La Bible en ses Traditions

Philippiens 1,27–2,4

Byz V TR Nes
S

27 Seulement vivez en citoyens

Vconduisez-vous d’une manière digne de l’Évangile du Christ

afin que soit que je vienne et que je vous voie

soit qu'absent, j'entende dire de vous

que vous tenez bon dans un seul Esprit

d’une seule âme

luttant

Byz TR Nestravaillant ensemble pour la foi de l’Évangile

27 ...

1,27a Mener une vie digne Ep 4,1 ; Col 1,10 ; 1Th 2,12 1,27bc Présence et absence Col 2,5 1,27d Unité d’Esprit Ph 2,2 ; 3,16 ; 4,2 ; Ac 2,44 ; 4,32 ; Rm 12,16 ; 15,5 ; 1Co 1,10 ; 2Co 13,11 ; Ep 4,3
Byz V S TR Nes

28 n’étant nullement effrayés par les

Snos adversaires :

ce qui pour eux est

V Nesest pour eux une démonstration

Vcause de la perte

et pour vous du

Nesde votre

Sde notre salut

 Byz V TR Neset cela est de Dieu. 

1,28a adversaires 1Co 16,9
Byz V TR Nes
S

29 Car il vous a été fait la grâce

Vdonné à l'égard du Christ

non seulement de croire en lui

mais aussi de souffrir pour lui

29 et ceci vous a été donné par Dieu,

que non seulement et vraiment vous croyiez en Christ, 

mais aussi que pour lui vous souffriez

1,29a (S) donné par Dieu Jn 3,27 ; Jc 1,17 1,29c Souffrir pour le Christ Mt 5,10-11 ; Ac 5,41 ; Col 1,24 ; 2Th 1,4-7 ; 1P 1,6-7
Byz V S TR Nes

30 ayant

Sendurant le même combat que vous avez vu en moi,

et dont vous entendez maintenant parler en moi

V Sà mon sujet.

1,30a combat 1Th 2,2

2,1 S’il est donc une consolation dans le Christ

s’il est un encouragement de l’amour

Vla charité

s’il est une communion de l’Esprit

s’il est des entrailles de commisération,

2,1a consolation Lc 2,25 2,1c communion de l'Esprit 2Co 13,13 2,1d entrailles Ph 1,8 ; Sg 10,5 ; Si 30,7 ; Mt 9,36 ; 18,27 ; Lc 10,33 ; 15,20

2,2 comblez ma joie, en ayant une même pensée,

ayant le même amour

Vla même charité

unis d’âme

aspirant à une seule chose

2,2a joie Ph 1,4.18 ; 2,18 ; 3,1 ; 4,4 ; 2Co 13,11 ; 1Th 5,16 joie parfaite Jn 3,29 ; 15,11 ; 16,24 ; 17,13 ; 1Jn 1,4 2,2c unis d’âme Ph 1,27 ; 3,16 ; 4,2 ; Ac 2,44 ; 4,32 ; Rm 12,16 ; 15,5 ; 1Co 1,10 ; 2Co 13,11 ; Ep 4,3 ; 1P 3,8
Byz V TR Nes
S

2,3 rien par esprit de contention ou

V Nesni par vaine gloire

mais dans l'humilité que chacun estime les autres comme supérieurs à lui-même

Vsoi

3 ...

2,3 Gloire et humilité Pr 15,33 ; Mt 18,4 ; 23,11 ; Lc 14,10-11 ; 1P 5,4-5 2,3b humilité Ep 4,2 ; Col 3,12 ; 1P 3,8

2,4 chacun ayant égard, non à ses propres intérêts,

mais à ceux des autres.

4 ...

