La Bible en ses Traditions

Philippiens 3,1–4,20

Byz V TR Nes
S

1  Pour le reste, mes frères, réjouissez-vous dans le Seigneur.

Vous écrire les mêmes choses

pour moi n’est pas un motif d'hésitation  

Byz TR Neset c'est pour vous un motif de sécurité  Vmais pour vous c'est nécessaire :

1 Désormais mes frères, réjouissez-vous dans notre Seigneur.

Vous écrire ces choses

pour moi n’est pas un motif de fatigue parce qu'elles vous mettent en garde

3,1a réjouissez-vous Références en marge Ph 1,4c 3,1c sécurité 1Th 5,3 3,1bc Nécessité d’écrire 2Co 9,1 ; 1Th 4,9 ; 5,1
Byz V S TR Nes

2 gardez-vous des chiens

gardez-vous des mauvais ouvriers

gardez-vous de la mutilation.

3,2b mauvais ouvriers Ph 1,15-17.28 ; 1M 3,6 ; Lc 13,27 ; 2Co 11,13 3,2a chiens Ps 22,17.21 ; 59,7.15 ; Mt 15,26-27 ; Mc 7,27-28 ; 2P 2,22 ; Ap 22,15 ; →Chien

3 Car nous sommes, nous, la circoncision, nous qui rendons un culte par l’Esprit de Dieu

V S TRà Dieu par l’Esprit

qui avons notre fierté dans le Christ Jésus

qui ne nous confions pas dans la chair,

3,3 Se vanter Jr 9,23; 1Co 1,31; Ga 6,13s 3,3a Culte spirituel Rm 1,9 Circoncision du cœur Dt 10,16 ; 30,6 ; Jr 4,4 ; Rm 2,25-29 ; Col 2,11

4 quoique je puisse Vmoi aussi avoir confiance dans la chair ; 

si quelqu’un d’autre

Sen effet pense se confier dans la chair

je le puis d'avantage, moi :

Vmoi, davantage : 

3,4a confiance dans la chair 2Co 11,18

5 circoncision le huitième jour

Vcirconcis le huitième jour

Scirconcis à huit jours

de la race d’Israël

de la tribu de Benjamin

Hébreu d’Hébreux

quant à la Loi : pharisien

VPharisien,

3,5a circoncision le huitième jour Gn 17,12 ; Lv 12,3 ; Lc 1,59 ; 2,21 3,5bcd Israël + Benjamin + Hébreu Rm 11,1 ; 2Co 11,22 3,5e pharisien Ac 23,6 ; 26,5

6 quant au zèle : persécuteur de

Vpersécutant l’Église Vde Dieu,

quant à la justice qui est dans la Loi :

Vavant mené un vie sans reproche...

3,6a persécuteur Ac 8,1.3 ; 9,1-2 ; 26,10-11 ; 1Co 15,9 ; Ga 1,13 ; 1Tm 1,13 3,6b justice qui est dans la Loi Rm 2,13 ; 10,5

7 Mais ces choses qui étaient pour moi des gains

Sun gain

je les ai considérées, à cause du Christ, comme une perte.

3,7a gains Mt 13,44.46 ; 16,26

8 Mais, bien plus, je considère que tout Scela est perte

auprès de l’éminente connaissance

Sla grandeur de la connaissance de Jésus Christ

VJésus-Christ, mon Seigneur,

pour qui je me suis dépouillé de toutes choses

et les considère comme des ordures

Vdu fumier, afin de gagner le Christ

3,8 excellence Sg 7,8-11

9 et d'être trouvé en lui n'ayant pas ma justice, celle de la Loi,

mais celle de la foi en Christ,

qui est Dieu, Byz V TR Nesla justice dans la foi,

3,9 Justice par la foi Rm 1,17 ; 3,21-22 ; 9,30 ; Ga 2,16
Byz V TR Nes
S

10 de manière à le connaître lui

et la puissance de sa résurrection

et la communion à ses souffrances

étant conformé à sa mort,

10 de manière à ce que je connaisse Jésus 

et la puissance de sa résurrection

et que je communie à ses souffrances

et sois conformé à sa mort,

3,10 Communion à la vie du Christ Rm 6,5 ; 8,17 ; 2Co 4,10-11 ; Ga 2,20

11 si par un quelconque moyen je peux parvenir à la résurrection des morts.

