Un projet du Programme de Recherches La Bible en ses traditions AISBL
Dirigé par l’École Biblique et Archéologique Française de Jérusalem
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1 La sagesse louera son âme
et se glorifiera au milieu de son peuple.
1 ÉLOGE DE LA SAGESSE
La sagesse louera son âme
elle s’honorera en Dieu
et se glorifiera au milieu de son peuple.
1 ...
2 Dans l’assemblée du Très-Haut elle ouvrira la bouche
et devant sa puissance elle se glorifiera :
2 Dans les assemblées du Très-Haut elle ouvrira la bouche
et devant sa puissance elle se glorifiera.
2 ...
3 — Moi, je suis sortie de la bouche du Très-Haut
et, telle une vapeur, j'ai couvert la terre.
3 Au milieu du peuple elle sera exaltée
et dans la sainte plénitude elle sera admirée.
3 ...
4 Moi, dans les hauteurs, j'ai dressé ma tente
et mon trône était sur la colonne de nuée.
4 Dans la multitude des élus elle recevra des louanges
et parmi les bénis elle sera bénie, disant :
4 ...
5 Seule, j’ai fait le tour du cercle du ciel
et dans la profondeur des abîmes je me suis promenée
5 — Moi, je suis sortie de la bouche du Très-Haut
engendrée la première avant toute créature.
5 ...
6 Sur les flots de la mer et sur toute la terre
et sur tout peuple et toute nation j’ai fait des acquisitions.
6 Moi, dans les cieux, j'ai fait lever une lumière inextinguible
et, comme une vapeur, j'ai couvert toute la terre
6 ...
7 Parmi eux tous j’ai cherché un lieu de repos :
en l'héritage de qui pourrais-je demeurer ?
7 moi, j'ai habité dans les hauteurs
et mon trône est dans la colonne de nuée
7 ...
8 Alors le Créateur de toutes choses m'a donné ses ordres
et celui qui m’a créée m'a fait poser ma tente
et il [m]'a dit :
— En Jacob dresse ta tente
en Israël aie ton héritage.
8 j’ai fait seule tout le tour du ciel
et j’ai pénétré la profondeur de l'abîme
et me suis promenée sur les flots de la mer
8 ...
9 Avant les siècles, dès le commencement, il m’a créée
et jusqu’à l’éternité je ne cesserai pas [d’être].
9 et sur toute terre j'ai posé pied
et sur tout peuple
9 ...
10 Dans la tente sainte, devant lui j'ai officié
et de même en Sion je me suis établie.
10 et sur toute nation j'ai eu la primauté.
10 ...
11 Dans la cité bien-aimée semblablement il m’a fait reposer
et dans Jérusalem [s'exerce] mon pouvoir.
11 J’ai parcouru par ma puissance les cœurs de tous, grands et petits,
en eux tous j’ai cherché mon repos
et c'est dans son héritage que je demeurerai.
11 ...
12 Je me suis enracinée dans un peuple glorifié
dans la part du Seigneur, dans son héritage.
12 Alors le Créateur de l’univers m’a parlé et m’a donné ses ordres
et celui qui m’a créée a reposé dans ma tente.
13 Comme un cèdre je me suis élevée sur le Liban
et comme un cyprès sur les monts de l’Hermon.
13 Et il m’a dit : — Habite dans Jacob,
en Israël reçois ton héritage
et parmi mes élus pousse tes racines.
13 ...
14 Comme un palmier je me suis élevée à Engaddi
et comme des plants de roses à Jéricho
comme un bel olivier dans la plaine
et je me suis élevée comme un platane.
14 Dès le commencement, avant le siècle, j’ai été créée
jusqu'au siècle futur je ne cesserai pas d’être
et dans l'habitation sainte, devant lui, j’ai exercé mon ministère.
14 ...
