Un projet du Programme de Recherches La Bible en ses traditions AISBL
Dirigé par l’École Biblique et Archéologique Française de Jérusalem
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10 J'ai éprouvé une grande joie dans le Seigneur
de ce qu'enfin vous avez fait refleurir vos sentiments d’autrefois à mon égard,
comme vous les aviez bien
mais l’occasion vous manquait.
Vvous étiez occupés.
10 Je me suis réjoui grandement dans notre Seigneur
car vous vous êtes attachés à veiller sur moi
comme vous veilliez [avant]
mais vous n'[en] aviez pas l'occasion
11 Je ne parle pas poussé par l’indigence.
Moi, en effet, j’ai appris, en toutes situations où je suis, à être autosuffisant.
11 Je ne parle pas en effet à cause de l’indigence
moi, en effet, j’ai appris en ce que je possède à être autosuffisant.
12 Je sais soit TRensuite être dans la pauvreté
Vhumilié,
soit être dans l’abondance ;
je suis instruit en tous lieux et en toutes choses
tant à être rassasié qu’à avoir faim,
tant à être dans l’abondance qu’à être dans le besoin.
13 Je peux tout dans le Christ
V Nesen celui qui me donne la force.
14 Toutefois vous avez bien fait de prendre part à ma tribulation.
15 Et vous savez vous aussi Philippiens
qu’au début de l’annonce de l’Évangile, quand je suis parti de la Macédoine,
aucune Église n’a partagé avec moi un compte de droit et avoir
V Sd'avoir et de droit si ce n’est vous seuls,
16 puisque à Thessalonique aussi vous avez envoyé une fois, et même deux, ce qui m'était nécessaire.
17 Non que je recherche le don
mais je recherche le profit qui s’accroît
sur votre compte.
17 Non que je recherche le don
mais je recherche les profits qui s’accroissent
pour vous
18 Maintenant j’ai de tout et j’abonde,
j’ai été comblé, ayant reçu d’Épaphrodite vos dons :
parfum de suave odeur,
sacrifice
Vhostie acceptable, agréable à Dieu.
19 Et mon Dieu comblera
Vcomble
chacun de vos besoins
Vdésirs
selon sa richesse glorieuse
Vses richesses glorieuses par le Christ Jésus
SJésus le Christ.
2–23
13 Christ Omission dans Nes V א* A B D* I 33 629 1739 pc lat co Cl.
15a Et Omission dans P46 D* 1505 pc vgms syh.
18b comblé Addition P46 (2495) vgms ajoutent : puis.
19a comblera Variante D* F G Ψ 075 6 33 81 104 326 365 1175 1241s 1505 1739 1881 al latt : comble.
10b refleurir Hapax NT Ce verbe suggère l’image du retour de la vie lors de la floraison à la sortie de l’hiver (cf. Si 50,10).
11b autosuffisant Concept philosophique et biblique
14 ma tribulation Souffrance conséquente à sa captivité (Vocabulaire Ph 1,17a).
15a Philippiens Le terme grec Philippêsioi n’est pas celui utilisé normalement pour les habitants de Philippes. Il vient du latin Philippenses, soulignant ainsi leur statut de citoyens romains.
15c un compte de droit et avoir Litt. « de donner et de recevoir ». L'expression propre au langage commercial est utilisée aussi pour décrire la réciprocité dans les relations humaines (Textes anciens Ph 4,15c). Ici, elle renvoie tant à l’aide des Philippiens qu’à ce qu’ils ont reçu à travers leur évangélisateur.
19b sa richesse Connotation paulinienne Le concept est lié à l’agir salvifique de Dieu en faveur des hommes (Rm 2,4 ; 9,23 ; 11,33 ; Ep 1,18 ; 2,7 ; 3,16 ; Col 1,27).
20.23 Amen Terme hébreu et araméen qui suggère l’idée de réalité et de fermeté. Il exprime l’accord et semble utilisé, dans notre contexte, comme confirmation d’une doxologie par l’assemblée (Liturgie Ph 4,23).
