La Bible en ses Traditions

Exode 3,1–6

M G V
S Sam

1 Moïse faisait paître le petit bétail

Vtroupeau de Îtrô

GIothor

VJéthro son beau-père, prêtre de Madian 

il mena

Vet comme il avait mené le petit bétail

Vtroupeau derrière le

Gau-delà du

Vau fond du désert

et

Vil vint

Varriva à la montagne M Vde Dieu, l'Ḥōrēb.

G, Chôrêb.

Và Horeb.

1 ..

2 L’ange de YHWH

GUn ange du Seigneur

VLe Seigneur se fit voir à lui

Vlui apparut dans une flamme de feu au milieu du

Gdepuis le buisson.

Il regarda, et voici que

GIl voit que

VEt il vit que le buisson était

Gest en feu mais le buisson

Vqu'il M G Vne se consumait pas.

2 ...

3 Moïse dit : — Je vais faire un détour

G— En passant à côté,

V— J'irai et pour voir

G Vje verrai cette grande vision, pourquoi le buisson ne se consume pas.

3 ...

M V
G
S Sam

4 YHWH vit

VLe Seigneur, voyant qu’il faisait un détour pour voirM et

MDieu l’appela du milieu du buisson M. Il dit :

— Moïse ! Moïse ! Et il répondit : — Me voici.

4 Lorsque le Seigneur vit qu'il s'avançait pour voir,

le Seigneur l'appela du buisson en disant :

— Moïse ! Moïse ! Il dit : — Qu'y a-t-il ?

4 ...

M G V
S Sam

5 Dieu

G VIl dit : — N’approche pas d’ici

ôte tes

Gles sandales de tes pieds

car le lieu sur lequel tu te tiens est une terre sainte.

5 ...

6 Et il Glui dit : — Je suis le Dieu de ton père

le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et

V, le Dieu de Jacob.

Moïse cacha

Gdétourna

Vse cacha son

Vle visage car il craignait de

Vn'osait pas regarder Dieu.

6 ...

Réception

Liturgie

1–10 ICÔNE mariale

CONTEMPLATION Marie embrasée par l'Amour

L'icône traditionnelle de la Mère de Dieu comme Buisson Ardent continue d'être écrite, jusqu'en Occident :

Atelier Notre-Dame, La Mère de Dieu du buisson ardent (détrempe à l'oeuf sur bois, 21e s.)

Vu sur internet→ © D.R. Françoise Coustaury

L’incroyable se produit : l’icône de la Vierge au buisson ardent symbolise l’enfantement par Marie du Christ, feu divin qui, « s’embrasant sans la consumer », rappelle celui de Moïse et s’accomplit en Marie. L’un des losanges est vert, il représente la nature terrestre et végétale du buisson, tandis que le losange rouge figure les flammes qui ne consument pas. La Mère de Dieu est placée au centre d’une étoile verte aux pointes habitées par les symboles des quatre évangélistes : l’aigle, le taureau, le lion, et l’ange-homme. L’étoile est posée sur une grande fleur dont les huit pétales, emplis d’anges, expriment le temps de la création, et de l’accomplissement du monde nouveau au huitième jour, le jour de la Résurrection.

Marie porte l’enfant Jésus mais également sur sa poitrine est représenté le Christ Sauveur du monde. Car en lui tout s’accomplit : Celui qui est humain et divin se manifeste au monde, lui qui unifie la terre et le ciel. De cette icône nous accueillons le grand mystère de la Vie incarnée et du Salut révélé en un feu incandescent d’Amour, buisson de l’éternelle vie donnée ; feu propagé de la Pentecôte, qui communique la foi dans le Christ Vivant. Avec Marie, la lumière s’est levée sur le monde et brille en une étoile sans déclin. « Je vous salue, Marie, splendeur radieuse, étoile du matin, illumine nos nuits… » (J.-M. N.).

