – inspiré d’Augustin d’Hippone Trin. 1,7,14 (= Gilbert de la Porrée Med. gloss.; Hugues de Saint-Cher Post. : Dahan 2013, 91).
  • Luther Ad Rom. 167,12-20. 
  • Hemmingsen Comm. ad Phil. Pour Christ, un temps de majesté a été suivi par un temps d’humiliation. Augustin a raison d’écrire que c’est la plénitude de la nature divine qui est ici visée : Christ se connaît soi-même comme divin, et cette connaissance n’implique nul manque d’égard pour Dieu. Ce qu’il fait remarquer, c’est le fait que Christ a souffert volontiers sa vie durant, bien que sa nature divine ne pût pas souffrir.
  • Lapide Comm. in ep. Pauli Pour le Christ en tant que Dieu au ciel depuis le commencement, anéantissement ne veut dire que « devenir créature ». Avec Théoplylacte, on peut dire qu’il a gardé sa majesté, mais l’a voilée.
Humiliation volontaire
  • Luther Ep. Palm. La kénose n'est pas l'incarnation ; c'est un acte continuel, un état d'humiliation choisi par le Christ aux jours de sa chair (238,28-239,7). Le Christ renonce à se prévaloir de sa puissance ou de sa seigneurie parmi les hommes et se manifeste comme un serviteur jusqu'à sa résurrection et son ascension (242,35ss).
  • Lapide Comm. in ep. Pauli prend position contre cette tradition pour laquelle Paul parle ici de l’homme-Christ, après l’incarnation, et désigne le rayonnement de la divinité en Jésus-Christ à travers ses miracles durant sa vie dans la chair, volontairement voilé par une condition humiliée. 

POURQUOI ?

Pour que sa lumière dissipe nos ténèbres 
  • Grégoire de Nysse Or. catech. 24,53ss  « La puissance se révèle dans le fait qu’il [le Christ] est devenu semblable à l’homme et a pris la forme qui correspond à l’humilité de la nature [phusis] humaine, en faisant espérer qu’il pourrait, à la manière des hommes, tomber au pouvoir de la mort, mais en faisant, une fois qu’il était devenu homme, ce qui lui est propre et ce qui est conforme à sa nature. Or, le propre de la lumière, c’est de faire disparaître les ténèbres et le propre de la vie, c’est de détruire la mort. »
Par amour, le Fils met fin à la servitude du péché en se faisant serviteur
  • Augustin d'Hippone Pecc. merit. 1,39 « La raison de l'avènement du Seigneur Jésus-Christ dans notre chair, la cause qui lui a fait prendre ainsi la forme de l'esclave et devenir obéissant jusqu'à la mort de la croix, ce fut uniquement de sa part la volonté d'épancher les bienfaits de sa grâce infiniment miséricordieuse sur tous ceux dont il est le chef et le guide à la conquête du royaume des cieux, parce que ceux-là aussi ont été choisis pour faire partie de son corps et en être comme les membres. Ainsi voulut-il vivifier, sauver, délivrer, racheter, illuminer ceux qui avaient d'abord appartenu à l'empire du démon, prince du péché, qui les tenait enchaînés par le péché même dans la mort, les langueurs, l'esclavage, la captivité et les ténèbres. Par là encore Jésus devenait le médiateur entre Dieu et les hommes, puisque par lui, par la paix de sa grâce, s'éteignaient les inimitiés de notre impiété ; notre réconciliation se faisait avec Dieu pour la vie éternelle ; nous étions arrachés à la mort éternelle qui nous menaçait dans ce premier état. »
  • Cyrille d'Alexandrie Dial. Trin. 6,605,37-45 « Obligatoirement donc on doit penser qu’avant son concours avec la chair, le Verbe issu de Dieu n’était pas dans la condition d’esclave, mais doté d’une seigneurie de nature et possesseur de grandeurs bien à lui. Par amour pour nous, il n’a pas tenu absolument à y persister ; en sorte qu’il a été qualifié d’esclave ; moyennant quoi, de même que lui était volontairement à cause de nous dans un état contre nature, nous aussi serions, de grand cœur, à cause de lui dans un état supérieur à la nature. Il s’abaissa en effet à l’anéantissement, non pas qu’il permît à ce dernier une victoire assurée sur sa gloire naturelle et non surajoutée, mais dans le but de faire obtenir, à cause de lui, à ce qui est en état d’infériorité et de bassesse, c’est-à-dire nous, la force de nous élancer vers le haut. »

JUSQU'OÙ ?

Certains auteurs vont jusqu’à imaginer une sorte d’éclipse de la divinité derrière l’humanité, préfigurant par leur expression poétique les modernes théologies de la kénose (Théologie Ph 2,7a) :

  • Hilaire de Poitiers (Trin. 9,14.41; 11,48; 12,6) en usant de l’expression per evacuationem suam, suggère une lecture de l’abaissement du Fils selon les perspectives d’une evacuatio ou « évidement » (Ph 2,7) de certaines de ses qualités divines.
  • Cyrille d'Alexandrie Dial. Trin. 6,627,14-17.
  • Grégoire de Nazianze Or. 37,3  « S’il n’était pas descendu au niveau de notre faiblesse, s’il était resté ce qu’il était en se gardant inapprochable et insaisissable, un petit nombre d’hommes sans doute l’auraient suivi. [...] Mais comme le Christ s’anéantit à cause de nous, comme il descend – j’appelle anéantissement cette sorte de relâchement et d’amoindrissement de sa gloire –, par cela même il devient saisissable. »
  • Grégoire de Nazianze Poem. theol. « De testamentis et adventu Christi » 9,39ss « Il annihila sa gloire qui lui venait du Père immortel, lui le Fils sans mère, et il se montra à moi, le fils étrange, sans père » (455). 

Thomas d’Aquin fait remarquer combien le mot exinanitio est adapté, car il connote le « néant »  de la nature humaine, non seulement par opposition avec la plénitude absolue de la divinité, mais encore en elle-même, en tant que tabula rasa destinée à être remplie :

  • Thomas d’Aquin Ad Phil. « Étant la plénitude de la divinité, est-ce qu’il a pu se vider de sa divinité ? Non, parce qu’il est demeuré ce qu’il était, et a assumé ce qu’il n’était pas. Mais il faut comprendre cela selon l’assomption de ce qu’il n’avait pas, mais non selon l’assomption de ce qu’il avait. De même en effet qu’il est descendu du ciel, non qu’il aurait cessé d’être dans le ciel, mais parce qu’il a commencé d’être sur terre sous un nouveau mode, ainsi aussi s’est-il anéanti, non en déposant sa nature divine, mais en assumant la nature humaine. Or il est vraiment beau de dire qu’il s’est vidé. En effet, le vide s’oppose au plein. Or la nature divine est suffisamment plénière, puisqu’il y a là la perfection de toute bonté, comme dit Ex 33,19 'Je vous ferai voir toutes sortes de biens.' Mais la nature humaine, et l’âme [en particulier], n’est pas une plénitude, mais en puissance à la plénitude ; parce qu’elle est faite comme une table rase. La nature humaine est donc vide. C’est pourquoi il dit : Il s’est anéanti, parce qu’il a assumé la nature humaine » (101,57). 

Tout en faisant sa part à la puissance expressive et poétique de la métaphore (Procédés littéraires Ph 2,7a), Thomas d’Aquin l’interprète donc sagement comme le synonyme expressif de l'assomption d'une humanité : c'est un mouvement vers l'humanité sans être une dépossession de la divinité. Théologie Ph 2,7a

2,7b prenant une forme d'esclave

Rapprochements intertextuels 

Allusion à Élie : le Christ se "rapetisse"
  • Bernard de Clairvaux Serm. Cant. 16,2 fait un lien intertextuel avec la guérison du fils de la Shunamite où le prophète "se rapetisse" pour se coucher sur l'enfant (2R 4,34s) : « Notre-Seigneur, prophète entre les prophètes, puissant en paroles et en actes, qui a daigné quitter les hauts sommets des cieux pour venir me visiter, moi qui ne suis que cendre ; ila eu pitié d'un mort, il s'est couché sur mon cadavre, il s'est réduit à ma médiocre taille, a donné à mes yeux aveugles la lumière des siens ; par le baiser de sa bouche il a rendu la parole à mes lèvres muettes et par le contact de ses mains il a fortifié les miennes... »
Allusion  à Isaïe : le Christ, Serviteur souffrant 

Références en marge Intertextualité biblique Ph 2,7a Intertextualité biblique Ph 2,7b

  • Clément de Rome Ep. 16,1-17 « Le Christ appartient en effet à ceux qui sont humbles de cœur, non à ceux qui s’élèvent au-dessus de son troupeau. Le sceptre de la majesté de Dieu, le Seigneur Jésus-Christ, n’est pas venu avec le train de la fierté et de l’orgueil – et pourtant il le pouvait – mais avec l’humilité du cœur, selon que l’Esprit Saint avait déclaré de lui [Is 53,1-12]. Et lui-même dit encore : 'Quant à moi, je suis un ver de terre et non un homme, l’opprobre des hommes et l’abjection du peuple ; tous ceux qui m’ont vu se sont raillés de moi, ils ont ironisé des lèvres, ils ont secoué la tête : Il a espéré dans le Seigneur, que le Seigneur le délivre, qu’il le sauve, puisqu’il tient à lui' [Ps 22,7ss]. Vous voyez, bien-aimés, quel est le modèle qui nous a été donné ! Si le Seigneur s’est ainsi humilié, que devons-nous faire, nous qui sommes venus par lui sous le joug de sa grâce ? »
  • Thomas d’Aquin Ad Phil. « Il aborde en premier l’assomption de la nature humaine, en disant : En prenant la condition de serviteur. En effet, l’homme est serviteur de Dieu du fait de sa création, et la nature humaine est la forme du serviteur, selon Ps 100,3 'Sachez que le Seigneur est le vrai Dieu, etc.' ; Is 42,1 'Voici mon serviteur, etc.' ; et Ps 3,4 'Mais vous, Seigneur, vous êtes mon protecteur, etc.' »
Allusion à Osée : le Christ médecin ?
  • Hugues de Saint-Cher Post. lie cette forme d’esclave avec le passage d’Os 11,3 « Et moi, tel la nourrice d’Éphraïm, je les portais dans mes bras, et ils ne savaient pas que je les soignais », pour développer l’image traditionnelle : « Ce médecin se mit au service des malades afin que sa maladie à lui fût pour eux un salut, que ses propres blessures leur devinssent une médecine et que sa mort fût pour eux la vie » (7,182rb).
Réminiscence des bestiaires : le Christ guenon ?
  • Hugues de Saint-Cher Post. prolonge l’image oséenne en une scène de la vie animale d’autant plus saisissante que le singe est généralement figure du diable au moyen âge : « Le Christ comme une nourrice s’est abaissé humblement et utilement pour laver les souillures de son bébé, il s’est assis dans la cendre et il l’a nourri de son lait [...]. Il nous a servis en nous portant dans ses bras [...]. En effet, ce qui est pesant est porté sur les épaules, comme le fait la guenon : elle porte dans ses bras le petit qu’elle aime le plus, celui qu’elle aime moins sur ses épaules. Le Christ nous a portés avec patience sur ses épaules comme une charge pesante [...]. Mais au temps de sa Passion il a dit : 'Je les porterai dans mes bras [...]' » (7,182ra, trad. Dahan 2013, 99).

Sens propre ou sens figuré ?

Paul ne vise pas une fiction (polémique anti-marcionite)
  • Tertullien Marc. 5,20,3s « C’est certain, concernant la réalité substantielle du Christ, les marcionites pensent qu’ici aussi l’Apôtre leur apporte son suffrage pour affirmer la présence dans le Christ d’un fantôme de chair, quand il dit que lui qui est établi en forme [in effigie Dei constitutus] de Dieu, il n’a pas considéré comme une proie sa parité avec Dieu, mais il s’est vidé lui-même, ayant pris la forme d’un esclave – non sa vérité –, et en ressemblance de l’homme – et non en homme –  et par sa figure [figura] il fut trouvé homme – et non par sa substance, c’est-à-dire : et non par la chair. Comme si la figure et la ressemblance et la forme n’étaient pas, aussi bien, des attributs de la réalité substantielle ! Mais c’est une bonne chose qu’ailleurs aussi il appelle le Christ 'image du Dieu invisible'. Serait-ce donc que, ici aussi, puisque l’Apôtre le place 'en forme de Dieu', le Christ si, étant établi en forme d’homme, il n’a pas été non plus véritablement homme ? Car c’est des deux côtés qu’il serait nécessaire d’exclure la vérité si on revendique forme, ressemblance, figure pour un fantôme. Or si le Christ, en forme et en image, est véritablement Dieu parce que fils du Père, c’est là même une conjecture, qu’il a été trouvé véritablement homme, en forme et image d’homme parce que Fils de l’homme » (5,365ss).
Le sens est métaphorique
  • Lapide Comm. in ep. Pauli Le Christ fut esclave à cause de la nature humaine qu'il assuma, et esclave en ce sens que toute créature rationelle sert Dieu naturellement. Mais il ne le fut pas à la manière d’un esclavage légal ou pénal : le pape Hadrien 1er (concile de Francfort : Théologie Ph 2,7b ) et les Pères, suivant Jn 8,35, ont justement nié que le Christ eût été esclave en ce sens. 

