La Bible en ses Traditions

Philippiens 1,12–26

Byz V TR Nes
S

12 Or je veux que vous sachiez, frères

que ce qui m’est arrivé a tourné plutôt au progrès de l’Évangile.

12 ...

12b progrès Ph 1,25 ; 2Th 1,3

13 En sorte que mes liens sont devenus manifestes par le Christ dans tout le prétoire et partout ailleurs

13 ...

13 Prisonnier Ac 23,35 ; Ep 3,1 ; 4,1 ; 2Tm 2,9
Byz V S TR Nes

14 et la plupart des frères, ayant dans le

Snotre Seigneur pris confiance par le fait même de mes chaînes,

ont beaucoup plus d’audace pour dire sans peur la parole V Sde Dieu.

14 Annoncer avec audace Ac 28,31 ; 1Th 2,2

15 Certains, il est vrai, c'est par envie et querelle

Vpar esprit de contention

mais d’autres, c'est par bonne volonté Set par amour qu'ils prêchent le Christ.

Byz V TR Nes
S

16 Ceux-ci

VCertains agissent par

querelle annoncent le Christ sans pureté [d'intention], pensant susciter de l’affliction dans mes liens 

V Nescharité sachant que j'ai été préposé pour la défense de l’Évangile ;

16 ...

Byz S TR Nes
V

17 tandis que les autres [agissant] par charité sachant que j'ai été préposé pour la défense de l’évangile

Nesquerelle annoncent le Christ sans pureté [d'intention] pensant susciter de l'affliction dans mes liens.

17 tandis que les autres annoncent le Christ par esprit de contention et non sincèrement,

en prétendant susciter l'affliction dans mes rangs.

Byz V TR Nes
S

18 Quoi donc ? De toute manière

soit prétexte soit vérité le Christ est annoncé

et de cela je me réjouis et je m'en réjouirai encore.

18 ...

19 Car je sais que cela aboutira

Vtournera à mon salut

par votre prière et l’assistance de l’Esprit de Jésus Christ

19 ...

19b Prière d’intercession G-Jb 13,16 ; Rm 15,30 ; 2Co 1,11 assistance de l’Esprit Rm 8,26 ; Ga 3,5

20 selon ma vive

Vmon attente et mon espérance 

que je ne serai confondu en rien

mais qu'en toute assurance maintenant comme toujours le Christ sera magnifié dans mon corps

soit par ma vie soit par ma mort.

20 ...

20 assurance 2Co 3,12 exalté dans mon corps 1Co 6,20; 2Co 4,10 20ac espérance + assurance 2Co 3,12

21 Car pour moi vivre c'est le Christ et mourir, un gain.

21 ...

21 Union au Christ Ph 3,8-10 ; Rm 8,10 ; Ga 2,20 ; Col 3,3-4

22 Mais

VQue si vivre dans la chair c'est pour moi un fruit du labeur

je ne sais que choisir.

22 ...

23 De fait

Byz V NesOr je suis pressé des deux côtés

ayant le désir de partir

Vd'être séparé et d’être avec le Christ

ce qui est Nes| en effet | [en effet ] | de beaucoup le meilleur

23 ...

23b être avec le Christ Lc 23,43 ; Jn 14,3 ; 2Co 5,8 partir 2Tm 4,6
Byz V S TR Nes

24 mais que je demeure dans la chair est plus nécessaire

Smon corps me presse pour vous.

Byz V TR Nes
S

25 Et étant persuadé de ceci, je le sais, je resterai et je demeurerai avec vous tous

pour votre progrès et pour la joie de votre foi

25 ...

26 afin que votre fierté

Vvotre action de grâces abonde dans le Christ Jésus en moi

par ma présence auprès de vous.

26 ...

