La Bible en ses Traditions

Philippiens 4,5–7

Byz V S TR Nes

5 Que votre modestie

Shumilité soit connue de tous les hommes.

Le

SNotre Seigneur est proche.

5b Le Seigneur est proche Ps 34,19 ; 119,151 ; 145,18 ; Mt 24,33 ; Jc 5,8 ; 1P 4,7 ; Ap 3,11

6 Ne vous inquiétez de rien

mais en toute chose, par la prière et la supplication

avec action de grâces,

faites connaître à

Sdevant Dieu vos demandes. 

6a Ne vous inquiétez de rien Mt 6,25-34 ; 1Co 7,32-34 6bc Persévérance dans la supplication et l’action de grâces Rm 12,12 ; Col 3,17 ; 4,2 ; 1Tm 2,1

7 Et la paix de Dieu, qui dépasse tout entendement,

gardera

Vqu'elle garde vos cœurs

et vos pensées dans le Christ Jésus

Sen Jésus le Christ.

7a le paix de Dieu Ph 4,9 ; Jn 14,27 ; Rm 5,1 ; 15,33 ; Col 3,15 ; 1Th 5,23 ; 2Th 3,16 dépasse Ep 3,20

Propositions de lecture

2–23

Structure

4,2-9 est composé de trois parties
  • exhortation à la concorde entre Évodie et Syntychè (v.2-3) ;
  • appel à la joie et à la confiance dans le Seigneur (v.4-7) ;
  • invitation à penser et agir en chrétien à l’exemple de Paul (v.8-9).
4,10-20 est formé de trois unités thématiques
  • joie de Paul pour le don et son style de vie (v.10-13) ;
  • la vraie valeur du don des Philippiens (v.14-17) ;
  • la récompense de Dieu (v.18-20).
4,21-23 est le postscriptum de la lettre

Mouvement de la parénèse finale

  • v.2-9, comme conclusion du corpus de la lettre, est une série d’exhortations de différents caractères, juxtaposées les unes aux autres par une accumulation. L’objet de ces exhortations reste général, sans qu’on puisse savoir avec précision ce que les Philippiens doivent faire. Ceci est caractéristique de la parénèse chez Paul. Il remet souvent au discernement des chrétiens et à l’illumination divine la concrétisation des valeurs qu’il présente (Tradition chrétienne Ph 4,9c).
  • v.10-20 forme l’épilogue de la lettre (cf. 1,3-11 pour les expressions communes) dans lequel Paul mentionne le don reçu des Philippiens par l’intermédiaire d’Épaphrodite. Un remerciement en fin d’épître est à première vue problématique. Certains auteurs ont émis l’hypothèse que ce texte était une lettre en elle-même. De fait, ce n’est pas un véritable remerciement (le verbe eucharisteô manque), en outre, dans l’Antiquité, cet élément n’est pas toujours à la fin de la lettre. Paul le renvoie à la fin pour indiquer son indépendance et la gratuité du don chrétien, soulignant que l’aide des Philippiens est fruit de leur accueil de l’Évangile (Procédés littéraires Ph 4,15–19).
  • En v.21-23 Paul salue chacun des fidèles de Philippes en son nom propre et au nom de chrétiens vivant à proximité de son lieu de détention.

Texte

Critique textuelle

7a Dieu Variante A t vgmss syhmg : Christ.

7c pensées

Variante

F G a d MVict Pel : corps.

Addition

P16vid : pensées et les corps.

7c Christ Variante P46 : Seigneur.

Vocabulaire

5b proche en un sens temporel et spatial (Tradition chrétienne Ph 4,5b).

6d devant Dieu (S) Sémitisme très courant (p. ex. Lc 1,8).

7a dépasse tout entendement Cette expression signifie que la paix qui vient de Dieu est plus efficace que tout ce qui pourrait s’imaginer (Tradition chrétienne Ph 4,7a qui dépasse tout entendement).

7b gardera Connotation militaire Le verbe phroureô appartient au langage militaire (déjà utilisé au v.3 avec « ont lutté ») et traduit la défense assurée par une garnison (2Co 11,32 ; →Josèphe B.J. 1,141 passim). Il est utilisé, comme ici, dans d’autres passages du NT, comme métaphore (Ga 3,23 ; 1P 3,5).