Pourquoi choisir la formulation « prendre la physionomie de » et non pas simplement « devenir » un esclave : que désignent les mots morphê ou forma ?

Paul vise la chair du Christ
  • Grégoire de Nysse Antirrh. 159,14-17 « Il s'est anéanti lui-même, dit [Paul], prenant la forme d’un esclave. Quelle est-elle la forme servile ? C’est le corps assurément. En effet, nous n’avons appris des Pères rien d'autre que cela. » 
Éclairage métaphysique et logique : Paul vise une nature et non pas un suppôt
  • Thomas d’Aquin Ad Phil. traite ici une quaestio « Pourquoi parle-t-on de façon plus convenable de forme de serviteur que de serviteur tout simplement ? Parce que serviteur est un nom d’hypostase ou de suppôt, qui n’est pas assumé, mais par nature : en effet, ce qui est reçu se distingue de ce qui reçoit. Le Fils de Dieu n’a donc pas assumé un homme ; parce que cela donnerait à entendre que l’homme serait autre que le Fils de Dieu, alors pourtant que le Fils de Dieu s’est fait homme. C’est pourquoi, il a pris une nature dans sa propre personne, de sorte que fût identique en sa personne le Fils de Dieu et le fils de l’homme » (101,58).

2,7cd à la ressemblance des hommes.reconnu à sa figure comme un homme Lectures orthodoxes et hérétiques

Rapprochement intertextuel

Au moyen âge, un seul auteur, curieusement, cite Ba 3,38 (« Après cela il a été vu sur la terre, et il s’est entretenu avec les hommes ») pour commenter ce v. C'est étonnant, puisque ce passage est l'un des testimonia les plus courants pour l’incarnation :

  • Nicolas de Gorran Post. « Il fut trouvé, voulant éprouver comme un autre homme, parce qu’il a mangé, bu et dormi comme un autre homme. Baruch : 'On le vit sur la terre...' » (Dahan 2013, 100).

Une théologie de l'« habit » ?

Plusieurs auteurs latins ont amplifié la métaphore qu'ils percevaient dans le mot habitus offert par leur version : 

  • Augustin d'Hippone Serm. 264,4 « Supposons qu’un sénateur prît un vêtement d’esclave, parce qu’il ne lui serait pas permis d’entrer dans un cachot en costume de sénateur pour y consoler quelqu'un ; le voilà couvert du vêtement de la prison ; c’est par humanité qu’il apparaît sous ces vêtements sordides ; mais sa dignité de sénateur brille en lui avec d’autant plus de pureté que par une plus vive compassion il a voulu revêtir ce qui relevait de l’humilité. Ainsi le Seigneur : demeurant Dieu, demeurant Verbe, demeurant Sagesse, demeurant Puissance de Dieu, demeurant occupé à gouverner les cieux, à administrer la terre et à combler les anges, tout entier partout, tout entier dans le monde, tout entier dans les patriarches, tout entier dans les prophètes, tout entier dans tous les saints, tout entier dans le sein d’une vierge, pour y vêtir la chair, pour s’unir à cette chair comme à une épouse, afin d’en sortir comme un époux du lit nuptial et de se fiancer l’Église comme une vierge pure » (215).

Le même symbolisme du vêtement est repris et amplifié dans une parabole sur la rédemption de l’humanité souillée, attribuée au martyr Tranquillinus dans la première moitié du 5e s. dans la Passio Sebastiani 44 (AASS Ian. II, 629-642). C’est p.ê. l’œuvre d’Arnobe :

  • Arnobe le Jeune Praedest. 1,60 « Comme le roi voulant retirer sa bague d’or sertie d’un gemme tombée dans un égoût, qui revêt une tunique d’esclave et descend ainsi vers l’égout, pour que ce soit la tunique qui reçoive la souillure de la fange ; puis tend la main et retire sa bague d’or sertie d’un gemme ; et une fois remonté, la rince à l’eau et se la passe au doigt, – ainsi, à n’en pas douter, le Fils de Dieu, prenant la forme d’un esclave, ne s’est pas contenté de venir dans les espaces inférieurs des cieux, où nous nous trouvons, nous qui semblons vivre en ce monde, mais il est descendu aux espaces inférieurs de l’enfer, qui sont aussi profondément éloignés de nous que nous le sommes du ciel ; et pour en arracher le genre humain, il a enduré la saleté de toutes les souillures, les nôtres, non les siennes » (38).

L'incarnation donne au Verbe visibilité et perceptiblité

  • Grégoire de Nysse Antirrh. 159,29-160,1.3-11 « Advenu à la ressemblance, dit-il, et dans la figure de l’homme, puisque de toute évidence, il ne porte pas sur lui depuis toujours la ressemblance avec une telle nature, pas plus qu’il n’est mis en forme dans une figure corporelle. Comment en effet les contours d’une figure pourraient-ils être estampés par l’incorporel ? Au contraire, [le Christ] n’advient dans une figure [cf. Ph 2,7c] qu’au moment où il prend une configuration et s’en revêt. C’est cela la nature du corps. » 
  • Augustin d'Hippone Enarrat. Ps. 63,7 « Le Verbe de Dieu accepta d’être tenu pour un homme. Car il ne pouvait être appréhendé sinon en tant qu’homme, être vu sinon en tant qu’homme, être frappé sinon en tant qu’homme, être crucifié ni mourir sinon en tant qu’homme. Homme, il se prêta à tous ces supplices qui n’auraient eu nulle prise sur lui s’il ne s’était fait homme. Mais s’il ne s’était pas fait homme, l’homme n’aurait pas été délivré [...]. Homme, il présente l’homme aux regards humains, gardant Dieu à l’intérieur: cachant la forme de Dieu en laquelle il est égal au Père, et présentant la forme d’esclave en laquelle il est moindre que le Père. »

Ou bien, dialectiquement : elle le voile sous la chair !

  • Calvin Comm. NT Paul parle du Christ entier, Dieu manifesté dans la chair  (1Tm 3,16) : son anéantissement touche seulement son humanité. Celui qui était Fils de Dieu et égal à Dieu a mis de côté sa gloire, en se manifestant en chair comme un esclave. Sa gloire n'a pas été diminuée mais voilée.

La nature et la condition humaines du Christ ressemblent à celles des hommes

  • Thomas d’Aquin Ad Phil. « Il aborde la conformité de la nature humaine, en disant : En se rendant semblable aux hommes, c’est-à-dire selon l’espèce, comme il est dit dans He 2,17 'C’est pourquoi il a fallu qu’il fût en tout semblable à ses frères.' Et si on dit qu’il ne convient pas, dans le cas du Seigneur Jésus-Christ de recevoir une espèce, c’est vrai de celle qui résulterait de la divinité et de l’humanité, comme si la divinité et l’humanité s’unissaient en une seule nature commune. D’où il suivrait que la nature divine, pour ainsi dire, serait changée. Puis, il évoque les conditions de la nature humaine, en disant : Et reconnu pour homme par tout ce qui a paru de lui, parce qu’il a pris tous les défauts et les propriétés appartenant à l’espèce, sauf le péché. Et c’est pourquoi il est reconnu pour homme par tout ce qui a paru de lui, c’est-à-dire dans l’apparence extérieure, parce qu’il a mangé comme un homme, fut fatigué, et autres choses de ce genre. Comme le dit He 4,15 'Il a éprouvé comme nous toutes sortes de tentations, hormis le péché' ; et Ba 3,38 'Après cela il a été vu sur la terre, et il a conversé avec les hommes.' Et ainsi, nous pouvons rapporter le terme habitus aux habitudes extérieures. »

La nature humaine est un « habitus » du Verbe

Augustin lui-même ne s'était pas contenté de la métaphore de l'habit et s’était efforcé de faire des distinctions : 

  • Augustin d’Hippone Div. quaest. 73 « Un habitus est ce qui arrive, un accident. Il y en a quatre sortes, exemplifiées par la sagesse, la nourriture, le vêtement et l’anneau. C’est du 'vêtement' qu’il s’agit ici, des accidents qui subissent une transformation et reçoivent en quelque sorte leur formalité de ceux à qui ils confèrent un habitus, comme l’habit. L'habitus [...] qui convient à l’habit et à l’armement se rend [...] parschêma. D’où l’on conclut que c’est à cette sorte d’habitus que s’est référé l’Apôtre : aussi bien le texte grec porte-t-il schêmati, pour lequel nous autres nous avons habitus en latin. Ce terme donne à entendre que le Verbe n’a pas été altéré par l’assomption de l’humanité, de même que les membres ne sont pas non plus altérés quand on les recouvre d’habits. Néanmoins, cette assomption-là a ineffablement uni ce qui était assumé à celui qui l’assumait. Mais pour autant que les mots humains peuvent s’appliquer à l’ineffable, afin d’éviter l’idée que Dieu ait été altéré par l’assomption de l’humaine fragilité, on a choisi pour exprimer cette assomption le grec schêma et le latin habitus » (320-325).
  • Thomas d’Aquin Ad Phil. « Il y a quatre sortes d’habitus. Le premier change celui qui l’a, et lui-même n’est pas changé, comme le sot par la sagesse. Le deuxième est changé et change, comme la nourriture. Le troisième est celui qui ne change pas et n’est pas changé, comme l’anneau survenant au doigt. Le quatrième est celui qui est changé, et ne change pas, comme le vêtement. Et c’est selon cette ressemblance que la nature humaine dans le Christ est dite un habitus, elle qui advient à la personne divine de telle sorte qu’elle ne la change pas, mais qu’elle est changée en mieux, parce qu’elle est remplie de grâce et de vérité, comme le dit Jn 1,14 'Et nous avons vu sa gloire, comme la gloire du Fils unique du Père, étant plein de grâce et de vérité.' Il dit donc En se rendant semblable aux hommes, de telle sorte cependant qu’il n’est pas changé, Et reconnu pour homme par tout ce qui a paru de lui. »

( = Haymon d’Auxerre; Atton de Verceil; Gilbert de la Porrée Med. gloss.; Pierre de Tarentaise, etc. : Dahan 2013, 89).

Création et recréation

  • Pierre de Tarentaise Post. « Il s’est fait à la similitude des hommes, en acceptant la mortalité, la passibilité et tous les défauts de la nature humaine. En effet lors de la création, l’homme a été fait à la similitude de Dieu mais dans la re-création, Dieu a été fait à la similitude de l’homme » (Dahan 2013, 88). 

Typologie des interprétations hérétiques

  • Thomas d’Aquin Ad Phil. « Certains se sont trompés à cause de cette parole. [...] (1) La première opinion est que l’humanité du Christ lui advient accidentellement, ce qui est faux : parce que le suppôt de la nature divine est devenu le suppôt de la nature humaine ; et c’est pourquoi elle ne lui advient pas accidentellement, mais substantiellement, non parce que la divinité ne lui advient pas naturellement, mais parce qu’elle est prédiquée substantiellement de lui. Et par là aussi, est exclue l’erreur de Photin, qui a dit que le Christ était un pur homme, non né de la vierge, parce qu’il est dit Lui qui était dans la forme de Dieu. Il était donc dans la forme de Dieu avant de prendre la forme de serviteur, par laquelle il est inférieur au Père, parce qu’il n’a point cru que ce fût pour lui une usurpation, etc. Il est donc vaincu parce qu’il a mérité par la forme de serviteur. De même, est exclue l’erreur d’Arius, qui a dit qu’il était moindre que le Père, parce qu’il n’a point cru que ce fût pour lui une usurpation, etc. (2) Il en va de même pour celle de Nestorius, qui a dit que l’union devait être comprise selon l’inhabitation, en ce sens que Dieu a habité dans l’homme, et qu’autre est le fils de l’homme, et autre le Fils de Dieu. (3) Mais Raban souligne que l’Apôtre appelle l’incarnation un anéantissement. Or il est clair que le Père et l’Esprit Saint inhabitent aussi en lui : donc ils se sont eux aussi anéantis, ce qui est faux. De plus, il dit Il s’est anéanti lui-même, donc c’est le même qui s’est anéanti, et qui est celui qui s’anéantit. Mais il s’agit du Fils de Dieu, parce qu’il s’est anéanti lui-même, donc l’union est dans la personne. (4) C’est aussi le cas d’Eutychès, qui a dit que des deux natures résulte une seule nature. Il n’a donc pas pris la forme de serviteur, mais une autre forme, ce qui est contraire à ce passage. Il en va de même pour l’erreur de Valentin, qui a dit qu’il a pris un corps venu du ciel. C’est la même chose pour Apollinaire, qui a dit qu’il n’a pas eu d’âme. Dans ce cas, en effet, il n’aurait pas été rendu semblable aux hommes. »

Mystique

1,8b je languis après vous tous dans les entrailles du Christ Jésus

L’étreinte spirituelle vécue dans la fraternité monastique

  • →Bernard de Clairvaux Ep. 153 répond à Bernard de Portes le Chartreux, qui lui demande un exposé sur le Ct : « Tu me demandes avec insistance et moi je refuse avec constance, mais pour m’épargner et non par mépris envers toi. Oh ! plaise au ciel que je puisse être capable d’élaborer quelque chose qui soit digne de ton zèle [...] ; si cela pouvait se faire, je partagerais avec toi la lumière de mes yeux et aussi mon âme elle-même, ami très cher, frère que je voudrais étreindre spirituellement "dans les entrailles du Christ", autant qu’il me serait possible, dans toute la plénitude de l’amour » (SC 556,399).

