La Bible en ses Traditions

Philippiens 4,10–20

Byz V TR Nes
S

10 J'ai éprouvé une grande joie dans le Seigneur

de ce qu'enfin vous avez fait refleurir vos sentiments d’autrefois à mon égard,

comme vous les aviez bien

mais l’occasion vous manquait.

Vvous étiez occupés.

10  Je me suis réjoui grandement dans notre Seigneur

car vous vous êtes attachés à veiller sur moi

comme vous veilliez [avant]

mais vous n'[en] aviez pas l'occasion 

11 Je ne parle pas poussé par l’indigence.

Moi, en effet, j’ai appris, en toutes situations où je suis, à être autosuffisant.

11 Je ne parle pas en effet à cause de l’indigence

moi, en effet, j’ai appris en ce que je possède à être autosuffisant.

11b autosuffisant 2Co 6,10 ; 9,8 ; 1Tm 6,6 ; He 13,5
Byz V S TR Nes

12 Je sais soit TRensuite être dans la pauvreté

Vhumilié,

soit être dans l’abondance ;

je suis instruit en tous lieux et en toutes choses

tant à être rassasié qu’à avoir faim,

tant à être dans l’abondance qu’à être dans le besoin.

12a pauvreté 1Co 4,11 ; 2Co 11,27

13 Je peux tout dans le Christ

V Nesen celui qui me donne la force.

13 Force du Christ Ph 3,10.21 ; 2Co 12,9-10 ; Ep 6,10 ; Col 1,11.29 ; 2Tm 4,17

14 Toutefois vous avez bien fait de prendre part à ma tribulation.

14 prendre part à Ph 1,5-7 ; He 10,33

15 Et vous savez vous aussi Philippiens

qu’au début de l’annonce de l’Évangile, quand je suis parti de la Macédoine,

aucune Église n’a partagé avec moi un compte de droit et avoir

V Sd'avoir et de droit si ce n’est vous seuls,

15b Macédoine Ac 16,9-12 15c vous seuls  2Co 11,9 Soutien financier Références en marge Ph 2,30c

16 puisque à Thessalonique aussi vous avez envoyé une fois, et même deux, ce qui m'était nécessaire. 

16 Thessalonique Ac 17,1 ; 1Th 1,1 ; 2Th 1,1
Byz V TR Nes
S

17 Non que je recherche le don

mais je recherche le profit qui s’accroît

sur votre compte.

17 Non que je recherche le don

mais je recherche les profits qui s’accroissent

pour vous

17a le don Ph 1,11 ; Rm 15,28 ; 2Co 12,14
Byz V S TR Nes

18 Maintenant j’ai de tout et j’abonde,

j’ai été comblé, ayant reçu d’Épaphrodite vos dons :

parfum de suave odeur,

sacrifice

Vhostie acceptable, agréable à Dieu.

18b Épaphrodite Ph 2,25 18c suave odeur Gn 8,21 ; Ex 29,18 ; Lv 1,9.13.17 ; Si 35,8 ; Ep 5,2

19 Et mon Dieu comblera

Vcomble

chacun de vos besoins

Vdésirs

selon sa richesse glorieuse

Vses richesses glorieuses par le Christ Jésus

SJésus le Christ.

19b richesse + par le Christ Jésus Ph 1,11

20 À notre Dieu et Père la gloire Set l'honneur dans les siècles des siècles. Amen.