V Nesd'entre les morts.

11 ...

3,11 parvenir à résurrection Lc 20,35 ; Rm 8,11 ; 1Co 6,14 ; 1Th 4,16
Byz V S TR Nes

12 Non que je l’aie déjà obtenu ou que je sois devenu parfait.

Mais, je poursuis, si je peux par quelque moyen comprendre, ce que j'ai compris par le Christ Jésus.

Scours afin de saisir ce pour quoi Jésus le Christ m'a saisi.

3,12a parfait Col 1,28
Byz S TR Nes
V

13 Mes frères

Byz TR NesFrères, moi, je ne considère pas l’avoir déjà atteint

mais, Sje sais une seule chose :

oubliant ce qui [est] derrière

et tendu vers ce qui [est] devant,

13 Frères, moi, je ne considère pas l’avoir déjà atteint

mais seulement,

oubliant ce qui est derrière

et m'avançant vers ce qui est devant,

3,13c derrière Lc 9,62
Byz V S TR Nes

14 je tends vers

Set je cours vers le but en vue du prix de la vocation

Spour obtenir la victoire de l’appel d’en haut, de Dieu dans le Christ Jésus

Sen Jésus le Christ.

3,14 d’en haut Col 3,2

15 Nous tous, donc, les parfaits, c’est ce que nous estimons !

SDonc, ceux qui sont parfaits, qu'ils pensent à ces choses !

Et si sur quelque point vous pensiez diversement,

cela aussi Dieu vous le révèlera.

16 En tout cas, au point atteint,

 conduisons-nous selon la même règle et pensons [la] même [chose]

Nesconduisons-nous de [la] même [manière]

Vayons le même avis et demeurons dans la même règle :

Spoursuivons en un [seul] sentier et en un [même] accord.

3,16b règle Ga 6,16 Unité d’esprit Références en marge Ph 1,27d

17 Devenez ensemble

Vsoyez

SSoyez mes imitateurs, Smes frères

et observez ceux qui marchent selon le modèle que vous avezS vu : nous.

3,17a Imitation de l’Apôtre Ph 1,30 ; 4,9 ; 1Co 4,16 ; 11,1 ; Ga 4,12 ; 1Th 1,6 ; 2Th 3,9

18 Beaucoup de fait marchent Sautrement

(je vous en parlais souvent

et j’en parle maintenant encore en pleurant)

en ennemis de la croix du Christ,

3,18d ennemis de la croix 1Co 1,17-18 ; Ga 5,11 3,18a beaucoup Ps 3,2-3 ; 22,13.17

19 eux dont la fin est la destruction

dont le dieu est le ventre

et dont la gloire réside dans leur honte

Sdéshonneur

Vpropre confusion,

eux qui considèrent les choses de

Vqui pensent aux choses de

Sdont la pensée est pour la terre !

3,19c gloire + honte Os 4,7 ; Rm 6,21 3,19b le dieu est le ventre Rm 16,18

20 Notre gouvernement

Vcommunauté

Souvrage à nous est dans les cieux,

d’où aussi nous attendons comme sauveur

Vun sauveur,  le

Snotre Seigneur Jésus-Christ

3,20b Attente du salut Rm 8,19 ; 1Co 1,7 ; Ga 5,5 ; Tt 2,13 ; He 9,28

21 qui transformera le corps de notre humiliation

pour qu'il devienne conforme au

Nes[en le rendant] conforme au

Vl'ayant modelé sur le corps de sa gloire

selon l'opération du pouvoir qu'il a aussi de s'assujettir à lui-même toutes choses

Nesl'opération du pouvoir qu'il a aussi de s'assujettir toutes choses

Vl'opération par laquelle il peut aussi s'assujettir toutes choses

Sla grande force par laquelle tout lui est soumis .

3,21c s'assujettir Ps 8,7 ; 1Co 15,25-28 ; Ep 1,22 ; He 2,8 3,21a Transformation du corps Rm 8,23 ; 1Co 15,47-49

4,1 C'est pourquoi, mes frères aimés

Vtrès chers et désirés

Schers

ma joie et ma couronne

tenez fermes Vainsi dans le

Snotre Seigneur, très chers

Smes bien-aimés !