15 Comme du cinnamome et de l'aspalathe odorant j’ai donné du parfum
et comme une myrrhe de choix j’ai répandu une bonne odeur
comme du galbanum, de l’onyx et du stacte
et comme une vapeur d’encens dans la tente.
15 Ainsi dans Sion ai-je été affermie,
dans la cité sainte j’ai aussi trouvé mon repos
et dans Jérusalem a résidé ma puissance.
15 ...
16 Moi, comme un térébinthe j’ai étendu mes rameaux
et mes rameaux sont des rameaux de gloire et de grâce.
16 J’ai pris racine dans le peuple honoré
dont l’héritage est la part de mon Dieu :
dans la plénitude des saints se trouve ma demeure.
16 ...
17 Moi, comme une vigne j’ai fait germer la grâce
et mes fleurs sont un fruit de gloire et de richesse.
17 Comme le cèdre je me suis élevée sur le Liban
et comme le cyprès sur le mont Sion
17 ...
18 Ø
18 comme le palmier je me suis élevée à Cadès
et comme la roseraie de Jéricho
18 ...
19 Venez à moi, vous qui me désirez
et de mes produits rassasiez-vous
19 comme le bel olivier dans les champs
et comme le platane au bord de l'eau sur la place, je me suis élevée ;
19 ...
10–22 Structure du récit En trois versets denses est décrit comment la →Sagesse imprègne le culte, la vie politique et la culture populaire d’Israël :
Avec cette dernière métaphore, le Siracide passe de l’image de la femme à celle de l’arbre, qui est développée à travers divers exemples précis (v.13-17). Ces végétaux produisent des fruits délicieux qui ravissent les gens ; la Sagesse apparaît dès lors comme une source hautement désirable de plaisirs (v.19-22).
18b la roseraie de Jéricho FLORE Rose de Jéricho Deux espèces pouvant correspondre aux caractéristiques de la rose de Jéricho présentée dans la Bible ont été retenues par les botanistes :
Remarque : la plante Anastatica hierochuntica, boule desséchée capable de reverdir et fleurir dès qu’on lui donne de l’eau, et qui est appelée communément « rose de Jéricho » aujourd'hui, n’est pas la rose de Jéricho de la Bible.
Nerium oleander
Photo : Jean Tosti, 2005 © CC-BY-SA-3.0→
Rose de Jéricho : G—Si 24,14 ; Rose : G—Est 1,6 ; Sg 2,8 ; G—Si 39,13 ; 50,8
Nombreux sont les auteurs qui reconnaissent le laurier-rose comme étant la rose de Jéricho :
Plante très présente sur le bassin méditerranéen.
En 1808, lors de la guerre d’Espagne, des soldats de Napoléon, en faisant cuire de la viande en brochettes sur des branches de laurier-rose, ont été intoxiqués.
Rosa phoenicia
Photo : Eitan F., 2009 © CC-BY-SA-3.0→
La rose de Phénicie (rosa phoenicia) est l'autre espèce retenue par les botanistes pouvant correspondre aux caractéristiques de la rose de Jéricho de la Bible.
Originaire du Proche-Orient (Turquie, Syrie, Liban, Israël). Son écosystème est difficile à définir car on la retrouve à la fois dans des zones chaudes et humides et dans des zones montagneuses à hiver rigoureux comme le mont Taurus .
12 celui qui m’a créée a reposé dans ma tente : V | [M] G S—Si 24,8 « et celui qui m’a créée m'a fait poser ma tente » : une lecture christologique / mariale des traducteurs vieux-latins ? Il n'est guère surprenant de trouver un langage relatif à la création dans ce verset (cf. creator omnium en VL Si 24,12a). En effet, le Siracide établit un lien explicite entre le culte et la création (cf. Jordan A. , Wisdom, Cosmos, and Cultus in the Book of Sirach (Deuterocanonical and Cognate Literature Studies, 42), Berlin-Boston, Mass. : De Gruyter, 2019).