20 Louange à Dieu Rm 16,27 ; Ga 1,5 ; Ep 3,21 ; 1Tm 1,17 ; 2Tm 4,18

Propositions de lecture

2–23

Structure

4,2-9 est composé de trois parties
  • exhortation à la concorde entre Évodie et Syntychè (v.2-3) ;
  • appel à la joie et à la confiance dans le Seigneur (v.4-7) ;
  • invitation à penser et agir en chrétien à l’exemple de Paul (v.8-9).
4,10-20 est formé de trois unités thématiques
  • joie de Paul pour le don et son style de vie (v.10-13) ;
  • la vraie valeur du don des Philippiens (v.14-17) ;
  • la récompense de Dieu (v.18-20).
4,21-23 est le postscriptum de la lettre

Mouvement de la parénèse finale

  • v.2-9, comme conclusion du corpus de la lettre, est une série d’exhortations de différents caractères, juxtaposées les unes aux autres par une accumulation. L’objet de ces exhortations reste général, sans qu’on puisse savoir avec précision ce que les Philippiens doivent faire. Ceci est caractéristique de la parénèse chez Paul. Il remet souvent au discernement des chrétiens et à l’illumination divine la concrétisation des valeurs qu’il présente (Tradition chrétienne Ph 4,9c).
  • v.10-20 forme l’épilogue de la lettre (cf. 1,3-11 pour les expressions communes) dans lequel Paul mentionne le don reçu des Philippiens par l’intermédiaire d’Épaphrodite. Un remerciement en fin d’épître est à première vue problématique. Certains auteurs ont émis l’hypothèse que ce texte était une lettre en elle-même. De fait, ce n’est pas un véritable remerciement (le verbe eucharisteô manque), en outre, dans l’Antiquité, cet élément n’est pas toujours à la fin de la lettre. Paul le renvoie à la fin pour indiquer son indépendance et la gratuité du don chrétien, soulignant que l’aide des Philippiens est fruit de leur accueil de l’Évangile (Procédés littéraires Ph 4,15–19).
  • En v.21-23 Paul salue chacun des fidèles de Philippes en son nom propre et au nom de chrétiens vivant à proximité de son lieu de détention.

Texte

Critique textuelle

13 Christ Omission dans Nes V א* A B D* I 33 629 1739 pc lat co Cl.

15a Et Omission dans P46 D* 1505 pc vgms syh.

18b comblé Addition P46 (2495) vgms ajoutent : puis.

19a comblera Variante D* F G Ψ 075 6 33 81 104 326 365 1175 1241s 1505 1739 1881 al latt : comble.

Vocabulaire

10b refleurir Hapax NT Ce verbe suggère l’image du retour de la vie lors de la floraison à la sortie de l’hiver (cf. Si 50,10).

11b autosuffisant Concept philosophique et biblique

  • Adj. issu de autarkeia, concept philosophique, surtout cynique et stoïque, mais aussi biblique (cf. G-Pr 30,8) qui dénote l’indépendance de la personne par rapport aux circonstances externes, dans l’acceptation de ce qu’elle est et de ce qu’elle possède (Textes anciens Ph 4,11b). L’indépendance de Paul repose sur sa complète dépendance vis-à-vis du Christ (v.13).
  • S : spq reprend le dernier verbe du verset précédent.

14 ma tribulation Souffrance conséquente à sa captivité (Vocabulaire Ph 1,17a).

15a Philippiens Le terme grec Philippêsioi n’est pas celui utilisé normalement pour les habitants de Philippes. Il vient du latin Philippenses, soulignant ainsi leur statut de citoyens romains.

15c partagé Le verbe koinôneô dénote une participation financière comme en Rm 12,13 et Ga 6,6.

15c un compte de droit et avoir Litt. « de donner et de recevoir ». L'expression propre au langage commercial est utilisée aussi pour décrire la réciprocité dans les relations humaines (Textes anciens Ph 4,15c). Ici, elle renvoie tant à l’aide des Philippiens qu’à ce qu’ils ont reçu à travers leur évangélisateur.

19b sa richesse Connotation paulinienne Le concept est lié à l’agir salvifique de Dieu en faveur des hommes (Rm 2,4 ; 9,23 ; 11,33 ; Ep 1,18 ; 2,7 ; 3,16 ; Col 1,27).

20.23 Amen Terme hébreu et araméen qui suggère l’idée de réalité et de fermeté. Il exprime l’accord et semble utilisé, dans notre contexte, comme confirmation d’une doxologie par l’assemblée (Liturgie Ph 4,23).