4,1b ma joie et ma couronne 1Th 2,19

4,2 J’exhorte

VJe demande à Évodie et j’exhorte

Vje prie Syntyche

à 

Vd'avoir le même sentiment dans le

Sune [unique] pensée dans notre Seigneur.

4,2b Unité d’esprit Références en marge Ph 1,27d

4,3 Oui, je

TREt, je

VEn outre, je te prie toi aussi mon vrai compagnon : 

 aide-les, elles

V Saide celles qui ont lutté

Vtravaillé avec moi pour

Vdans l'Évangile

avec Byz TR Nesaussi Clément et le reste de mes collaborateurs,

dont les noms [sont]

Vsont

Ssont écrits dans le livre de vie !

4,3b lutté avec moi Ph 1,27 ; 2,25 ; Rm 15,30 ; Phm 2 4,3d livre de vie Ps 69,29 ; Dn 12,1 ; Lc 10,20 ; Ap 3,5 ; 13,8 ; 17,8 ; 20,12

4,4 Réjouissez-vous toujours dans le

Snotre Seigneur

encore une fois je le dis : — Réjouissez-vous.

4,5 Que votre modestie

Shumilité soit connue de tous les hommes.

Le

SNotre Seigneur est proche.

4,5b Le Seigneur est proche Ps 34,19 ; 119,151 ; 145,18 ; Mt 24,33 ; Jc 5,8 ; 1P 4,7 ; Ap 3,11

4,6 Ne vous inquiétez de rien

mais en toute chose, par la prière et la supplication

avec action de grâces,

faites connaître à

Sdevant Dieu vos demandes. 

4,6a Ne vous inquiétez de rien Mt 6,25-34 ; 1Co 7,32-34 4,6bc Persévérance dans la supplication et l’action de grâces Rm 12,12 ; Col 3,17 ; 4,2 ; 1Tm 2,1

4,7 Et la paix de Dieu, qui dépasse tout entendement,

gardera

Vqu'elle garde vos cœurs

et vos pensées dans le Christ Jésus

Sen Jésus le Christ.

4,7a le paix de Dieu Ph 4,9 ; Jn 14,27 ; Rm 5,1 ; 15,33 ; Col 3,15 ; 1Th 5,23 ; 2Th 3,16 dépasse Ep 3,20
Byz V TR Nes
S

4,8 Pour le reste frères

tout ce qui est vrai

tout ce qui est noble

tout ce qui est juste

tout ce qui est pur

tout ce qui est aimable

tout ce qui est honorable

si il y a quelque vertu 

Byz TR Neset si il y a quelque louange

continuez à considérer ceci.

8 Désormais mes frères

ce qui est vrai

ce qui [est] noble

ce qui [est] juste

ce qui [est] pur

ce qui [est] aimable

ce qui [est] honorable

si [il y a] quelque acte de gloire 

et [digne] de louange

[continuez à] considérer ceci.

4,8 Retenir ce qui est bon Rm 12,2 ; 1Th 5,21
Byz V S TR Nes

4,9 Ce que vous avez appris

et reçu, et entendu, et vu en moi,

pratiquez-le,

et le Dieu de la paix sera avec vous.

4,9d Dieu de la paix Références en marge Ph 4,7a 4,9abc Imitation de l’Apôtre Références en marge Ph 3,17a
Byz V TR Nes
S

4,10 J'ai éprouvé une grande joie dans le Seigneur

de ce qu'enfin vous avez fait refleurir vos sentiments d’autrefois à mon égard,

comme vous les aviez bien

mais l’occasion vous manquait.

Vvous étiez occupés.

10  Je me suis réjoui grandement dans notre Seigneur

car vous vous êtes attachés à veiller sur moi

comme vous veilliez [avant]

mais vous n'[en] aviez pas l'occasion 

4,11 Je ne parle pas poussé par l’indigence.

Moi, en effet, j’ai appris, en toutes situations où je suis, à être autosuffisant.

11 Je ne parle pas en effet à cause de l’indigence

moi, en effet, j’ai appris en ce que je possède à être autosuffisant.