Grammaire

7a Et a une valeur consécutive : « si bien que... ».

7a de Dieu = gén. possessif ou d’origine.

Procédés littéraires

6b la prière et la supplication Hendiadys = « la prière de supplication ».

Genres littéraires

5b Le Seigneur est proche Formule liturgique ? Il s’agit peut-être d’une formule liturgique primitive, où la communauté exprimait son espoir d’une parousie prochaine du Seigneur (cf. la locution araméenne Marana tha, 1Co 16,22). Cf. Rm 13,12 ; Jc 5,8 ; 1P 4,7 ; Ap 22,20 (Liturgie Ph 4,5b).

Contexte

Intertextualité biblique

4s La venue de Dieu Durant les semaines qui précèdent Noël dans la liturgie latine, de nombreux répons, antiennes et autres textes amplifient le texte de Paul (Liturgie Ph 4,5b) et orchestrent le thème de la proximité, de la venue du Seigneur, ou du Royaume, ou du salut, en un magnifique centon scripturaire (→Avent).

Réception

Liturgie

5b Le Seigneur est proche Durant l’Avent

MYSTAGOGIE La proximité du Christ, dans l'histoire et au-delà d'elle

La série de conseils moraux que Paul donnait à ses disciples devient un encouragement de l’Église aux baptisés, les invitant à anticiper la joie, la mansuétude, la confiance que la proche venue du Sauveur va apporter. 

Le Seigneur est proche : tel est le motif de la joie mystérieuse et continuelle de l’Église, mais plus accentuée durant l’Avent. Il ne s’agit pas seulement de la présence divine habituelle réjouissante pour celui qui s’y confie, mais de la présence du Seigneur en train d’arriver, bientôt là dans la chair (mémorial de la naissance de Jésus à Bethléem), la grâce (célébration de la visitation de l'âme du croyant par le Verbe) ou la gloire (attente du retour glorieux du Christ pour le jugement final). Mystique Ph 4,4

TEXTE L’annonce de la proximité du Seigneur

Outre ces citations dans le contexte plus large de Ph 4,4-5 (Liturgie Ph 4,4), Ph 4,5b est chanté à plusieurs reprises durant l’Avent :

  • 18 décembre, laudes, antienne à Benedictus (→AM 1,48) : « Veillez en esprit, le Seigneur notre Dieu est tout proche ! »
  • semaine préparatoire à Noël, invitatoire (→Hymn. 21) : Prope est iam Dominus : venite, adorémus (« Le Seigneur est tout proche, venez, adorons ! »).

En outre, tout au long de l'→Avent, de nombreux répons, antiennes et autres textes orchestrent le thème de la proximité, de la venue du Seigneur, ou du Royaume, ou du salut, en un magnifique centon scripturaire.

6bc la prière et la supplication avec action de grâces Le genre littéraire de l’oraison

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Et si nous regardons bien ces quatre éléments [Tradition chrétienne Ph 4,6bc] on voit que toutes les oraisons de l’Église les comportent. En effet, premièrement Dieu est invoqué ; deuxièmement, le bienfait divin est commémoré ; troisièmement, est demandé un bienfait ; quatrièmement est donnée la supplication : Par notre Seigneur, etc. »

Tradition chrétienne

5b Le Seigneur est proche Les raisons de la confiance

Quatre modes de présence divine, cause de joie

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « L’homme, en effet, se réjouit de la proximité de l’ami. Or le Seigneur est proche par sa présence de majesté, comme le disent Ac 17,27 'Quoiqu’il ne soit pas loin de chacun de nous'. De même, il est proche en raison de la proximité de la chair, comme le dit Ep 2,13 'Vous qui étiez autrefois éloignés de Dieu, vous vous en êtes approchés.' Il l’est aussi par l’habitation de la grâce, selon ce passage de Jc 4,8 'Approchez-vous de Dieu, et il s’approchera de vous.' Il l’est encore par la clémence de l’écoute, comme on le voit dans Ps 145,18 'Le Seigneur est proche de tous ceux qui l’invoquent ; et en Is 14,1 'Ce temps de la ruine de Babylone est déjà proche, et les jours n’en sont pas éloignés'. »

Une présence morale

...par la prière
  • →Brenz Expl. Phil. : Cette formule ne vise évidemment pas l’essence de Dieu, qui est partout présente. Elle concerne la faveur et la grâce de Dieu qui écoute nos prières (cf. Ps 145).  
...par la croix
  • →Hemmingsen Comm. Phil. : Le Seigneur est prêt à apporter son aide à tous ceux qui la lui demandent. La consolation des fidèles se trouve au pied de la croix, où ils Le découvrent comme proche, car ils savent que la croix est la porte de la gloire. 
...par la foi en la Providence
...par la foi dans le jugement, particulier et général

6a Ne vous inquiétez de rien Pourquoi ?