20 siècles Sens Aiôn et les termes bibliques M ‘ôlām et V saeculum, diversement traduits comme « siècle », « éternité », ou « monde », ne désignent jamais simplement une longue durée limitée. Ils peuvent désigner un « espace-temps » qui passe la mesure humaine (→Temporalité divine dans les Écritures) et s'iriser de connotations eschatologiques (→Éons dans l’eschatologie juive).

Grammaire

16 puisque La conjonction hoti, avec valeur déclarative au v.15b (trad. « que »), a ici une valeur causale.

Procédés littéraires

11s Correctio v.11a partie positive, v.11b-12 partie négative. Paul donne cette précision pour éviter que les destinataires pensent que sa joie dépend du don matériel qu’ils ont fait (cf. v.10).

12abde Polysyndète de kai « et », qui lie par paire six infinitifs, soulignant les variations d’une vie marquée par des situations extrêmes.

15–19 compte Métaphore financière filée

  • Elle est tout d’abord utilisée pour décrire le rapport entre Paul et les destinataires (v.15-16 ; Vocabulaire Ph 4,15c partagé ; Textes anciens Ph 4,15c).
  • Puis, reprenant le langage et l’image de Ph 1,11 (Vocabulaire Ph 1,11), Paul veut montrer que le don des Philippiens l’intéresse dans la mesure où il produit leur croissance spirituelle, en vue aussi de l’accomplissement eschatologique (v.17).
  • Enfin, cette métaphore désigne la récompense qu’ils recevront de Dieu pour leur générosité envers Paul (v.18-19 ; Vocabulaire Ph 4,19b).

→Vocabulaire financier chez Paul, en particulier en Philippiens

15a Philippiens Apostrophe Rarement Paul s’adresse directement aux destinataires par leur nom (2Co 6,11 ; Ga 3,1). Il le fait ici comme signe d’attention et d’affection pour les Philippiens.

15b Évangile Métonymie Le syntagme exprime l’objet pour signifier l’intention de le donner.

15c seuls Anastrophe qui souligne le fait que les Philippiens ont été les seuls, au début de l’évangélisation en Europe, à aider Paul.

17 Correctio Paul veut éviter un malentendu (v.17a partie positive ; v.17b partie négative) : exaltant la générosité des Philippiens (cf. v.14-16), il ne veut pas obtenir d’autres dons pour le futur.

18a j’ai de tout Connotations commerciales et philosophiques Dans le langage commercial, l’expression équivaut à une quittance, mais elle est aussi utilisée par le philosophe stoïcien pour affirmer sa propre autosuffisance (Textes anciens Ph 4,18b).

18bcd Métaphore cultuelle filée

  • Utilisant le langage typiquement cultuel de l’AT, Paul affirme, tout en soulignant l’excellence du don des Philippiens, que l’aide qui lui a été accordée est, de fait, un acte de culte rendu à Dieu (pour cette raison, ce sera Dieu qui les récompensera, v.19).
  • Cette métaphore est dans la continuité du langage cultuel déjà présent dans la lettre (Ph 2,15.17 ; 3,3), langage qui souligne l’appel pour le croyant à faire de son existence un culte rendu à Dieu.
  • Cette idée est déjà présente dans l’AT (p. ex. Is 1,10-17 ; Ps 51,19 ; Dn 3,39) et est développée dans le NT (Rm 12,1-2 ; He 13,16 ; 1P 2,5-9). Littérature péritestamentaire Ph 4,18d

1,11 ; 4,19a comblés + comblera — Ironie et inversion des rôles

Paul use fréquemment de l'isotopie financière dans ses lettres

→Vocabulaire financier

Paul débiteur

Paul se présente ici d’abord en débiteur qui règle ses dettes (Ph 1,11 litt. « afin que vous soyez pleinement remboursés [peplêrômenoi] »). Les Philippiens ont en effet subvenu aux besoins de l’Apôtre en vertu des bons offices d’Épaphrodite (Ph 2,25 litt. « [que vous avez] délégué pour venir en aide [leitourgon] à mes besoins » ; cf. Ph 4,16).