26a Fierté de l’Apôtre Ph 2,16 ; 1Co 15,31 ; 2Co 1,14 ; 5,12 ; 1Th 2,19

Propositions de lecture

1–30 Communion entre l'Apôtre et les fidèles dans la nouvelle cité

Structure

  • Praescriptum (v.1-2). La salutation initiale prépare le développement futur en usant d’un qualificatif inhabituel pour Paul : « esclave » (Procédés littéraires Ph 1,1a).
  • Prologue (v.3-11) : captatio benevolentiae (v.3-8) et prière conclusive (v.9-11). Paul met en valeur la communion (y compris financière : Procédés littéraires Ph 1,5.7d ; Procédés littéraires Ph 1,1–11) des Philippiens à son action missionnaire et y reconnaît l’œuvre de Dieu. Avec la communion, Paul introduit les autres thèmes de l’épître : la joie, l’Évangile et l’attitude juste du chrétien (Vocabulaire Ph 1,7a). L’agir chrétien, informé par la charité (Tradition chrétienne Ph 1,9b), est mis dans sa perspective eschatologique.
  • Nouvelles biographiques (v.12-26). Paul informe les Philippiens du détail de la captivité tout en donnant aux événements leur sens théologique. Paul dépeint le cœur de l’Apôtre, déterminé par la charité, considérant d’abord le bien de ceux à qui il est envoyé. Décrivant sa lutte, il prépare les Philippiens à comprendre son exhortation à la résistance face aux persécutions (v.27), combat (Procédés littéraires Ph 1,27d) où l’unité de la communauté est fondamentale (v.28). 
  • Exhortation générale à vivre conformément à l’Évangile (v.27-30).

Traits remarquables

Ce ch. introduit deux traits caractéristiques de l'épître :

  • l’insistance sur l'exemple à donner et à suivre. L’Apôtre invite les Philippiens à imiter des modèles : Jésus et lui-même, Paul. À cet effet, il décrit sa situation avec soin ;
  • le recours aux lieux communs de la cité pour illustrer la vie de la jeune Église et à ceux du stoïcisme (Textes anciens Ph 1,4c) pour décrire la vie du chrétien.

Texte

Critique textuelle

16s Ordre inversé des versets Certains manuscrits, à l'image de ceux du texte byzantin et du Textus Receptus que nous suivons ici, donnent un ordre des versets inverse par rapport à la Vulgate et Nestle Aland (ainsi que la plupart des manuscrits les plus anciens tels que P46, א, A, B, D et la tradition latine) et non attesté avant le VIe siècle.

22a fruit du labeur Littéralement « fruit d’œuvre » (Ps 104,13 [Ps-G 103,13]). Paul considère la fécondité d’un apostolat futur et non le désir de voir le fruit de son apostolat passé.

Vocabulaire

12b progrès Sens concret, puis moral Prokopê terme rare dans G (2M 8,8; Si 51,17) et le NT (Ph 1,12.25; 1Tm 4,15), du grec tardif, décrivant au sens propre le travail des pionniers dégageant la route devant l’armée et préparant ainsi son avancée d’où le sens figuré d’avancement, de progrès. C’est un concept central du stoïcisme décrivant le progrès moral de l’individu dans la vertu. Textes anciens

14b dire + la parole — Expression unique chez Paul lalein ton logon (présente en Ac 4,25 ; 8,29 ; etc.), comprise selon le contexte des v. suivants, elle exprime ici la proclamation de l’Évangile.

15b bonne volonté Substantif spécifiquement biblique eudokia est formé sur le verbe eudokeô, « éprouver du plaisir, se complaire, choisir, décider ». Dans G, il traduit le plus souvent rāçôn, exprimant la eudokia de Dieu. Dans un sens personnel comme ici, il exprime la bonne volonté, l'élan du coeur (Rm 10,1; 2Th 1,11). Dans un contexte théologique, ce terme exprime la volonté divine de salut pour l'humanité (Lc 2,14; 10,21; Ep 1,5.9; Ph 2,13). Le verbe décrit l'amour du Père pour le Fils (Mt 3,17; 12,18; 17,5; Mc 1,11; Lc 3,22). 

19a salut Sens eschatologique Constant chez Paul. La reprise de G-Jb 13,16 évoquant le jugement devant le tribunal divin confirme cela.

20a vive attente Grec chrétien, terme rare dans le NT Apokaradokia (ici et Rm 8,19), non attesté en dehors de la littérature chrétienne. La majorité des Pères l'interprète comme une forme intensive de karadokia, une expression forte de l'attente. Il exprime une attente dans un contexte angoissant ou difficile. Ce pourrait être l'expression de la connotation émotionnelle de l'espérance.

20c assurance Parrêsia est formé par l'association de pan et rêma, « toute parole », d'où le sens de tout dire sans crainte. Ce mot connote la confiance. Paul traduit ainsi l'absence de peur, la liberté de parole dans l’annonce de l’Évangile (2Co 3,12; 7,4; Ep 3,12; 6,19; Phm 1,8).

21 gain Kerdos : le Christ est le gain qui se substitue à tous les autres gains qui faisaient la fierté de Paul (Ph 3,7). L'Apôtre fait ici écho à un lieu commun de la culture hellénistique (Textes anciens Ph 1,21).