Parce que Dieu est provident

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Le Seigneur distribue toutes choses, il n’est donc pas nécessaire que vous soyez inquiets, comme il est dit dans Mt 6,25 'Ne vous inquiétez point où vous trouverez de quoi manger pour le soutien de votre vie, ni d’où vous aurez des vêtements pour couvrir votre corps, etc.' En sens contraire, il y a ce qui est dit dans Rm 12,8 'Que celui qui a la conduite de ses frères s’en acquitte avec vigilance.' Je réponds qu’il faut dire que la sollicitude comporte parfois l’empressement à chercher ce qui manque ; cela est recommandable et s’oppose à la négligence ; parfois, elle comporte l’anxiété de l’âme, avec un défaut d’espérance, et la crainte concernant l’obtention de ce sur quoi l’on s’inquiète, et c’est cela que le Seigneur interdit dans Mt 6, et l’Apôtre ici, parce qu’on ne doit pas désespérer que le Seigneur donne le nécessaire. Mais à la place de l’inquiétude, nous devons avoir recours à Dieu, comme le recommande 1P 5,7 'Jetant dans son sein toutes vos inquiétudes, parce qu’il a soin de vous.' Et cela se fait en priant. »
  • →Calvin Comm. NT : Premièrement, l’ignorance de la Providence de Dieu est la cause de toute impatience, c’est elle qui fait que nous sommes si vite désorientés : nous oublions le soin de Dieu pour nous. Deuxièmement, reposer dans sa garde, sachant qu'un Dieu paternel veille sur nous, rendre grâce et finalement désirer la volonté de Dieu nous délivrera de l’angoisse. C'est pourquoi il ajoute la promesse des v.6-7.

Parce que c'est Dieu qui juge

  • →Lapide Comm. ep. Pauli : Paul fait peut-être allusion au jugement particulier de l’individu au moment de sa mort, mais il s'agit plutôt du jugement universel et final, envisagé dans un avenir relativement proche. 

Pourquoi pas ? 

  • →Brenz Expl. Phil. : Une certaine inquiétude est louable, jusqu’au moment où elle devient la cause de désordre.
  • →Hemmingsen Comm. Phil. : Le chrétien doit conserver certaine inquiétude : on nous a appris à nous préoccuper du commandement de la charité fraternelle. Mais la foi doit demeurer la règle nécessaire de toute sainte inquiétude. 

6bc la prière et la supplication avec action de grâces Prier...

Pourquoi ?

  • →Jean Chrysostome Hom. Phil. 15,4,4-7 « Voilà un antidote capable de dissiper toute peine, tout chagrin, tout ennui. »
  • →Hemmingsen Comm. Phil. : Priez sans cesse et vous serez sains et saufs. En effet, bien des affaires de l’État et de l’Église apporteront des pierres d’achoppement, mais vous devez prier à Dieu !

Comment ?