2,4 Intérêt d’autrui 1Co 10,24.33 ; 13,5

Propositions de lecture

1,1–30 Communion entre l'Apôtre et les fidèles dans la nouvelle cité

Structure

  • Praescriptum (v.1-2). La salutation initiale prépare le développement futur en usant d’un qualificatif inhabituel pour Paul : « esclave » (Procédés littéraires Ph 2,1a).
  • Prologue (v.3-11) : captatio benevolentiae (v.3-8) et prière conclusive (v.9-11). Paul met en valeur la communion (y compris financière : Procédés littéraires Ph 2,5.7d ; Procédés littéraires Ph 2,1–11) des Philippiens à son action missionnaire et y reconnaît l’œuvre de Dieu. Avec la communion, Paul introduit les autres thèmes de l’épître : la joie, l’Évangile et l’attitude juste du chrétien (Vocabulaire Ph 2,7a). L’agir chrétien, informé par la charité (Tradition chrétienne Ph 2,9b), est mis dans sa perspective eschatologique.
  • Nouvelles biographiques (v.12-26). Paul informe les Philippiens du détail de la captivité tout en donnant aux événements leur sens théologique. Paul dépeint le cœur de l’Apôtre, déterminé par la charité, considérant d’abord le bien de ceux à qui il est envoyé. Décrivant sa lutte, il prépare les Philippiens à comprendre son exhortation à la résistance face aux persécutions (v.27), combat (Procédés littéraires Ph 2,27d) où l’unité de la communauté est fondamentale (v.28). 
  • Exhortation générale à vivre conformément à l’Évangile (v.27-30).

Traits remarquables

Ce ch. introduit deux traits caractéristiques de l'épître :

  • l’insistance sur l'exemple à donner et à suivre. L’Apôtre invite les Philippiens à imiter des modèles : Jésus et lui-même, Paul. À cet effet, il décrit sa situation avec soin ;
  • le recours aux lieux communs de la cité pour illustrer la vie de la jeune Église et à ceux du stoïcisme (Textes anciens Ph 2,4c) pour décrire la vie du chrétien.

2,1–30 Présentation générale

Sujet

Paul propose aux Philippiens un itinéraire fondé sur l’exemple du Christ. 

  • Cet exemple, exposé dans une prose rythmique qui fécondera tout le développement christologique, est introduit par une première exhortation qui place le Christ au cœur de la vie de la communauté. Les rapports fraternels de →Communion trouvent leur dynamisme dans cet abaissement réciproque les uns vis-à-vis des autres, appel audacieux à une époque où l’humilité est considérée comme une faiblesse.
  • La seconde exhortation fait écho à l’exemple du Christ par l’invitation à obéir. Elle considère l’enjeu de cet itinéraire. La vie chrétienne est réalisation du salut, dans une attitude illustrée par une lecture typologique de l’AT.
  • Paul annonce alors la visite de Timothée et Épaphrodite dont la conduite est précisément modelée sur celle du Christ, ceux-ci étant décrits comme d’authentiques serviteurs, prêts à risquer leur vie.

Structure

  • exhortation (v.1-5)
  • exemplum du Christ (v.6-11)
  • exhortation au salut (v.12-18)
  • recommandation de Timothée et Épaphrodite (v.19-30)

Texte

Vocabulaire

1,27 luttant ensemble Connotation athlétique ou militaire Sunathlountes formé de athlein, « lutter, prendre de la peine » et sun, « ensemble ». Paul peut faire référence soit aux combats de l'arène, soit, plus vraisemblablement, au contexte militaire. Il évoque ici la communion entre les Philippiens dans l'adversité. En Ph 4,3, ce verbe traduira la collaboration entre Paul, Évodie et Syntychè.

1,27a en citoyens Terme rare Dans tout le NT, politeuesthai est employé seulement ici et en Ac 23,1. Procédés littéraires Ph 2,27a

1,27d Esprit Sens double Pneuma peut renvoyer à l'esprit humain ou à l’Esprit Saint.

  • Le premier sens est inhabituel chez Paul alors qu'il invite par ailleurs à « être ferme dans le Seigneur » (Ph 4,1).
  • L'Esprit Saint est source d’unité de force pour l’action. Il est le principe de communion pour la communauté (Ph 2,1 ; 1Co 12,13 ; Ep 2,18 ; 4,4).

1,28a effrayés Hapax biblique Pturomenoi.