20 siècles Sens Aiôn et les termes bibliques M ‘ôlām et V saeculum, diversement traduits comme « siècle », « éternité », ou « monde », ne désignent jamais simplement une longue durée limitée. Ils peuvent désigner un « espace-temps » qui passe la mesure humaine (→Temporalité divine dans les Écritures) et s'iriser de connotations eschatologiques (→Éons dans l’eschatologie juive).
16 puisque La conjonction hoti, avec valeur déclarative au v.15b (trad. « que »), a ici une valeur causale.
11s Correctio v.11a partie positive, v.11b-12 partie négative. Paul donne cette précision pour éviter que les destinataires pensent que sa joie dépend du don matériel qu’ils ont fait (cf. v.10).
12abde Polysyndète de kai « et », qui lie par paire six infinitifs, soulignant les variations d’une vie marquée par des situations extrêmes.
15–19 compte Métaphore financière filée
→Vocabulaire financier chez Paul, en particulier en Philippiens
15a Philippiens Apostrophe Rarement Paul s’adresse directement aux destinataires par leur nom (2Co 6,11 ; Ga 3,1). Il le fait ici comme signe d’attention et d’affection pour les Philippiens.
15b Évangile Métonymie Le syntagme exprime l’objet pour signifier l’intention de le donner.
15c seuls Anastrophe qui souligne le fait que les Philippiens ont été les seuls, au début de l’évangélisation en Europe, à aider Paul.
17 Correctio Paul veut éviter un malentendu (v.17a partie positive ; v.17b partie négative) : exaltant la générosité des Philippiens (cf. v.14-16), il ne veut pas obtenir d’autres dons pour le futur.
18a j’ai de tout Connotations commerciales et philosophiques Dans le langage commercial, l’expression équivaut à une quittance, mais elle est aussi utilisée par le philosophe stoïcien pour affirmer sa propre autosuffisance (Textes anciens Ph 4,18b).
18bcd Métaphore cultuelle filée
1,11 ; 4,19a comblés + comblera — Ironie et inversion des rôles
Paul se présente ici d’abord en débiteur qui règle ses dettes (Ph 1,11 litt. « afin que vous soyez pleinement remboursés [peplêrômenoi] »). Les Philippiens ont en effet subvenu aux besoins de l’Apôtre en vertu des bons offices d’Épaphrodite (Ph 2,25 litt. « [que vous avez] délégué pour venir en aide [leitourgon] à mes besoins » ; cf. Ph 4,16).
Mais dans la suite de l’épître, à travers l’image du compte courant ici amorcée, dettes et créances vont mystérieusement changer de bénéficiaire (Ph 4,15 « aucune autre Église que vous n’a pris part au partenariat spirituel de ce compte de débit et de crédit [logon doseôs kai lêmpseôs] »). Paul recherche au fond la richesse spirituelle des habitants de Philippes, eux qui sont en fait ses débiteurs (Ph 4,17). Si l’Apôtre se déclare finalement comblé par leurs contributions pécuniaires (Ph 4,18 peplêrômai), ceux-ci seront à leur tour remboursés par Dieu (Ph 4,19 « Mon Dieu règlera la facture [plêrôsei] de tout ce qui vous manque, selon sa richesse, dans la gloire, dans le Christ Jésus »).
19b richesse glorieuse par le Christ Jésus Hendiadys Litt. « en gloire dans le Christ Jésus » (en doxêᵢ détermine le substantif ploutos, assumant la valeur d’adj.). Dieu agit et manifeste sa gloire par le moyen du Christ (à la fois dans le présent et au temps eschatologique).