En adoptant quatre attitudes
  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « C’est de façon convenable qu’après avoir dit : Le Seigneur est proche, il poursuit en parlant de la prière. En effet, les prières sont présentées au Seigneur qui doit venir à nouveau. Et il définit les quatre éléments qui sont nécessaires dans n’importe quelle prière. En effet, la prière implique une ascension de l’intellect vers Dieu. Et c’est pourquoi il dit : Par des prières. On trouve dans Si 35,21 'La prière d’un homme qui s’humilie percera les nues, etc.' De même, elle doit s’accompagner de la confiance d’obtenir, et cela à cause de la miséricorde de Dieu, comme il est dit dans Dn 9,18 'Ce n’est point par la confiance en notre propre justice que nous vous offrons nos prières, en nous prosternant devant vous ; mais c’est dans la vue de la multitude de vos miséricordes, etc.' Il ajoute : Et des supplications, ce qui signifie la prière par la grâce de Dieu et par sa sainteté, et c’est pourquoi elle est le propre de celui qui s’humilie, comme on le voit dans Pr 18,23 'Le pauvre ne parle qu’avec des supplications.' Et cela se fait quand nous disons : Par ta Passion et par ta croix, etc. Mais parce que quelqu’un qui est ingrat pour des bienfaits reçus est indigne de recevoir d’autres biens, il ajoute : Avec des actions de grâce, comme dans 1Th 5,18 'Rendez grâces à Dieu en toutes choses.' Il donne alors la demande. Et c’est pourquoi il dit : Vos besoins, comme il est dit dans Mt 7,7 'Demandez et on vous donnera.' »
En étant désintéressé
  • →Cajétan Ep. Pauli al. apost. : L’Église prie vraiment quand elle ne demande rien de temporel, sinon ce qui est nécessaire à l’ordre spirituel. Cela est très bien illustré dans les prières de Jésus lui-même et dans les oraisons du Carême.
  • →Hemmingsen Comm. Phil. : Tout bon projet, même l’édification de l’Église doit être soumis à la gloire de Dieu. Dans son amour, Dieu permet que toutes choses ne repondent pas à nos prières. Spirituellement, l’état d’affliction est souvent plus profitable que la réussite, comme en témoignent les premiers siècles de l’Église.

7a la paix de Dieu Vers les hommes

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « La paix, selon Augustin, est la tranquillité de l’ordre, la perturbation de l’ordre étant en effet la destruction de la paix. Cette tranquillité de l’ordre se considère de trois façons. D’abord en tant qu’elle est dans le principe de l’ordre, à savoir en Dieu, selon Rm 13,2 'Les choses qui sont de Dieu sont ordonnées, etc.' De cet abîme en lequel est la paix, elle dérive d’abord et de façon plus parfaite sur les bienheureux, en lesquels il n’y a ni trouble, ni péché, ni châtiment, et de là elle découle vers les hommes saints. Et plus il est saint, moins il souffre de trouble de l’esprit. Ps 119,165 dit 'Ceux qui aiment votre loi jouissent d’une grande paix, et il n’y a point pour eux de scandale', la paix est parfaite dans les bienheureux, comme il est dit dans Is 66,12 'Je vais faire couler sur elle comme un fleuve de paix, etc.' Mais parce que notre cœur ne peut être étranger à toute perturbation si ce n’est par Dieu, il faut que cela se fasse par lui. C’est pourquoi il dit : de Dieu. » 
  • →Cajétan Ep. Pauli al. apost. : La paix est la tranquillité de l’ordre : la « paix de Dieu » ne résulte donc pas d’un jeu de forces naturelles, mais de l’amour de Dieu et pour Dieu.
  • →Mélanchthon Enarr. Phil. : La paix ici est appellée le plaisir de Dieu, par lequel Dieu le Père embrasse tous ceux qui croient au Bien-Aimé et préserve leur affection et leur compréhension de la vraie foi.
  • →Lapide Comm. ep. Pauli : Sur le plan dogmatique, Dieu est la « Paix » même, mais le mot désigne ici plus particulièrement la paix établie par le Christ entre Dieu et les hommes. Sur le plan moral, la paix désigne la tranquillité de la conscience, dont tout chrétien doit apprendre à se servir comme d’un bouclier contre ses ennemis, surtout le diable.  