1,28b démonstration Terme rare Endeixis figure peu dans le NT (Rm 3,25s; 2Co 8,24). Le mot désigne l'action de montrer, la démonstration, la preuve. Ce terme peut avoir un sens juridique, mais c'est peu vraisemblable ici. Textes anciens Ph 2,28 Tradition chrétienne Ph 2,28

2,1a consolation divine ou humaine ? C'est habituellement un acte divin, mais pouvant ici se manifester par les relations fraternelles. Comprise en un sens interpersonnel, elle est alors traduite par « exhortation », autre sens possible (Rm 12,1; 15,30; 16,17; 1Co 1,10; 4,16; 16,15; 2Co 10,1; Ph 4,2; 1Th 4,1; 5,14).

2,1b encouragement Hapax NT

  • En grec, paramuthion (« consolation dans le sens d’un apaisement »). La même racine en forme verbale signifie « parler amicalement à quelqu’un pour l’apaiser » (par contraste avec paraklêsis, qui désigne la « consolation dans le sens d’un encouragement »). Après le passé avec la consolation, Paul considère le présent.
  • S : mml’ blb’, litt. « un remplissement dans le coeur ».
  • V : solacium, « soulagement ».

2,1d entrailles de commisération divine ou humaine ?

  • Splagchna kai oiktirmoi, lat. viscera et miserationes, litt. « des entrailles et des compassions/miséricordes ».
  • S : rwḥp’ wrḥm’, « une tendresse et des miséricordes ». rwḥp’ est parfois employé pour dire « une descente de l'esprit » (notamment dans les sacrements, d'après S-Za 12,10), et rḥm’ provient évidemment du mot « entrailles ».

Cette expression renvoie habituellement à une attitude divine dans le NT (Rm 12,1; 2Co 1,3). Elle peut aussi qualifier les relations au sein de la communauté. Les deux sens ne s’opposent pas nécessairement, la charité intra-communautaire étant le fruit de l’action de Dieu.

2,2c unis d’âme Hapax G et NT Sumpsuchoi, adj. exprimant l’unité dans la pensée.

2,3a vaine gloire Hapax NT Kenodoxia : la vaine gloire, s’oppose à la gloire de Dieu, dont le Christ hérite (v.11).

Grammaire

1,27 foi de l’Évangile Construction ambiguë Pistis tou euaggeliou peut signifier, suivant la valeur que l'on donne au gén. : 

  • la foi qui vient de l’annonce de l’Évangile (gén. subjectif) ;
  • la foi qui a pour objet l’Évangile (gén. objectif) ;
  • la foi qui est l’Évangile (gén. épexégétique).

1,28b ce Antécédents divers Hêtis au féminin peut renvoyer à différents antécédents : la foi (v.27), la persécution dont les chrétiens sont l’objet (v.28ss), l’unité des croyants dans l’adversité (v.27-28a).

1,28b pour eux Construction ambiguë pouvant dépendre de « démonstration » (signe pour eux de perdition) ou de perte, la résistance des chrétiens étant le signe de la destruction à venir des persécuteurs.

1,28d cela est de Dieu Ellipse du verbe. Le « salut » et la « perte » sont le résultat de l'action divine.

2,1c de l’Esprit Génitif polysémique L'expression peut avoir trois sens en fonction de l’interprétation du cas génitif :

  • la communion opérée par l’Esprit Saint (gén. subjectif) ;
  • la communion au même Esprit reçu en partage (gén. objectif) ;
  • la communion spirituelle entre les chrétiens (gén. de qualité), sens compris par V societas.

Procédés littéraires

1,27bc soit + soit — Parallélisme inégal Le balancement construit par la reprise de eite, « soit », est déséquilibré puisque à venir et voir ne répond que rester absent. Paul introduit ensuite une proposition qui met l'accent sur l'objet de son écoute et de son attention, soulignant ainsi le contenu de la proposition introduite par hoti, « que », qui explicite le v. de la principale, politeuesthe, « vivez [...] en citoyens ».

1,28bc perte + salut — Antithèse C'est l'opposition avec le salut qui définit l'acceptation eschatologique de la perte. Il s'agit de la perte de la vie éternelle auprès de Dieu. Les opposants aux Philippiens combattent Dieu et ne peuvent que connaître la défaite.

