La Bible en ses Traditions

Philippiens 2,5

Byz S TR Nes
V

5  Byz S TREn effet, qu'il y ait   NesAyez entre vous les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus :

5  En effet ressentez en vous ce qui est aussi dans le Christ Jésus :

Propositions de lecture

1–30 Présentation générale

Sujet

Paul propose aux Philippiens un itinéraire fondé sur l’exemple du Christ. 

  • Cet exemple, exposé dans une prose rythmique qui fécondera tout le développement christologique, est introduit par une première exhortation qui place le Christ au cœur de la vie de la communauté. Les rapports fraternels de →Communion trouvent leur dynamisme dans cet abaissement réciproque les uns vis-à-vis des autres, appel audacieux à une époque où l’humilité est considérée comme une faiblesse.
  • La seconde exhortation fait écho à l’exemple du Christ par l’invitation à obéir. Elle considère l’enjeu de cet itinéraire. La vie chrétienne est réalisation du salut, dans une attitude illustrée par une lecture typologique de l’AT.
  • Paul annonce alors la visite de Timothée et Épaphrodite dont la conduite est précisément modelée sur celle du Christ, ceux-ci étant décrits comme d’authentiques serviteurs, prêts à risquer leur vie.

Structure

  • exhortation (v.1-5)
  • exemplum du Christ (v.6-11)
  • exhortation au salut (v.12-18)
  • recommandation de Timothée et Épaphrodite (v.19-30)

Texte

Critique textuelle

5 en effet Omission dans א A B D Y 33 81. Sa présence attestée chez de nombreux témoins souligne le lien entre cette exhortation et ce qui précède. Ce pourrait être donc un ajout ultérieur (lectio facilior).

Grammaire

5 entre vous Ou « en vous » (ambiguïté)

  • en humin peut être traduit « en vous » (sens personnel). Les v.3-4 recommandent le sens communautaire.
  • Même interprétation possible en V : in vobis.
  • S traduit bnpškwn : « en votre âme ».

Réception

Comparaison des versions

5 ressentez (V) Connotation Les traductions anciennes de la Vetus Latina ont essayé existimate, sapite et sentite, retenu par V. Elles apportaient par là une dimension sensorielle à la description de la vie en Christ : Tradition chrétienne Ph 2,5a.

Liturgie

1–13 Usage dans les lectionnaires chrétiens La section la plus christologique de Ph apparaît, selon des divisions diverses, dans toutes les grandes liturgies chrétiennes. 

HISTOIRE Usages de Ph 2,5-11

(→Perrin 2013, 44).

  • Jérusalem, au Golgotha, début 5e s., vendredi saint  : c'est la deuxième des huit lectures de Paul (Codex arménien Jérusalem 121) ;
  • Rome, début 6e s., lu le dimanche des Rameaux (Comes de Würzburg) ;
  • Gaule, 8e s., lu pour la fête de l'Invention de la Croix (Missel de Bobbio Ms Paris lat. 13246) ;
  • Constantinople, 10e s., lu lors des deux fêtes de la  Nativité de la Mère de Dieu (8 septembre) et de la Dormition (15 août) (Ms Sainte-Croix n° 40).

TEXTE Dans les liturgies orientales

Célébration du mystère pascal et de la croix glorieuse
  • Arménienne : vendredi saint, office de la crucifixion à sexte (huit péricopes de l'AT en diptyques avec huit péricopes d'épîtres du NT), Ph 2,5-11 semble exprimer les pensées du Christ en écho aux griefs contre les responsables du peuple d'Is 3,9-15.
  • Copte : vendredi saint, 11e heure (Ph 2,4-11) ;
  • Syriaque malankare : samedi de Pâques  (Ph 2,1-11) ;
  • Chaldéenne : 1er dimanche de la Croix, après le 14 septembre (Ph 1,27-2,11) ; selon le même découpage le texte exprime l'exaltation du Christ pour le dimanche entre l'Ascension et la Pentecôte ;
  • Éthiopienne : le vendredi saint, 9e heure (Ph 2,5-11) ; le 24 maskaram ou deuxième dimanche après l’Exaltation de la Croix (Ph 2,5-12). 
Célébrations de la Mère de Dieu
  • Byzantine : épître pour les divines liturgies des deux fêtes mariales qui encadrent l'année liturgique (commencée le 1er septembre selon Nicée) ; cf. HISTOIRE supra. En suivant les rubriques slaves : épître proposée aux "fêtes d’icônes" de la Mère de Dieu (au choix avec He 9,1-7). 
Synthèse par analogie des mystères
  • Chaldéenne : le 1er janvier, fête de la Circoncision, soulignant la vérité de l'Incarnation (Ph 2,5-11) ;
  • Éthiopienne :  vendredi ou samedi saints (27 ou 28 maggabit) dans le calendrier fixe où l’Annonciation (29 maggabit = 25 mars) coïncide avec la création du monde et la résurrection du Christ.

