La Bible en ses Traditions

Philippiens 4,8–9

Byz V TR Nes
S

8 Pour le reste frères

tout ce qui est vrai

tout ce qui est noble

tout ce qui est juste

tout ce qui est pur

tout ce qui est aimable

tout ce qui est honorable

si il y a quelque vertu 

Byz TR Neset si il y a quelque louange

continuez à considérer ceci.

8 Désormais mes frères

ce qui est vrai

ce qui [est] noble

ce qui [est] juste

ce qui [est] pur

ce qui [est] aimable

ce qui [est] honorable

si [il y a] quelque acte de gloire 

et [digne] de louange

[continuez à] considérer ceci.

8 Retenir ce qui est bon Rm 12,2 ; 1Th 5,21
Byz V S TR Nes

9 Ce que vous avez appris

et reçu, et entendu, et vu en moi,

pratiquez-le,

et le Dieu de la paix sera avec vous.

9d Dieu de la paix Références en marge Ph 4,7a 9abc Imitation de l’Apôtre Références en marge Ph 3,17a

Propositions de lecture

2–23

Structure

4,2-9 est composé de trois parties
  • exhortation à la concorde entre Évodie et Syntychè (v.2-3) ;
  • appel à la joie et à la confiance dans le Seigneur (v.4-7) ;
  • invitation à penser et agir en chrétien à l’exemple de Paul (v.8-9).
4,10-20 est formé de trois unités thématiques
  • joie de Paul pour le don et son style de vie (v.10-13) ;
  • la vraie valeur du don des Philippiens (v.14-17) ;
  • la récompense de Dieu (v.18-20).
4,21-23 est le postscriptum de la lettre

Mouvement de la parénèse finale

  • v.2-9, comme conclusion du corpus de la lettre, est une série d’exhortations de différents caractères, juxtaposées les unes aux autres par une accumulation. L’objet de ces exhortations reste général, sans qu’on puisse savoir avec précision ce que les Philippiens doivent faire. Ceci est caractéristique de la parénèse chez Paul. Il remet souvent au discernement des chrétiens et à l’illumination divine la concrétisation des valeurs qu’il présente (Tradition chrétienne Ph 4,9c).
  • v.10-20 forme l’épilogue de la lettre (cf. 1,3-11 pour les expressions communes) dans lequel Paul mentionne le don reçu des Philippiens par l’intermédiaire d’Épaphrodite. Un remerciement en fin d’épître est à première vue problématique. Certains auteurs ont émis l’hypothèse que ce texte était une lettre en elle-même. De fait, ce n’est pas un véritable remerciement (le verbe eucharisteô manque), en outre, dans l’Antiquité, cet élément n’est pas toujours à la fin de la lettre. Paul le renvoie à la fin pour indiquer son indépendance et la gratuité du don chrétien, soulignant que l’aide des Philippiens est fruit de leur accueil de l’Évangile (Procédés littéraires Ph 4,15–19).
  • En v.21-23 Paul salue chacun des fidèles de Philippes en son nom propre et au nom de chrétiens vivant à proximité de son lieu de détention.

Texte

Critique textuelle

8 louange Addition D* F G a vgcl Ambrosiaster : de la connaissance.

Vocabulaire

8 vertu Terme philosophique rare dans le NT Aretê ne se trouve que cinq fois dans le NT (ici donc, et en 1P 2,9 ; 2P 1,3.5[x2]). Textes anciens Ph 4,8

9b reçu Connotation théologique Terme technique pour désigner le processus de la tradition. Il est fait ici référence aux instructions et dispositions pratiques transmises par Paul (cf. 1Th 4,1; 2Th 3,6). Tradition juive Ph 4,9

Grammaire

8 ceci Analepse qui se réfère aux six éléments qui précèdent immédiatement (« tout ce qui »…).

9a Ce que ne doit pas être interprété en un sens adversatif. Il est lié à « ceci » du v.8, mais il est aussi en relation avec « ceci » au v.9.

Procédés littéraires

8s Accumulation Les v. sont marqués par deux listes de syntagmes juxtaposés l’un à l’autre. Au v.8, avec l’asyndète, les syntagmes évoquent un système de valeurs communément acceptées par la société, valeurs que les chrétiens de Philippes sont appelés à considérer. Au v.9, avec le polysyndète, les syntagmes signifient que les Philippiens ont toutes les facilités pour savoir comment se comporter en écoutant et regardant la vie de Paul. En outre, ces syntagmes sont rimés, ce qui peut faciliter la scansion voire la mémorisation de cette brève leçon morale. Le texte de la Peshitta (v.8-10), par exemple, présente huit rimes en -n puis huit rimes en -wn, ces deux groupes entourant la locution centrale « acte de gloire/et [digne] de louange ». 