22a chair Sens double chez Paul Sarx peut désigner :

  • le corps dans sa fragilité (Rm 2,28; 2Co 4,11; Ga 4,14), la vie mortelle (sens à retenir ici) ;
  • dans un sens négatif, la condition humaine soumise au péché (Rm 7,3; 8,8).

23a pressé Terme rare Sunechomai est peu fréquent chez Paul (2Co 5,14). Forme moyenne de sunechô, « tenir ensemble » d'où « serrer, comprimer ». Il traduit l'oppression subie par l'Apôtre confronté au dilemme.

Grammaire

14a dans le Seigneur Construction ambivalente L'expression peut aussi être attachée à « frères », mais cela serait redondant.

18a Quoi donc ? Question elliptique Ti gar indique une cause ou une raison. Ici, cette expression a la valeur d'une interjection en réaction à ce qui précède. Paul considère sans importance l'intention perverse et se concentre sur le résultat positif : l'Évangile est annoncé.

21 vivre ...mourir — Zeugme Phrases nominales.

Procédés littéraires

12b.25b progrès Inclusion Même terme, même construction eis prokopên. Tout ce que Paul a subi dans le passé contribue au progrès de l’Évangile, tout ce qu’il fera contribuera au bien des Philippiens.

20c corps Métonymie Sômati (« corps ») renvoie à toute la vie de Paul.

20d vie + mort — Énumération complexe Relevant à la fois du mérisme énumératif, de l'hyperbole et de l'épiphore, elle précise la métonymie précédente et introduit les v.21-24 par une symploque (x...y / x...y : vie...mort / vivre...mourir).

21–24 Reversio Paul place en début et fin de la dubitatio (Procédés littéraires Ph 1,23) le bien des croyants, « fruit du labeur » et « nécessaire pour vous », et au milieu son hésitation personnelle : « Que choisir ? » et « je suis pressé des deux côtés ». Ce procédé met en valeur le critère ultime : le bien des Philippiens.

21 mourir, un gain Conclusion en forme d’oxymore La formule procède de la dramatisation caractéristique de ces v., qu'elle conclut avec une formule puissante.

21 vivre Synecdoque Zên : le verbe renvoie à plus que la vie biologique ou l'ensemble des événements et attitudes constituant une vie humaine.

23b partir Métaphore nautique Litt. « larguer les amarres, lever l’ancre, lever le camp (délier les tentes) », métaphore qui évoque la mort paisible, désirée (2Tm 4,6). Théologie Ph 1,23b

Contexte

Repères historiques et géographiques

13 prétoire Calque de praetorium. Originellement, ce terme renvoie à la garde prétorienne ou à son siège. Ce terme pouvait aussi désigner le quartier général d’un gouverneur de province.

Textes anciens

12b progrès Dans le système stoïcien le processus de transformation qui fait passer de l’homme commun à celui de sage se réalise à travers un processus composé de trois étapes.

  • →Sénèque Ep. 75,8 « Les hommes qui sont en progrès sont encore au nombre des insensés, mais séparés d’eux par un vaste intervalle ; et parmi ces premiers même on trouve de grandes différences. Ils se divisent, selon quelques-uns, en trois classes. »

21 gain Le topos de la mort comme gain

Lieu commun parmi les philosophes grecs

Socrate présente la mort comme un sommeil sans rêve et y voit un gain :

  • →Platon Apol. 40c-d « alors la mort serait un gain merveilleux ».
  • →Platon Phaed. 62a : Socrate explique à Cébès pourquoi il n’est jamais légitime de se suicider par respect pour les dieux : « si l'on admet que la mort est quelquefois préférable à la vie, il pourra te sembler étonnant qu'alors même on ne puisse, sans impiété se rendre heureux soi-même, et qu'il faille attendre un bienfaiteur étranger. »

Un précédent sémitique

  • →Josèphe A.J. 15,158 rapporte la manière dont les Arabes, face à Hérode qui refusait les négociations, préférèrent la mort à la vie : « Ainsi décidés, ils sortirent des retranchements, mais furent incapables de se battre ; affaiblis de corps et d'âme, ils ne pouvaient fournir une belle résistance ; ils regardaient d'ailleurs la mort comme un bonheur, la vie comme une calamité. Au premier choc il en tomba environ sept mille. »

22 La mort chez les stoïciens du temps de Paul La mort peut être considérée comme le fruit d’un choix par les auteurs stoïciens contemporains :