1,28d–30 Expolitio explicitant ce qui précède immédiatement. Ce qui vient de Dieu est de croire au Christ et de souffrir pour lui.

2,1 S’il est Anaphore quadruple conférant une tonalité solennelle à l’invitation qui suit et se déploie dans les v.6-11.

2,1d entrailles de commisération Hendiadys et synecdoque déjà évoquées en Ph 1,8.

2,2 Accumulation soulignant l’unité de l’élan des croyants. Cette figure invite à lire « unis d’esprits » avec le colon suivant.

Contexte

Repères historiques et géographiques

1,28a adversaires Identification ? Les Philippiens sont confrontés au même combat que Paul. Ces adversaires sont donc probablement des païens.

Milieux de vie

1,27a citoyens romains ? De nombreux habitants de Philippes étaient citoyens romains. La ville bénéficiait du jus italicum et dépendait directement de l’empereur.

1,27a Vivez seulement en citoyens selon l’Évangile Liberté religieuse et empire

  • Adaptation d'une formule politique initiée dès la conquête d’Alexandre le Grand pour gérer le pluralisme ethnique et religieux en laissant les sujets « vivre en citoyens selon leurs coutumes ancestrales ».
  • Revendiquée ensuite par les Juifs de Judée et de la Diaspora pour justifier des exemptions afin de « vivre en citoyens selon le judaïsme ».
  • Dans le contexte d'une communauté religieuse structurée comme un politeuma (Milieux de vie Ph 2,1a Milieux de vie Ph 3,20), il s’agit de rendre possible l’intégration civique en préservant la liberté religieuse. Cf. 3,18. 

2,3b humilité Qualité ou défaut ?

  • Dans la littérature grecque non biblique, c'est plutôt un défaut, quoique la notion d'hubris (« démesure ») soit condamnée par les écrivains. Sans encore parler d’humilité chrétienne, il est une voie de sagesse qui consiste à accepter sa propre mesure et ne pas la dépasser. 
  • Dans G, c'est la vertu de ceux qui se reconnaissent faibles. Le Christ est humble, tapeinos (Mt 11,29).

Textes anciens

1,28b démonstration Sens rhétorique

  • →Galien Hipp. Progn. 3,39 est un exemple parmi bien d'autres d'emploi du mot endeixis en grec hellénistique dans l'acception rhétorique de « démonstration ».

Réception

Liturgie

1,27–30 Texte

Messe pour les chrétiens persécutés

= Paul exhorte les Philippiens à lutter ensemble pour la foi de l'Évangile comme il le fait lui-même.

1,20c–24.27a Texte

Année A, 25e dimanche du temps ordinaire, messe

= Paul hésite face à la mort et choisit de rester par charité ; la parabole du maître de la vigne montre que les premiers et les derniers bénéficient également de la bonté de Dieu.

2,1–13 Usage dans les lectionnaires chrétiens La section la plus christologique de Ph apparaît, selon des divisions diverses, dans toutes les grandes liturgies chrétiennes. 

HISTOIRE Usages de Ph 2,5-11

(→Perrin 2013, 44).

  • Jérusalem, au Golgotha, début 5e s., vendredi saint  : c'est la deuxième des huit lectures de Paul (Codex arménien Jérusalem 121) ;
  • Rome, début 6e s., lu le dimanche des Rameaux (Comes de Würzburg) ;
  • Gaule, 8e s., lu pour la fête de l'Invention de la Croix (Missel de Bobbio Ms Paris lat. 13246) ;
  • Constantinople, 10e s., lu lors des deux fêtes de la  Nativité de la Mère de Dieu (8 septembre) et de la Dormition (15 août) (Ms Sainte-Croix n° 40).

