La Bible en ses Traditions

Philippiens 1,1–2

Byz V TR Nes
S

1 VICI COMMENCE L'ÉPÎTRE AUX PHILIPPIENS

Paul et Timothée, esclaves du Christ Jésus

Byz TRde Jésus-Christ

à tous les saints dans le Christ Jésus qui sont à Philippes

avec leurs épiscopes et leurs diacres.

1 ...

1a esclaves Rm 1,1 ; 2Co 4,5 ; Col 4,12 1b saints Rm 15,25-26 ; 1Co 1,2 1c diacres 1Tm 3,8-9 1s Adresses Rm 1,1.7 ; 1Co 1,1-2 ; 2Co 1,1 ; Ga 1,1-2 ; Ph 1,1 ; Ep 1,1 ; Col 1,1-2 ; 1Th 1,1 ; 2Th 1,1 ; 1Tm 1,1-2 ; 2Tm 1,1-2 1a Timothée Ph 2,19 ; Ac 16,1 ; 1Co 4,17 ; 16,10 ; 2Co 1,1 ; 1Th 3,2.6 ; He 13,23
Byz V S TR Nes

2 À vous, grâce et paix de la part de Dieu notre Père et du

Sde notre Seigneur Jésus-Christ.

Propositions de lecture

1–30 Communion entre l'Apôtre et les fidèles dans la nouvelle cité

Structure

  • Praescriptum (v.1-2). La salutation initiale prépare le développement futur en usant d’un qualificatif inhabituel pour Paul : « esclave » (Procédés littéraires Ph 1,1a).
  • Prologue (v.3-11) : captatio benevolentiae (v.3-8) et prière conclusive (v.9-11). Paul met en valeur la communion (y compris financière : Procédés littéraires Ph 1,5.7d ; Procédés littéraires Ph 1,1–11) des Philippiens à son action missionnaire et y reconnaît l’œuvre de Dieu. Avec la communion, Paul introduit les autres thèmes de l’épître : la joie, l’Évangile et l’attitude juste du chrétien (Vocabulaire Ph 1,7a). L’agir chrétien, informé par la charité (Tradition chrétienne Ph 1,9b), est mis dans sa perspective eschatologique.
  • Nouvelles biographiques (v.12-26). Paul informe les Philippiens du détail de la captivité tout en donnant aux événements leur sens théologique. Paul dépeint le cœur de l’Apôtre, déterminé par la charité, considérant d’abord le bien de ceux à qui il est envoyé. Décrivant sa lutte, il prépare les Philippiens à comprendre son exhortation à la résistance face aux persécutions (v.27), combat (Procédés littéraires Ph 1,27d) où l’unité de la communauté est fondamentale (v.28). 
  • Exhortation générale à vivre conformément à l’Évangile (v.27-30).

Traits remarquables

Ce ch. introduit deux traits caractéristiques de l'épître :

  • l’insistance sur l'exemple à donner et à suivre. L’Apôtre invite les Philippiens à imiter des modèles : Jésus et lui-même, Paul. À cet effet, il décrit sa situation avec soin ;
  • le recours aux lieux communs de la cité pour illustrer la vie de la jeune Église et à ceux du stoïcisme (Textes anciens Ph 1,4c) pour décrire la vie du chrétien.

Texte

Vocabulaire

1a esclaves Dénotation ambiguë Le grec doulos ≃ l'héb. ‘ebed. Procédés littéraires Ph 1,1a

Procédés littéraires

1–11 Inclusion avec Ph 4,10-20 Le thème de la communion/collaboration et le →vocabulaire financier ouvrent et terminent la lettre. Les Philippiens ont investi dans les souffrances de Paul et dans ses activités missionnaires : ils sont donc associés dans ses « affaires » !

1a esclaves Ambiguïté La désignation retenue par Paul insiste à la fois sur l’humilité et sur la dignité des deux expéditeurs. Si « esclaves » indique bien une condition inférieure, le titre d’« esclaves du Christ » souligne leur appartenance à la « maison » du Christ, en tant qu’esclave de haut rang, à l’instar des esclaves de César qui étaient des fonctionnaires importants. Cette richesse sémantique prépare le développement de Ph 2,6-11. →Serviteurs et esclaves chez Paul

2 grâce et paix Collage ? La formule semble combiner le salut grec (chairê « réjouis-toi ») et le salut juif (šālôm « paix »). →Vocabulaire de la grâce et du bienfait dans la Bible

2 et du Zeugme On pourrait aussi traduire « de la part de Dieu notre Père et celui [c.-à-d. le Père] du Seigneur Jésus Christ », ou encore « de la part de Dieu notre Père et celle [c.-à-d. la part] du Seigneur Jésus Christ ».