L’esprit du Christ se fond avec notre esprit

  • →Cabasilas Vita « Ô grandeur des mystères ! Il est donc possible que l’esprit du Christ se fonde avec notre esprit et son vouloir avec notre vouloir, que son corps soit mélangé à notre corps et son sang à notre sang ! Que devient notre esprit quand l’esprit divin s’en est rendu maître ! Que devient notre vouloir quand le vouloir bienheureux le subjugue ! Que devient notre argile quand un tel feu a triomphé d’elle ! Qu’il en est bien ainsi, Paul le montre bien quand il dit n’avoir plus ni esprit ni vouloir ni vie propres, mais que le Christ est devenu tout cela pour lui. Il écrit en effet : "Nous avons l’esprit du Christ" (1Co 2,16) ; et : "Vous réclamez une preuve que c’est le Christ qui parle en moi" (2Co 13,3) ; et : "Je pense avoir l’Esprit de Dieu" (1Co 7,40) ; et : "Je vous aime dans les entrailles de Jésus-Christ" — ce qui montre à l’évidence qu’il avait le même vouloir que lui —, et pour tout résumer : "Je vis mais non plus moi, c’est le Christ qui vit en moi" (Ga 2,20) » (SC 355,271).

1,29bc non seulement de croire en lui mais aussi de souffrir pour lui

Dans le combat quotidien du moine contre les vices

  • →Guerric d’Igny Serm. (« Sermon pour l’Ascension ») « à vous, mes frères, il a été donné, comme le dit l’Apôtre, non seulement de croire en lui, mais aussi de souffrir pour lui. La foi en la promesse du Christ, bien loin de vous rendre négligents par l’assurance qu’elle vous donne, vous rend plus fervents par l’élan qu’elle vous procure, et vous fait gagner la couronne du martyre continuel dans le combat quotidien que vous livrez aux vices. Martyre continuel, mais facile, et quoique facile, sublime néanmoins » (SC 202,277).

2,5–11 Un exemple à imiter

En prenant la croix

  • Léon le Grand Serm. 59,4s « la victoire du Christ nous est partout secourable, afin que s’accomplisse ce qu’il a dit : ‘Ne craignez pas, j’ai vaincu le monde’ [Jn 16,33]. Que ce soit contre l’ambition du siècle, contre les désirs de la chair ou contre les traits des hérétiques que nous combattions, nous sommes toujours armés de la croix du Seigneur. Nous ne nous éloignons jamais de la fête pascale si nous nous abstenons du vieux levain de malice [cf. 1Co 5,8]. Car parmi toutes les vicissitudes de la vie présente, remplie d’épreuves diverses, il nous faut nous souvenir de l’exhortation de l’Apôtre qui nous instruit en ces termes : Ayez en vous les mêmes sentiments qui furent dans le Christ Jésus [...] [Ph 2,5-11]. Si, veut dire l’Apôtre, vous comprenez le mystère d’un si grand amour, et prenez garde à ce qu’a fait le Fils unique de Dieu pour le salut du genre humain, ayez en vous les mêmes sentiments qui furent dans le Christ Jésus dont nul riche ne doit mépriser l’humilité, ni aucun noble en rougir. En effet, le bonheur humain, quel qu’il soit, ne peut s’élever à un tel sommet qu’il estime honteux pour lui ce que Dieu, demeurant Dieu dans la condition de Dieu, n’a pas jugé indigne pour lui-même. Imitez ce qu’il a fait ; aimez ce qu’il a aimé et, trouvant en vous la grâce de Dieu, aimez en retour votre nature en lui. Sa pauvreté ne lui a pas fait perdre ses richesses, son humilité n’a pas réduit sa gloire, sa mort n’a pas anéanti son éternité ; de même vous aussi, marchant sur ses traces et mettant vos pas dans les siens, méprisez les biens de la terre pour saisir ceux du ciel. Prendre la croix, c’est, en effet, exterminer la convoitise, faire mourir les vices, fuir la vanité, et renoncer à toute erreur [...] » (261ss).

En devenant serviteur

  • Guerric d’Igny Serm. (« 1er sermon pour le dimanche des Rameaux ») « Ayez en vous les sentiments qui furent dans le Christ Jésus, lui qui, étant de condition divine... [Ph 2,5s]. Que le mauvais serviteur, l’esclave fugitif écoute ! Je parle de l’homme qui, étant de nature et de condition servile, et donc soumis à l’obligation du service, s’est refusé à servir et a tenté de s’emparer de la liberté et de l’égalité avec son Maître. Le Christ, qui est de condition divine [Ph 2,6], égal à Dieu non par rapine mais par nature, puisqu’il partage sa puissance, son éternité et sa substance, non seulement a pris en s’anéantissant lui-même la condition servile qui le rend semblable à l’homme [Ph 2,7], mais a encore rempli l’office de serviteur en s’humiliant lui-même et en se faisant obéissant à son Père jusqu’à la mort, et à la mort de la croix [Ph 2,8] » (2,165) ; « Que nous serions heureux, mes frères, si nous écoutions à ce sujet le conseil de l’Apôtre : Ayez en vous, dit-il, les sentiments qui, vous le savez, ont été d’abord dans le Christ Jésus [Ph 2,5]. Et quels-sont-ils ? Que personne ne s’élève au-dessus de soi, mais que plutôt il s’abaisse au-dessous de soi ; que le plus grand se fasse le serviteur des autres ; si quelqu’un est offensé, qu’il soit le premier à faire réparation en général ; que chacun soit obéissant jusqu’à la mort. C’est sur de pareilles traces, frères, que nous devons accompagner le Christ en sa condition servile ; ainsi nous parviendrons à le contempler en sa condition divine, celle en laquelle il vit et règne pour tous les siècles des siècles » (2,171).

2,6s Lui qui avait la physionomie de Dieu… mais il se vida de soi… Le glorieux abaissement d’une humanité exceptionnelle

Tout au long de sa vie terrestre

  • Grégoire de Nazianze Poem. theol. (« De Filio ») « Immortel médecin des mortelles souillures, / Les couvrant de son sang et restant sans blessures, / II était homme faible ; oui, mais Dieu souverain. / II est fils de David, mais Adam est le sien. / Dans le sein d’une Vierge il descend et s’enferme, / Mais son être infini ne connaît point de terme. / Une crèche reçoit sa faible humanité, / Mais des rois rendent gloire à sa divinité, / Et devant son berceau, conduits par une étoile, / De sa grandeur cachée ils soulèvent le voile. / Homme, il combat Satan, cet ennemi des cieux, / Mais d’une triple lutte il sort victorieux. / Le pain nourrit son corps et ranime sa vie, / Mais l’eau se change en vin, le pain se multiplie. / [...] II est victime et prêtre, il est sujet et roi, / Et présentant à Dieu le pur sang qui l’inonde, / Il suspend à sa croix tous les crimes du monde. / Que dirai-je encor plus ? Il descend au tombeau, / Mais il fait avec lui revivre de nouveau / Les morts qui l’attendaient dans les demeures sombres, / Et d’un double mystère il dissipe les ombres. / Ne songe donc au corps qu’il prit en ta faveur / Qu’afin de l’adorer avec plus de ferveur » (11s). 

Spécialement en sa Passion

  • Léon le Grand Serm. 39,2 « dans tout le déroulement de la Passion du Seigneur, gardons-nous de considérer l’infirmité humaine comme si nous jugions que la puissance divine ait pu y faire défaut ; n’imaginons pas davantage cette condition [forma] du Fils unique qui le rend égal et coéternel au Père, comme si nous pensions que ne s’est pas vraiment passé tout ce qui paraît indigne de Dieu. L’une et l’autre nature absolument sont un seul Christ : le Verbe ici n’est pas plus séparé de l’homme que l’homme n’est dissocié du Verbe. L’abaissement [humilitas] ne répugne pas, parce que la majesté n’en est pas diminuée. Rien n’a été dommageable à la nature inviolable de ce qu’il fallait que souffrît la nature passible ; toute cette action sacrée que consommèrent ensemble et l’humanité et la divinité, fut une dispensation de miséricorde et une œuvre de compassion [pietatis]. [...] L’abaissement [humilitas] de la divinité est donc notre relèvement » (39ss) ; 41,1s « Rien ici qui soit exempt de réciprocité, l’humilité est toute dans la majesté, la majesté toute dans l’humilité ; l’unité n’amène pas la confusion, pas plus que la propriété ne rompt l’unité. D’une part le passible, de l’autre l’inviolable ; et cependant au même appartient l’ignominie auquel appartient aussi la gloire. [...] Ainsi se servait-il [le Seigneur] pour la rédemption de tous de la méchanceté de ses persécuteurs, afin que dans le mystère de sa mort et de sa résurrection, ses meurtriers eux-mêmes puissent trouver le salut, s’ils venaient à croire » (55ss).

En résonance avec les Écritures

  • Bernard de Clairvaux Serm. div. 22,5 « Que pourras-tu trouver de dur et de terrible, lorsque tu te souviendras qu’il était dans la condition de Dieu [Ph 2,6], ‘au jour’ de son éternité engendré ‘dans la splendeur de la sainteté avant l’aurore’ [Ps 110,3], ‘lui la splendeur et l’image de la substance de Dieu’ [He 1,3] ; et qu’il est venu jusqu’au coude, comme on dit, ‘dans la profondeur de ce limon’ [Ps 69,3] ? Qu’est-ce qui ne te semblera pas doux, lorsque tu auras rassemblé, pour t’en souvenir, toutes les amertumes de ton Seigneur et d’abord la situation de dépendance de son enfance ; ensuite les fatigues qu’il supporta en prêchant, [...] ses tentations durant son jeûne, les veilles qu’il passa à prier, ses larmes quand il compatissait, les pièges qu’on lui tendait [...], les injures, les crachats, les gifles, le fouet, la dérision, les moqueries, les reproches, les clous, et tout le reste [...]. Oh ! Quelle miséricorde, et combien imméritée ! Quel amour, dont la gratuité même apporte la preuve ! Quelle faveur pour nous, et combien inattendue ! Quelle stupéfiante douceur, quelle invincible bonté ! Le roi de gloire [cf. Ps 24,7] mis en croix pour un esclave tout à fait méprisable, pour un simple ver de terre ? » (393ss).

2,7a se vida de soi La kénose, thème mystique par excellence

CONTEMPLATION de l'amour de Dieu

Antiquité'

L’humilité en Dieu plus étonnante que sa force
  • Léon le Grand Serm. 49,1 « parmi toutes les œuvres de Dieu dans lesquelles s’épuise l’admiration attentive de l’homme, en est-il une qui charme et dépasse en même temps la contemplation de notre esprit comme la Passion du Sauveur ? Chaque fois que, selon nos moyens, nous pensons à sa toute-puissance, qui lui appartient avec le Père du fait d’une unique et égale essence, l’humilité nous paraît en Dieu plus étonnante que la force, et nous comprenons plus difficilement l’anéantissement de la majesté divine que l’élévation sublime de la condition servile » (143).