TEXTE Dans les liturgies orientales

Célébration du mystère pascal et de la croix glorieuse
  • Arménienne : vendredi saint, office de la crucifixion à sexte (huit péricopes de l'AT en diptyques avec huit péricopes d'épîtres du NT), Ph 2,5-11 semble exprimer les pensées du Christ en écho aux griefs contre les responsables du peuple d'Is 3,9-15.
  • Copte : vendredi saint, 11e heure (Ph 2,4-11) ;
  • Syriaque malankare : samedi de Pâques  (Ph 2,1-11) ;
  • Chaldéenne : 1er dimanche de la Croix, après le 14 septembre (Ph 1,27-2,11) ; selon le même découpage le texte exprime l'exaltation du Christ pour le dimanche entre l'Ascension et la Pentecôte ;
  • Éthiopienne : le vendredi saint, 9e heure (Ph 2,5-11) ; le 24 maskaram ou deuxième dimanche après l’Exaltation de la Croix (Ph 2,5-12). 
Célébrations de la Mère de Dieu
  • Byzantine : épître pour les divines liturgies des deux fêtes mariales qui encadrent l'année liturgique (commencée le 1er septembre selon Nicée) ; cf. HISTOIRE supra. En suivant les rubriques slaves : épître proposée aux "fêtes d’icônes" de la Mère de Dieu (au choix avec He 9,1-7). 
Synthèse par analogie des mystères
  • Chaldéenne : le 1er janvier, fête de la Circoncision, soulignant la vérité de l'Incarnation (Ph 2,5-11) ;
  • Éthiopienne :  vendredi ou samedi saints (27 ou 28 maggabit) dans le calendrier fixe où l’Annonciation (29 maggabit = 25 mars) coïncide avec la création du monde et la résurrection du Christ.

TEXTE Dans la liturgie romaine contemporaine

Temps ordinaire
Années paires, 31e mardi du temps ordinaire, messe
  • 1re lecture (→LS 1340).

= Paul fonde son exhortation à l'humilité sur l'exemple du Christ, Fils de Dieu. 

Année A, 26e dimanche, messe
  • 2e lecture (→LD 306-307) ; 
  • précédée par la promesse de vie pour le pécheur converti (Ez 18,25-28)
  • et suivie de la parabole des deux fils envoyés par le père à la vigne (Mt 21,28-32).

= appel à se convertir au quotidien.

Temps de la Passion
Dimanche des Rameaux et de la Passion, messe

= À l'orée de la semaine sainte, invitation à communier aux sentiments du Christ en sa Passion. 

Mémoire du saint Nom de Jésus (3 janvier), messe
  • 2e lecture.
Messe votive pour l'unité des chrétiens 

= Paul demande que l'on recherche l'unité en ayant les mêmes dispositions, le même amour, les mêmes sentiments...

2,1–4 TEXTE Dans la liturgie romaine contemporaine

Messe pour un concile, un synode, une réunion d’ordre spirituel ou pastoral

= Paul exhorte à rechercher l'unité.

Années paires, 31e lundi du temps ordinaire, messe
  • 1re lecture (→LS 1336-1337).

= Paul invite à vivre l'humilité et l'unité dans la charité du Christ afin que sa joie soit complète.

Tradition chrétienne

1,29bc non seulement de croire + mais aussi de souffrir — La foi et/ou les œuvres ?

Lecture catholique : les deux 

Polémique anti-catholique : une grâce, pas une initiative personnelle

  • →Hemmingsen Comm. Phil. : Pour comprendre qu’il vaille la peine de croire et de souffrir pour l’Évangile, il faut avoir l’Esprit de Dieu. Les « Papistes » ont tort de penser que chacun puisse croire ou ne-pas-croire, souffrir ou ne-pas-souffrir, comme un don qui fît partie de son libre arbitre.   