Paul créancier

Mais dans la suite de l’épître, à travers l’image du compte courant ici amorcée, dettes et créances vont mystérieusement changer de bénéficiaire (Ph 4,15 « aucune autre Église que vous n’a pris part au partenariat spirituel de ce compte de débit et de crédit [logon doseôs kai lêmpseôs] »). Paul recherche au fond la richesse spirituelle des habitants de Philippes, eux qui sont en fait ses débiteurs (Ph 4,17). Si l’Apôtre se déclare finalement comblé par leurs contributions pécuniaires (Ph 4,18 peplêrômai), ceux-ci seront à leur tour remboursés par Dieu (Ph 4,19 « Mon Dieu règlera la facture [plêrôsei] de tout ce qui vous manque, selon sa richesse, dans la gloire, dans le Christ Jésus »).

19b richesse glorieuse par le Christ Jésus Hendiadys Litt. « en gloire dans le Christ Jésus » (en doxêᵢ détermine le substantif ploutos, assumant la valeur d’adj.). Dieu agit et manifeste sa gloire par le moyen du Christ (à la fois dans le présent et au temps eschatologique).

20 dans les siècles des siècles Clausule temporelle figée Cette formule d'éternité n’apparaît sous cette forme (eis tous aiônas tôn aiônôn) que deux fois dans G (→4 Macc. 18,24 ; Ps 84,5 [Ps-G 83,5]) ; elle semble caractéristique du NT (p. ex. He 13,21 ; 1P 4,11 ; Ap 1,6) et du genre de la doxologie (Genres littéraires Ph 4,20). Elle fut imitée par de nombreux Pères (→Doxologie chez les Pères) et systématisée dans la liturgie (→Doxologie en liturgie). 

20 À notre Dieu + la gloire — Thématique de la gloire Déjà présente dans cette épître (cf. Ph 1,11 ; 2,11), elle culmine ici. 

Genres littéraires

20 Doxologie comportant trois éléments :

  • son destinataire,
  • le contenu de la louange,
  • un syntagme temporel.

Imité dès les premières générations chrétiennes (→Doxologie chez les Pères), ce genre allait connaître un succès immense dans les liturgies (Liturgie Ph 4,20 ; →Doxologie en liturgie). 

Contexte

Repères historiques et géographiques

15b Macédoine La première mission de Paul en Macédoine eut lieu durant le second voyage missionnaire, en l’an 50 environ (Ac 16-17) : →Paul : éléments pour une biographie.

Textes anciens

11b autosuffisant Parallèle stoïcien

  • →Sénèque Vita 6,2 « Être heureux, c’est se contenter de son sort présent, quel qu’il soit, et aimer ce que l’on a. »

12s Idéal stoïcien de l’indifférence Les stoïciens insistaient sur le fait qu’il n’y avait qu’une seule chose bonne : la vertu. Tout le reste, biens extérieurs compris, était indifférent (adiaphora) :

  • →Cicéron Fin. 3,53-54 « Puisque tout ce qui est bien occupe la première place, il faut nécessairement que ne soit ni un bien ni un mal ce que nous appelons ‘préférable’ ou ‘mis en tête’ et nous le définissons ainsi : une chose indifférente, avec attribution d’un degré moyen de valeur – ce que les stoïciens appellent adiaphoron. »

15c un compte de droit et avoir Expression spécifique

Dans le langage commercial

Dans la description de la réciprocité dans les relations, particulièrement dans l’amitié

18b comblé et heureux

Intertextualité biblique

20 dans les siècles des siècles Locution désignant le « temps » divin Le redoublement et le pluriel de termes exprimant le temps permettent aux écrivains bibliques de désigner la transcendance divine à partir de la condition temporelle présente de l'humanité. →Temporalité divine dans les Écritures

20 Doxologie Dans les Écritures, les doxologies se terminent souvent par une affirmation de l’éternité de Dieu et un « Amen ». Cet usage sera imité par la liturgie chrétienne (Liturgie Ph 4,20 ; →Doxologie en liturgie).