7a qui dépasse tout entendement Une paix supra-humaine et supra-angélique

  • →Jean Chrysostome Hom. Phil. 15,4,4-7 « Car cette paix surpasse toute intelligence humaine ; et si vous demandez comment, écoutez : quand Dieu nous ordonne d'avoir la paix avec nos ennemis, avec ceux qui nous font un mal injuste, qui nous provoquent, qui nous gardent de la haine, une loi semblable n'est-elle pas au-dessus de tout esprit humain ? »
  • →Marius Victorinus Comm. Phil. 4,7 « Quand la paix de Dieu sera descendu sur nous, nous comprendrons Dieu. »
  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « La paix, selon qu’elle est considérée dans son principe lui-même, dépasse tout sens créé, parce que, comme il est dit dans 1Tm 6,16 'Il habite une lumière inaccessible' ; et dans Jb 36,26 'Certes Dieu est grand, il passe toute notre science, etc.' Et selon qu’elle est dans la patrie, elle dépasse tout sens angélique ; mais selon qu’elle est dans les saints du chemin, elle dépasse tout sens humain de ceux qui n’ont pas la grâce, comme le dit Ap 2,17 'Je donnerai au victorieux la manne cachée, et je lui donnerai encore une pierre blanche, etc.' Donc, cette paix gardera vos cœurs, c’est-à-dire vos affections, pour que vous ne vous écartiez d’aucun bien, comme il est dit dans Pr 4,23 'Appliquez-vous avec tout le soin possible à la garde de votre cœur, parce qu’il est la source de la vie.' Et vos pensées, pour que vous ne déviiez en rien de ce qui est vrai. Et cela, dans le Christ Jésus. Par la charité de celui-ci, l’affectivité est gardée du mal, et par la foi en lui, l’intellect persévère dans le vrai. »

Mystique

5s Résonance biblique

  • →Bernard de Clairvaux Vig. nativ. Dom. 4,10 « Que votre modération soit connue de tous les hommes, dit l’Apôtre, car le Seigneur est proche. Il est juste en effet que soit connue notre modération, de même que fut connue par tous la modération du Seigneur notre Dieu. Quoi de plus inconvenant en effet, pour l’homme conscient de sa fragilité, que d’agir avec démesure alors que ‘le Seigneur de Majesté’ (Ps 29,3) s’est montré modéré au milieu des hommes ? ‘Apprenez de moi, dit-il, que je suis doux et humble de cœur’ (Mt 11,29), de façon que votre modération puisse être connue de tous. Quand à ce qui suit : Le Seigneur est proche, il faut le comprendre de la main droite. Car lui-même dit, en parlant de la gauche : ‘Voici que je suis avec vous jusqu’à la fin du monde’ (Mt 28,20). Oui, le Seigneur est proche, mes frères, n’entretenez aucun souci. ‘Il est tout proche’ (Mc 13,29), et bientôt il va se montrer. Ne défaillez pas, ne vous lassez pas. ‘Cherchez-le tant qu’il se laisse trouver, appelez-le tant qu’il est proche’ (Is 55,6). ‘Proche est le Seigneur des hommes au cœur brisé’ (Ps 34,19), ‘proche de ceux qui l’attendent, de ceux qui l’attendent en vérité’ (Ps 145,18). Et veux-tu savoir à quel point il est proche ? Écoute l’Épouse ; elle chante que ‘l’Époux est là, juste derrière le mur’ (Ct 2,9). Ce mur, comprends que c’est ton corps, un écran qui t’empêche encore de voir celui qui est tout proche. C’est pour cela que Paul ‘a envie de mourir et d’être avec le Christ’ (Ph 1,23), et il s’écrie en se lamentant : ‘Malheureux homme que je suis ! Qui me délivrera de ce corps de mort’ (Rm 7,24) ? » (SC 480,283).

7a la paix de Dieu, qui dépasse tout entendement

Déplacée dans la bouche de Syméon

  • →Guerric d’Igny Serm. (« 3e sermon pour la Purification ») met ces paroles dans la bouche de Syméon et développe son cantique : « Maintenant, Seigneur, laisse aller en paix ton serviteur selon ta parole, après que mes yeux ont vu ton salut (Lc 2,29-30), qui est notre paix et qui fait l’unité, non seulement entre le Juif et le gentil, mais encore entre Dieu et l’homme, et, en l’homme, entre l’esprit et la chair. Désormais, ton serviteur ne conserve plus qu’un seul désir : de dormir et reposer en l’unité de la paix (Ps 4,9), et que la paix de Dieu qui surpasse tout sentiment m’absorbe tout entier dans l’harmonie de cette suprême et simple unité. Elle est venue, la paix que j’ai attendue. Que repose en la paix celui qui a cherché la paix et s’est toujours appliqué à poursuivre ce qui touche à la paix ! » (SC 166,349).