TEXTE Dans la liturgie romaine contemporaine

Temps ordinaire
Années paires, 31e mardi du temps ordinaire, messe
  • 1re lecture (→LS 1340).

= Paul fonde son exhortation à l'humilité sur l'exemple du Christ, Fils de Dieu. 

Année A, 26e dimanche, messe
  • 2e lecture (→LD 306-307) ; 
  • précédée par la promesse de vie pour le pécheur converti (Ez 18,25-28)
  • et suivie de la parabole des deux fils envoyés par le père à la vigne (Mt 21,28-32).

= appel à se convertir au quotidien.

Temps de la Passion
Dimanche des Rameaux et de la Passion, messe

= À l'orée de la semaine sainte, invitation à communier aux sentiments du Christ en sa Passion. 

Mémoire du saint Nom de Jésus (3 janvier), messe
  • 2e lecture.
Messe votive pour l'unité des chrétiens 

= Paul demande que l'on recherche l'unité en ayant les mêmes dispositions, le même amour, les mêmes sentiments...

5–11 PARALITURGIE Adaptation au chemin de croix  Dans la volonté contemporaine de refonder les dévotions populaires dans leurs substrats bibliques, ces v. sont parfois proposés durant le chemin de croix, comme pour donner le sens le plus profond de la passion de Jésus, où le dépouillement des vêtements dit quelque chose de la kénose transcendante de Dieu même.

CONTEMPLATION : dixième station

Jerzy Duda-Gracz (1941-2004), 10 — Jésus est dépouillé de ses vêtements, (huile sur toile, 2000-2001), 185 x 117 cm

Chemin de croix ex voto de l'artiste, narthex, galerie haute du sanctuaire de l'icône miraculeuse, Sanctuaire de Czestochowa, Jasna Gora (Pologne)

© D.R. Jerzy Duda-Gracz Estate→ ; photo : J.-M. N. , Ph 2,5-11 ; Mt 27,35-36 ; Mc 15,24 ; Lc 23,34 ; Jn 19,23-24

Une station absolument remarquable, qui remet dans un sens véritable l’adoration du Saint Sacrement : Jésus est dépouillé de ses vêtements, totalement. Le corps du Christ est associé au dépouillement total, de toute vie. Le Christ, lorsqu’il a été crucifié, était totalement nu. C’est la pudeur qui l’a fait représenter à travers les âges, avec ce qu’on appelle le perizonium, le pagne. Mais tous ceux qui étaient crucifiés étaient totalement nus. Il n’était pas question de pudeur. Cette nudité veut dire qu’il porte toutes les nudités des hommes, il porte toute la réalité de notre humanité. S’il est corps, il est corps dénudé, c’est-à-dire il est corps enfanté, il est corps de Dieu : un corps qui se présente à nous. Et le rapport entre l’hostie, le corps blanc, de cet ostensoir doré, ce qui est vénéré à travers le Corps du Christ, c’est sa Passion et le don de sa vie. De ce corps qui fut bafoué, au coeur de cette Fête-Dieu représentée sous le dais, l’artiste a associé à la fois la Passion et le Corps glorieux. Le Corps de Lumière, ce rayonnement qui préfigure déjà la résurrection, le soleil du petit matin du corps nu enseveli dans le tombeau. C’est le corps dénudé où s’accomplit l’enfantement de toute l’humanité ; c’est le corps dénudé du Christ. Comme le disait le cardinal Wojtyla devant le pape Paul VI lors de la retraite de 1976, « le Corps du Christ révèle la souffrance, il nous met face à nos douleurs et à nos souffrances pour participer pleinement et totalement à sa résurrection ». Effectivement, Jésus passe dans les processions de la Pologne, au milieu de ces bannières, pour qu’on n’oublie pas Celui qui a donné sa vie. (J.-M. N.)