Genres littéraires

1s Praescriptum Une lettre grecque comporte toujours l’expéditeur, le destinataire et la salutation.

Contexte

Repères historiques et géographiques

1s Envoi et destination de la lettre

L'épître aux Philippiens, (numérique, Jérusalem : 2022)

M.R. Fournier © BEST AISBL, Ph 1,1-2

Toponymie

Philippe, Thessalonique, Macédoine.

1b Philippes Histoire et archéologie Paul y fonda sa première Église en Europe en l'an 50 ou 51 de notre ère, sous le règne de Claude. Cette fondation est documentée dans le NT par un texte autobiographique conservé, Ph, et par le récit d’Ac 16,11-40. Pour une appréciation historique ; cf. introduction : « Repères historiques et géographiques » et « Milieux de vie ».

Réception

Liturgie

1–11 Texte

TO-II, 30e semaine, vendredi, messe

= Paul prie que l’amour des chrétiens de Philippes « surabonde toujours plus en clairvoyance » ; Jésus guérit un hydropique.

Tradition chrétienne

1a Paul Étymologie populaire Paulus, en latin, ressemble à paululus signifiant « très petit » ou « très faible ». 

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Paul se traduit par "modique", ce qui dénote son humilité. [Il est écrit dans] Is 60,22 "Mille sortiront du moindre d’entre eux, et du plus petit tout un grand peuple." »

Ailleurs, Thomas déploie l'imaginaire étymologique plus largement : 

  • →Thomas d’Aquin Lect. Rom. 1,17 : Paul signifie « admirable » ou « choisi » (selon l’héb.) ; « en repos » (selon le grec) ; « modique » (selon le latin).

Il s'appuie pour cela sur une longue tradition synthétisée dans la liste Aaz apprehendens présente dans plusieurs bibles du 13e s. : 

  • →Jérôme Nominum « Paulus mirabilis » (CCSL 72,151 l. 6) ; « Paulus mirabilis sive electus » (153 l. 25) ; « Paulo ori eorum sive ori tubae » (160 l. 31).
  • →Huguccio de Pise Deriv. « Paulus, -a, -um, id est parvus, modicus, et hinc Saulus dictus fuit Paulus quasi modicus et temperans » (916).

1a esclaves du Christ Jésus

Expression d'humilité

  • →Ambrosiaster Comm. Phil. : Paul déclare son état le plus humble, « car celui qui confesse le Christ comme Seigneur est libre et a le Salut. »

Quaestio : cette dénomination connotant crainte et servitude n'est-elle pas incorrecte pour des disciples ? 

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Quand il dit : "serviteurs, etc.", il donne leur condition. Selon 2Co 4,5 : "Car nous ne nous prêchons pas nous-mêmes, mais nous prêchons Jésus-Christ Notre Seigneur, et, quant à nous, nous nous regardons comme vos serviteurs pour Jésus." On pourrait objecter Jn 15,15 : "Je ne vous appellerai plus serviteurs, etc." Je réponds qu’il y a une double servitude d’après une double crainte. En effet, la crainte du châtiment provoque une servitude mauvaise [...] mais la crainte chaste provoque une servitude de révérence, et c’est de cela que parle l’Apôtre ici. »

Égalité fondamentale de tous les chrétiens

  • →Brenz Expl. Phil. : Les serviteurs de Dieu ne sont pas une petite élite. Quelques-uns doivent bien être ministres, mais tous sont esclaves du Christ. 

1b tous les saints

Les baptisés

Question de préséance : les fidèles avant les ministres ? 

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Il s’adresse aux notables en disant "aux évêques, etc." Une question se pose : pourquoi met-il les petits avant les plus importants ? Parce que le peuple est antérieur au prélat. Selon Ez 34,2 "Les pasteurs ne paissent-ils pas leurs troupeaux ?" En effet, ce sont les troupeaux que les pasteurs doivent paître, et non l’inverse. »

Un Seul est saint : qui sont les autres ?

  • →Brenz Expl. Phil. : Un saint est quelqu’un qui est né par le Saint-Esprit et ne pèche aucunement. Cela implique que seul Jésus est le saint (cf. Jn 3,13), et que « saints » (pl.) sont ceux qui croient en sa justice. Les saints sont ceux qui croient en Jésus-Christ et participent aux vrais sacrements, qui appellent Dieu par son nom, et luttent contre la chair. Tout chrétien est utile aux autres chrétiens, grâce à la prière. Quant aux Juifs et aux Turcs, ils n’adorent pas le Dieu qui a envoyé Jésus-Christ. Il est inutile alors de spéculer sur l’état spirituel des autres.  

