La Bible en ses Traditions

Exode 3,14

M G V
S Sam

14  Et Dieu dit à Moïse : — Je suis qui je suis

Gl'étant.

Et il dit : — Tu parleras ainsi aux enfants d’Israël : — Je suis 

GL'étant 

VCelui qui est m’a envoyé vers vous.

14  ...

Réception

Liturgie

14 HOMÉLITIQUE Parler de Dieu sans prononcer son Nom : la prouesse télévisuelle d'un martyr du 20e siècle

Archiprêtre Alexandre Men, Sermon dominical  « Questions éternelles » (1988) Télévision d'État de l'Union Soviétique, 

D.R. Orthosword © Licence YouTube standard

Alexandre Vladimirovitch Men (né en 1935 à Moscou, juif devenu prêtre orthodoxe, et mort martyrisé par les services d’État le 9 septembre 1990), fut le premier prêtre orthodoxe à donner des cours de religion en lycée public ; invité régulièrement par l'Union des cinéastes, des artistes, des écrivains, à des débats ou simplement à « parler de Dieu », il intervint dans tout le pays, et même à la télévision d'État.

Un dimanche de l’année 1988, la télévision soviétique l'invita en lui demandant de parler des questions éternelles, et  en lui donnant une simple consigne : ne jamais prononcer le nom  « Dieu » ni aucun autre mot judéo-chrétien. Son propos devait conserver ce voile de la censure.

Il en résulta un morceau d’anthologie de la culture contemporaine, sur l'ouverture de toute conscience à ... Dieu,  et un propos qui s’adresse à tous les hommes.

Musique

1–22 le Seigneur l'appela du buisson Le buisson chante Comment faire chanter un feu qui ne consume pas ? Dans l’Exode, Dieu parle du milieu des flammes ; sur une scène d’opéra, il faut que quelqu’un lui prête sa voix. Rossini la confie à une basse sans nom, et fait du buisson ardent le centre de son premier acte.

19e s.

Un buisson s’enflamme dans le camp des Hébreux. Du feu sort ce que le livret appelle seulement « une voix mystérieuse ». Elle commence comme en Ex 3,4, en appelant Moïse par son nom : « Moïse, approche-toi. »

L’invitation inverse le texte biblique. À l’Horeb, Dieu dit au contraire : « N’approche pas d’ici, ôte tes sandales, car le lieu où tu te tiens est une terre sainte » (Ex 3,5). Le buisson de l’Exode tient Moïse à distance ; celui de Rossini l’appelle à venir. La voix annonce que le Seigneur accomplit sa promesse : c’est la mémoire de l’alliance, quand Dieu se souvient d’Abraham, d’Isaac et de Jacob et entend le cri de son peuple (Ex 2,24 ; Ex 3,7). La scène prend alors un caractère d’exaltation.

Puis vient l’envoi : il faut aller vers Pharaon et se préparer à des fureurs nouvelles. C’est le « Va, je t’envoie vers Pharaon » d’Ex 3,10, et ce sont les fléaux qu’Ex 3,20 annonce déjà : « J’étendrai ma main et je frapperai l’Égypte. »

Gioachino Rossini (1792-1868), Moïse et Pharaon, Acte I scène 3: Moïse, approche-toi, 1827

Fabrizio Maria Carminati (dir.), Górecki Chamber Choir, Orchestre Virtuosi Brunensis

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1–22 Celui qui est Une voix que nul timbre ne peut porter Schönberg refuse de prêter à Dieu une voix humaine unique : celui qui parle du milieu du feu ne peut être ni vu ni représenté, et il faut toute une polyphonie pour le faire entendre.

20e s.

Schönberg compose les deux premiers actes de son opéra entre 1930 et 1932, sur son propre livret ; le troisième ne sera jamais mis en musique. L’œuvre n’est entendue qu’après sa mort, en concert à Hambourg en 1954, puis sur scène à Zurich en 1957.

La première scène s’intitule « La vocation de Moïse ». Elle s’ouvre sur un accord tenu par six voix solistes, presque sans paroles, puis Moïse invoque Dieu : unique, éternel, présent partout, invisible, irreprésentable. Ce sont les attributs que la Bible fait entendre en Ex 3,14, quand Dieu se nomme « Celui qui est ». La voix du buisson est une invention étrange. Schönberg la confie à six solistes qui chantent, mêlés à un chœur qui parle. Le chant et la parole se superposent sans se confondre : Dieu parle à Moïse d’une voix multiple, qu’aucun timbre ne peut saisir à lui seul.

Moïse, lui, ne chante pas. Son rôle est écrit en Sprechstimme, une parole rythmée, notée, mais sans hauteur fixe. C’est l’homme de la bouche lourde qui, dès Ex 3,11, demande : « Qui suis-je pour aller vers Pharaon ? » Dieu lui donnera Aaron, et Schönberg confie Aaron à un ténor lyrique, aisé, séduisant. Celui qui pense ne sait pas chanter ; celui qui chante risque de trahir la pensée.

Toute la partition repose sur une seule série de douze sons. L’unité de Dieu, que Moïse ne parvient pas à dire, est inscrite dans la construction même de l’œuvre.

Arnold Schoenberg (1874-1951), Moses und Aron, 1954

Georg Solti (dir.), Chicago Symphony Chorus & Orchestra

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