Genres littéraires

8s Consolatio Dans ce genre littéraire, l’auteur invite le lecteur à mettre à distance les pensées tristes (comme celles évoquées en v.6-7) pour adhérer aux choses belles (cf. →Cicéron Tusc. 3,35-37).

Contexte

Textes anciens

8 vertu Parallèle stoïcien Dans le contexte gréco-romain, la vertu indiquait l’excellence morale d’une personne et les stoïciens la tenaient comme particulièrement importante.

  • →Diogène Laërce 7,87 « C'est pour cela que Zénon dit dans le Traité de la nature humaine qu'on doit se proposer pour fin de vivre conformément à la nature, ce qui revient à dire d'après les lois de la vertu » ; 7,94 « [les stoïciens] distinguent encore le bien proprement dit qu'ils définissent : la perfection dans la nature de l'être raisonnable en tant que raisonnable ; c'est la vertu. En second lieu, la conformité au bien, et sous ce titre ils comprennent les actions honnêtes et les hommes vertueux. »

9b entendu et vu en moi Parallèle stoïcien La cohérence entre le dire et le faire est importante dans la tradition stoïcienne : 

  • →Sénèque Ep. 34,14 « Tu feras en sorte que tous tes actes et toutes tes paroles soient cohérents, consonants et aient une seule marque. Elle n’est pas honnête l’âme de l’homme dont les actions ne concordent pas ».

Littérature péritestamentaire

8b ce qui est vrai

  • →Ep. Lao. 15 « Les choses qui sont saines, vraies, vertueuses, justes, et aimables, celles-là pratiquez-les. »

9b reçu et entendu

  • →Ep. Lao. 16 « Ce que vous avez entendu et accepté, gardez-le dans votre cœur, et vous serez paisibles. »

Réception

Tradition juive

9b reçu Importance de la transmission dans l’auto-représentation du judaïsme

  • →m. ’Abot 1,1 « Moïse reçut la Loi sur le Sinaï et la transmit à Josué, et Josué aux anciens, et les anciens aux prophètes, et les prophètes la transmirent aux hommes de la grande assemblée. »

Tradition chrétienne

8 vertu Nécessité et contenu d’une morale chrétienne

  • →Jean Chrysostome Hom. Phil. 15,4,9 « Comme il est absolument impossible de définir par le menu tous les devoirs, nos allées et venues, nos conversations, notre extérieur, nos habitudes intimes, et que toutefois le chrétien doit tout régler, saint Paul les résume. »
  • →Brenz Expl. Phil. : Un mot grec suffit à résumer l'équilibre à trouver : epieikeia qui dénote la modération ; il s’agit d’adoucir la sévérité de la Loi. On dit bien summum ius summa iniuria (→Cicéron Off. 1,33, « Zu scharpf macht schertig »). Dans l’intérêt de la société, quand on applique le droit, on doit faire place au pardon et à un certain adoucissement et bannir la cruauté.
  • →Mélanchthon Enarr. Phil. : Le contenu de la vertu, ce sont les dix commandements. Il est bon que soit ici présentée une liste de vertus en bonne et due forme : cela donne une juste mesure aux devoirs dont on doit porter le fardeau.

8 aimable Ou : « modéré »

  • →Mélanchthon Enarr. Phil. s’efforce de trouver le mot grec sous le mot amabilia de la Vulgate : non pas le prosphilê du texte, mais plutôt le terme epieikeia qui lui semble rendre le sens de la pensée paulinienne. Il désigne une forme de modération, comme celle de David en 2R 19 ou de Cyrus selon Xénophon. 

Théologie

8b tout ce qui est vrai MORALE Sens de l’énumération selon Thomas d’Aquin

Une théorie de l’acte bon ?

→Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Quand il dit ensuite : Que tout est vrai, etc., il ordonne leur action, et d’abord il les amène à bien agir, quand il donne l’objet de leur action, à savoir le bien qui est à faire, puis il donne le motif de l’acte, troisièmement, l’acte, quatrièmement le fruit de l’acte. Ces quatre choses sont développées ici.

L’objet de l’acte bon

est ou l’objet de la connaissance, ou celui de l’affection. Pour l’intelligence, c’est le vrai, pour l’affectivité c’est le bien. Et c’est pourquoi il dit : Que tout, c’est-à-dire, du fait que vous êtes ainsi affermis, réfléchissez à tout ce qui est vrai par la foi, comme il est dit dans Za 8,19 'Aimez seulement la vérité et la paix.' Mais quant à l’affectivité, il faut savoir que certaines choses relèvent de la nécessité de la vertu, d’autres sont surajoutées. Trois éléments sont nécessaires à la vertu : premièrement que l’homme soit intègre en lui-même. Et sur ce point, il dit : Tout ce qui est honorable, c’est-à-dire chaste, comme il est dit dans Jc 3,17 'Mais la sagesse qui vient d’en haut est premièrement chaste, etc.' Deuxièmement, il faut qu’il soit bien réglé vis-à-vis du prochain ; c’est pourquoi il dit : Tout ce qui est juste, etc., selon Mt 5,6 'Bienheureux ceux qui sont affamés et altérés de justice, etc.' Troisièmement, il faut qu’il soit ordonné à Dieu ; d’où le fait qu’il dise : Tout ce qui est pur. Ainsi dans Lc 1,75 'Nous le servirons sans crainte, dans la sainteté et la justice, nous tenant en sa présence tous les jours de notre vie, etc.'