Réception

Liturgie

12ss.19s Texte

Année A, 28e dimanche du temps ordinaire

= Pour Paul, seul le Christ compte : il peut tout supporter avec celui qui lui donne la force.

20 Reprise de cette doxologie en liturgie : l’embolisme du Notre Père

Texte

Parmi les innombrables reprises de la →doxologie en liturgie, celle de l'embolisme du Notre Père de la liturgie romaine (→MR 599 n°125) contient ces mots mêmes : 

  • proclamée ou chantée en latin : Quia tuum est regnum et potestas, et gloria in saecula (« Car c’est à toi qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire, pour les siècles des siècles ») ;
  • chantée : « À toi le règne, à toi la puissance et la gloire pour les siècles des siècles. » 

Histoire

Elle pourrait remonter au 2e ou même au 1er s. Dans certains mss de Mt, elle suit immédiatement le « Notre Père ».

  • →Did. 8,2 (175) ; 9,4 (177) ; 10,5 (181). La section eucharistique s’achève ainsi : « Rassemble-la des quatre vents, cette Église sanctifiée, dans ton royaume que tu lui as préparé. Car c’est à toi qu’appartiennent la puissance et la gloire dans les siècles. Amen. »

Rituel

La plupart des Églises d’Orient et de la Réforme utilisent cette doxologie après le « Notre Père » dans leur liturgie. Chez les orientaux, cette doxologie est une exphonèse : formule réservée au prêtre (au point qu’à l’Office, ils l’omettent en son absence). C’est l’usage contraire qu’adopte la liturgie romaine dans l’Ordo missae de Paul VI en en faisant une acclamation du peuple. 

Tradition chrétienne

11b j’ai appris Paul sage parfait et modèle du chrétien

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Rien ne démontre mieux l’attitude du parfait sage, que le fait de savoir profiter de n’importe quel état. En effet, de même qu’un bon chef est celui qui, avec n’importe quelle armée agit selon son exigence et un bon cordonnier celui qui fait de très bonnes sandales avec n’importe quel cuir, ainsi, est parfait celui qui sait profiter de n’importe quel état, de sorte que, s’il est dans un état élevé, il ne s’exalte pas, et s’il est dans une situation basse, il ne soit pas abattu. Et c’est pourquoi il dit : J’ai appris, etc., comme dans Is 50,5 'Le Seigneur mon Dieu m’a ouvert l’oreille, et je ne lui ai point contredit, etc.' Et cela me suffit, si j’ai peu ; si j’ai beaucoup, je sais me réfréner. Et c’est pourquoi il s’explique en disant : Je sais vivre dans le dénûment. Or l’humilité signifie parfois une vertu particulière, comme dans Lc 14,11 et Lc 18,14 'Quiconque s’abaissera sera exalté' ; et parfois un abaissement, comme dans Ps 105,18 'Il fut humilié par les chaînes qu’on lui mit aux pieds.' Et c’est dans ce sens qu’il parle ici, disant : Je sais vivre dans le dénûment, c’est-à-dire je sais supporter de façon tranquille l’abjection, comme il convient. Et parce que les hommes sont exaltés par les richesses et déprimés par la pauvreté, il appelle exaltation l’abondance. Et dans les deux cas, il y a un danger, parce que, du fait de l’abondance, l’esprit s’élève contre Dieu, mais du fait de la pauvreté, il s’en éloigne. Et c’est pourquoi il est dit dans Pr 30,8 'Ne me donnez ni la pauvreté, ni les richesses.' »
  • →Cajétan Ep. Pauli al. apost. : Paul rappelle qu’il a appris à se satisfaire de ce qu’il a, même quand c’est insatisfaisant. En effet, modestie et patience ne sont que plus évidentes quand elles se manifestent en temps de manque et de besoin.
  • →Brenz Expl. Phil. : Le vrai chrétien doit se réjouir, qu'il soit riche ou pauvre, tandis que les hypocrites enseignent que l’âme religieuse se doit de n'avoir rien et d'arborer triste mine.