L'ensemble de Si 24 fait référence à plusieurs reprises à l'idée que la Sagesse se manifeste à Jérusalem, le Temple (= « la tente ») pendant le culte.
Les versions grecque et syriaque continuent l'insistance de l'Exode sur le fait que la « tente » (c.-à-d. le Tabernacle, משׁכן, cf. S—Si 24,8 ܡܫܟܢܐ, mškanā) est un signe visible de la présence de Dieu.
Les formulations données par les versions latines sont plus étranges.
Le topos littéraire utilisé ici est celui d'une femme qui joue le rôle d'hôtesse, peut-être en présentant la Sagesse comme ʾēšet ḥayil (femme de valeur) de Pr 31,10ss.
Selon les règles du latin classique, c'est paradoxal, car in + accusatif connote un mouvement, alors que requiesco met l'accent sur le repos : trouver de nouveau le repos, parvenir au repos complet ... (NB : la diffférence entre l'usage des deux cas après in commence à s'estomper en latin, à l'oral dès le 1ers ap. J.-C., et à l'écrit dès les 4e s.). Doit-on essayer de comprendre et qui creavit me requievit in tabernaculum meum
Le paradoxe latent dans cette formulation ne pourrait-il pas faire allusion à la maternité divine de la Vierge Marie, dont la Sagesse personnifiée est un type ?
Se pourrait-il que le scribe vieux-latin ait fait une interprétation christologique du passage, en ayant en tête l'engendrement éternel du Fils (cf. Ps 110,3) et une typologie du corps de Jésus comme tabernacle véritable (Jn 1,14 ; Jn 2,21) ?
Se pourrait-il que le scribe vieux-latin ait déjà fait une interprétation mariale du passage, en ayant en tête le moment de l'annonciation et une typologie de Marie arche d'alliance ?
(NB On ne peut trop presser cette interprétation, car les verbes creare et gignere sont presque synonymes en laitn classique, le premier signifiant dans l'ordre culturel, institutionnel ou poliique installer dans un office (comme encore aujourfhui en français « créer un cardinal») et le second signifiant dans l'ordre biologique ou naturel donner naissance à un enfant. Ils se spécialisent dans le latin chrétien sans doute après le Concile de Nicée, creare se spécialisant dans l'acte du créateur divin ex nihilo)
La géniale complexité de la transmission latine dece verset, mise en relation avec l'étonnante incise sur Jésus en Si 43,25, ne donne-t-elle pas un relief saisissant à la typologie mariale de la Sagesse ?
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Pour aller plus loin : VL, éd. Walter ), Sirach (Ecclesiasticus), (Vetus latina : die Reste der altlateinischen Bibel, 11/2), Freiburg im Breisgau : Herder Verlag, 1996, p.683. NB : ce vol. va jusqu'à Si 24,47, ensuite éd. A. Forte. Plus généralement sur la version latine du Siracide, voir ICI→ ; Maurice à propos de Si 24 ICI→; Si 24,6 ICI→) ; Anthony ( ICI→ ; ICI→ ) ; Bonifatia (ICI→).
Frontispice de la bible Polyglotte d’Alcalà (1514-1517), (gravure sur bois), © Domaine public→
Voici la traduction du décryptage allégorique imprimé au-dessus de ce frontispice, un écu à quinze carreaux surmontés de la croix et du chapeau cardinalice : « Les quinze carrés de cet écu représentent les quinze jours que passèrent ensemble à Jérusalem saint Pierre qui prêchait aux juifs ou à ceux de la synagogue et saint Paul, apôtre des nations. Le chiffre 7 (et en conséquence les 7 carrés de couleur de cet écu) signifie la loi antique ou Ancien Testament ; le chiffre 8 (ou les huit carrés de l'autre couleur) signifient la loi de grâce ou le Nouveau Testament. Le nombre 15 (donc les quinze carrés) les contient tous. »
1–22 SÉQUENCE Discours de la Sagesse Ce morceau est à comparer :
1–47 ICONOGRAPHIE ORTHODOXE. De la sagesse biblique à la « Sagesse hypostatique », au Christ et à sa Mère École russe
(russe), La Sainte Sagesse (Type de Novgorod), (tempera sur panneau de bois, fin du 16e s.)