Liée à la glorification de la chair

  • →Bernard de Clairvaux Adv. Dom. 6,6 « ‘Mon âme a soif de toi, et combien plus encore ma chair aspire après toi’ (Ps 63,2) ! C’est ainsi que l’âme du Prophète désirait le premier avènement par lequel, elle le savait, elle serait rachetée. Mais sa chair bien plus encore désirait le dernier avènement et sa propre glorification. Alors ‘nos désirs seront comblés’, et ‘toute la terre sera pleine de la gloire du Seigneur’ (Ps 72,19 ; Is 6,3). À cette gloire, à cette béatitude, à cette paix enfin qui surpasse toute intelligence, que le Seigneur lui-même veuille nous conduire en sa miséricorde, et ‘qu’il ne déçoive pas notre attente’ (Ps 119,116), ‘lui, le Sauveur que nous attendons, Jésus-Christ’ (Ph 3,20) notre Seigneur ‘qui est au-dessus de tout, béni pour les siècles’ (Rm 9,5) » (SC 480,187.189).

À contempler, à désirer, à défaut de la posséder dans ce monde

  • →Bernard de Clairvaux Vig. nativ. Dom. 2,1 « soyez de véritables hommes de Juda, et soyez aussi la véritable Jérusalem, et vous n’aurez plus rien à craindre. Car Jérusalem, c’est la vision de paix ; vision, mais pas encore possession, car ‘le Seigneur a établi la paix à son terme’ (Ps 147,14), et non pas à son début ni en son milieu. Si donc vous ne possédez pas la paix, ou plus exactement puisque, en ce monde, vous ne pouvez posséder la paix parfaite, mais seulement la voir, regardez-la, contemplez-la, désirez-la. Que les yeux de votre cœur soient tournés dans cette direction. Que votre intention ait pour visée la paix, en sorte que ‘tout ce que vous faites’ [cf. Col 3,23], vous le fassiez par désir de cette paix qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer. En toutes choses, n’ayez qu’un but : ‘être réconciliés’ (Rm 5,10) et ‘en paix avec Dieu’ (Rm 5,1) » (SC 480,215.217).

Au-delà de la paix sur terre

  • →Bernard de Clairvaux Vig. nativ. Dom. 4,8 « ‘ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment, l’œil ne l’a pas vu, l’oreille ne l’a pas entendu, et cela n’est pas monté au cœur de l’homme’ (1Co 2,9). Il s’agit en effet, ‘d’une lumière inaccessible’ (1Tm 6,16), d’une paix qui surpasse toute intelligence [...]. Non, l’œil n’a pu voir cette lumière inaccessible, ni l’oreille entendre l’annonce de cette paix incompréhensible. Certes, ‘ils sont beaux, les pas de ceux qui annoncent la bonne nouvelle de la paix’ (Rm 10,15), mais bien que ‘leur voix ait résonné par toute la terre’ (Ps 19,5), pourtant cette paix qui surpasse toute intelligence, ils n’ont pu en saisir la grandeur, ni la transmettre aux oreilles d’autrui. Paul lui-même dit en effet : ‘Frères, je ne me flatte pas de l’avoir saisie’ (Ph 3,13). Or ‘la foi vient de l’écoute, et ce qu’on écoute, c’est la Parole de Dieu’ (Rm 10,17) ; il s’agit de la foi et non de la vision, de la promesse et non du don de la paix. Au vrai, il y a bien aussi dès maintenant ‘la paix sur la terre pour les hommes de bonne volonté’ (Lc 2,14). Mais qu’est cette paix-ci à côté de la plénitude et de l’excellence de cette paix-là ? C’est pourquoi le Seigneur lui-même dit : ‘Ma paix, je vous la donne ; ma paix, je vous la laisse’ (Jn 14,27). Ma paix, celle qui surpasse toute intelligence, et qui est une paix au-delà de la paix, vous n’êtes pas encore capables de la recevoir. Aussi, ce que je vous donne, c’est la patrie de la paix ; ce que je vous laisse dans l’entre-temps, c’est le chemin de la paix » (SC 480,277).