Moyen âge

Dieu enfant
  • Guerric d’Igny Serm. (« 1er sermon pour la nativité ») « un petit enfant est né pour nous [cf. Is 9,6] ; et le Dieu de majesté, s’anéantissant lui-même [exinaniens semetipsum], s’est rendu conforme non seulement au corps terrestre des mortels, mais encore à l’âge, empreint de faiblesse et de petitesse des enfants » (1,167).
L’Incarnation, comme un parfum qui s’est vidé
  • Guerric d’Igny Serm. (« 3e sermon pour la nativité ») « le nom de l’homme-Dieu est une huile qui a été versée, ou encore un parfum qui s’est vidé [cf. Ct 1,3] : Dieu s’est si à fond versé en l’homme que la foi de l’Apôtre confesse qu’il s’est vidé lui-même. Bien entendu, il s’est ainsi vidé sans amoindrir ou modifier quoi que ce soit en lui-même. Se vider, pour la nature immuable, n’a pu être autre chose qu’assumer notre propre nature, terre vide et déserte [Gn 1,2]. Anéantissement bien grand, certes, aux yeux de qui le contemple : la splendeur de la gloire, figure de la substance [He 1,3] du Père, ne se montre plus que sous l’apparence d’un esclave [...]. En effet, comme si c’eût été trop peu s’anéantir que de devenir seulement homme, il a de plus choisi si pleinement pour son compte l’inanité de la gloire naturelle aux hommes, la folie de leur sagesse, la faiblesse de leur puissance, la petitesse de leur grandeur, qu’il s’est montré en sa naissance le plus petit et en sa passion le tout dernier des hommes, si bien qu’on n’a fait de lui aucun cas [Is 53,3]. Mais veux-tu voir de tes yeux Dieu vidé de lui-même ? Le voici couché dans une crèche. ‘C’est lui notre Dieu’ [Is 25,9], dit Isaïe qui de si loin vit et reconnut la crèche de son Seigneur [Is 1,3], mieux que cela, Dieu dans la crèche. [...] Est-ce bien là d’après toi celui qui dit : ‘Je remplis le ciel et la terre’ [Jr 23,24], bien mieux, celui dont la majesté se trouve à l’étroit dans toute l’étendue du ciel ? Je le vois enveloppé de langes [Lc 2,12]. Est-ce bien là, d’après toi, celui qui se vêt de la gloire et de la splendeur de la lumière inaccessible et qui se revêt de la lumière sans limite comme d’un manteau [Ps 104,1s] ? Je l’entends qui pleure. [...] C’est lui, notre Dieu, mais il s’est anéanti, vidé, pour te remplir, et il a voulu en quelque sorte défaillir pour te restaurer » (1,189-193).
L’anéantissement en réponse à l’ingratitude des hommes
  • Bernard de Clairvaux Serm. Cant. 11,7s « Cet anéantissement ne fut pas simple ou médiocre : mais Dieu s’est anéanti lui-même jusqu’à la chair, jusqu’à la mort, jusqu’à la croix. Qui pourrait dignement apprécier l’humilité, la douceur, la complaisance dont fit preuve le Seigneur de majesté en se revêtant de notre chair, en se laissant condamner à mort et déshonorer par la croix ? Peut-être quelqu’un pourrait-il dire : ‘Le Créateur n’aurait-il pu restaurer son œuvre sans se donner cette peine ?’ Il l’aurait pu, mais il préféra le faire en payant cher de sa personne, pour que le vice de l’ingratitude, si mauvais et si détestable, ne trouve plus aucune prise sur l’homme. Oui, il se chargea d’un dur labeur, pour rendre l’homme redevable d’un grand amour et pour que la Rédemption tellement difficile incite à l’action de grâces les hommes que la facilité de la création avait rendus trop peu reconnaissants. Que disait en effet l’homme créé et ingrat ? J’ai été créé par pure grâce, c’est vrai, mais cela n’a coûté ni gêne ni peine à mon Créateur ; car il a parlé, et j’ai été créé, comme tous les autres êtres. Qu’y a-t-il de grand dans ce mot facile à dire, quelque grand que le don ait été ?’ Ainsi l’impiété humaine dépréciait le bienfait de la création et trouvait matière à ingratitude là où elle aurait dû découvrir motif d’amour ; tout cela ‘pour trouver des excuses à ses péchés’ [Ps 141,4]. Mais ‘la bouche de ceux qui proféraient ces paroles injustes a été close’ [Ps 63,12]. Il est clair que le jour, ô homme, que Dieu a payé pour toi, et pour toi seulement, un prix immense. De Seigneur qu’il était, il n’a pas dédaigné de se faire esclave ; de riche, pauvre ; de Verbe, chair ; de Fils de Dieu, fils de l’homme. [...] Les servitudes de la chair, les tentations de l’ennemi n’ont-elles pas été aggravées par l’ignominie de la croix, et portées au comble par l’horreur de la mort ? » (249ss).
La kénose, fruit et signe de l’amour fou de Dieu
  • Cabasilas Vita « De même que chez les hommes, quand la tendresse devient grande pour les cœurs qui la contiennent, elle fait sortir d’eux-mêmes ceux qui aiment, de même son amour [erôs] pour les hommes a vidé [ekenosen] Dieu. Car il ne demeure pas chez lui en appelant à lui l’esclave qu’il a aimé, mais il descend lui-même le chercher ; le riche vient dans le gîte du pauvre ; s’étant approché, il déclare lui-même sa passion et réclame même chose en retour ; repoussé il ne se retire pas ; outragé il ne s’irrite pas ; chassé il s’assied à la porte ; il fait tout pour montrer qu’il aime ; il supporte les souffrances qu’on lui inflige et il meurt. [...] Puisqu’en effet deux choses révèlent et trahissent quelqu’un qui aime, faire du bien à celui qu’il aime de toutes les façons possibles et accepter de supporter pour lui et de souffrir des épreuves terribles s’il le faut, – cette seconde preuve d’amitié serait bien plus forte que la première, mais elle était impossible pour Dieu car il est incapable d’éprouver des maux ; étant ami des hommes [philanthrôpos], il pouvait faire du bien à l’homme, mais il ne pouvait en aucune façon supporter des blessures pour lui ; son amour [philtron] était extraordinaire [huperphuês] mais aucun signe pour le manifester ne s’offrait à lui ; il fallait pourtant ne pas laisser caché un si violent amour, mais nous faire expérimenter cette charité extrême [megistês agapês] et nous montrer, en aimant, la cime de l’amour –, il imagine cette kénose, il la réalise et il s’arrange pour être capable de supporter et de souffrir des épreuves terribles ; ayant ainsi convaincu, par les souffrances qu’il a endurées, de la violence singulière de son amour, il retournera vers lui-même celui qui fuyait le Très-Bon parce qu’il s’en croyait haï. [...] Quel amour [philtrou] pourrait égaler celui-là ? Quel objet a jamais été aimé à ce point par un homme ? Quelle mère fut si tendre, ou quel père si affectueux ? Ou encore, qui a jamais conçu pour quelque beauté un amour si fou [erôs manikos, mais à l’acc. : erôta manikon] qu’au nom de cet amour, vient-il à être blessé par celui même qu’il aime, non seulement il le supporte, non seulement il garde encore son amour à l’ingrat, mais il place ces blessures au-dessus de tout ? C’est certes le fait de quelqu’un qui ne se contente pas d’aimer mais qui estime aussi fortement, si tel est le comble de l’estime : ne pas même rougir des infirmités de la nature humaine mais s’asseoir sur le trône royal avec les meurtrissures héritées de la faiblesse humaine » (2,48-51).

17e s.

De la crucifixion à l’incarnation

Si, pour Paul, la kénose est liée principalement à la crucifixion, de nombreux auteurs spirituels du début du 17e s. la repensent à partir de l’incarnation :

  • Bérulle Grandeurs, partant de la kénose paulinienne qui est à l’origine de toute sa pensée, déplace le point focal sur le mystère du Verbe fait chair. Dans l’incarnation, le Verbe est « sort[i] du sein de son père, et descend[u] du plus haut des cieux pour s’abaisser en terre et s’unir à notre humanité » (265) ; le « Verbe éternel » s’est déplacé « du plus haut des cieux au plus bas de la terre » (297). Cette formule revient à de nombreuses reprises signifier l’abaissement extrême, littéral et figuré, du Fils de Dieu. Assumant volontairement une nature humaine, Dieu incarné s’est abaissé au plus haut degré de pauvreté, de fragilité et de souffrance, renonçant pour un temps à ses attributs divins, dans ce qu’il convient de considérer comme la plus grande humiliation.
De la croix à la crèche
  • Bérulle Vie de Jésus, paraphrase, commentaire et méditation de l’annonciation de l’ange à Marie et de la conception de Jésus en son sein, repense la kénose, non seulement à partir de l’incarnation comme mystère, mais plus simplement du récit de l’annonciation et de la nativité tel qu’il apparaît dans les évangiles (suivant Lc 1,26-38).

CONSÉQUENCES PRATIQUES ET MORALES

Inclinaison et adoration

Concept théologique, la kénose est aussi un moteur de pratiques, au premier rang desquelles figure l’agenouillement indiqué par Paul (Ph 2,10) (Liturgie Ph 2,10 Mystique Ph 2,10). Les gestes d’inclinaison et de prosternation répondent directement à l’abaissement extrême dont parle ce dernier. Gestes d’adoration des mages, des bergers et des anges lors de la nativité, gestes du croyant ordinaire, p.ex. la génuflexion à la messe aux mots « Et incarnatus est... et homo factus est » du Credo (Ordo missae 1570). Au début du 17e s., Bérulle, parmi d’autres, défend l’importance de tels gestes d’adoration contestés par les réformés.

Inclinations naturelles

La méditation sur la kénose entraîne également les inclinations naturelles des hommes :

Anéantissement et abaissement
  • Bernard de Clairvaux Nat. Dom. 1,1 « Quelle nécessité y avait-il pour le Seigneur de Majesté de s’anéantir ainsi, de s’abaisser ainsi, de ‘s’abréger’ [Rm 9,28] ainsi sinon ‘pour que, vous aussi, vous agissiez pareillement’ [Jn 13.15] ? » (9).v
Humilité, dès la naissance du Christ
  • Bernard de Clairvaux Vig. nat. Dom. 4,6 « Qu’est-ce qui a plus de valeur en effet que l’humilité ? Que peut-on trouver de plus précieux qu’elle ? Par elle, on achète le Royaume des cieux, par elle, on acquiert la grâce divine, selon qu’il est écrit : ‘Heureux les pauvres de cœur : le Royaume des cieux leur appartient’ [Mt 5,3]. Et Salomon dit : ‘Dieu résiste aux orgueilleux, mais aux humbles il donne sa grâce’ [Pr 3,34; cf. Jc 4,6; 1P 5,5]. Cette humilité qui t’est recommandée, tu la possèdes dans la naissance du Christ : par elle, en effet, il s’est dépouillé lui-même, prenant la condition de serviteur et reconnu comme un homme à son comportement » (273).
  • François de Sales Introduction L’humilité procède tantôt de l’ « exercice », tantôt de l’ « esprit ». Cette « digne vertu plus qu’aucune autre entre toutes les morales » se trouve premièrement chez « le Roi des Saints et sa Mère, [qui l’]ont toujours honoré[e] et chéri[e] », et ceci dès les premiers instants sur terre du Verbe incarné (137).
L’humilité, première étape vers l’union à Dieu
  • Saint-Jure Méditations insiste, comme d’autres jésuites, sur la mise en application quotidienne de l’humilité qui mène, en toute fin, à l’union avec Dieu. Il s’agit de se calquer sur les mouvements du Verbe incarné, « parce qu’il a pratiqué cette vertu jusqu’aux abymes, s’humiliant dans le mystère de l’Incarnation à l’être de l’homme et par conséquent au néant de la créature » (220). Chaque mouvement d’humilité trouve sa justification dans la principale « humiliation » du Christ : « La première entrée que le Verbe Éternel fit au monde fut au ventre de notre Dame sa très Sainte Mère par l’Incarnation, où il pratiqua des vertus admirables » (81). Dans le sein de sa mère et avant même sa naissance, il « pratiqua la pauvreté et l’humilité choisissant une pauvre Mère, qui était femme d’un pauvre charpentier » (182). Le « méditant » auquel Saint-Jure s’adresse est invité, à son tour, à pratiquer l’humilité.
De l’humilité à la servitude volontaire
  • Bérulle Mémorial recommande aux supérieurs de l’Oratoire l’imitation du Verbe incarné. Il met au premier plan l’abaissement et l’humilité, calqués sur la crèche et la croix, qu’il décrit comme un « art » et « une science [...] de pratique » (382s). L’imitation du Christ qui a pris « la forme d’esclave » amène Bérulle à l’idée d’abnégation, d’anéantissement de soi-même et de servitude volontaire. Cette dernière, polémique parce que mal comprise, se trouve déjà dans le Bref discours de l’abnégation intérieure (1597).

2,7b prenant une forme d'esclave Comment ?

Par opposition à la fureur du diable

  • Léon le Grand Serm. 46,1 « à la fureur du diable qui s’exerçait par les mains des Juifs, il opposa sa condition d’esclave, totalement exempte de péché ; ainsi la cause de tous serait défendue par celui-là en qui seul était, sans la faute, la nature de tous » (105).

Tout entier esclave

  • Syméon le Nouveau Théologien Hymn. 21,468-475 « Car, envoyé et sorti du Père, le Verbe est descendu / et il a habité tout entier dans les entrailles de la Vierge / et tout entier il était dans le Père et tout entier il était dans son sein, / tout entier il était dans le tout, Lui que rien ne peut contenir, / sans être comprimé ni rapetissé, vraiment il y a pénétré entièrement / et demeurant inchangé, il a pris la forme d’esclave / et après avoir été mis au monde, il devint un homme en tout, / et tout entier sorti du sein il arriva dans le monde » (167).