20 dans les siècles des siècles Clausule temporelle figée Cette formule d'éternité n’apparaît sous cette forme (eis tous aiônas tôn aiônôn) que deux fois dans G (→4 Macc. 18,24 ; Ps 84,5 [Ps-G 83,5]) ; elle semble caractéristique du NT (p. ex. He 13,21 ; 1P 4,11 ; Ap 1,6) et du genre de la doxologie (Genres littéraires Ph 4,20). Elle fut imitée par de nombreux Pères (→Doxologie chez les Pères) et systématisée dans la liturgie (→Doxologie en liturgie).
20 Doxologie comportant trois éléments :
Imité dès les premières générations chrétiennes (→Doxologie chez les Pères), ce genre allait connaître un succès immense dans les liturgies (Liturgie Ph 4,20 ; →Doxologie en liturgie).
15b Macédoine La première mission de Paul en Macédoine eut lieu durant le second voyage missionnaire, en l’an 50 environ (Ac 16-17) : →Paul : éléments pour une biographie.
11b autosuffisant Parallèle stoïcien
12s Idéal stoïcien de l’indifférence Les stoïciens insistaient sur le fait qu’il n’y avait qu’une seule chose bonne : la vertu. Tout le reste, biens extérieurs compris, était indifférent (adiaphora) :
15c un compte de droit et avoir Expression spécifique
18b comblé et heureux
20 dans les siècles des siècles Locution désignant le « temps » divin Le redoublement et le pluriel de termes exprimant le temps permettent aux écrivains bibliques de désigner la transcendance divine à partir de la condition temporelle présente de l'humanité. →Temporalité divine dans les Écritures
20 Doxologie Dans les Écritures, les doxologies se terminent souvent par une affirmation de l’éternité de Dieu et un « Amen ». Cet usage sera imité par la liturgie chrétienne (Liturgie Ph 4,20 ; →Doxologie en liturgie).
12ss.19s Texte
= Pour Paul, seul le Christ compte : il peut tout supporter avec celui qui lui donne la force.
20 Reprise de cette doxologie en liturgie : l’embolisme du Notre Père
Parmi les innombrables reprises de la →doxologie en liturgie, celle de l'embolisme du Notre Père de la liturgie romaine (→MR 599 n°125) contient ces mots mêmes :
Elle pourrait remonter au 2e ou même au 1er s. Dans certains mss de Mt, elle suit immédiatement le « Notre Père ».
La plupart des Églises d’Orient et de la Réforme utilisent cette doxologie après le « Notre Père » dans leur liturgie. Chez les orientaux, cette doxologie est une exphonèse : formule réservée au prêtre (au point qu’à l’Office, ils l’omettent en son absence). C’est l’usage contraire qu’adopte la liturgie romaine dans l’Ordo missae de Paul VI en en faisant une acclamation du peuple.
11b j’ai appris Paul sage parfait et modèle du chrétien
11b être autosuffisant Un idéal divin ?
13 le Christ qui me donne la force De faire le bien
15–19 Métaphore financière →Vocabulaire financier chez Paul, en particulier en Philippiens
18c parfum de suave odeur Dieu agrée l’aumône qui vient du coeur
19b par le Christ Le bien-être des chrétiens glorifie le Christ
20 dans les siècles des siècles Importance de la doxologie La doxologie avec sa formule finale affirmant l’éternité de Dieu est omniprésente dans la vie de l’Église ancienne. Le chrétien ne saurait dire « dans les siècles des siècles » à aucun autre qu’au Christ Dieu :
Elle termine non seulement presque toutes les prières, mais aussi les homélies, même les actes des martyrs et les écrits hagiographiques ainsi que les traités doctrinaux. Imitant le plus souvent des formulations bibliques, fréquemment pauliniennes, les →doxologies chez les Pères témoignent de leur enracinement dans l’Écriture.
13 Je peux tout dans le Christ Si le Christ est en nous
20 dans les siècles des siècles Explorations littéraires de la formule Transmise notamment par la liturgie (→Doxologie en liturgie), la formule récurrente chez Paul est reprise par de nombreux écrivains qui en exploitent le caractère hyperbolique.