Même si la veine semble ici plus « commerciale », le motif continue d'inspirer les iconographes russes :

Philip Davydov, Icon of the Blessed Holy Virgin Mary as the Burning Bush, (tempera sur bois, 2014)

Russie, consulté sur internet→ © D.R. Sacred Murals Studio. 

Musique

1–22 le Seigneur l'appela du buisson Le buisson chante Comment faire chanter un feu qui ne consume pas ? Dans l’Exode, Dieu parle du milieu des flammes ; sur une scène d’opéra, il faut que quelqu’un lui prête sa voix. Rossini la confie à une basse sans nom, et fait du buisson ardent le centre de son premier acte.

19e s.

Un buisson s’enflamme dans le camp des Hébreux. Du feu sort ce que le livret appelle seulement « une voix mystérieuse ». Elle commence comme en Ex 3,4, en appelant Moïse par son nom : « Moïse, approche-toi. »

L’invitation inverse le texte biblique. À l’Horeb, Dieu dit au contraire : « N’approche pas d’ici, ôte tes sandales, car le lieu où tu te tiens est une terre sainte » (Ex 3,5). Le buisson de l’Exode tient Moïse à distance ; celui de Rossini l’appelle à venir. La voix annonce que le Seigneur accomplit sa promesse : c’est la mémoire de l’alliance, quand Dieu se souvient d’Abraham, d’Isaac et de Jacob et entend le cri de son peuple (Ex 2,24 ; Ex 3,7). La scène prend alors un caractère d’exaltation.

Puis vient l’envoi : il faut aller vers Pharaon et se préparer à des fureurs nouvelles. C’est le « Va, je t’envoie vers Pharaon » d’Ex 3,10, et ce sont les fléaux qu’Ex 3,20 annonce déjà : « J’étendrai ma main et je frapperai l’Égypte. »

Gioachino Rossini (1792-1868), Moïse et Pharaon, Acte I scène 3: Moïse, approche-toi, 1827

Fabrizio Maria Carminati (dir.), Górecki Chamber Choir, Orchestre Virtuosi Brunensis

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1–22 Celui qui est Une voix que nul timbre ne peut porter Schönberg refuse de prêter à Dieu une voix humaine unique : celui qui parle du milieu du feu ne peut être ni vu ni représenté, et il faut toute une polyphonie pour le faire entendre.

20e s.

Schönberg compose les deux premiers actes de son opéra entre 1930 et 1932, sur son propre livret ; le troisième ne sera jamais mis en musique. L’œuvre n’est entendue qu’après sa mort, en concert à Hambourg en 1954, puis sur scène à Zurich en 1957.

La première scène s’intitule « La vocation de Moïse ». Elle s’ouvre sur un accord tenu par six voix solistes, presque sans paroles, puis Moïse invoque Dieu : unique, éternel, présent partout, invisible, irreprésentable. Ce sont les attributs que la Bible fait entendre en Ex 3,14, quand Dieu se nomme « Celui qui est ». La voix du buisson est une invention étrange. Schönberg la confie à six solistes qui chantent, mêlés à un chœur qui parle. Le chant et la parole se superposent sans se confondre : Dieu parle à Moïse d’une voix multiple, qu’aucun timbre ne peut saisir à lui seul.

Moïse, lui, ne chante pas. Son rôle est écrit en Sprechstimme, une parole rythmée, notée, mais sans hauteur fixe. C’est l’homme de la bouche lourde qui, dès Ex 3,11, demande : « Qui suis-je pour aller vers Pharaon ? » Dieu lui donnera Aaron, et Schönberg confie Aaron à un ténor lyrique, aisé, séduisant. Celui qui pense ne sait pas chanter ; celui qui chante risque de trahir la pensée.

Toute la partition repose sur une seule série de douze sons. L’unité de Dieu, que Moïse ne parvient pas à dire, est inscrite dans la construction même de l’œuvre.

Arnold Schoenberg (1874-1951), Moses und Aron, 1954

Georg Solti (dir.), Chicago Symphony Chorus & Orchestra

© Licence YouTube standard→, Ex 3 Ex 33 Nb 33