4,11b autosuffisant 2Co 6,10 ; 9,8 ; 1Tm 6,6 ; He 13,5
Byz V S TR Nes

4,12 Je sais soit TRensuite être dans la pauvreté

Vhumilié,

soit être dans l’abondance ;

je suis instruit en tous lieux et en toutes choses

tant à être rassasié qu’à avoir faim,

tant à être dans l’abondance qu’à être dans le besoin.

4,12a pauvreté 1Co 4,11 ; 2Co 11,27

4,13 Je peux tout dans le Christ

V Nesen celui qui me donne la force.

4,13 Force du Christ Ph 3,10.21 ; 2Co 12,9-10 ; Ep 6,10 ; Col 1,11.29 ; 2Tm 4,17

4,14 Toutefois vous avez bien fait de prendre part à ma tribulation.

4,14 prendre part à Ph 1,5-7 ; He 10,33

4,15 Et vous savez vous aussi Philippiens

qu’au début de l’annonce de l’Évangile, quand je suis parti de la Macédoine,

aucune Église n’a partagé avec moi un compte de droit et avoir

V Sd'avoir et de droit si ce n’est vous seuls,

4,15b Macédoine Ac 16,9-12 4,15c vous seuls  2Co 11,9 Soutien financier Références en marge Ph 2,30c

4,16 puisque à Thessalonique aussi vous avez envoyé une fois, et même deux, ce qui m'était nécessaire. 

4,16 Thessalonique Ac 17,1 ; 1Th 1,1 ; 2Th 1,1
Byz V TR Nes
S

4,17 Non que je recherche le don

mais je recherche le profit qui s’accroît

sur votre compte.

17 Non que je recherche le don

mais je recherche les profits qui s’accroissent

pour vous

4,17a le don Ph 1,11 ; Rm 15,28 ; 2Co 12,14
Byz V S TR Nes

4,18 Maintenant j’ai de tout et j’abonde,

j’ai été comblé, ayant reçu d’Épaphrodite vos dons :

parfum de suave odeur,

sacrifice

Vhostie acceptable, agréable à Dieu.

4,18b Épaphrodite Ph 2,25 4,18c suave odeur Gn 8,21 ; Ex 29,18 ; Lv 1,9.13.17 ; Si 35,8 ; Ep 5,2

4,19 Et mon Dieu comblera

Vcomble

chacun de vos besoins

Vdésirs

selon sa richesse glorieuse

Vses richesses glorieuses par le Christ Jésus

SJésus le Christ.

4,19b richesse + par le Christ Jésus Ph 1,11

4,20 À notre Dieu et Père la gloire Set l'honneur dans les siècles des siècles. Amen.

4,20 Louange à Dieu Rm 16,27 ; Ga 1,5 ; Ep 3,21 ; 1Tm 1,17 ; 2Tm 4,18

Propositions de lecture

1

Structure

  • transition épistolaire (v.1)
  • exhortation négative à se garder des adversaires et sa justification (v.2-4a)
  • éloge de Paul par lui-même (v.4b-14)
  • conclusion exhortative pour une juste attitude de →Communion (v.15-16)
  • exhortation positive à imiter Paul et ses deux justifications (v.17-21)
  • conclusion (4,1)

Thèmes

3,3a la circoncision non charnelle, est constituée par l’offrande spirituelle de son existence à Dieu, confiant dans le Christ et non dans les valeurs du monde.

3,4a dans la chair signifie, dans le contexte (v.4b-6), les privilèges reçus et les mérites acquis (liés à l’identité ethnique), attitude opposée à la fierté mise dans le Christ. Tradition chrétienne Ph 4,4a

3,6b la justice qui est dans la Loi renvoie au concept juif de justice, liée au bien qui doit être fait par l’observance de la Loi mosaïque (Littérature péritestamentaire Ph 4,6b).

3,8b la connaissance de Jésus Christ (Vocabulaire Ph 4,10a) indique un rapport de communion et d’appartenance au Christ (cf. v.10). Il repose sur toute la tradition biblique et judaïque. Il a une fonction centrale en v.7-11 et 3,1–4,1.

3,21b conforme au corps de sa gloire indique que l’itinéraire du croyant, décrit à partir du v.7, s’accomplie dans l’être rendu semblable au Seigneur, aussi dans le corps (cf. v.10).