Deux objets s’ajoutent à ce qui est nécessaire : d’abord que l’homme soit porteur d’amitié ; deuxièmement qu’il garde une bonne renommée. Concernant le premier point, il dit : Tout ce qui est aimable, c’est-à-dire, tout ce qui mène à une amitié mutuelle. Si 7,39, le recommande 'Ne soyez point paresseux à visiter les malades ; car c’est ainsi que vous vous affermirez dans la charité' ; et Pr 18,24 'L’homme dont la société est agréable sera plus aimé que le frère'. Pour le second point, il dit : Tout ce qui est de bonne renommée. En effet, beaucoup de choses peuvent être faites avec une bonne conscience, qui, cependant, doivent être évitées à cause de la renommée, selon Si 41,15 'Ayez soin de vous procurer une bonne réputation, car ce vous sera un bien plus stable que mille trésors grands et précieux.'

Le motif de l’action

est double. Il y a d’abord l’inclination intérieure de l’habitus ; puis la discipline extérieure ou l’instruction. Pour le premier, il dit : S’il est quelque vertu, c’est-à-dire que l’habitus de vertu qui est en vous vous conduise à agir, comme il est dit dans Si 44,6 : 'Ils ont été riches en vertu, ils ont aimé avec ardeur la véritable beauté, et ils ont gouverné leurs maisons en paix.' Pour le second, il dit : S’il est quelque louange, c’est-à-dire s’il y a en vous une discipline louable, faites-le bien, d’après Ps 119,66 : 'Enseignez-moi la bonté, la discipline, et la science, etc.'

Et il explique quelle est cette discipline, en disant : Que ce soit là l’objet de vos pensées, à savoir : Ce que vous avez appris de moi quand je vous enseignais. Il est dit dans Mt 11,29 'Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur, etc.' ; et 1Th 2,13 'Ayant entendu la parole de Dieu que nous vous prêchions, vous l’avez reçue, non comme la parole des hommes, mais comme étant, ainsi qu’elle l’est véritablement, la parole de Dieu, etc.' Et ce que vous avez vu faire à moi-même, par les exemples. Ainsi, en effet, apparaissent le motif et l’objet de l’acte, parce que la discipline s’acquiert par la doctrine. Et il faut qu’elle soit d’abord reçue ; c’est pourquoi il dit : Que ce soit là l’objet de vos pensées. Puis qu’on y adhère, d’où le fait qu’il dise : Ce que vous avez appris et reçu de moi. Enfin, il faut la posséder par l’ouïe et par la vue ; d’où : Ce que vous m’avez entendu dire et vu faire à moi-même.

L’acte bon

est double, c’est-à-dire qu’il y en a un intérieur, qui est évoqué ici : Que ce soit là l’objet de vos pensées, comme dans 1Tm 4,15 : 'Méditez ces choses' ; l’autre est extérieur : Pratiquez-le, selon Is 1,16 'Cessez de faire le mal, apprenez à faire le bien, etc.'

Le fruit

est Dieu : Et le Dieu de paix, etc. ; comme pour dire : Si vous faites cela, Dieu sera avec vous, selon qu’il est dit dans 2Co 13,11 'Vivez dans la paix ; et le Dieu d’amour et de paix sera avec vous.' »

Musique

8 Il a sauvé le pauvre

18e s.

Georg Friedrich Händel (1685-1759), The ways of Zion do mourn HWV 264-07 She deliver'd the poor, 1737

John Eliot Gardiner (dir.), Monteverdi Choir and Orchestra

© License YouTube Standard→, Jb 29,12  Si 36,23 Ph 4,8

9 Soyez mes imitateurs et ceux du Seigneur

21e s.

Carlotta Ferrari (1975), Imitatio (Poème symphonique pour orgue inspiré de l'Imitation du Christ), 2016

Carson Cooman

© Licence YouTube Standard→, 1Co 11,1 ; Ph 3,17 ; Ph 4,9 ; 1Th 1,6 ; 2Th 3,7ss

Composition

«Imitatio» est un poème symphonique inspiré de «L'imitation du Christ», du théologien hollandais du Moyen Âge tardif Thomas à Kempis (vers 1380–1471). Chacun des quatre mouvements est inspiré d'un principe du livre.

Livret

1. Conscience de soi 2. Humble soumission 3. Gratitude 4. Consolation intérieure