Esclave pour sauver des esclaves

  • Cabasilas Vita « Puisqu’il fallait que le Christ régnât avec la plus pure autorité – l’autre sorte d’autorité ne lui convenant pas – il imagina le moyen d’y parvenir. Et voici ce moyen le plus extraordinaire. Il usa des voies contraires, et pour être un Maître véritable, il prend une nature d’esclave [doulou phusin] et il sert les esclaves jusqu’à la croix et la mort : c’est ainsi qu’il ravit les âmes des esclaves et s’empare directement de leur volonté. À cause de cela, sachant que c’est ce service qui est la cause de la royauté, Paul dit : Il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et à la mort de la croix, c’est pourquoi Dieu l’a élevé. Et l’admirable Isaïe dit ‘Pour cette raison il héritera des multitudes et il partagera les dépouilles des puissants, parce que son âme a été livrée à la mort et a été comptée parmi les hors-la-loi’ [Is 53,12] » (1,345ss).

Théologie

1,4c dans la joie MYSTIQUE Joie surnaturelle La →joie imprègne Ph (Ph 1,4.18.25 ; 2,2.17-18.28-29 ; 3,1 ; 4,1.10). C’est la joie particulière d’un homme privé de sa liberté élémentaire. Elle n’est pas puisée à des sources naturelles ; elle prend sa source en Dieu. Pour Paul la source de toutes les joies, la raison la plus profonde de son allégresse spirituelle est le Seigneur. C’est pourquoi il peut dire : « Pour moi vivre c’est le Christ » (Ph 1,21). Juste avant de terminer sa lettre, Paul adresse à ses chers Philippiens un ultime appel à la joie (Ph 4,4).

1,6c.10b jour du Christ ESCHATOLOGIE C’est la venue du Christ en gloire (cf. 1Th 2,19 ; 3,13 ; 4,15 ; 5,2-4). C’est aussi le jour du jugement divin : Am 5,18-20 ; So 1,14-18 ; Mt 25,31-46.

1,21 gain ANTHROPOLOGIE La nouveauté de la mort chrétienne est l’union au Christ dans sa mort par le baptême pour vivre d’une vie nouvelle. Le chrétien, dans l’attente de la résurrection de la chair, est uni au Christ (2Co 5,1-2.8).

  • →CEC 1010 « La mort physique consomme ce mourir avec le Christ et achève ainsi notre incorporation à Lui dans son acte rédempteur. »

1,23b partir ANTHROPOLOGIE Métaphore pour la mort qui est la séparation de l’âme et du corps, qui seront unis à nouveau lors de la résurrection des morts. Procédés littéraires Ph 2,23b

1,27 ensemble pour la foi La communion, sacrement de présence divine

  • →Vatican II GS 21 « Enfin, ce qui contribue le plus à révéler la présence de Dieu, c’est l’amour fraternel des fidèles qui travaillent d’un cœur unanime pour la foi de l’Évangile et qui se présentent comme un signe d’unité. »

1,29a la grâce Et la foi

2,7s CHRISTOLOGIE Nature humaine du Christ Ces v. appuient fréquemment la profession de foi en l’incarnation :

  • Concile de Rome Tomus Damasi (DzH 166) La physionomie de serviteur (forma servi) = la chair et l'âme du Christ ; 
  • 2e Concile de Tolède Profession de foi (DzH 535) Il s'agit de l’incarnation du seul Fils et non de la Trinité ! Tradition chrétienne Ph 2,7c 

Une lettre de Léon le Grand, dite « Tome à Flavien », joua un rôle clé dans l’élaboration du dogme christologique :

  • Léon le Grand Ep. 28,3 « Il a assumé la forme du serviteur sans la souillure du péché, enrichissant l’humain sans diminuer le divin, parce que cet anéantissement par lequel l’invisible s’est rendu visible [...] a été inclination de sa miséricorde, non déficience de sa puissance. [...] Seigneur de l’univers, il a voilé d’ombre l’immensité de sa majesté, il a pris la forme de serviteur ; Dieu impassible, il n’a pas dédaigné d’être homme passible, immortel, de se soumettre aux lois de la mort. [...] Car celui qui est vrai Dieu est, le même, vrai homme. Dans cette unité il n’y a pas de mensonge, dès lors que l’humilité de l’homme et l’élévation de la divinité s’enveloppent l’une l’autre. [...] Car de même que Dieu n’est pas changé par la miséricorde, de même l’homme n’est pas absorbé par la dignité. Car chacune des deux formes [forma] accomplit sa tâche propre dans la communion avec l’autre, le Verbe opérant ce qui est du Verbe, la chair effectuant ce qui est de la chair » (765A).

La « condition » d’esclave implique pour le Christ l’apprentissage d’une connaissance humaine de manière expérimentale.

  • Le Concile de Chalcédoine (451) adopte le contenu théologique du « Tome à Flavien ».

2,7a se vida de soi CHRISTOLOGIE La kénose comme autolimitation de la divinité ? Prenant Ph 2,6-11 pour principal appui, la théorie dite « kénotique » voit dans l’abaissement du Christ une auto-limitation de la divinité. Selon cette théorie, soutenue à divers degrés, ce n'est pas le Verbe incarné, mais le Verbe préexistant qui est ici visé par Paul. Le Verbe, en s’incarnant, se serait dépouillé de ses attributs divins (toute-puissance, omniscience, omniprésence), ou en aurait limité l’usage. Le « kénotisme » dans sa forme élaborée fleurit au 19e s., dans les milieux protestants et anglicans, où elle prit des tournures christologiques radicales. Cependant, certaines expressions des Pères de l’Église en suggéraient déjà l’idée.

Les préfigurations anciennes

Chez les Pères de l’Église, la kénose (du Logos préexistant ou du sujet théandrique) est généralement liée à l’incarnation. S’inspirant du somptueux éloge du Christ en Ph 2,6-11 dans leurs développements sur l’incarnation, les Pères ont recours à différents synonymes de la kénose : l’exinanitio, l’évidement, le voilement, le dépouillement et l’anéantissement du verbe divin (Tradition chrétienne Ph 2,7a). Cependant, il ne s'agit pas d'une « théorie kénotique » stricto sensu (Théologie Ph 2,7s).

L’élaboration réformée

À partir du 16e s.

La métaphysique élaborée par Luther et les théologiens de la Réforme donne une nouvelle ampleur à la théorie de la kénose. Luther en particulier distingue en Jésus le status exinanitionis (dépouillement) et le status exaltationis (gloire). Le Christ n’a pas utilisé dans sa carrière terrestre les attributs divins que son humanité possédait de droit ; il les a laissés par un renoncement volontaire. C’est ce que dit Paul en Ph 2,6-11, texte où, selon Luther, l'on ne doit pas faire d'équivalence entre « forme de Dieu/forme d'esclave » et « nature divine /nature humaine ». Immuable, le Verbe n’a pas pu se dépouiller lui-même, tant qu'il ne s'est pas incarné. C’est la nature humaine du Verbe incarné en Christ qui renonce à faire éclater la gloire qu'elle a pourtant de droit (Luther De lib. 65).

Après Luther et au tournant du 17e s.

Les débats théologiques sur la kénose opposent les deux écoles luthériennes de Giessen et de Tübingen (cf. Bonhoeffer, Wedenroth 2011).

  • L’école de Tübingen, dite des « crypticiens ». Sous l’influence de Johannes Brenz (1499-1570), elle développe la thèse classique du « voilement » ou de la « dissimulation » (krupsis) de la majesté divine durant l’existence humaine de Jésus. Les « crypticiens » entendent donc la kénose comme une « addition » ou une « assomption » de la chair qui voilerait la majesté divine du Fils durant sa vie terrestre et jusqu’après sa glorification.
  • L’école de Giessen, dite des « kénoticiens », qui l’emporta sur la première en 1624 (decisio saxonica). Elle privilégie l’idée du « renoncement », de la « soustraction », du « dépouillement », de « l’évidement » du Christ qui, dans son incarnation, abandonna temporairement certaines propriétés divines. Refusant de faire usage de ses qualités divines dans son état d’abaissement et d’anéantissement durant son existence terrestre (status exinanitionis : Ph 2,8), Jésus (le Verbe) manifeste son pouvoir plénier et sa majesté divine seulement au moment de sa glorification.

La théorie de la kénose fleurit à partir du 19e s.

L’adaptation philosophique qu’en fit Hegel en termes de « kénose ontologique » (Philosophie Ph 2,7aa) lui donna une grande influence, non seulement en milieu luthérien allemand (Sartorius, Thomasius, von Hofmann), mais aussi chez des calvinistes (Gess), des anglicans (Weston) et des orthodoxes (Tareev, Boulgakov). 

Elle s’épanouit au 20e s. pour toucher de nombreux domaines de la théologie

Grâce à ses points d’appui patristiques et médiévaux (Tradition chrétienne Ph 2,7a), à la fascination qu’exerce son orchestration spéculative hégélienne et à sa charge d’ironie critique déployée par Kierkegaard (Philosophie Ph 2,7a), la théologie kénotiste a trouvé sa voie jusque dans les œuvres de plusieurs théologiens majeurs du 20e s., tels Karl Barth, Paul Althaus, Dietrich Bonhoeffer, Rudolf Bultmann, Emil Brunner, Jürgen Moltmann, Eberhard Jüngel.

Kénose de la divinité
De la toute-puissance mondaine à la faiblesse vraiment divine
  • Bonhoeffer Rés. et soum. « Dieu, sur la croix, se laisse chasser hors du monde. Dieu est impuissant et faible dans le monde, et ainsi seulement il est avec nous et nous aide. Mt 8,17 indique clairement que le Christ ne nous aide pas par sa toute-puissance, mais par sa faiblesse et sa souffrance ! Voilà la différence décisive d’avec toutes les religions. La religiosité de l’être humain le renvoie dans sa misère à la puissance de Dieu dans le monde, Dieu est le deus ex machina. La Bible le renvoie à la faiblesse et à la souffrance de Dieu ; seul le Dieu souffrant peut aider » (431s).
  • Moltmann Dieu cruc. « Un Dieu qui n’est que tout-puissant est un être imparfait en lui-même, car il ne peut éprouver la faiblesse de l’impuissance. La toute-puissance peut être désirée et honorée par des hommes impuissants, mais la toute-puissance n’est pas aimée, seulement crainte. Quelle espèce d’être sera un Dieu qui n’est que tout-puissant ? C'est un être sans expérience, un être sans destin et un être qui n’est aimé par personne. Un homme qui éprouve l’impuissance, un homme qui souffre parce qu’il aime, un homme qui peut mourir est donc un être plus riche qu’un Dieu tout-puissant, incapable de souffrir ni d’aimer, immortel » (254).
De l'impassibilité à la Passion
  • Jüngel Dieu mystère Dans le monde occidental, le christianisme « a cru pouvoir penser Dieu, dans son être divin, sans le penser en même temps comme le crucifié. [...] La perfection qui revenait à Dieu en vertu de la loi métaphysique interdisait de le penser comme souffrant ou même de le penser en liaison avec un mort » (1,58).
De l’éternité au temps 
  • Küng Incarnation La théologie « kénotique » de l’incarnation renouvelle la compréhension de Dieu en mettant en lumière une approche théologique fondée sur l’idée du devenir : « Dans l’ancienne conception du temps, Dieu était considéré le plus souvent comme l’éternel atemporel situé derrière le flux uniforme du devenir absorbant le passé, le présent et l’avenir. À présent, Dieu est connu d’une manière nouvelle : comme le futur eschatologique, comme celui qui vient. Ainsi la théologie devient eschatologie » (500).
Kénose intratrinitaire
  • Balthasar Dramatique Le Père se sacrifie aussi « quand il sacrifie son bien-aimé et le fait passer de l’éternité dans le temps. [...] Par la privation que le Père éprouve du fait de l’engagement terrestre de son Fils, il mesure la grandeur de son amour pour le Fils et la grandeur de l’amour du Fils pour lui » (4,240).
Kénose de l’Église ?

Au-delà de la christologie, la théologie contemporaine étend volontiers le kénotisme, dans la direction de l’ecclésiologie.

Anthropologie chrétienne : la kénose du Christ comme ouverture fondamentale à l’autre
  • Bonhoeffer Rés. et soum. « La rencontre avec Jésus-Christ. L’expérience qu’il s’agit ici d’une conversion de tout l’être humain par le fait que Jésus est seulement 'là pour les autres'. L’'être-là-pour-les-autres' de Jésus est l’expérience de la transcendance ! Ce n’est que de cette liberté vis-à-vis de soi-même, de cet 'être-là-pour-les-autres' jusqu’à la mort, que naissent la toute-puissance, l’omniscience, l’omniprésence » (451s).
  • Lossky Essai Le théologien orthodoxe trouve peut-être son inspiration dans le modèle trinitaire et certainement dans l’itinéraire suivi par le Christ, pour décrire le processus par lequel une « personne » émerge au-dessus de la simple « nature » commune, par la dépossession volontaire qui la fait se trouver soi-même en se perdant pour autrui : « Une personne qui s’affirme comme individu en s’enfermant dans les limites de sa nature particulière ne peut se réaliser pleinement – elle s’appauvrit. C’est en renonçant à son contenu propre, en le donnant librement, c’est en cessant d’exister pour soi-même que la personne s’exprime pleinement dans la nature une de tous. En renonçant à son bien particulier, elle se dilate infiniment et s’enrichit par tout ce qui appartient à tous. La personne devient image parfaite de Dieu en acquérant la ressemblance qui est la perfection de la nature commune à tous les hommes » (119).
Prolongements hégéliens ?