Lien entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit

  • →Julien de Vézelay Serm. 9 « Ce Roi, c’est le roi de la cité sainte, Jérusalem, objet des désirs et des soupirs du cœur de tant de nos pieux frères. Jérusalem – son nom exprime ce qu’elle est en réalité – veut dire ‘vision de paix’, de cette paix qui surpasse toute intelligence. La paix qu’on y voit régner, c’est celle du Père, du Fils et du Saint-Esprit : bien qu’ils soient trois, ils y conservent cependant, dans leur admirable identité de nature, ‘l’unité de l’esprit par le lien de la paix’ (Ep 4,3). Aucun choc d’événement extérieur n’est capable d’altérer cette paix. Que s’écroule le monde, que toute la création s’évanouisse et retourne au néant, la paix de l’esprit de Dieu (pax divinae mentis) subsiste immuable en son état. Cette paix, la créature peut la contempler, elle ne peut la posséder en elle de son propre fonds. Par le fait même qu’elle contemple avec émerveillement une paix qui la dépasse, elle emprunte à autrui cette paix, puisqu’elle est toute tendue vers un autre qu’elle même. [...] C’est donc en lui, le roi de Jérusalem, c’est-à-dire de la vision de paix, de cette paix qui surpasse toute expérience humaine parce qu’elle déborde tous les cœurs qu’elle accueille ; qui surpasse toute expérience humaine parce que, pour ainsi dire, une créature peut bien la ressentir partiellement, intégralement jamais » (SC 192,215).

Assimilée à la charité et à la bonté divine

  • →Cabasilas Vita 1,7 « De même en effet que la philanthropie de Dieu est indicible, et que sa charité [agapê] pour notre race dépasse l’entendement [logon] humain et n’est assortie qu’à la bonté [agathotêti] divine – car c’est elle, la paix de Dieu qui surpasse toute intelligence –, de même, par suite, son union avec ceux qu’il aime dépasse toute union qui se puisse concevoir, et ne souffre aucune comparaison » (SC 355,81.83).

Musique

4–7 Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur.   Rejoice in the Lord always

16e s.

  • Giaches de Wert, Gaudete in Domino (1581)

Giaches de Wert (1535-1596), Gaudete in Domino, 1581

Ross W. Duffin (dir.), Quire Cleveland

© Licence YouTube standard→, Ph 4,4

Paroles
Gaudete in Domino semper, iterum dico, gaudete.

Réjouissez-vous dans le Seigneur toujours, je le dis encore, réjouissez-vous.

Compositeur

Compositeur franco-flamand, Giaches de Wert passa la majeure partie de sa carrière en Italie. Il mourut à Mantoue et est reconnu comme l'un des plus grands madrigalistes de la période tardive.

  • Anonyme, Rejoice in the Lord always

Anonyme, Rejoice in the Lord always

© Licence YouTube standard→, Ph 4,4-7

Paroles

Rejoice in the Lord always: and again I say, Rejoice. Let your softness be known unto all men. The Lord is at hand. Be careful for nothing; but in every thing by prayer and supplication with thanksgiving let your requests be made known unto God. And the peace of God, which passeth all understanding, shall keep your hearts and minds through Christ Jesus.

Réjouissez-vous dans le Seigneur toujours, je le dis encore, réjouissez-vous. Que votre douceur soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche. Ne vous inquiétez de rien ; mais en chaque chose par la prière et la supplique avec action de grâces, que vos demandes soient portées à la connaissance de Dieu. Et la paix de Dieu, qui surpasse tout entendement, gardera vos cœurs et vos esprits dans notre Seigneur Jésus Christ. 

17e s.

Henry Purcell (1659-1695), Rejoice in the Lord always Z 49, 1685

David Skinner (dir.), Sidney Sussex College choir

© Licence YouTube standard→, Ph 4,4-7

Paroles

Rejoice in the Lord alway, and again I say rejoice. Let your moderation be known unto all men. The Lord is at hand. Be careful for nothing; but in every thing by prayer and supplication with thanksgiving, let your requests be made known unto God. And the peace of God, which passeth all understanding, shall keep your hearts and minds through Jesus Christ our Lord.

Réjouissez-vous dans le Seigneur toujours, je le dis encore, réjouissez-vous. Que votre modération soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche. Ne vous inquiétez de rien ; mais en chaque chose par la prière et la supplique avec action de grâces, que vos demandes soient portées à la connaissance de Dieu. Et la paix de Dieu, qui surpasse tout entendement, gardera vos cœurs et vos esprits dans notre Seigneur Jésus Christ. 

Compositeur

Immense musicien et compositeur anglais, Henry Purcell est né et mort à Londres dans le quartier de Westminster. Il a incorporé à sa musique des éléments des styles baroques français et italien, mais a développé un style anglais particulier.