Des saints par la grâce du Christ médiatisée dans ses sacrements

  • →Lapide Comm. ep. Pauli : Ces saints sont tous les chrétiens appelés à la vraie sainteté de l’esprit et du corps. Ils sont saints en Christ : à la fois de par le Christ lui-même et par ses mérites ; et parce qu’ils lui sont unis par le baptême, la foi, la grâce et la sainteté, comme les branches sont entées sur un arbre.

1b à Philippes

Importance de la cité dans l’œuvre d’évangélisation

  • →Brenz Expl. Phil. : Il faut l’aide des pouvoirs civils pour que l’Église puisse survivre. Tous les enfants doivent apprendre l’Évangile de leurs parents, et la cité doit aider à instruire les enfants, pour qu’ils puissent facilement lire la Bible.

Condamnation moralisatrice

  • →Mélanchthon Enarr. Phil. informe son lecteur que le paysage autour de Philippes était un terrain vide et vague, non à cause de la guerre civile qui avait mis la fin à la République et à sa vie vertueuse, mais (ce qui était pire) à cause des mœurs des Grecs et des Turcs.

2 de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ Égale dignité du Père et du Fils

2 grâce et paix

= synthèse de tous les biens divins

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Il y a deux biens qui incluent tous les autres. Le premier est la grâce de Dieu remettant les péchés. Il est dit dans Ep 2,8 "Car c’est par la grâce que vous êtes sauvés." Le dernier est la paix de l’homme, selon Ps 147,14 "Il a établi la paix sur tes frontières." Par conséquent, il leur souhaite tous les biens intermédiaires. »

= dons de Dieu exclusifs

  • →Brenz Expl. Phil. : La grâce signifie la faveur de Dieu dans laquelle il embrasse ses fidèles, et la paix signifie avant tout la tranquillité. De l’une comme de l’autre, Paul n’est que le ministre.

Théologie

2 grâce et paix MORALE (Procédés littéraires Ph 1,2)

  • La grâce est l’œuvre gratuite du salut opérée par Dieu dans le Christ (Rm 3,24-25) et les dons qui en découlent (Rm 6,14 ; 2Co 4,15).
  • La paix est l’harmonie dans la relation entre Dieu et les hommes. C’est une réconciliation (Jn 20,19-23).

Toutes deux sont données par Dieu (Si 50,23 ; Is 54,10).

Arts visuels

1–30 Bénédiction

Johann Christoph Weigel (1654-1725), L'Épître de saint Paul aux Philippiens (gravure, 1695)

in Der Heiligen Apostel Geschichte und Episteln, letzlichen auch Die Hohe Offenbahrung S. Joannis : Nach anleitung Heyl. Schrifft in Bildnussen vorgestellt, éd. : Augsburg

© st-takla.org→

À terre, les chaînes de saint Paul, prisonnier pour l'évangile. Dans le ciel, la bénédiction de la croix du Christ, qui rappelle les adresses pleines de souhaits de grâces de saint Paul à ses destinaires.

Musique

1 Oh Seigneur, car je suis ton serviteur

17e s.

Andreas Hammerschmidt (1611-1675), O Domine, quia ego servus tuus sum, 1649

Manfred Cordes (dir.), Weser-Renaissance Bremen

© Licence YouTube Standard→, Ga 1,1-24 Ps 116,1–19 Rm 1,1 Ph 1,1

Composition

Ce motet, composé sur les paroles du Psaume 116, se trouve éclairé par les paroles de Saint Paul: « Si je plaisais encore aux hommes je ne serais pas serviteur du Christ » (Ga 1,10). Il est composé par Andreas Hammerschmidt, l'un des compositeurs de musique sacrée les plus populaires dans le Saint-Empire du 17e siècle.

Paroles

O Domine, quia ego servus tuus; ego servus tuus, et filius ancillae tuae. Dirupisti vincula mea, tibi sacrificabo hostiam laudis, et nomen Domini invocabo.

Vota mea Domino reddam in conspectu omnis populi ejus; in atriis domus Domini, in medio tui, Jerusalem.

Oh Seigneur, car je suis ton serviteur; je suis ton serviteur et le fils de ta servante. Tu as rompu mes liens, je te sacrifierai une offrande de louange, et j'invoquerai le nom du Seigneur.

Je rendrai mes louanges au Seigneur devant tout son peuple, à l'entrée de la maison du Seigneur, au milieu de toi, Jérusalem.