Pour plusieurs auteurs contemporains, la kénose de l’individu apparaît comme la condition de possibilité du don et de l’échange, fondateur de communauté. La communion serait constituée moins par le sentiment d’adhésion personnelle à une identité faite de plénitude, que par l’expérience individuelle d’un vide fondamental, qui invite chacun à entrer dans un circuit d’extranéations et de donations réciproques. La religion elle-même serait la diffraction de la kénose divine jusque dans la communauté. Dans la perspective hégélienne, la kénose de Dieu s’incarnant, redoublée et prolongée par la kénose du Christ souffrant et mourant, instaure le Dieu-Esprit universel au cœur de la communauté en tant que contenu représentatif de sa religion, recueilli et actualisé négativement dans le culte.

La circonspection du magistère catholique

Outre le fait que plusieurs théologiens catholiques (Balthasar, Rahner, Küng) ont décliné le thème, le glissement progressif vers l’éloge de la sécularisation jusque chez des auteurs s’affirmant catholiques (Philosophie Ph 2,7a : Vattimo) explique que le magistère recherche une juste mesure.

Refus du kénotisme extrême comme symétrique du docétisme
  • Pie XII Rex 29 et 31 affirme l’incompatibilité du kénotisme avec la foi définie à Chalcédoine (Théologie Ph 2,7s) : à son fondement, il repère une opinion qui distord l’interprétation de Ph 2,7 en imaginant que la divinité a été retirée au Christ, erreur symétrique du docétisme et également condamnable. Elle insiste tant sur l’état et la condition de la nature humaine du Christ qu’elle en fait un sujet existant entièrement par lui-même, et non pas subsistant dans le Verbe même. Les conciles de Chalcédoine et d’Éphèse, quant à eux, affirment que les deux natures sont unies dans une unique personne et subsistance et exclut que l’on considère deux individus en Christ comme si un certain homme, autonome, avait été pris et placé aux côtés du Verbe.
Refus du docétisme en affirmant une juste notion de la kénose

Dans ses allocutions prononcées lors des audiences publiques, Benoît XVI revient, à plusieurs reprises, sur : « la paradoxale ‘spoliation' du Verbe divin, qui dépose sa gloire et assume la condition humaine. »

  • Benoît XVI Audiences 1er juin 2005 « La 'forme' (morphê) divine se cache dans le Christ sous la 'forme' (morphê) humaine, c'est-à-dire sous notre réalité marquée par la souffrance, par la pauvreté, par les limitations et par la mort (cf. v.7). Il ne s'agit donc pas d'une simple enveloppe extérieure, d'une apparence changeante, comme on croyait que c'était le cas pour les divinités de la culture gréco-romaine : la réalité du Christ est la réalité divine dans une expérience authentiquement humaine. Dieu n'apparaît pas seulement comme homme, mais il se fait homme, et devient réellement l'un de nous, il devient réellement 'Dieu-avec-nous', qui ne se contente pas de nous regarder d'un œil bienveillant depuis le trône de sa gloire, mais qui se plonge personnellement dans l'histoire humaine, devenant 'chair' ; c'est-à-dire réalité fragile, conditionnée par le temps et par l'espace [cf. Jn 1,14]. »
Conséquences attendues dans le comportement de l'Église
  • Le dépouillement volontaire du Christ est un appel pour l’Église à communiquer aux hommes les fruits du salut dans cette même pauvreté (Vatican II LG 8).
  • Cet abaissement fonde le caractère de service de l’Église. Les ministres sont les esclaves du Christ (CEC 876).

2,7b esclave Par obéissance et non de nature

  • Francfort « Lettre synodale des évêques du royaume franc aux évêques d'Espagne » (juin 794) « S'il est donc Dieu véritable, celui qui est né de la Vierge, comment peut-il être fils adoptif ou esclave ? Car vous n'osez aucunement confesser Dieu comme esclave ou comme fils adoptif ; et même si le prophète l'a appelé esclave, ce n'est pas en raison de la condition de servitude mais en raison de l'obéissance de l'humilité par laquelle il est devenu pour le Père obéissant jusqu'à la mort [Ph 2,8] » (DzH 614).

2,8 la mort de la croix  CHRISTOLOGIE Convenait-il que le Christ souffre sur la croix ? 

La responsio développe sept raisons de convenance : (1) donner un exemple de vertu, en nous montrant que la mort n'est pas à craindre pour qui mène une vie droite ; (2) nous racheter du péché originel — Adam a péché en mangeant du fruit de l'arbre, le Christ nous rachète en étant attaché au bois de la croix ; (3) sanctifier l'air - selon Jean Chrysostome - après avoir sanctifié la terre en y marchant durant sa vie terrestre ; (4) préparer notre ascension au ciel - toujours selon Jean Chrysostome ; racheter l'ensemble des hommes (Grégoire de Nysse) les quatre branches pouvant signifier les points cardinaux, et les bras étendus les juifs d'un côté, les païens de l'autre ; (6) par la forme de la croix, symboliser des vertus comme la persistance et la persévérance par la position débout, l'espérance ou encore la gratuité de la croix ; (7) répondre à des préfigurations — Augustin voit ainsi dans l'arche en bois de Noé, dans le bâton de Moïse ou encore l'arche d'alliance, des préfigurations de la croix du Christ. 

Philosophie

2,7a se vida de soi La kénose et les philosophes : entre rejet et fascination L’attitude des philosophes face à l’idée d’un Dieu qui s’humilie lui-même jusqu’à s’incarner a oscillé entre le refus de ce qui leur semble une absurdité et une appropriation existentielle, en passant par la fascination au point d’en faire la matrice de tout le pensable, quitte à la réduire à un processus dialectique universel…

Dérision rationaliste, antique et moderne

Dès l’Antiquité, Celse s’oppose vigoureusement à l’idée de kénose divine au nom de la stabilité de l’ordre du monde et d’une conception rationnelle de la perfection divine.

C’est une innovation qui se trompe sur la nature du divin
  • Celse Disc. vér. Croire en l’incarnation serait admettre que Dieu ait lui-même subi une altération du bien en mal, qu’il ait ainsi purement et simplement « abandonné son trône » (4,5) ; or un être immortel n’est-il pas nécessairement « identique et immuable » (4,14) ? Il est absurde d’adorer Jésus comme Dieu « bien qu’il soit formé d’un corps mortel » (3,41), que sa vie ait été misérable et sa mort ignominieuse et sans aucune parole mémorable comme les héros antiques. « Comme vous auriez mieux fait, puisque vous teniez tant à innover, de vous attacher à un autre homme parmi ceux dont la mort fut héroïque et qui ont pu mériter de devenir l’objet d’un mythe divin », sinon Héraclès, du moins Épictète ou la Sibylle !  (7,53).
Elle attribue à Dieu un comportement risible
  • Celse Disc. vér. « Le poète comique, pour provoquer le rire au théâtre, écrit que Zeus à son réveil envoya Hermès aux Athéniens et aux Lacédémoniens. Et toi, ne crois-tu pas que le Fils de Dieu envoyé aux Juifs est une fiction plus dérisoire ? » (6,78).  D’ailleurs, « quel but aurait donc Dieu pour une telle descente ? » (4,3) : « changer la moindre des choses ici-bas serait bouleverser et détruire l’univers » (4,5).
  • Celse Disc. vér. S’il s’agit de sauver les hommes, Dieu semble à la fois versatile et inefficace : « Est-ce donc maintenant, après tant de siècles, que Dieu s’est souvenu de juger la vie des hommes alors qu’auparavant il n’en avait cure ? » (4,7). « Si Dieu voulait délivrer le genre humain de ses maux, pourquoi envoya-t-il cet esprit que vous dites dans un seul coin de la terre ? Il aurait fallu insuffler de la même manière un grand nombre de corps et les envoyer par toute la terre » (6,78).

Cette critique philosophique de l’absurdité de l’incarnation et d’une humiliation consentie de Dieu continue à travers les siècles, p.ex. au 17e s., avant d’être développée en sarcasmes par les « Lumières » rationalistes.

  • Spinoza Lettres 73 et 76 « Affirmer que Dieu a pris une forme humaine, ne paraît pas moins absurde que de dire qu’il a pris la forme du carré » (1283). « Cessez donc d’appeler mystères d’affreuses erreurs [...], ne confondez pas ce que nous ne connaissons pas [...] avec ce dont l’absurdité est établie, comme ces terribles secrets dont vous croyez qu’ils transcendent d’autant plus l’entendement qu’ils contredisent plus la droite raison » (1292).

Transformation dialectique chez Hegel

La Bible de Luther traduit le verbe kenoô en Ph 2,7 par entäussern. L’image d'une extériorisation ou aliénation, à propos d'un Dieu qui emplit le monde ou l’enveloppe de son Verbe, frappe l’esprit de Hegel. Par un déplacement progressif de la théologie vers la phénoménologie, en multipliant les figures de la sortie de Dieu hors de lui, Hegel enrôle philosophiquement la kénose, pour en faire un modèle de l’activité connaissante du sujet.

L’Entäusserung, ou le passage de la kénose de la Bible de Luther à la langue philosophique

Avec Äusserung (« extériorisation ») et Entfremdung (« aliénation »), Entäusserung constitue une triade récurrente dans la Phén. de l’esprit. Diverses nuances sémantiques les distinguent. L’Äusserung apparaît au moins une douzaine de fois (sans compter ses dérivés äusser, äusserlich et Äusserlichkeit). Le mot désigne la manifestation extérieure, expression ou extériorisation de ce qui est  propre ou intérieur. L’Entäusserung, accentue le mouvement centrifuge de l’agir qui caractérise l’action de se vider de soi-même. Dans l’Entäusserung, l’« extériorisation » est entendue comme « extranéation » (du latin extraneus) : il s’agit d’un dédoublement et d’un congédiement originaires du Soi (aliénation) dans le devenir-étranger-à-Soi-même.

La kénose de l’incarnation

Hegel Phén. de la rel. Le Christ est une représentation de la « vérité absolue ». Il est essentiel de tenir qu’il est Dieu : si le Christ n’était qu'un individu exceptionnel, il ne pourrait représenter l'idée spéculative de la vérité absolue. Le Christ est appelé le Dieu-Homme : cette combinaison étrange contredit directement l’entendement ; mais l’unité des natures humaine et divine a ainsi été portée à la conscience humaine et est devenue une certitude pour elle (Hegel Phil. de la rel. 3,76s). Loin de tout docétisme, il applique donc la kénose (Entäusserung) au Christ préexistant auprès de Dieu, s’incarnant. Par l’incarnation, l’Essence divine s’objective et se désapproprie en une existence charnelle réelle. La mort est la meilleure preuve d’humanité et de finitude absolue. Qui plus est, en mourant de la mort avilissante d’un malfrat, le Christ pousse l’humanité à son point le plus extrême (3,89). Toute la finitude humaine est accomplie en cette kénose.

Kénose de la divinité elle-même : le devenir comme sens spéculatif de la kénose.

Hegel Phil. de la rel. La mort de Dieu s’avère inhérente à l’être divin : Dieu est passé par la mort, Dieu est mort. C’est la pensée la plus terrible qui soit : tout ce qu’il y a d’éternel, tout ce qu’il y a de vrai n’est pas ; il y a de la négation jusqu’en Dieu même ; le chagrin le plus profond, le sentiment d’une perte absolument irrémédiable, le renoncement à toute élévation sont liés à une telle pensée. Et cependant le processus de la pensée ne s’arrête pas là, loin s’en faut : la pensée commence à revenir sur ses pas – autant dire que Dieu reste présent à ce processus, ce qui signifie la mort de la mort. Dieu revient à la vie, et ainsi tout est inversé. À la résurrection succède la glorification du Christ ; le  triomphe de son exaltation à la droite de Dieu met un terme à cette partie de son histoire – laquelle, ainsi entendue, par la conscience croyante, n’est rien moins que le développement de la nature divine elle-même (Hegel Phil. de la rel. 3,91ss). La mort du Christ est à la fois mort du Dieu-homme et mort de l’abstraction première de l’essence divine avant qu’elle ne se pose comme « soi ».

Ainsi donc, la religion révélée, à la différence de toutes les autres, poserait-elle en Dieu même la nécessité du devenir pour que la conscience puisse devenir conscience de soi et, partant, « esprit ».

Kénose au sein de la Trinité ?

Hegel Phil. de la rel. La réflexion se prolonge sur la kénose du Verbe incarné en une conception dialectique de la Trinité même. Le Christ est l'antithèse de Dieu le Père qui se nie par « extranéation » [Entäusserung] en entrant dans le monde comme Verbe incarné pour « s’accomplir » [Aufhebung] dans le Saint-Esprit. Le Fils est autre que le Père et cet Être-autre est de la différence, sinon il ne serait pas Esprit. Mais l’autre est Dieu et possède la totalité de l’essence divine en soi-même. Cette altérité ou Être-autre est Être qui s’annule soi-même éternellement, qui éternellement se pose et éternellement s’annule : cette autoposition et auto-annulation de l’Être-autre est Amour, ou Esprit (Hegel Phil. de la rel. 3,70s).

