La Bible en ses Traditions

Genèse 2,7

M S Sam
G V

Et YHWH

Sle Seigneur Dieu façonna l’homme de la poussière du sol

et il souffla dans ses narines une respiration de vies

et l’homme devint une âme vivante.

Le Seigneur Dieu

GEt Dieu façonna alors l’homme de la poussière de la terre

et il insuffla en sa face un souffle de vie

et l’homme devint une âme vivante.

Réception

Arts visuels

2,1–3,24 PERSONNAGE Adam

Une représentation antique d'Adam

Adam et Eve (fresque, 300-337), Catacombes de Marcellin et Pierre (Rome)

© Domaine public→, Gn 2,16

Cette représentation d’Adam et Ève compte parmi les premières représentations d’Adam et Ève. Placés de chaque côté de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, Adam et Ève cachent leur nudité et se tiennent tête inclinée, yeux baissés, honteux de la faute qu’ils viennent de commettre.

1. Attributs iconographiques

  • Jeune adulte séduisant et le plus souvent nu.
  • Dans les représentations après le péché, Adam tient une feuille de vigne ou de figuier pour cacher sa nudité. Il peut être habillé d’une peau de bête. 
  • Dans certaines iconographies paléochrétiennes un agneau et une gerbe de blé, fruits du labeur de l’homme, accompagnent Adam pour représenter les conséquences du péché (Gn 3,19).
  • Adam est parfois représenté avec sa pelle ou sa houe.

 Statue d'Adam (1260), Notre-Dame de Paris, Musée national du Moyen Âge

Photo : Thesupermat © CC-BY-SA-3.0→

Cette statue d'Adam nu est la preuve que les médiévaux connaissaient bien l'anatomie humaine : les muscles, les côtes, correspondent à la réalité.

2. Iconographie narrative

  • La création d’Adam (Gn 1,26-31 ; 2,7,21-22 ; Arts visuels Gn 2,7s).
  • Adam nomme les animaux (Gn 2,20 ; Arts visuels Gn 2,20).
  • La création d’Ève tirée d’Adam (Gn 2,21-22) : Adam est représenté endormi et la femme émerge de sa cage thoracique. Parce que Dieu crée par sa Parole, dans les représentations médiévales, c’est le Verbe, sous les traits de Jésus, qui préside à la création d’Adam et Ève. Dans les représentations modernes, c'est Dieu le père, sous les traits d’un vieillard à barbe qui crée (Arts visuels Gn 1,26–31).
  • Adam et Ève au paradis terrestre avant le péché (Gn 1,26-30 ; Arts visuels Gn 2,15).
  • La chute (Gn 3,1-24) : dans l’art paléochrétien, Adam et Ève sont d’abord représentés uniquement avec l’arbre puis avec le serpent qui s’entortille sur l’arbre. À l’époque médiévale, Adam est placé à gauche de l’arbre et Ève est représentée à droite en train de prendre le fruit ou de le passer à Adam. À partir du 13e s., le serpent est représenté avec un visage de femme (la représentation la plus illustre est celle du panneau de Michel-Ange dans la chapelle Sixtine : Arts visuels Gn 2,1–6).
  • Confrontation entre Dieu et Adam et Ève, après le péché (Gn 3,7-10) : face à Dieu le Père qui apparaît dans le ciel, Adam et Ève, vêtus d’une ou plusieurs feuilles de figuier (ou feuille de vigne), pleurent. Parfois ils montrent de leurs mains celui qu’ils accusent. Dans certains cas, leurs vêtements sont fait de peau : Arts visuels Gn 3,8.
  • Adam et Ève chassés du paradis terrestre (Gn 3,24) : Adam et Ève, le visage accablé, sont chassés par un ange portant une épée à la main (Arts visuels Gn 3,24).
  • Le travail pénible d’Adam et Ève (Gn 3,17-18) : Adam est représenté avec une pelle ou une houe en train de travailler la terre ; Ève, assise, file le lin ou la laine puisqu'elle porte une quenouille (Arts visuels Gn 3,17–23).
  • Adam et Ève et leurs enfants (Arts visuels Gn 4,1s).
  • Adam et Ève découvrant Abel mort (Gn 4,8.10.25 ; Arts visuels Gn 4,8).
  • La mort d’Adam (Gn 5,5 ; Arts visuels Gn 5,5).
  • Le Christ descend chercher Adam et Ève aux enfers : le Christ ressuscité descend chercher ceux qui l’ont précédé dans la mort. Adam et Ève sont les premiers qu’il fait sortir. Adam porte souvent une barbe et des cheveux longs blancs. En Orient, le couple est vêtu, tandis qu’en Occident il est parfois représenté nu (Arts visuels Ps 130,1–8 ; Arts visuels Mt 28,1–20 ; →Descente aux enfers).