4,1c tenez fermes ne constitue pas une nouvelle injonction, mais un ultime appel à vivre avec fermeté, en union avec le Seigneur, les orientations données dans ce passage.

4,2–23

Structure

4,2-9 est composé de trois parties
  • exhortation à la concorde entre Évodie et Syntychè (v.2-3) ;
  • appel à la joie et à la confiance dans le Seigneur (v.4-7) ;
  • invitation à penser et agir en chrétien à l’exemple de Paul (v.8-9).
4,10-20 est formé de trois unités thématiques
  • joie de Paul pour le don et son style de vie (v.10-13) ;
  • la vraie valeur du don des Philippiens (v.14-17) ;
  • la récompense de Dieu (v.18-20).
4,21-23 est le postscriptum de la lettre

Mouvement de la parénèse finale

  • v.2-9, comme conclusion du corpus de la lettre, est une série d’exhortations de différents caractères, juxtaposées les unes aux autres par une accumulation. L’objet de ces exhortations reste général, sans qu’on puisse savoir avec précision ce que les Philippiens doivent faire. Ceci est caractéristique de la parénèse chez Paul. Il remet souvent au discernement des chrétiens et à l’illumination divine la concrétisation des valeurs qu’il présente (Tradition chrétienne Ph 4,9c).
  • v.10-20 forme l’épilogue de la lettre (cf. 1,3-11 pour les expressions communes) dans lequel Paul mentionne le don reçu des Philippiens par l’intermédiaire d’Épaphrodite. Un remerciement en fin d’épître est à première vue problématique. Certains auteurs ont émis l’hypothèse que ce texte était une lettre en elle-même. De fait, ce n’est pas un véritable remerciement (le verbe eucharisteô manque), en outre, dans l’Antiquité, cet élément n’est pas toujours à la fin de la lettre. Paul le renvoie à la fin pour indiquer son indépendance et la gratuité du don chrétien, soulignant que l’aide des Philippiens est fruit de leur accueil de l’Évangile (Procédés littéraires Ph 4,15–19).
  • En v.21-23 Paul salue chacun des fidèles de Philippes en son nom propre et au nom de chrétiens vivant à proximité de son lieu de détention.

Texte

Critique textuelle

3,3a Dieu Omission dans P46.

3,6a Église Addition V F G : de Dieu.

3,7a Mais Omission possible

Présent en 
  • P46.61vid א* A G 0282 33 81 1241s pc b d.
Omis par 
  • Lcf Ambrosiaster.

3,12a obtenu Addition Après D*.c P46 Ambrosiaster insèrent : ou déjà ai été justifié.

3,13a ne Addition א D* P Cl : pas encore.

3,16a selon la même règle et pensons [la] même [chose] Omission des deux expressions dans Nes : cf.  P16.46 א* A B Ivid manuscrits minuscules Hil Aug.

3,18d ennemis Addition P46 insère avant : gardez vous de.

3,21b pour qu’il devienne Omission du syntagme dans Nes V, de même que dans א A D* F G manuscrits minuscules latt co Irlat Tert.

4,1a aimés

Omission

D* et quelques témoins occidentaux ne reportent pas le second aimés.

Addition

S B 33 ajoutent mes.

4,7a Dieu Variante A t vgmss syhmg : Christ.

4,7c pensées

Variante

F G a d MVict Pel : corps.

Addition

P16vid : pensées et les corps.

4,7c Christ Variante P46 : Seigneur.

4,8 louange Addition D* F G a vgcl Ambrosiaster : de la connaissance.

4,13 Christ Omission dans Nes V א* A B D* I 33 629 1739 pc lat co Cl.

4,15a Et Omission dans P46 D* 1505 pc vgms syh.

4,18b comblé Addition P46 (2495) vgms ajoutent : puis.

4,19a comblera Variante D* F G Ψ 075 6 33 81 104 326 365 1175 1241s 1505 1739 1881 al latt : comble.

Vocabulaire

3,1b les mêmes choses indique que la seconde partie de la lettre (ch.3-4) reprend plusieurs éléments de la première : dans le contenu, l’argumentation et la finalité exhortative.