11b être autosuffisant Un idéal divin ?

  • →Lapide Comm. ep. Pauli : Dieu est parfois nommé Shaddai, qui veut dire : « suffisant ». Les anges, eux, ne sont inférieurs en liberté que par rapport à Dieu, parce qu'ils ne manquent de presque rien. C'est à cet idéal que tendent les religieux : la vie ascétique et la théologie de Grégoire le Grand par exemple avaient pour fondations de tels versets, qu'il faut bien comprendre dans le sens de la pauvreté concrète, plutôt que de l’humilié de l’esprit. 

13 le Christ qui me donne la force De faire le bien

15–19 Métaphore financière →Vocabulaire financier chez Paul, en particulier en Philippiens

Du bon usage des dons dans les Églises

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Qui m’avez envoyé deux fois à Thessalonique, etc. Et ceci est un argument pour que le pape puisse recevoir d’une Église afin d’en aider d’autres, mais non sans quelque raison. Or quand une personne donne à une autre, deux choses sont à considérer, à savoir, la nature du cadeau, et le mérite du donateur. Celui qui se réjouit des biens temporels se réjouit de la nature du cadeau et ne cherche qu’un donateur. C’est le cas du mercenaire. Mais celui qui cherche le mérite du donateur cherche un fruit de vertu et de justice, et tel est le pasteur. »

La pieuse générosité comme « bonne affaire »

  • →Cajétan Ep. Pauli al. apost. : Les dons que Paul a reçus lorsqu’il était emprisonné avaient une raison profonde : non tant révéler son indigence, que faire éclater la générosité de ses amis. Ainsi donc, l’expérience de l’indigence permise par Dieu ne suffit pas à la sainteté, il faut encore y joindre la puissance du Christ, telle qu’elle se manifeste dans les vertus dont il gratifie Paul. 
  • →Brenz Expl. Phil. : Celui qui sème avec genérosité récoltera en abondance. Les personnes pieuses qui donnent l’aumône aux pauvres sont les meilleurs hommes d’affaires. 

18c parfum de suave odeur Dieu agrée l’aumône qui vient du coeur

  • →Jean Chrysostome Hom. Phil. 16,4,18 « Ce n'est pas moi qui ai reçu, dit-il, c'est Dieu par moi ; aussi quand je n'aurais aucun besoin, n'y regardez pas ; Dieu n'avait pas besoin assurément, et pourtant il a reçu [...]. Car ce n'étaient sans doute ni l'odeur, ni la fumée qui rendaient un sacrifice agréable ; mais bien le cœur qui l'offrait. »
  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Il est dit dans Lv 3,5 et Lv 4,31 'Offrez l’holocauste pour être une oblation d’une odeur très agréable au Seigneur.' En effet, c’est une odeur agréable à Dieu que la dévotion de ceux qui lui offrent quelque chose, et parmi toutes les offrandes, les aumônes ont le plus de valeur, comme il est dit dans He 13,16 'Souvenez-vous d’exercer la charité, et de faire part de vos biens aux autres, car c’est par de semblables hosties qu’on se rend Dieu favorable.' »
  • →Brenz Expl. Phil. : Dieu nous bénit continuellement, bien que nous soyons souvent ingrats (cf. les dix lépreux en Lc 17,19). Il agrée qu’on lui offre des sacriifces de modération et de pardon envers son prochain. Il est glorifié quand on pardonne à un autre ou donne du pain au pauvre. Mais il déteste les bonnes œuvres des impies et ne veut entendre leurs prières. 