  • →Sénèque Ep. 26,10 « Apprends à mourir ! C’est me dire : apprends à être libre. Qui sait mourir ne sait plus être esclave : il se place au-dessus ou au moins hors de tout pouvoir. Que lui font les prisons, les gardes, les barreaux ? Il a toujours une porte libre. Une seule chaîne nous retient captifs : l’amour de la vie. Il faut non pas le répudier, mais tellement le restreindre qu’au besoin rien ne nous arrête et ne nous empêche de faire résolument et sur l’heure ce que tôt ou tard il faut faire. »
  • →Cicéron Fin. 3,60-61 « Lorsque plusieurs choses sont selon la nature, son devoir est de rester en vie ; lorsque plusieurs lui sont contraires, ou semblent devoir l’être son devoir est de quitter la vie [...]. C’est pourquoi les raisons pour rester en vie ou pour en partir doivent être estimées entièrement en fonction des choses primaires de la nature dont nous avons parlé précédemment. Pour l’homme vertueux, il n’est pas nécessaire de rester en vie par vertu, pour ceux qui manquent de vertu, il n’est pas nécessaire de rechercher la mort. Et très souvent, il est approprié pour le Sage d’abandonner la vie au moment où il connaît un très grand bonheur, si une occasion le rend possible. Car ils [les stoïciens] pensent que le bonheur, qui est vivre en harmonie avec la nature, est l’opportunité de saisir le moment juste. »

Intertextualité biblique

23 Immortalité de l’âme Dans l'AT, le juste ne peut être gardé prisonnier de la mort (Ps 17). Dieu rachète son âme (Ps 49,16 ; 72,14). Ps 73,25 rend compte d'une communion avec Dieu au delà de la mort physique. Sg exprime cela dans une terminologie hellénistique (Sg 3,1 ; 4,14). Les auteurs perçoivent une communion de l'âme avec Dieu dans l'éternité, et semblent même envisager parfois une résurrection pour la chair : cf. Ps 1,5 et Dn 12,2s.

Réception

Comparaison des versions

16s Byz et TR : inversion de l’ordre des versets Byz et TR ont inversé l'ordre des v.16 et 17 pour reproduire l'ordre du v.15.

Liturgie

18b–26 Texte

Années paires, 30e samedi du temps ordinaire

= Paul se donne en exemple à travers ses tribulations ; Jésus invite à prendre la dernière place.

20c–24 Texte

Fête de saint Martin de Tours (11 novembre), messe
  • = 1re lecture (→LSa 391), en raison de la prière de ce saint sur son lit de mort ;
  • suivie de l'évangile de Mt 25,31-40 qui illustre la charité du saint évêque.

20c–24.27a Texte

Année A, 25e dimanche du temps ordinaire, messe

= Paul hésite face à la mort et choisit de rester par charité ; la parabole du maître de la vigne montre que les premiers et les derniers bénéficient également de la bonté de Dieu.

Tradition juive

23b être avec le Christ La foi en l’immortalité de l’âme est présente aussi dans le judaïsme contemporain de Paul, en particulier chez les →Pharisiens, dont Flavius Josèphe se réclame.

  • →Josèphe B.J. 3,372 « Les corps, bien sûr, sont mortels chez tous les vivants et constitués d’une matière corruptible, mais l’âme est à jamais immortelle et habite dans les corps comme une parcelle de Dieu. » 

Tradition chrétienne

14b confiance par le fait même de mes chaînes L’Apôtre plus redoutable qu’un engin de guerre

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. renvoie de façon quelque peu énigmatique au « récit des éléphants » dans 1M. Il fait allusion au harnachement des éléphants de guerre en 1M 6,37 : « Sur chaque bête et la protégeant, se trouvait une solide tour de bois fixée sur elle par des sangles, et dans chacune se trouvaient les trois guerriers combattant sur les bêtes, en plus de leur cornac. »

19a je sais que cela aboutira à mon salut La certitude d’être sauvé ?

Fondée sur la confiance en Dieu

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « La raison [de sa confiance en Dieu] vient de ce qu’il est totalement consacré au service du Christ, comme pour dire : ce pour quoi ces choses servent à mon salut, c’est que je suis totalement au service du Christ. […] Il dit donc : Mais en toute assurance, etc., comme pour dire : beaucoup me persécutent, mais moi j’ai confiance en Dieu, selon Is 12,2 ‘J’agirai avec confiance, et je ne craindrai point’ et Ps 12,6 [Ps-V 11,6] ‘J’agirai en cela avec une entière liberté.’  »
  • →Brenz Expl. Phil. : Comme Paul suivait l’appel de l’Évangile afin de parvenir à la félicité éternelle. Il avait la certitude qu’il y atteindrait...