Caravage, La Madone au serpent (ou La Madone des palefreniers), Galerie Borghèse (Rome)

© Domaine public→, Gn 2,16 ; 3,15

3. Iconographie typologique

Adam/L’homme pécheur 

Parce qu'Adam a fait entrer le péché dans le monde, l'homme pécheur est assimilé à Adam. 

  • Dans La vocation de saint Matthieu de Caravage (Arts visuels Mt 9,9), le doigt de Jésus, prolongé par le doigt de Pierre, chef de l’Église, rappelle le doigt du Créateur qui donne la vie à Adam dans le tableau de Michel-Ange (Arts visuels Gn 2,7). Matthieu, considéré comme un pêcheur public, est appelé à renaître à la vie en suivant le Christ, qui l'appelle. 
  • Osée et sa femme infidèle Gomer (Os 1-2) sont mis en relation avec Adam et Ève, premier couple humain (Gn 2 ; Arts visuels Gn 1,26–31).
Adam/L’humanité entière
  • Le crâne d’Adam est souvent représenté au pied de la Croix dans l'iconographie chrétienne (Arts visuels Mt 27,35–56), en référence au lieu de la crucifixion de Jésus, le Golgotha, qui signifie « lieu du crâne » (sans doute en raison de la forme  du rocher : Vocabulaire Mt 27,33b). Les chrétiens ont vu dans ce nom, une image d'Adam par qui l'humanité est devenue pêcheresse et a connu la mort. En mourant sur la Croix, Jésus répand son sang sur l'humanité entière, symbolisée par le crâne d'Adam, afin de lui rendre la vie. 
Adam/Le Christ, nouvel Adam

Rapprochement entre Adam et Jésus Christ:

  • Les artistes médiévaux représentent  souvent le créateur avec le visage de Jésus Christ, Verbe de Dieu.   Adam, créé à l’image de Dieu, apparaît sous les même traits (Arts visuels Gn 2,18–25).
  • L’Annonciation : les peintres mettent en parallèle sur un même tableau Adam et Ève chassés du paradis terrestre et l’annonce faite à Marie, pour montrer qu’à l’Incarnation, c’est la rédemption de l’homme qui commence (Arts visuels Lc 1,38).
  • La Vierge à l’enfant : il n’est pas rare de voir représenté dans les bras de Marie un enfant Jésus tenant dans ses mains un fruit en référence au fruit de l’arbre du bien et du mal (Gn 3). Sur l’œuvre de Lucas Cranach l'Ancien, l’enfant et sa mère sont même placés sous un pommier, comme l’étaient Adam et Ève lors de la chute (Arts visuels Gn 3,15).
  • La crucifixion et la déposition de la Croix: pour symboliser l’humanité unie par Dieu à son amour trinitaire, Georges Desvallières, dans son tableau Nouvelle Alliance, représente Dieu le Père devant la croix glorieuse de son Fils, unissant Adam et Ève en joignant leurs mains. C'est une nouvelle naissance (Arts visuels Gn 1,26–31). Dans le diptyque de Vienne, Adam et Ève mangeant le fruit défendu et la déposition de Jésus de la croix sont mis en parallèle (Arts visuels Gn 3,23s).

Musique

1,1–2,7 Dieu créa le ciel et la terre La Création en musique : pour donner voix au commencement Comme si le récit de la création portait en lui-même une vocation sonore, Gn 1-2 a invité chaque époque à trouver dans son propre langage musical une forme pour dire le geste de Dieu sur le chaos.

20e s.