Un modèle pour l’esprit humain ?

Ce modèle divin est répercuté dans les consciences personnelles par le culte, lui-même assimilable à une kénose de l’intelligence individuelle par la religion. Par le culte, les consciences finies individuelles vivent l’Entäusserung de l’Esprit : l’Esprit n’accède à soi-même qu’en renonçant à son immédiateté et devient soi-même sujet seulement par la médiation de son Être-autre. 

Essence kénotique de la subjectivité

Dans ce « devenir » divino-humain, Hegel semble voir une sorte de modèle de la vie de l'esprit. 

  • Hegel Phén. de l’esprit « L’esprit s’est montré à nous n’être ni seulement le retrait de la conscience de soi en son intériorité pure, ni la simple immersion de cette conscience de soi dans la substance et le non-être de sa propre différence, mais ce mouvement du Soi qui s’aliène à lui-même et s’immerge en sa substance, et qui, en tant que sujet, est aliéné, en sortant d’elle, dans lui-même et fait d’elle un objet et contenu, aussi bien qu’il supprime cette différence de ce qui est l’objectivité et le contenu » (658).
Une réduction doctrinale de la religion ?

Dans un tel système, la foi laisse peu à peu la place à un « savoir » : la transposition philosophique de Ph 2,7 conduit à découvrir une kénose ontologique omniprésente, comme dimension dans laquelle se déploie effectivement et intelligiblement le réel. La vacuité transcendantale dans le processus rationnel ferait écho à la kénose divine. La kénose trouverait ainsi son ultime accomplissement dans le passage de la foi religieuse au savoir philosophique. 

Appropriation existentielle

Paradoxe de la kénose de Dieu s’incarnant en un homme : c’est une valeur absolue et non démontrable
  • Kierkegaard L’école du christ. «  il n’y a rien de remarquable dans le fait qu’un homme a vécu ; des milliers et des millions d’humains ont passé sur la terre. Pour qu’un homme devienne remarquable, il faut que sa vie offre une particularité ; autrement dit, sa vie ne prend que par ailleurs le caractère qui la signale. Il n’est pas remarquable qu’il a vécu, mais sa vie a présenté tel ou tel caractère particulier qui peut notamment consister dans l’œuvre accomplie, dans les résultats de sa vie. Mais il est infiniment remarquable que Dieu ait vécu ici-bas comme un homme ordinaire. Si ce fait n’avait pas eu de conséquences, peu importerait, il n’en resterait pas moins remarquable, infiniment remarquable, et infiniment plus que toutes les conséquences. Qu’on essaye ici de déplacer ce caractère, et l’on verra la sottise de la tentative : qu’y a-t-il de remarquable à ce que la vie de Dieu ait eu des suites remarquables ? Parler de la sorte, c’est radoter. Non, que Dieu ait vécu, le fait est infiniment remarquable ; il est le remarquable en soi. Supposons que la vie de Christ n’ait pas eu de conséquences ; si l’on prétendait alors que sa vie n’a pas été remarquable, on se moquerait de Dieu, car elle garde le même caractère ; et si l’on voulait mettre ailleurs ce caractère, il faudrait dire que le remarquable de sa vie est de ne pas avoir eu de résultats. En revanche, si l’on dit que la vie de Christ est remarquable en raison de ses résultats, on se moque encore de Dieu, car elle est le remarquable en soi. L’accent ne porte donc pas sur le fait qu’un homme a vécu, mais expressément sur le fait que Dieu a vécu. Seul Dieu peut attacher à sa personne une telle valeur que le fait pour lui d’avoir vécu est infiniment plus important que toutes les suites de ce fait enregistrées dans l’histoire » (31s).
Dieu se rend captif de sa propre kénose dans l’incognito: l’omni-puissance divine comme renoncement à la toute-puissance
  • Kierkegaard L’école du christ. « L’Homme-Dieu ! Il est Dieu, mais choisit de devenir l’homme particulier. C’est […] l’incognito le plus profond ; le plus impénétrable possible ; car la contradiction entre les conditions divine et humaine est la plus grande possible, la contradiction qualitative infinie. Mais cet incognito résulte de sa volonté, de sa libre résolution, et il est par suite gardé avec toute-puissance. Certes, en un sens, en acceptant de naître, il s’est lié une fois pour toutes ; son incognito est gardé avec une toute-puissance telle qu’il est lui-même d’une certaine manière à la merci de cet incognito, ce qui constitue à la lettre la réalité de sa souffrance purement humaine, de sorte que cette réalité n’est pas une simple apparence mais, peut-on dire, l’empire exercé sur lui par l’incognito qu’il a revêtu. C’est ainsi seulement qu’il y a le plus profond sérieux à dire qu’il est véritablement devenu homme ; aussi souffre-t-il la souffrance tout entière jusqu’à l’extrémité de se sentir abandonné de Dieu. […] L’incognito de l’Homme-Dieu est gardé avec toute-puissance, et le sérieux divin consiste à le garder au point que l’Homme-Dieu y endure la souffrance purement humaine » (121).
L'omni-puissance de Dieu prouvée par son retrait et non par son omni-présence
  • Kierkegaard Papirer VII A 181 « L’omni-puissance devrait rendre dépendant. Mais si l’on veut bien réfléchir à l’omni-puissance, on verra bien qu’il faut précisément qu’elle implique en même temps le pouvoir de se retirer, afin que par là-même la créature puisse être indépendante […] seule l’omni-puissance peut se reprendre alors qu’elle donne, et c’est là ce qui constitue l’indépendance de l’être qui reçoit […] car la bonté, c’est donner sans réserve mais de façon, en se reprenant comme omni-puissante, à rendre indépendant celui qui reçoit. Elle seule peut de rien produire ce qui a consistance en soi, du fait que l’omni-puissance ne cesse de se reprendre. L’incompréhensible ici, c’est que l’omni-puissance n’est pas seulement capable de produire le plus imposant de tout : la totalité visible de l’univers, mais de produire la chose la plus frêle de toutes : un être indépendant vis-à-vis d’elle. […] Si l’homme avait d’avance le moindre rien d’existence en face de Dieu (en tant que matière), Dieu ne pourrait le rendre libre. Nul n’est résigné comme Dieu ; créateur, il communique de telle sorte qu’en créant il donne de l’indépendance vis-à-vis de lui » (cité par Sartre « L’univ. sing. » 47).

Kénose du christianisme dans la sécularité occidentale ?

La trajectoire philosophique de la kénose aboutit à diverses appréciations de la sécularisation :

  • Derrida « Foi et savoir » « L'horizon kénotique de la mort de Dieu et la ré-immanentisation anthropologique : les droits de l'homme et de la vie humaine avant tout devoir envers la vérité absolue et transcendante de l'engagement devant l'ordre divin : un Abraham qui refuserait désormais de sacrifier son fils et n'envisagerait même plus ce qui fut toujours une folie. Quand on entend les représentants officiels de la hiérarchie religieuse, à commencer par le plus médiatique et le plus latinomondial et cédéromisé qui soit, le pape, parler d'une telle réconciliation œcuménique, on entend aussi l'annonce ou le rappel d'une certaine ‘mort de Dieu’ » (57).
  • Vattimo « Histoire du salut » La kénose « est l’abaissement ou l’affaiblissement de Dieu dans l’incarnation. [...] Comme événement salvateur et herméneutique, l’incarnation de Jésus (la kenôsis, l’abaissement de Dieu) est elle-même, avant tout, un cas archétypal de la sécularisation » (104).

Islam

2,7b prendre la physionomie d’un esclave Inversion coranique ?

  • Coran 4,172 « Jamais le messie ne trouve indigne d'être un serviteur d'Allah. »  

Ce verset de la sourate 4 An-Nisa (« Les femmes ») semble une réminiscence de Ph 2,7 si on le glose ainsi : le messie ne pense pas devoir retenir son statut de Fils comme un privilège, être serviteur de Dieu ne lui répugne aucunement. Bien mieux, pour les chrétiens cette absolue soumission volontaire est un signe de la filialité suprahumaine du messie (cf. Thomas d’Aquin en  Tradition chrétienne Ph 2,8b  Tradition chrétienne Ph 2,8c). Au contraire, pour la polémique musulmane anti-chrétienne, ce verset signifie que jamais le messie, content de son statut de serviteur, n’aurait l’arrogance de se prétendre fils.

Littérature

2,1d commisération FRANÇAIS BIBLIQUE Ce nom, calque du terme retenu par V,  dérivé du verbe commisérer, bien attesté en français moderne : Littérature Ps 145,8, désigne la pitié compatissante, le sentiment qui fait prendre part ou intérêt à la misère, aux malheurs d'autrui.

Drapeau de la francophonie→ © Domaine public,

Arts visuels

1,1–30 Bénédiction

Johann Christoph Weigel (1654-1725), L'Épître de saint Paul aux Philippiens (gravure, 1695)

in Der Heiligen Apostel Geschichte und Episteln, letzlichen auch Die Hohe Offenbahrung S. Joannis : Nach anleitung Heyl. Schrifft in Bildnussen vorgestellt, éd. : Augsburg

© st-takla.org→

À terre, les chaînes de saint Paul, prisonnier pour l'évangile. Dans le ciel, la bénédiction de la croix du Christ, qui rappelle les adresses pleines de souhaits de grâces de saint Paul à ses destinaires.

2,9ss aux cieux, sur terre et dans les enfers Christogramme

Domínikos Theotokópoulos, dit Le Greco (1541-1614), L'Adoration du nom de Jésus (peinture sur toile, 1579), 55,1 x 33,8 cm

The National Gallery, Londres (Angleterre, Royaume-Uni) © Domaine Public→

Le Gréco offre à ce verset de Paul une parfaite illustration. Dans la partie supérieure du tableau, le nom de Jésus figure, auréolé de lumière et surmonté d'une croix, adoré par des myriades d'anges en prière dans le ciel. Ce nom n'est ni un sigle, ni un acronyme, comme on le croit trop souvent dans le monde latin, en interprétant les trois lettres comme indiquant « Iesus, Hominum Salvator ». Il s'agit plutôt des trois premières lettres grecques du nom de Jésus (« Ιησους », ou « IHΣOYΣ » en majuscules), translittérées imparfaitement mais néanmoins traditionnellement : iota, êta, sigma. C'est le nom de Jésus qui sauve, comme cela foisonne dans les Actes des apôtres. En bas à gauche, des hommes se prosternent devant le nom de Jésus. Parmi eux, on reconnait le roi d'Espagne Philippe II (au centre, vêtu de noir), le Doge Alvise Mocenigo vêtu d'une chape doré et le pape Pie V qui leur fait face. La présence de ces trois personnages suggère la Sainte Ligue, alliance ayant pour objectif de contrer la progression turque durant la guerre entre Venise et la puissance ottomane au début des années 1570. En bas à droite, la gueule béante d'un monstre laisse entrevoir les damnés gisant dans les feux de l'enfer. 

Musique

1,21 Obsèques musicales

17e s.

Heinrich Schütz (1585-1672), Musikalische Exequien SWV 279/281, 1635

Sir John Eliot Gardiner, English Baroque Soloists, Monteverdi Choir

© Licence YouTube standard→, Jb 1,21.19,25s Ph 1,21 Jn 1,29.3,16 Is 26,19 Ps 73,25s Lc 2,29-32 Ap 14,13 Sg 3,1

Composition

Musikalische Exequien est un ensemble de motets en trois parties, tout d'abord en forme de messe de funérailles allemande luthérienne. Ce premier épisode précède un autre air spirituel extrait du psaume 73. Il est suivi à son tour d'une troisième partie, le Cantique de Siméon (connu dans la liturgie catholique sous le nom de Nunc dimittis). L'ensemble a été composé en 1635 pour les funérailles de Heinrich Posthumus von Reuss, seigneur de Gera, Schleiz et Lobenstein en Thuringe, mort le 16 décembre 1635.

Livret

Partie I : Concert in Form einer teutschen Begräbnis-Messe SWV 279 6vv SSATTB — Intonatio: Nacket bin ich von Mutterleibe kommen — Soli: Nacket werde ich wiederum dahinfahren Herr Gott, Vater im Himmel — Soli: Christus ist mein Leben, Sterben ist mein Gewinn Jesu Christe, Gottes Sohn — Soli: Leben wir, so leben wir dem Herren Herr Gott, Heiliger Geist — Intonatio: Also hat Gott die Welt geliebet, daß er seinen eingebornen Sohn gab — Soli: Auf daß alle, die an ihn gläuben, nicht verloren werden Er sprach zu seinem lieben Sohn — Soli: Das Blut Jesu Christi Durch ihn ist uns vergeben — Soli: Unser Wandel ist im Himmel Es ist allhier ein Jammertal — Soli: Wenn eure Sünde gleich blutrot wäre, Sein Wort, sein Tauf, sein Nachtmahl — Solo (Altus): Gehe hin mein Volk Soli: Der Gerechten Seelen sind in Gottes Hand — Solo (Tenor): Herr, wenn ich nur dich habe  — Soli: Wenn mir gleich Leib vnd Seele verschmacht Er ist das Heil und selig Licht — Soli: Vnser Leben währet siebenzig Jahr Ach, wie elend ist unser Zeit — Solo (Tenor): Ich weiß, daß mein Erlöser lebt Weil du vom Tod erstanden bist Soli: Herr ich lasse dich nicht du segnest mich denn Er sprach zu mir.