19b par le Christ Le bien-être des chrétiens glorifie le Christ

  • →Ambrosiaster Comm. Phil. 4,19 « C’est vraiment la gloire de Jésus Christ, quand, avec la volonté de Dieu, les désirs des chrétiens sont accomplis en conformité avec l’enseignement de l’Évangile. »

20 dans les siècles des siècles Importance de la doxologie La doxologie avec sa formule finale affirmant l’éternité de Dieu est omniprésente dans la vie de l’Église ancienne. Le chrétien ne saurait dire « dans les siècles des siècles » à aucun autre qu’au Christ Dieu :

  • →Tertullien Spect. 25,5 « Quelle conduite, en effet, que de passer de l’église de Dieu à l’église du diable, des anges, comme on dit, à la fange ! Les mains qu’on a levées vers Dieu, les fatiguer l’instant d’après à applaudir un histrion ! De la bouche qui a répondu ’Amen’ à l’Eucharistie, se faire garant d’un gladiateur et dire eis aiônas ap' aiônos ['depuis toujours et à jamais’] à tout autre qu’à Dieu et au Christ ! » (SC 332,291).

Elle termine non seulement presque toutes les prières, mais aussi les homélies, même les actes des martyrs et les écrits hagiographiques ainsi que les traités doctrinaux. Imitant le plus souvent des formulations bibliques, fréquemment pauliniennes, les →doxologies chez les Pères témoignent de leur enracinement dans l’Écriture. 

Mystique

13 Je peux tout dans le Christ Si le Christ est en nous

  • →Bernard de Clairvaux Adv. Dom. 7,2 « Indispensable [...] la venue du Sauveur ; indispensable, oui, la présence du Christ pour les hommes ainsi compromis. Et puisse-t-il venir de telle manière que, dans l’abondance de sa faveur, tout à la fois il éclaire notre aveuglement ‘en habitant en nous par la foi’ (Ep 3,17), ‘il vienne au secours de notre faiblesse’ (Rm 8,26) ‘en demeurant avec nous’ (Lc 24,29) et il protège et défende notre fragilité en intervenant pour nous. Car si lui est en nous, qui pourrait encore nous tromper ? Si lui est avec nous, de quoi ne sommes-nous pas capables désormais en celui qui nous rend forts ? » (SC 480,193).

Théologie

13 Je peux tout DOGMATIQUE ... Avec la grâce

  • →Trente Cum hoc tempore 15 (→DzH 1544) « [certains] commettent des péchés mortels dont, avec l’aide de la grâce divine, ils peuvent s’abstenir. »

Littérature

20 dans les siècles des siècles Explorations littéraires de la formule Transmise notamment par la liturgie (→Doxologie en liturgie), la formule récurrente chez Paul est reprise par de nombreux écrivains qui en exploitent le caractère hyperbolique.

Sciences naturelles : travail sans fin de la raison

  • →Diderot Nature (Dédicace « Aux jeunes gens qui se disposent à l’étude de la philosophie naturelle ») « Quand on vient à comparer la multitude infinie des phénomènes de la nature avec les bornes de notre entendement et la faiblesse de nos organes, peut-on jamais attendre autre chose de la lenteur de nos travaux, de leurs longues et fréquentes interruptions et de la rareté des génies créateurs, que quelques pièces rompues et séparées de la grande chaîne qui lie toutes choses ? ... la philosophie expérimentale travaillerait pendant les siècles des siècles, que les matériaux qu’elle entasserait, devenus à la fin par leur nombre au-dessus de toute combinaison, seraient encore bien loin d’une énumération exacte » (éd. Versini 1994, 562).

Deux natures dans l’incarnation : éternelle plaisanterie divine ?