2,1–11 Interprétation morale

La fonction exemplaire de l'humilité du Christ pour l’agir chrétien

La vertu exemplaire de ces v. encourageant à la communion (Tradition chrétienne Ph 2,1c) dans l'humilité (Tradition chrétienne Ph 2,3c) est reprise par les Pères et les commentateurs anciens :

  • Eusèbe de Césarée Hist. eccl. 5,2,2s cite une « Lettre des Églises qui pérégrinent à Lyon et à Vienne en Gaule à leurs frères d'Asie et de Phrygie » (entre 175 et 180) qui décrit l’attitude d’autres chrétiens qui « devinrent tellement les émules et les imitateurs du Christ qui, subsistant en forme de Dieu, n’a pas regardé comme une proie l’égalité avec Dieu que, bien qu’ils fussent dans une telle gloire et eussent rendu le témoignage non une seule fois, ou deux, mais souvent, et eussent été ramenés d’auprès des bêtes couverts de brûlures, de meurtrissures, de plaies, non seulement ils ne se proclamaient pas eux-mêmes martyrs, mais ils ne permettaient même pas de les appeler de ce nom, et si parfois l’un de nous, par lettre ou verbalement, les appelait martyrs, ils le reprenaient amèrement » (23s).
  • Cyprien de Carthage De cath. eccl. unitate 21 (234-237) fait une amplification de Ph 2 pour exhorter à l'humilité des confesseurs imbus de leur personne.
  • Hilaire de Poitiers Tract. Ps. 118 14,10 cite intégralement Ph 2,5-8 puis Ph 2,9ss pour montrer que nous tenons de Dieu un exemple unique d'humilité et de récompense due à l'humilité (134-137) = Ambroise de Milan Exp. Ps. 118 20,17s (453s).
  • Ambrosiaster Comm. ad Phil. « C'est pour enseigner la loi de l'humilité que le Christ ne résista pas aux Juifs qui l'appréhendaient. C'est cette patience et cette humilité qu'il nous apprend à imiter, etc. » (140).
  • Jean Chrysostome Hom. Phil. 6,1 « Pour décider les Philippiens à la pratique de l'humilité, il met en scène Jésus-Christ ; et ce n'est pas seulement pour cette vertu, c'est aussi pour expliquer la charité envers les pauvres, qu'il rappelle ce grand modèle en ces termes ‘Vous connaissez la grâce du Seigneur Jésus-Christ, qui pour nous s'est fait pauvre, lorsqu'il était si riche !’ [2Co 8,9]. Il n'est rien, en effet, qui excite une âme grande et sage à la pratique du bien, comme de lui faire comprendre que ses œuvres la rendront semblable à Dieu. »
  • Pélage In epist. ad Phil. « Si [...] nous désirons être exaltés, faisons-nous les serviteurs de nos frères à l'exemple du Christ. Car si le maître et seigneur s'est fait le serviteur de ses esclaves et de ses disciples [cf. Jn 13,13-17], combien plus devons-nous servir ceux qui nous sont égaux ou supérieurs et obéir à Dieu et à ses saints, y compris jusqu'à la mort, de peur que ce ne soit en orgueilleux disciples que nous suivions un humble maître et qu'en serviteurs ingrats nous méprisions un doux maître » (47).
  • Cyrille d’Alexandrie Epist. pasch. 10,4 « L’œuvre de l’Esprit cherche à nous transformer par l’intermédiaire de la grâce dans la copie parfaite de son humiliation. »
  • Bruno le Chartreux Exp. ad Phil. « Pour recommander à la fois l’humilité et la patience, l’Apôtre expose combien grandes furent l’humilité et la patience du Christ : Chacun, dans l’humilité, doit estimer que les autres lui sont supérieurs. Je dis bien dans l’humilité, car ce que vous devez avoir en vous, c’est ce que vous voyez non pas en moi – ce qui ne serait rien – mais surtout dans le Christ Jésus. Et non seulement ayez cela, mais sentez-le, c’est-à-dire éprouvez-le, par l’expérience de la chose. C’est pourquoi il précise : sentez-le. Car beaucoup s’imaginent qu’ils peuvent tout souffrir pour le Christ, mais s’ils en venaient à l’expérience, ils défailliraient. Sentez en vous, dit-il, l’humilité et la patience ; ce que vous voyez en moi, mais surtout dans le Christ Jésus : lui qui, alors qu’il était dans la forme, c’est-à-dire l’égalité de Dieu le Père – tout aussi invisible, coéternel et consubstantiel au Père -, savait bien qu’il était égal à Dieu. Et en ceci qu’il le savait, il y a l’humilité plus grande. Car s’il s’était humilié en ignorant sa hautesse, son humilité, du fait de son ignorance, serait moins remarquable » (360).
  • Cajetan Ep. Pauli  Il est presque impossible de trouver un évêque qui accepte de voir son nom humilié et de s’abaisser jusqu’à servir les autres hommes. Mais lui est devenu homme non au moyen d’une semence humaine mais par la puissance divine. Il fut fait semblable aux autres âmes, mais fut « trouvé » dans un corps, semblable à tous les autres corps humains. Il s’est soumis à Pilate. Par ses actes d’obéissance, il méritait grande exaltation. 
  • Lapide Comm. in ep. Pauli dit qu'Ignace de Loyola a bien décrit le paradoxe de l’humilité : il est meilleur pour l’âme d’être vaincue que de vaincre, et nous devons préférer les choses des autres gens. De même que Dieu demanda à Moïse de bâtir le tabernacle selon l’image qui lui avait été montrée sur la montagne du Sinaï, de même les chrétiens sont censés porter constamment l’image du Christ crucifié sur le Calvaire, pour faire de l'âme par les vertus un tabernacle selon le modèle divin, et par là rendre hommage à Dieu. Les signes de Dieu sont l’humilité : être humble t’honore parce que cela te conforme peu à peu à ton Dieu. L’orgueil, inversement, te conformerait au diable ! L’humilité a exalté le nom du Christ ton Seigneur jusqu’à lui conférer le nom au-dessus de tous noms : l’humilité a la puissance de t’élever toi aussi !