Établie par un raisonnement a fortiori  

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Lorsque nous faisons quelque bien en coopérant au salut des autres, cela rejaillit sur notre propre salut. Si, en effet, comme il est dit dans Mt 17,6 ‘Si quelqu’un scandalise un de ces petits [qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on lui pendît au cou une de ces meules qu’un âne tourne, et qu’on le jetât au fond de la mer]’, combien plus celui qui procure le salut de beaucoup n’est-il pas digne de gloire ? »

20ac vive attente + espérance + en toute assurance — Sauvés en espérance

Contradiction avec « je sais » du v.19 ?

Non : car c'est l'espérance d'un bien qu'on ne peut attendre que de Dieu
  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « L’espérance n’est-elle pas l’attente de la béatitude future ? Il faut dire que l’espoir est un mouvement de l’appétit portant sur un bien ardu. Et cela de deux façons, car quand quelqu’un espère l’atteindre par lui-même, alors l’espoir est sans attente ; mais quand c’est par un autre, alors il y a espoir accompagné d’attente, et ainsi nous attendons, ayant l’espoir d’obtenir quelque chose par un autre, selon le Ps 40,2 [Ps-V 39,1] ‘J’ai attendu, et je ne me suis point lassé d’attendre le Seigneur, etc.’  et Rm 8,24 ‘Car c’est en espérance que nous sommes sauvés.’ »
Non : car c'est Dieu qui cause la confiance en Dieu
  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Il dit : Je sais, et ensuite : J’espère et j’attends. Est-ce que cette espérance n’était pas certaine ? L’Apôtre répond en disant : Si, je ne serai confondu en rien. Comme il est dit dans 1M 2,61 ‘Tous ceux qui espèrent en Dieu ne s’affaiblissent point’ et dans Rm 5,5 ‘Or cette espérance n’est point trompeuse’ ; et dans Si 2,11 ‘Jamais personne qui a espéré dans le Seigneur n’a été confondu.’ »

21 vivre c’est le Christ et mourir, un gain

Éloge de Paul : la maxime d'un cœur adamantin 

  • →Jean Chrysostome Hom. Phil. 1,3 « Vit-il encore dans le temps, celui qui ne désire plus la vie présente ? Vit-il dans le temps, celui qui vers un autre monde précipite sa marche ? Vit-il dans le temps, celui qui ne convoite plus ce qui est de la terre ? Un cœur de diamant serait en vain mille fois frappé ; rien ne l'entame : ainsi Paul ! »
  • →Hemmingsen Comm. Phil. : Cette formule vise la gloire après la mort. La mort est une véritable épreuve pour la foi : celui qui croit que Christ est victorieux sur la mort ne doit pas être battu par la mort. Une gloire céleste attend quiconque meurt en vivant pour Christ.

Une vérité métaphysique, à prendre au sens propre

sur la vie en général, en tant que mouvement vers une fin
  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « La vie, en effet, implique un certain mouvement. Car ceux-là sont dits vivre qui se meuvent eux-mêmes. Et de là vient que ce qui est le principe de son mouvement semble être le fondement de la vie d’un homme. Or il s’agit de ce à quoi son affection est unie comme à une fin, parce que c’est de là que l’homme est mû vers toutes les choses. Voilà pourquoi certains appellent ‘leur vie’ ce à partir de quoi ils sont poussés à agir, comme les chasseurs la chasse, et les amis leurs amis. Ainsi donc, le Christ est notre vie, parce que tout le principe de notre vie et de notre opération est le Christ. Et c’est pourquoi l’Apôtre dit : Car le Christ est ma vie, etc., parce qu’il était mû par le Christ seul. »
sur la perfection de la vie en Christ
  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « L’Apôtre parle au sens propre. En effet, chacun estime que c’est un gain pour lui, quand il peut parfaire une vie qu’il possède imparfaitement. Ainsi, le malade estime qu’une vie en bonne santé est un gain. Notre vie, c’est le Christ, comme le dit Col 3,3 ‘Votre vie est cachée en Dieu avec Jésus-Christ.’ Mais ici, elle est imparfaite selon 2Co 5,6 ‘Pendant que nous habitons dans ce corps, nous sommes éloignés du Seigneur.’ Et c’est pourquoi, quand nous mourons corporellement, notre vie est parachevée pour nous, c’est-à-dire le Christ, auquel nous sommes alors présents. Comme le dit Ps 127,2 ‘Lorsqu’il aura accordé le repos comme un sommeil à ses bien-aimés, etc.’ ; et 2Tm 4,6 ‘Car pour moi, je suis sur le point d’être sacrifié et le temps de ma mort s’approche, etc.’ »
  • →Lapide Comm. ep. Pauli : Vivre ou ‘ma vie’, c’est le Christ, parce que le Christ est la cause de ma vie, en trois sens. (1) Il est la cause efficiente de ma vie spirituelle et la protège. (2) Il est la cause exemplaire de ma vie. (3) Il en est la cause finale, car l’honneur et l’amour du Christ me poussent à accomplir des bonnes œuvres. Cette vie originée en le Christ est donc ce qu’il y a de plus profond en l’homme. Comme Théophylacte le dit : le Christ est pour moi l’esprit, la lumière et la vie – naturelle, surnaturelle et celeste tout ensemble.