Partie II : Motette Herr, wenn ich nur dich habe, SWV 280 8vv double choir SATB.SATB

Partie III : Canticum B. Simeonis Herr, nun lässest du deinen Diener in Frieden fahren, SWV 281 8vv double choir SATTB.SSB

2,6–11 Fortune musicale de l'« hymne » Ces v. si profonds et émouvants n'ont cessé d'inspirer les compositeurs, spécialement en musique vocale, en particulier : 

Du moyen âge au 20e siècle

  • Guillaume de Machaut (1300-1377) Obediens usque ad mortem (motet n° 10) fait entendre un v. latin citant quelques mots de Ph 2,8 sous les trois voix qui chantent des vers d’amour courtois évoquant le feu du désir d’amour d’un homme pour une femme, qui le pousserait à désirer la mort. Vers la fin du moyen âge, un chanoine, musicien et poète, met ainsi audacieusement en série amour humain et geste pascale du Christ ;

  • Giovanni Pierluigi da Palestrina (1534-1594) Christus factus est (date et attribution incertaines), motet à quatre voix a cappella,  fait entendre, tranchant sur des harmonies sobres, une ornementation mélodique de crucis et de nomen ; 

  • Felice Anerio (1560-1614), Christus factus est, motet à quatre voix, a cappella ;
  • Pierre Bonhomme (1555-1617) In nomine Jesu, motet à huit voix (Melodiae sacrae, 1603) fait majestueusement éclater la gloire finale ;

  • Giovanni Francesco Anerio (1567-1630) Christus factus est ;
  • Giuseppe Ottavio Pitoni (1657-1743) Christus factus est ;
  • J.-S. Bach (1685-1750) Himmelskönig, sei willkommen ("Roi du Ciel, sois bienvenu"), cantate pour le dimanche des Rameaux, BWV 182, sur un texte de Salomon Franck  (1714). Le quatrième mouvement reprend Ph : « Puissant amour, grand fils de Dieu qui t'a conduit depuis le trône de ta gloire, de sorte que, pour le salut du monde, tu puisses être offert en sacrifice, que tu as prescrit avec ton sang » ;

  • Johann Ernst Eberlin (1702-1762) Christus factus est ;
  • Pasquale Cafaro (1716-1787) Christus factus est ;
  • František Xaver Brixi (1732-1771) Christus factus est pro nobis ;
  • Joseph Michael Haydn (1737-1806) Christus factus est (MH 38, 1761) ;
  • Felix Mendelssohn (1809-1847) Um unser Sünden willen, excipit du recueil posthume "Sechs Sprüche für Kirchenjahr [Six proverbes pour l’année liturgique]" (op. 79, 1850) met Ph 2,8s en musique pour huit voix mixtes en mi mineur, passant de la lourdeur d’accords répétés à la vigueur d’un alleluia final ;
  • Anton Bruckner (1824-1896) Christus factus est (1884 ?), graduel en ré mineur à quatre voix mixtes, a cappella, ne surprend guère avec un fortissimo sur exaltavit illum, mais enchante par son finale pianissimo en ré majeur. 
  • Josef von Rheinberger (1839-1901) Christus factus est (op. 107), motet à quatre voix, a cappella.
  • Charles Tournemire (1870-1939) « Prélude à l’introït de la fête du saint Nom de Jésus » (L’orgue mystique, cycle de Noël, n° 6, op. 55, 1929), reprend au clavier manuel toute la mélodie grégorienne sur Ph 2,10s. Il souligne le Dei Patris de la formule doxologique avec des aigus surprenants.

  • Anton Webern (1883-1945) Christus factus est pro nobis (op. 16, 1928), premier canon (sur cinq) traitant des textes latins, pour soprano aiguë (utilisée comme un instrument), clarinette et clarinette basse. En vingt-deux secondes d’une rigueur totale, la voix imitant l’instrument chante les v.8s ; 

  • Anton Heiller (1923-1979) Christus factus est (1938), motet à quatre voix mixtes, a cappella ;
  • Jose Antonio de Donostia (1886-1956) La vie profonde de saint François d'Assise, "Christus Factus est".

21e s.

Aujourd’hui encore, divers compositeurs sont inspirés par les v. de Paul pour des compositions instrumentales ou vocales, dans des compositions pour orgue (Daniel Roth, 1942-), pour ensemble instrumental (Jean-Étienne Marie, 1917-1989, Usque ad mortem,1966; Rolande Falcinelli, 1920-2006, Kénose, 1983) ou vocal (André Gouzes, 1943-). 

Voici deux compositions récentes, offertes aux lecteurs de cette bible par leur compositeur : 

Exercices spirituels en forme de cantate 

Kris Oelbrandt, OCSO (1972-), Ignatius Cantata op.34, 2014

Joris Derder (bariton), Nico Couck (guitare), I Solisti del Vento (ensemble)→, Musa Horti (choeur)

 © Kris Oelbrandt→, Ps 123,2.148,1-4.51,19.69,8-10 Lc 1,38.9,57-61.2,48s Jn 6,68.21,15ss Ph 2,6-11 

Composition

Cette cantate est une synthèse musicale des exercices spirituels d'Ignace de Loyola. Les mouvements I, II, III et IV parcourent les quatre phases des exercices: émerveillement sur la création, suivre le Christ, s'adonner à la croix, ressusciter avec Lui. Ces quatre idées centrales sont explicitées par des citations des exercices (chantées en Sprechstimme par le bariton), qui sont commentés par des versets bibliques illustratifs, chantés par le chœur. Le premier mouvement est précédé par un prologue (la fameuse prière de Thérèse d'Avila), le dernier est suivi par un épilogue qui donne une dernière synthèse.

  • Mouvement I (00:00 - 12:55):

Dans le premier mouvement, le retraitant s'apprête pour l'émerveillement en se rendant compte de sa propre humilité et de la grandeur de Dieu. Le psaume 123, notamment par l'image de la servante qui regarde la main de sa maîtresse, décrit cette idée. Voir aussi Ps 51,19. 

Au milieu de la première phase des exercices, le retraitant éclate en émerveillement et joie sur la création. La musique monte pas à pas, le chœur monte dans des progressions harmoniques qui ouvrent chaque fois un nouveau monde (un nouvel élément énuméré dans le psaume 148), le bariton parle à travers en énumérant plus ou moins les mêmes éléments comme ils apparaissent dans le texte ignacien. 

Retour vers la conscience de sa propre humilité. Le verset du psaume 51 (l'offre de mon cœur broyé) rappelle le psaume 123. La mélodie reprend celle du ps 123 en mouvement miroir rétrograde.

  • Mouvement II (12:55 - 23:00):

La deuxième phase des exercices ignaciennes se concentre sur la volonté de suivre le Christ. Ce concept est illustré musicalement par un basson seul qui joue une mélodie légère, sautante, quasi improvisée, en croches constantes - décrivant quelqu'un qui se met en route. Sur cette mélodie apparaissent de courts fragments avec des citations bibliques sur ce thème. La première expression de la volonté de suivre le Christ, chantée en forme de chorale, est celle de l'Annonciation, où Marie se confie à la promesse de l'ange Gabriel. Voir aussi Lc 9,57-61 et Jn 6,68. 

La deuxième expression de la volonté de suivre le Christ est la promesse - pourtant conditionnelle - de divers gens de suivre le Christ. Celui-ci répond en Espagnol (rappellant les exercices ignaciennes) "Sigue me", "Suis-moi". Voir aussi Lc 1,38 et Jn 6,68. 

La troisième expression de la volonté de suivre le Christ, citation de l'évangile selon St Jean, est mise de nouveau (comme la première, Lc 1,38) en forme de chorale. Voir aussi Lc 1,38 et Lc 9,57-61. 

  • Mouvement III (23:00 - 30:40)

Dans la troisième phase des exercices ignaciennes, le retraitant réalise que la croix est inévitable en suivant le Christ. Après la citation de la phrase centrale des exercices par le bariton, le début du prologue revient, maintenant joué par la guitare. De cette manière l'auditeur se souvient de la prière de Thérèse d'Avila: "Je suis à vous". La tête de la mélodie de la prière est maintenant jouée par les instruments à vent et tenue longue en point d'orgue. Les versets du psaume 68 (69) sont superposés sur ce tapis harmonique, mêlant ainsi la notion de l'abandon et la notion de la croix. Le bariton chante régulièrement, comme troisième couche, "Sigue me", "Suis-moi", ce qui rappelle le deuxième mouvement, notamment Lc 9,57-61.

La conviction que le Christ ressuscité est apparu tout d'abord à Marie, sa mère, est typiquement jésuite. L'histoire du jeune Jésus qui est retrouvé après trois jours dans le temple, peut être vu comme une justification biblique de ce passage des exercices ignaciens. Deux motifs musicaux sont repris et superposés: la mélodie continue du basson (voir la deuxième phase dans Lc 1,38, Lc 9,57-61 et Jn 6,68) - maintenant jouée par le hautbois - et le chant de l'humble servante (voir ps 123, 2). L'humble servante est comparée à Marie qui s'écrie en retrouvant Jésus. 

  • Mouvement IV (30:40 - 36:49)

La quatrième et dernière phase des exercices conclut par une réconciliation: le retraitant se réconcilie avec Jésus et ses émotions ou conflits intérieurs en déclarant son amour pour le Christ ressuscité, illustré par Jn 21,15-17. La mélodie du prologue, où le chœur chantait la prière de Thérèse d'Avila, notamment "Que mandais hacer de mi?" ("Que veux-tu que je fasse?"), sonne maintenant dans les instruments à vent comme une formule répétée pp. C'est sur cette couche que les confessions de Pierre à Jésus sont chantées, en alternance entre ténors (Jésus) et le reste du chœur.

Partitions→

Oratorio du printemps

Kris Oelbrandt, OCSO (1972-), A Dieu (Oratorio du printemps op.23), 2011

Aldo Platteau (bar); Ensemble Sturm und Klang (dir. Thomas van Haeperen)

© Kris Oelbrandt→, Mc 8,34-35.9,2 Mt 16,24-25.17,2 Lc 9,23-24.29 Ph 2,6-11 Ex 33,21-23 

Composition

Cette Cantate est composée pour le cinquième Dimanche du carême sur la transfiguration. Sept scènes méditent sur les paradoxes qui sont au cœur des évangiles: Jésus homme divin; se perdre pour se retrouver; Dieu visible-invisible. Un soliste présente une mélodie dodécaphonique qui revient légèrement transformée dans chaque scène, rendant la transfiguration audible.

Scène 1: paradoxe de celui qui sauve son être en le perdant à cause de Jésus et l'Annonce.

Scène 2: le récit de la transfiguration au mont Tabor.

Scène 3: La kénose de Dieu donne lieu à la naissance de Jésus qui, à son tour, s'humilie jusqu'à la croix.

Scène 4: méditation poétique de Rutger Kopland (« De grazige weiden » dans « Al die mooie beloften ») sur le Christ crucifié.

Scène 5: jubilation sur le Christ ressuscité.

Scène 6: L'histoire de Dieu que nous ne voyons que de dos illustre le paradoxe de Celui qui nous est tellement proche, mais dont nous ne voyons jamais le visage. Le verset de Paul Éluard, « Il fallait bien qu'un visage réponde à tous les noms du monde », sert d'illustration.

2,8s Le Christ s'est fait obéissant

19e s.

Anton Bruckner (1824-1896), Christus factus est, 1884

Cantando

© Licence YouTube standard→, Ph 2,8s

Compositeur

Anton Bruckner est un compositeur autrichien et organiste. 

17e s.

Felice Anerio (1560-1614), Christus factus est

The Cambridge Singers

© Licence YouTube standard, Ph 2,8s

Paroles

Christus factus est pro nobis obediens usque ad mortem, mortem autem crucis. Propter quod et Deus exaltavit illum et dedit illi nomen, quod est super omne nomen.

Le Christ s'est fait pour nous obéissant jusqu'à la mort, et la mort sur la croix. C'est pourquoi aussi Dieu l'a élevé et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom.

Compositeur

Compositeur italien de la fin de la Renaissance et du début de la période dite baroque, Felice Anerio appartient à l'École romaine des compositeurs. Il est le frère aîné d'un autre compositeur important et légèrement plus moderniste, de la même période, Giovanni Francesco Anerio.