Lux Aeterna de Ligeti : la lumière avant d'être nommée

Rendue mondialement célèbre par son utilisation dans 2001 : L'Odyssée de l'espace de Stanley Kubrick (1968), Lux Aeterna de Ligeti dépasse le cadre cinématographique pour rejoindre l'une des questions les plus anciennes de la Bible : d'où vient la lumière, et comment naît-elle du chaos ?

Ligeti traite la lumière par ce qu'il appelle la micropolyphonie, qu'il décrit comme « une polyphonie complexe des parties individuelles, incarnée dans un flux harmonique dans lequel les harmonies ne changent pas soudainement mais fusionnent les unes dans les autres, une combinaison d'intervalles se brouillant progressivement » (Ligeti, « À propos du Concerto de chambre » dans L'atelier du compositeur, Éditions Contrechamps, 2013, pp. 258-259).

Les seize voix a cappella tissent une toile sonore dont les dimensions semblent cosmiques, forçant l'auditeur à reconsidérer sa perception du temps et de l'espace. Les ténèbres et la lumière n'ont pas encore été séparées, quelque chose d'incertain et de lumineux commence à sourdre du chaos...

György Ligeti (1923-2006), Lux Aeterna, 1966

Helmut Franz (dir.), Chor des Norddeutschen Rundfunks

© License YouTube Standard→, Gn 1,1–2,7

In the Beginning de Copland : la création murmurée dans un souffle a cappella

In the Beginning est une œuvre de dix-sept minutes pour mezzo-soprano soliste et chœur mixte a cappella à huit voix, composée en 1947 pour un symposium de critique musicale à Harvard, sur le texte intégral de Gn 1,1-2,7 dans la version King James.

Copland a expliqué sa démarche simplement : « Je cherchais un style narratif doux, utilisant la formule biblique « Et le jour suivant...» pour clore chaque section ». Ce découpage en sept jours structure l'œuvre de l'intérieur, comme une respiration liturgique qui avance sans se presser.

La musique est empreinte du shuckling juif (cette manière de balancer le corps en récitant la Torah) et mêle polytonalité, références au jazz et au blues, pour produire un récit de la création qui sonne résolument américain sans rien perdre de sa gravité biblique. Copland murmure la création : la voix soliste raconte, le chœur répond, et l'absence d'accompagnement instrumental laisse résonner le texte dans toute sa nudité.

Aaron Copland,  In the Beginning (CD, 2015), 1947

 James Morrow (dir.), Susanne Mentzer (mezzo-soprano), University of Texas Chamber Singers

American Classics, Naxos, © License YouTube Standard→, © NaxosofAmerica

18e s.

Die Schöpfung de Haydn : la joie du Créateur mise en sons

Die Schöpfung est l'acte de foi le plus accompli de Haydn, homme profondément religieux dont la dévotion, selon son biographe Greisinger, était « non pas sombre et souffrante, mais joyeuse et réconciliée ».

L'oratorio en trois parties, pour solistes, chœur et orchestre, suit les six jours de la création tels que les raconte Gn 1-2, complétés par le Paradis perdu de Milton et des psaumes, dans une mise en musique d'une ambition narrative sans précédent. Trois solistes représentent trois anges qui racontent et commentent les six jours de la création du monde selon la Genèse : Gabriel (soprano), Uriel (ténor) et Raphaël (basse).

Le prélude orchestral La Représentation du Chaos, d'une étrange modernité harmonique, dépeint le tohu-bohu de Gn 1,2 avant que l'explosion du chœur sur Et la lumière fut ne produise l'un des moments les plus saisissants de toute la musique occidentale.

Haydn traite le Genèse comme une joie à partager : chaque créature (le lion, le tigre, le ver de terre...) reçoit son propre portrait musical, comme si le compositeur prolongeait lui-même le geste du Créateur en nommant ce qu'il a fait.

Joseph Haydn (1732-1809), Gottfried van Swieten (livret), Die Schöpfung (Hob. XXI:2) [The Creation], 1796-1798

Christopher Hogwood (dir.), Academy of Ancient Music

© Licence YouTube Standard→, Gn 1,1-2,4 Si 16,22-28