Une question textuelle

Calvin comprend Christ comme sujet des deux membres de la phrase, ce qui conduit à traduire : « Pour moi le Christ est un gain dans la vie et dans la mort. » 

  • →Calvin Comm. NT « Paul proteste que ce lui est tout un de vivre ou de mourir, pour autant qu'ayant Christ en soi, il estime et l'un et l'autre à gain. Et certes, il n'y a que le Christ qui nous fasse bienheureux tant en la mort qu'en la vie. Autrement, si la mort est misérable, la vie n'est de rien plus heureuse, en sorte qu'il est bien difficile de résoudre lequel est le plus utile de vivre ou de mourir hors Jésus-Christ. Au contraire, que Christ soit avec nous, il bénira tant notre vie que notre mort, en sorte que l'une et l'autre nous seront désirables. »  

22ss Expression de la tendresse pastorale de Paul

  • →Jean Chrysostome Hom. Phil. 1,3 « Ce passage nous révèle un grand mystère : l’apôtre était maître de son sort, puisque avoir le choix c’est être maître de l'avenir. — Je ne sais que choisir, dit-il : ainsi tout dépend de vous ? Sans doute, répond-il, si je veux demander cette grâce à Dieu [...]. Remarquez la tendresse paternelle du bienheureux. Il veut encore ainsi les consoler, en leur faisant comprendre que son avenir est remis à son choix, qu’il ne dépend pas de la malice des hommes, mais de la providence de Dieu. »
  • →Brenz Expl. Phil. : Paul ne parvenait pas à choisir entre la vie et la mort. Si Dieu veut que nous vivions, qui peut répondre : ‘Ma vie n’est pas utile’ ?  Mais le corps est vraiment une prison et la présence corporelle, même celle de Paul, a peu de valeur. Bien plus important est l’Évangile avec ses effets dans les croyants. Les avantages ou biens qui viennent du fait de croire et d’être justifié sont mineurs en comparaison de ceux qui viennent du fait de souffrir pour Christ, pour lui rendre témoignage.

23a je suis pressé des deux côtés Alternative entre :

- l'instinct vital et le mouvement de la grâce 

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Dans l’homme [...], il y a un double mouvement : celui de la nature et celui de la grâce. Celui de la nature pousse à ne pas mourir, selon la parole de 2Co 5,4 : ‘[Car pendant que nous sommes dans ce corps comme dans une tente, nous soupirons sous sa pesanteur, parce que] nous ne désirons pas d’en être dépouillés, mais d’être revêtus par-dessus, etc.’ ; et celle de Jn 21,18 : ‘Et un autre vous mènera où vous ne voulez pas, etc.’ Et il y a le mouvement de la grâce, que suggère la charité, qui pousse à l’amour de Dieu et du prochain. Ce sentiment provoque l’amour de Dieu, pour que nous soyons avec le Christ. Et c’est pourquoi il dit : J’ai le désir de partir, non en soi, mais pour être avec le Christ, comme le dit 2Co 5,8 : ‘Dans cette confiance que nous avons, nous aimons mieux sortir de la maison de ce corps, pour aller habiter avec le Seigneur, etc.’ On voit par là la fausseté de l’opinion des Grecs, selon laquelle les âmes des saints ne sont pas avec le Christ aussitôt après la mort. »

- le choix d'aimer Dieu pour moi-même (charité imparfaite) et celui d'aimer Dieu pour lui-même (charité parfaite)