Tradition chrétienne

1–11 Interprétation morale

La fonction exemplaire de l'humilité du Christ pour l’agir chrétien

La vertu exemplaire de ces v. encourageant à la communion (Tradition chrétienne Ph 2,1c) dans l'humilité (Tradition chrétienne Ph 2,3c) est reprise par les Pères et les commentateurs anciens :

  • Eusèbe de Césarée Hist. eccl. 5,2,2s cite une « Lettre des Églises qui pérégrinent à Lyon et à Vienne en Gaule à leurs frères d'Asie et de Phrygie » (entre 175 et 180) qui décrit l’attitude d’autres chrétiens qui « devinrent tellement les émules et les imitateurs du Christ qui, subsistant en forme de Dieu, n’a pas regardé comme une proie l’égalité avec Dieu que, bien qu’ils fussent dans une telle gloire et eussent rendu le témoignage non une seule fois, ou deux, mais souvent, et eussent été ramenés d’auprès des bêtes couverts de brûlures, de meurtrissures, de plaies, non seulement ils ne se proclamaient pas eux-mêmes martyrs, mais ils ne permettaient même pas de les appeler de ce nom, et si parfois l’un de nous, par lettre ou verbalement, les appelait martyrs, ils le reprenaient amèrement » (23s).
  • Cyprien de Carthage De cath. eccl. unitate 21 (234-237) fait une amplification de Ph 2 pour exhorter à l'humilité des confesseurs imbus de leur personne.
  • Hilaire de Poitiers Tract. Ps. 118 14,10 cite intégralement Ph 2,5-8 puis Ph 2,9ss pour montrer que nous tenons de Dieu un exemple unique d'humilité et de récompense due à l'humilité (134-137) = Ambroise de Milan Exp. Ps. 118 20,17s (453s).
  • Ambrosiaster Comm. ad Phil. « C'est pour enseigner la loi de l'humilité que le Christ ne résista pas aux Juifs qui l'appréhendaient. C'est cette patience et cette humilité qu'il nous apprend à imiter, etc. » (140).
  • Jean Chrysostome Hom. Phil. 6,1 « Pour décider les Philippiens à la pratique de l'humilité, il met en scène Jésus-Christ ; et ce n'est pas seulement pour cette vertu, c'est aussi pour expliquer la charité envers les pauvres, qu'il rappelle ce grand modèle en ces termes ‘Vous connaissez la grâce du Seigneur Jésus-Christ, qui pour nous s'est fait pauvre, lorsqu'il était si riche !’ [2Co 8,9]. Il n'est rien, en effet, qui excite une âme grande et sage à la pratique du bien, comme de lui faire comprendre que ses œuvres la rendront semblable à Dieu. »
  • Pélage In epist. ad Phil. « Si [...] nous désirons être exaltés, faisons-nous les serviteurs de nos frères à l'exemple du Christ. Car si le maître et seigneur s'est fait le serviteur de ses esclaves et de ses disciples [cf. Jn 13,13-17], combien plus devons-nous servir ceux qui nous sont égaux ou supérieurs et obéir à Dieu et à ses saints, y compris jusqu'à la mort, de peur que ce ne soit en orgueilleux disciples que nous suivions un humble maître et qu'en serviteurs ingrats nous méprisions un doux maître » (47).
  • Cyrille d’Alexandrie Epist. pasch. 10,4 « L’œuvre de l’Esprit cherche à nous transformer par l’intermédiaire de la grâce dans la copie parfaite de son humiliation. »
  • Bruno le Chartreux Exp. ad Phil. « Pour recommander à la fois l’humilité et la patience, l’Apôtre expose combien grandes furent l’humilité et la patience du Christ : Chacun, dans l’humilité, doit estimer que les autres lui sont supérieurs. Je dis bien dans l’humilité, car ce que vous devez avoir en vous, c’est ce que vous voyez non pas en moi – ce qui ne serait rien – mais surtout dans le Christ Jésus. Et non seulement ayez cela, mais sentez-le, c’est-à-dire éprouvez-le, par l’expérience de la chose. C’est pourquoi il précise : sentez-le. Car beaucoup s’imaginent qu’ils peuvent tout souffrir pour le Christ, mais s’ils en venaient à l’expérience, ils défailliraient. Sentez en vous, dit-il, l’humilité et la patience ; ce que vous voyez en moi, mais surtout dans le Christ Jésus : lui qui, alors qu’il était dans la forme, c’est-à-dire l’égalité de Dieu le Père – tout aussi invisible, coéternel et consubstantiel au Père -, savait bien qu’il était égal à Dieu. Et en ceci qu’il le savait, il y a l’humilité plus grande. Car s’il s’était humilié en ignorant sa hautesse, son humilité, du fait de son ignorance, serait moins remarquable » (360).
  • Cajetan Ep. Pauli  Il est presque impossible de trouver un évêque qui accepte de voir son nom humilié et de s’abaisser jusqu’à servir les autres hommes. Mais lui est devenu homme non au moyen d’une semence humaine mais par la puissance divine. Il fut fait semblable aux autres âmes, mais fut « trouvé » dans un corps, semblable à tous les autres corps humains. Il s’est soumis à Pilate. Par ses actes d’obéissance, il méritait grande exaltation. 
  • Lapide Comm. in ep. Pauli dit qu'Ignace de Loyola a bien décrit le paradoxe de l’humilité : il est meilleur pour l’âme d’être vaincue que de vaincre, et nous devons préférer les choses des autres gens. De même que Dieu demanda à Moïse de bâtir le tabernacle selon l’image qui lui avait été montrée sur la montagne du Sinaï, de même les chrétiens sont censés porter constamment l’image du Christ crucifié sur le Calvaire, pour faire de l'âme par les vertus un tabernacle selon le modèle divin, et par là rendre hommage à Dieu. Les signes de Dieu sont l’humilité : être humble t’honore parce que cela te conforme peu à peu à ton Dieu. L’orgueil, inversement, te conformerait au diable ! L’humilité a exalté le nom du Christ ton Seigneur jusqu’à lui conférer le nom au-dessus de tous noms : l’humilité a la puissance de t’élever toi aussi !