église Saint Georges de Vologda, Russie © Domaine public→,
Sg 7,22-8,1 ; Sg 8,4-6 ; Sg 9,9-10 ; Si 1,4.9.15 ; Si 24 ; Ba 3,29-37 ; Lc 2,40 ; Lc 11,49 ; Mc 6,2 ; Mt 11,19 ; 1Co 1,17-2,13 ; Col 2,3 ; Jc 3,13-18 ; Ap 5,10
L'identification du Christ Logos avec la Sainte Sagesse (Hagia Sophia) est souvent représentée dans la tradition iconographique russe. Parmi les icônes de la Mère de Dieu (Theotokos), un type est nommé « La Sagesse a bâti sa maison », citation de Pr 9,1 typologiquement lue comme prophétie de l'incarnation, Marie étant la maison choisie pour demeure par la « Sagesse hypostatique » (c'est-à-dire la Sagesse en tant que personne de la Trinité).
(russe), « La Sagesse a bâti sa maison », (tempera sur panneau de bois, ca 1548), 146 x 106 cm, icône, monastère Kirillovsky, Novgorod
Musée National Russe — 28830, © Domaine public→
Sg 7,22-8,1 ; Sg 8,4-6 ; Sg 9,9-10 ; Si 1,4.9.15 ; Si 24 ; Ba 3,29-37 ; Lc 2,40 ; Lc 11,49 ; Mc 6,2 ; Mt 11,19 ; 1Co 1,17-2,13 ; Col 2,3 ; Jc 3,13-18 ; Ap 5,10
La composition est centrée sur une « Fête de la Sagesse » divine donnant à voir la dispensation du mystère de la Sagesse (Ep 3,8-12).
12 celui qui m’a créée a reposé dans ma tente (V) Allusion mariale Il est bien possible que le traducteur propose une interprétation mariale du passage (Comparaison des versions Si 24,12) : la Vierge Marie n'est-elle pas, dans la poésie et les arts visuels chrétiens, le nouveau Tabernacle, la nouvelle Arche dans lesquels repose la présence du Verbe divin ?
Piero (1412/20-1492), La Madonna del Parto, (fresque, 1455-60 (?), maçonnée en 1785, redécouverte en 1889, restaurée et déposée en 1993), Vierge parturiente, 260 × 203 cm
Église Santa Maria di Momentana, Monterchi, musée de Monterchi, Toscane (Italie) © Domaine public→
Monterchi était la ville natale de la mère du peintre, cela explique sans doute la charge émotionnelle et théologale de l'œuvre, où la Vierge apparaît sous une figure presque paysanne, tranchant sur modèles à longs cheveux blonds. L'image est un exemple parfait de Virgo paritura (Vierge parturiente), type précédant chronologiquement la Vierge à l'Enfant et aussi sujet pictural bien moins répandu dans les arts. Debout et face au spectateur dans une attitude hiératique à la manière des représentations byzantines, Marie pose la main gauche sur la hanche, la droite soutient son ventre proéminent qu'elle montre par l'échancrure. Elle est entourée de deux anges parfaitement symétriques réalisés à partir d'un même carton et de couleurs complémentaires, qui écartent délicatement les pans du rideau du baldaquin, brodé de grenades symbolisant la Passion du Christ. Le tableau joue un rôle important dans le film Nostalghia→ d'Andreï (1983).
Les anges écartent le lourd rideau cramoisi évoquant le Voile de l'entrée du sanctuaire au Temple de Jérusalem, dévoilant la Vierge enceinte. La main posée sur le ventre, elle attire l'attention sur sa robe elle-même ouverte par le bébé divin qui s'annonce.