La nécessité de l'humiliation volontaire du Christ pour que le chrétien puisse accéder par la foi à la justice et à l'imitation du Christ 

Les écrivains antiques n'ont pas opposé la lecture éthique et la lecture dogmatique (christologique) de cette péricope : c'est dans la méditation sur l'identité divine du Christ (Tradition chrétienne Ph 2,6a) qu'ils enracinent leurs exhortations :

  • Origène Cels. 6,15 « Plus que le sage ‘humble et rangé’ de Platon [Leg. 715e-716a], est ‘humble et rangé’ le juste : rangé parce qu'il marche dans des chemins sublimes et admirables qui le dépassent ; humble, parce que, tout en suivant ces chemins, il s'humilie volontairement, non sous un homme quelconque, mais ‘sous la puissante main de Dieu’, grâce à Jésus qui enseigne ces doctrines [citation de Ph 2,6ss]. Telle est la grandeur de la doctrine de l'humilité que, pour nous l'enseigner, nous n'avons pas n'importe quel maître, mais notre puissant Sauveur lui-même qui déclare : 'Mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de coeur' » (217).
  • Jean Chrysostome Anom. « Paul [...] lorsqu'il veut nous adresser quelque exhortation profitable, fait toujours descendre du ciel pour nous ses exemples de vertu. [...] Parlant de l'humilité aux Philippiens, il introduit le Christ [citations de Ph 2,3 puis de Ph 2,5s]. Si c'était parce qu'il était inférieur par nature qu'il avait accepté de prendre chair, ce ne serait plus de l'humilité [...]. Celui qui a ravi quelque chose qui ne lui appartient pas le garde constamment et ne voudrait pas l'abandonner, plein de crainte, ne pouvant être assuré de sa possession ; mais celui qui possède un bien qu'on ne peut lui enlever, même s'il le cache, n'éprouve pas de telles craintes. [...] Il savait clairement que sa condescendance ne pourrait en rien diminuer sa gloire, car elle ne lui venait pas du dehors, elle ne lui avait pas été donnée comme une proie, elle ne lui était pas étrangère, ni impropre, mais elle lui était naturelle et légitime » (270-276).