La nécessité de l'humiliation volontaire du Christ pour que le chrétien puisse accéder par la foi à la justice et à l'imitation du Christ 

Les écrivains antiques n'ont pas opposé la lecture éthique et la lecture dogmatique (christologique) de cette péricope : c'est dans la méditation sur l'identité divine du Christ (Tradition chrétienne Ph 2,6a) qu'ils enracinent leurs exhortations :

  • Origène Cels. 6,15 « Plus que le sage ‘humble et rangé’ de Platon [Leg. 715e-716a], est ‘humble et rangé’ le juste : rangé parce qu'il marche dans des chemins sublimes et admirables qui le dépassent ; humble, parce que, tout en suivant ces chemins, il s'humilie volontairement, non sous un homme quelconque, mais ‘sous la puissante main de Dieu’, grâce à Jésus qui enseigne ces doctrines [citation de Ph 2,6ss]. Telle est la grandeur de la doctrine de l'humilité que, pour nous l'enseigner, nous n'avons pas n'importe quel maître, mais notre puissant Sauveur lui-même qui déclare : 'Mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de coeur' » (217).
  • Jean Chrysostome Anom. « Paul [...] lorsqu'il veut nous adresser quelque exhortation profitable, fait toujours descendre du ciel pour nous ses exemples de vertu. [...] Parlant de l'humilité aux Philippiens, il introduit le Christ [citations de Ph 2,3 puis de Ph 2,5s]. Si c'était parce qu'il était inférieur par nature qu'il avait accepté de prendre chair, ce ne serait plus de l'humilité [...]. Celui qui a ravi quelque chose qui ne lui appartient pas le garde constamment et ne voudrait pas l'abandonner, plein de crainte, ne pouvant être assuré de sa possession ; mais celui qui possède un bien qu'on ne peut lui enlever, même s'il le cache, n'éprouve pas de telles craintes. [...] Il savait clairement que sa condescendance ne pourrait en rien diminuer sa gloire, car elle ne lui venait pas du dehors, elle ne lui avait pas été donnée comme une proie, elle ne lui était pas étrangère, ni impropre, mais elle lui était naturelle et légitime » (270-276).

Les réformés insistèrent aussi sur l'efficacité particulière de l'exemple du Christ :

  • Luther Serm. dupl. just. Par la foi en Christ, le chrétien ne fait qu'un avec lui si bien que la justice du Christ en sa kénose devient par pure grâce la justice du croyant. Celui-ci peut ensuite s'efforcer de faire la volonté de Dieu, coopérant à cette première justice, imitant le Christ et atteignant la seconde justice (211). « L'apôtre veut que les chrétiens, chacun pour son compte, à l'exemple du Christ, se fassent esclaves d'autrui. Et s'ils possèdent quelque chose de la sagesse, de la puissance ou de la justice qui leur permettrait de l'emporter sur les autres et de se glorifier d'être égaux à la condition divine, ils ne doivent pas prendre cela en considération [pour eux] mais le référer à Dieu » (214).
  • Brenz Expl. ad Phil. Le point central est que nous devons suivre le modèle du Christ, notre tête. À l’inverse de Satan qui voulait arracher de force l’égalité au Père, le Fils de Dieu a voilé sa majesté, a renoncé aux prestiges de l’éloquence, ne s’est pas manifesté en héros, mais a choisi de s’abaisser et d’assumer l’humanité en toute liberté. Que Dieu condescende à une telle humiliation signifie que Dieu a decidé de nous épargner.