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. : On peut aussi comprendre : « L’amour de Dieu est double, à savoir l’amour de concupiscence qui veut jouir de Dieu et se délecter en lui, et ceci constitue le bien de l’homme. De même, il y a l’amour d’amitié par lequel l’homme préfère l’honneur de Dieu à sa propre délectation par laquelle il jouit de Dieu, et là est la charité parfaite. D’où Rm 8,38 : ‘Ni la mort, la vie, ni les anges, [ne nous pourra jamais séparer de l’amour de Dieu en Jésus-Christ notre Seigneur], etc.’ Et il ajoute en Rm 9,3 : ‘Jusque-là que j’eusse désiré de devenir moi-même anathème, et d’être séparé de Jésus-Christ pour mes frères, etc.’ Et il a dit cela pour montrer qu’il est habité de la charité parfaite, étant prêt pour l’amour de Dieu et pour sa gloire à se priver de la délectation de la vision divine ; et c’est pourquoi il a fait ce choix, et à juste titre, comme étant plus parfait. »

- le désir de saisir tout de suite son salut personnel et le risque de souffrir pour celui des autres

  • →Lapide Comm. ep. Pauli accuse Bèze de suggérer que Paul ait pu ignorer la valeur du prix qui l’attendait et par conséquent hésiter : « Je ne sais pas que choisir » – ou pire que l’Apôtre ait pu dire une chose et en penser une autre. Paul voulait vraiment être libéré de la prison de son corps. Il était réaliste : la vie fournit plus d’occasions de pécher que de gagner des mérites. Donc le plus court serait le mieux (comme dans le cas de tel catholique anglais martyrisé très jeune). Si Paul préfère finalement rester en vie et souffrir, c’est pour contribuer au salut des autres.

25b progrès

  • →Jean Chrysostome Ant. exsil. 1 « Les menaces du monde, je les méprise ; ses faveurs, je m’en moque. Je ne crains pas la pauvreté, je ne désire pas la richesse ; je ne crains pas la mort, je ne désire pas vivre, sinon pour vous faire progresser. C’est à cause de cela que je vous avertis de ce qui se passe, et j’exhorte votre charité à la confiance. »

26a dans le Christ Jésus en moi Paul est-il trop audacieux ?

  • →Calvin Comm. NT : Paul ne se considérait sûrement pas lui-même comme égal au Christ ! Le grec « afin que votre gloire abonde en Jesus Christ en emoi [par moi/de moi] » signifie que Paul n’est qu’un instrument et que sa valeur est fonction de son état d’esclave du Christ et de prédicateur de sa parole. En ce sens, la gloire de Paul était la gloire du Christ.

Mystique

21 Car pour moi vivre c’est le Christ et mourir, un gain

À quoi reconnaître qu’on a recouvré la vie dans le Christ ?

  • →Guerric d’Igny Serm. (« 1er sermon pour la résurrection ») « Tu seras en droit de reconnaître que ton esprit a pleinement recouvré la vie dans le Christ, s’il peut dire avec une conviction intime : ‘Cela me suffit, si Jésus est en vie’. [...] Lorsque l’amour du Christ absorbe ainsi totalement le cœur de l’homme, de telle sorte qu’il se néglige et s’oublie lui-même et n’est plus sensible qu’à Jésus-Christ et à ce qui concerne Jésus-Christ, à celui dont le cœur est ainsi touché, la pauvreté n’est plus à charge ; il ne ressent plus les injures, il se rit des opprobres, il ne tient plus compte de ce qui lui fait du tort, et il estime la mort comme un gain. Il ne pense même pas qu’il meurt, car il a plutôt conscience de passer de la mort à la vie » (SC 202,227).

Paul fait le bon calcul, un calcul à imiter

  • →Guerric d’Igny Serm. (« 2e sermon pour la résurrection ») « L’Apôtre ne faisait pas un mauvais calcul lorsque, pour ce gain, il regardait tous ses autres avantages non seulement comme une perte, mais même comme de l’ordure, dans le seul but d’être trouvé dans le Christ (Ph 3,8-9), configuré à sa résurrection après l’avoir été à sa mort. C’est un échange bien avantageux que de mépriser tout ce qui te désavantage et te souille, pour gagner le Christ ! Bien plus, si c’est nécessaire, de dépenser non seulement tous tes biens, mais encore toi-même, pour te recouvrer toi-même avec ces intérêts immenses que sont l’immortalité et la gloire. Qui donc, en effet, douterait que ce ne soit un échange avantageux de semer un corps mortel, animal et sans noblesse, pour qu’il ressuscite immortel, spirituel et glorieux (1Co 15,43-46) ; de mourir au monde afin de pouvoir dire : Vivre pour moi c’est le Christ, et mourir m’est un gain ? Hommes avides ! Pourquoi en restez-vous au désir de gagner ? Pourquoi n’en pas apprendre l’art ? Pourquoi ne méprisez-vous pas ce qui est sans valeur, bien plus, désavantageux et de l’ordure, pour gagner le Christ ? [...] C’était au contraire un commerçant avisé, un expert averti de la valeur des choses, que cet homme – je parle évidemment de Paul – qui n’estimait pas que son âme – c’est-à-dire sa vie animale et sensible – valait plus que lui-même – c’est-à-dire que son esprit, avec lequel il ne faisait qu’un et par lequel il adhérait au Christ. Il était prêt à perdre son âme, afin de pouvoir la conserver pour la vie éternelle (Jn 12,25) » (SC 202,237.239).