Les réformés insistèrent aussi sur l'efficacité particulière de l'exemple du Christ :

  • Luther Serm. dupl. just. Par la foi en Christ, le chrétien ne fait qu'un avec lui si bien que la justice du Christ en sa kénose devient par pure grâce la justice du croyant. Celui-ci peut ensuite s'efforcer de faire la volonté de Dieu, coopérant à cette première justice, imitant le Christ et atteignant la seconde justice (211). « L'apôtre veut que les chrétiens, chacun pour son compte, à l'exemple du Christ, se fassent esclaves d'autrui. Et s'ils possèdent quelque chose de la sagesse, de la puissance ou de la justice qui leur permettrait de l'emporter sur les autres et de se glorifier d'être égaux à la condition divine, ils ne doivent pas prendre cela en considération [pour eux] mais le référer à Dieu » (214).
  • Brenz Expl. ad Phil. Le point central est que nous devons suivre le modèle du Christ, notre tête. À l’inverse de Satan qui voulait arracher de force l’égalité au Père, le Fils de Dieu a voilé sa majesté, a renoncé aux prestiges de l’éloquence, ne s’est pas manifesté en héros, mais a choisi de s’abaisser et d’assumer l’humanité en toute liberté. Que Dieu condescende à une telle humiliation signifie que Dieu a decidé de nous épargner.

2,1c communion de l’Esprit Camarades d’armes pour le « bon combat »

  • Thomas d’Aquin Ad Phil. « De même qu’il y a des compagnons dans les armées guerrières, de même y a-t-il des hommes bons sur le plan spirituel, qui communient les uns avec les autres dans les biens spirituels. Et c’est pourquoi il dit : S’il est quelque communauté d’esprit, c’est-à-dire de moi à vous, rendez ma joie parfaite. Comme pour dire : moi, je vous ai procuré beaucoup de consolation ; si donc vous êtes mes compagnons, faites la même chose aussi pour moi. Comme il est dit dans Ep 4,3 : ‘Et travaillant avec soin à conserver l’unité d’un même esprit par le lien de la paix, etc.’ ; et dans Pr 18,24 : ‘L’homme dont la société est agréable sera plus aimé que le frère.’ »

2,1d commisération = la concorde entre les disciples

  • Jean Chrysostome Hom. Phil. 5,1.

Mystique

1,29bc non seulement de croire en lui mais aussi de souffrir pour lui

Dans le combat quotidien du moine contre les vices

  • →Guerric d’Igny Serm. (« Sermon pour l’Ascension ») « à vous, mes frères, il a été donné, comme le dit l’Apôtre, non seulement de croire en lui, mais aussi de souffrir pour lui. La foi en la promesse du Christ, bien loin de vous rendre négligents par l’assurance qu’elle vous donne, vous rend plus fervents par l’élan qu’elle vous procure, et vous fait gagner la couronne du martyre continuel dans le combat quotidien que vous livrez aux vices. Martyre continuel, mais facile, et quoique facile, sublime néanmoins » (SC 202,277).

Théologie

1,27 ensemble pour la foi La communion, sacrement de présence divine

  • →Vatican II GS 21 « Enfin, ce qui contribue le plus à révéler la présence de Dieu, c’est l’amour fraternel des fidèles qui travaillent d’un cœur unanime pour la foi de l’Évangile et qui se présentent comme un signe d’unité. »

1,29a la grâce Et la foi

Littérature

2,1d commisération FRANÇAIS BIBLIQUE Ce nom, calque du terme retenu par V,  dérivé du verbe commisérer, bien attesté en français moderne : Littérature Ps 145,8, désigne la pitié compatissante, le sentiment qui fait prendre part ou intérêt à la misère, aux malheurs d'autrui.

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Arts visuels

1,1–30 Bénédiction

Johann Christoph Weigel (1654-1725), L'Épître de saint Paul aux Philippiens (gravure, 1695)

in Der Heiligen Apostel Geschichte und Episteln, letzlichen auch Die Hohe Offenbahrung S. Joannis : Nach anleitung Heyl. Schrifft in Bildnussen vorgestellt, éd. : Augsburg

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À terre, les chaînes de saint Paul, prisonnier pour l'évangile. Dans le ciel, la bénédiction de la croix du Christ, qui rappelle les adresses pleines de souhaits de grâces de saint Paul à ses destinaires.