Mystique

5–11 Un exemple à imiter

En prenant la croix

  • Léon le Grand Serm. 59,4s « la victoire du Christ nous est partout secourable, afin que s’accomplisse ce qu’il a dit : ‘Ne craignez pas, j’ai vaincu le monde’ [Jn 16,33]. Que ce soit contre l’ambition du siècle, contre les désirs de la chair ou contre les traits des hérétiques que nous combattions, nous sommes toujours armés de la croix du Seigneur. Nous ne nous éloignons jamais de la fête pascale si nous nous abstenons du vieux levain de malice [cf. 1Co 5,8]. Car parmi toutes les vicissitudes de la vie présente, remplie d’épreuves diverses, il nous faut nous souvenir de l’exhortation de l’Apôtre qui nous instruit en ces termes : Ayez en vous les mêmes sentiments qui furent dans le Christ Jésus [...] [Ph 2,5-11]. Si, veut dire l’Apôtre, vous comprenez le mystère d’un si grand amour, et prenez garde à ce qu’a fait le Fils unique de Dieu pour le salut du genre humain, ayez en vous les mêmes sentiments qui furent dans le Christ Jésus dont nul riche ne doit mépriser l’humilité, ni aucun noble en rougir. En effet, le bonheur humain, quel qu’il soit, ne peut s’élever à un tel sommet qu’il estime honteux pour lui ce que Dieu, demeurant Dieu dans la condition de Dieu, n’a pas jugé indigne pour lui-même. Imitez ce qu’il a fait ; aimez ce qu’il a aimé et, trouvant en vous la grâce de Dieu, aimez en retour votre nature en lui. Sa pauvreté ne lui a pas fait perdre ses richesses, son humilité n’a pas réduit sa gloire, sa mort n’a pas anéanti son éternité ; de même vous aussi, marchant sur ses traces et mettant vos pas dans les siens, méprisez les biens de la terre pour saisir ceux du ciel. Prendre la croix, c’est, en effet, exterminer la convoitise, faire mourir les vices, fuir la vanité, et renoncer à toute erreur [...] » (261ss).

En devenant serviteur

  • Guerric d’Igny Serm. (« 1er sermon pour le dimanche des Rameaux ») « Ayez en vous les sentiments qui furent dans le Christ Jésus, lui qui, étant de condition divine... [Ph 2,5s]. Que le mauvais serviteur, l’esclave fugitif écoute ! Je parle de l’homme qui, étant de nature et de condition servile, et donc soumis à l’obligation du service, s’est refusé à servir et a tenté de s’emparer de la liberté et de l’égalité avec son Maître. Le Christ, qui est de condition divine [Ph 2,6], égal à Dieu non par rapine mais par nature, puisqu’il partage sa puissance, son éternité et sa substance, non seulement a pris en s’anéantissant lui-même la condition servile qui le rend semblable à l’homme [Ph 2,7], mais a encore rempli l’office de serviteur en s’humiliant lui-même et en se faisant obéissant à son Père jusqu’à la mort, et à la mort de la croix [Ph 2,8] » (2,165) ; « Que nous serions heureux, mes frères, si nous écoutions à ce sujet le conseil de l’Apôtre : Ayez en vous, dit-il, les sentiments qui, vous le savez, ont été d’abord dans le Christ Jésus [Ph 2,5]. Et quels-sont-ils ? Que personne ne s’élève au-dessus de soi, mais que plutôt il s’abaisse au-dessous de soi ; que le plus grand se fasse le serviteur des autres ; si quelqu’un est offensé, qu’il soit le premier à faire réparation en général ; que chacun soit obéissant jusqu’à la mort. C’est sur de pareilles traces, frères, que nous devons accompagner le Christ en sa condition servile ; ainsi nous parviendrons à le contempler en sa condition divine, celle en laquelle il vit et règne pour tous les siècles des siècles » (2,171).