Théologie

21 gain ANTHROPOLOGIE La nouveauté de la mort chrétienne est l’union au Christ dans sa mort par le baptême pour vivre d’une vie nouvelle. Le chrétien, dans l’attente de la résurrection de la chair, est uni au Christ (2Co 5,1-2.8).

  • →CEC 1010 « La mort physique consomme ce mourir avec le Christ et achève ainsi notre incorporation à Lui dans son acte rédempteur. »

23b partir ANTHROPOLOGIE Métaphore pour la mort qui est la séparation de l’âme et du corps, qui seront unis à nouveau lors de la résurrection des morts. Procédés littéraires Ph 1,23b

Arts visuels

1–30 Bénédiction

Johann Christoph Weigel (1654-1725), L'Épître de saint Paul aux Philippiens (gravure, 1695)

in Der Heiligen Apostel Geschichte und Episteln, letzlichen auch Die Hohe Offenbahrung S. Joannis : Nach anleitung Heyl. Schrifft in Bildnussen vorgestellt, éd. : Augsburg

© st-takla.org→

À terre, les chaînes de saint Paul, prisonnier pour l'évangile. Dans le ciel, la bénédiction de la croix du Christ, qui rappelle les adresses pleines de souhaits de grâces de saint Paul à ses destinaires.

Musique

21 Obsèques musicales

17e s.

Heinrich Schütz (1585-1672), Musikalische Exequien SWV 279/281, 1635

Sir John Eliot Gardiner, English Baroque Soloists, Monteverdi Choir

© Licence YouTube standard→, Jb 1,21.19,25s Ph 1,21 Jn 1,29.3,16 Is 26,19 Ps 73,25s Lc 2,29-32 Ap 14,13 Sg 3,1

Composition

Musikalische Exequien est un ensemble de motets en trois parties, tout d'abord en forme de messe de funérailles allemande luthérienne. Ce premier épisode précède un autre air spirituel extrait du psaume 73. Il est suivi à son tour d'une troisième partie, le Cantique de Siméon (connu dans la liturgie catholique sous le nom de Nunc dimittis). L'ensemble a été composé en 1635 pour les funérailles de Heinrich Posthumus von Reuss, seigneur de Gera, Schleiz et Lobenstein en Thuringe, mort le 16 décembre 1635.

Livret

Partie I : Concert in Form einer teutschen Begräbnis-Messe SWV 279 6vv SSATTB — Intonatio: Nacket bin ich von Mutterleibe kommen — Soli: Nacket werde ich wiederum dahinfahren Herr Gott, Vater im Himmel — Soli: Christus ist mein Leben, Sterben ist mein Gewinn Jesu Christe, Gottes Sohn — Soli: Leben wir, so leben wir dem Herren Herr Gott, Heiliger Geist — Intonatio: Also hat Gott die Welt geliebet, daß er seinen eingebornen Sohn gab — Soli: Auf daß alle, die an ihn gläuben, nicht verloren werden Er sprach zu seinem lieben Sohn — Soli: Das Blut Jesu Christi Durch ihn ist uns vergeben — Soli: Unser Wandel ist im Himmel Es ist allhier ein Jammertal — Soli: Wenn eure Sünde gleich blutrot wäre, Sein Wort, sein Tauf, sein Nachtmahl — Solo (Altus): Gehe hin mein Volk Soli: Der Gerechten Seelen sind in Gottes Hand — Solo (Tenor): Herr, wenn ich nur dich habe  — Soli: Wenn mir gleich Leib vnd Seele verschmacht Er ist das Heil und selig Licht — Soli: Vnser Leben währet siebenzig Jahr Ach, wie elend ist unser Zeit — Solo (Tenor): Ich weiß, daß mein Erlöser lebt Weil du vom Tod erstanden bist Soli: Herr ich lasse dich nicht du segnest mich denn Er sprach zu mir.

Partie II : Motette Herr, wenn ich nur dich habe, SWV 280 8vv double choir SATB.SATB

Partie III : Canticum B. Simeonis Herr, nun lässest du deinen Diener in Frieden fahren, SWV 281 8vv double choir SATTB.SSB