  • →Balzac Séraphîta (« Les nuées du sanctuaire ») « L’être mystérieux », qui s’exprime par la bouche de Séraphîta, interroge sur l’unité de Dieu : « Qui a raison, de la Matière ou de l’Esprit, quand aucun des deux modes ne saurait avoir tort ? Qui peut reconnaître Dieu dans cette éternelle Industrie par laquelle il se partagerait lui-même en deux Natures, dont l’une ne sait rien, dont l’autre sait tout ? Concevez-vous Dieu s’amusant de lui-même sous forme d'homme ? riant de ses propres efforts, mourant vendredi pour renaître dimanche, et continuant cette plaisanterie dans les siècles des siècles en en sachant de toute éternité la fin ? ne se disant rien, à lui Créature, de ce qu’il fait, lui Créateur ? » (Pléiade 141,813).

Souffrances et humiliations : attente infinie du pardon sans le Christ

  • →Bloy Mendiant (3 décembre 1894) « Jésus est au centre de tout, il assume tout, il porte tout, il souffre tout. Il est impossible de frapper un être sans le frapper, d’humilier quelqu’un sans l’humilier, de maudire ou de tuer qui que ce soit sans le maudire ou le tuer lui-même. Le plus vil de tous les goujats est forcé d’emprunter le visage du Christ pour recevoir un soufflet, de n’importe quelle main. Autrement, la claque ne pourrait jamais l’atteindre et resterait suspendue, dans l’intervalle des planètes, pendant les siècles des siècles, jusqu’à ce qu’elle eût rencontré la face qui pardonne... » (1908, 313-314).

Portement de la croix : nombre infini de volontaires, vie éternelle pour le seul à l’avoir fait

  • →Péguy Mystère utilise l’expression « dans/depuis les siècles des siècles » à six reprises. Ainsi, à propos de Simon de Cyrène, cet « homme qui passait juste là. Combien d’hommes depuis, des infinités d’hommes dans les siècles des siècles auraient voulu être là, à sa place, avoir passé, être passés là juste à ce moment-là. Juste là. Mais voilà, il était trop tard, c’était lui qui était passé, et dans l’éternité, dans les siècles des siècles il ne donnerait pas sa place à d’autres ; et eux, les tard venus, ils ont été forcés de se rabattre sur d’autres croix, de s’exercer, de faire des exercices, de se rabattre à porter d’autres croix » (Pléiade 60,44).

Sommeil humain : proche de la mort et de l’éternité

  • →Proust Sodome « L’attelage du sommeil, semblable à celui du soleil, va d’un pas si égal, dans une atmosphère où ne peut plus l’arrêter aucune résistance, qu’il faut quelque petit caillou aérolithique étranger à nous (dardé de l’azur par quel inconnu ?) pour atteindre le sommeil régulier (qui sans cela n’aurait aucune raison de s’arrêter et durerait d’un mouvement pareil jusque dans les siècles des siècles) et le faire, d’une brusque courbe, revenir vers le réel, brûler les étapes, traverser les régions voisines de la vie - où bientôt le dormeur entendra, de celle-ci, les rumeurs presque vagues encore, mais déjà perceptibles, bien que déformées - et atterrir brusquement au réveil » (éd. Compagnon 1989, 370-371).

Avant la mort : malheur irréversible inscrit dans la race des humbles

  • →Bernanos Journal : Peu avant de mourir, le jeune curé aurait voulu conseiller à la compagne de M. Louis de partir, mais ne l’a pas fait : « Elle serait partie. Mais elle serait partie sans comprendre, pour obéir une fois de plus à l’instinct de sa race, de sa douce race promise depuis les siècles des siècles au couteau des égorgeurs. Elle se serait perdue dans la foule des hommes avec son humble malheur, sa révolte innocente qui ne trouve pour s’exprimer que le langage de l’acceptation. Je ne crois pas qu’elle soit capable de maudire, car l’ignorance incompréhensible, l’ignorance surnaturelle de son coeur est de celles que garde un ange » (Pléiade 232,1257).