3,5e pharisien Sens neutre ou positif Le mot n'a pas encore les connotations péjoratives et stéréotypées de légalisme exagéré ou d'hypocrisie qu'il aura dans les évangiles, rédigés à une période où les →pharisiens cherchèrent sans doute à prévaloir contre ce qui restait des autres "partis" du temps du Temple, et à exclure ceux qu'ils considéraient comme déviants, dont les Juifs disciples de Jésus (Jn 9,22 ; 12,42 ; 16,2).

3,10a le connaître Sens intensif Au v.8, il s’agissait du fait d’avoir connu le Christ. Ici nous est montrée la dynamique de la connaissance du Christ vécue quotidiennement par Paul qui reproduit, soutenu par l’action de Dieu, le même itinéraire de mort et de résurrection (Ph 2,6-11). Littérature péritestamentaire Ph 4,9s

3,15a parfaits signifie, dans le contexte et en considération des autres parallèles néotestamentaires, « matures dans la foi » (Procédés littéraires Ph 4,15a).

3,15ab.16a estimons + pensiez + pensons Vocabulaire Ph 1,7a

3,19d considèrent Vocabulaire Ph 1,7a

3,20a Notre gouvernement Ou « Ce qui nous gouverne » (langage politique) : Hapax NT politeuma (Vocabulaire Ph 1,27a), terme utilisé pour indiquer que ce qui guide la vie des chrétiens est dans les cieux et se trouve directement en relation avec le Christ, comme le laisse entrevoir la fin du v.

4,2a Évodie + Syntyche — Sens étymologique de ces noms de femmes : « bon chemin » et « rencontre ».

4,3a compagnon Suzugos = « sous le même joug ». C’est peut-être un nom propre, mais il est plus probable que ce soit un nom commun désignant un collaborateur de Paul impliqué dans la vie de l’Église à Philippes (Tradition chrétienne Ph 4,3a).

4,5b proche en un sens temporel et spatial (Tradition chrétienne Ph 4,5b).

4,6d devant Dieu (S) Sémitisme très courant (p. ex. Lc 1,8).

4,7a dépasse tout entendement Cette expression signifie que la paix qui vient de Dieu est plus efficace que tout ce qui pourrait s’imaginer (Tradition chrétienne Ph 4,7a qui dépasse tout entendement).

4,7b gardera Connotation militaire Le verbe phroureô appartient au langage militaire (déjà utilisé au v.3 avec « ont lutté ») et traduit la défense assurée par une garnison (2Co 11,32 ; →Josèphe B.J. 1,141 passim). Il est utilisé, comme ici, dans d’autres passages du NT, comme métaphore (Ga 3,23 ; 1P 3,5).

4,8 vertu Terme philosophique rare dans le NT Aretê ne se trouve que cinq fois dans le NT (ici donc, et en 1P 2,9 ; 2P 1,3.5[x2]). Textes anciens Ph 4,8

4,9b reçu Connotation théologique Terme technique pour désigner le processus de la tradition. Il est fait ici référence aux instructions et dispositions pratiques transmises par Paul (cf. 1Th 4,1; 2Th 3,6). Tradition juive Ph 4,9

4,10b refleurir Hapax NT Ce verbe suggère l’image du retour de la vie lors de la floraison à la sortie de l’hiver (cf. Si 50,10).

4,11b autosuffisant Concept philosophique et biblique

  • Adj. issu de autarkeia, concept philosophique, surtout cynique et stoïque, mais aussi biblique (cf. G-Pr 30,8) qui dénote l’indépendance de la personne par rapport aux circonstances externes, dans l’acceptation de ce qu’elle est et de ce qu’elle possède (Textes anciens Ph 4,11b). L’indépendance de Paul repose sur sa complète dépendance vis-à-vis du Christ (v.13).
  • S : spq reprend le dernier verbe du verset précédent.

4,14 ma tribulation Souffrance conséquente à sa captivité (Vocabulaire Ph 1,17a).

4,15a Philippiens Le terme grec Philippêsioi n’est pas celui utilisé normalement pour les habitants de Philippes. Il vient du latin Philippenses, soulignant ainsi leur statut de citoyens romains.

4,15c partagé Le verbe koinôneô dénote une participation financière comme en Rm 12,13 et Ga 6,6.

4,15c un compte de droit et avoir Litt. « de donner et de recevoir ». L'expression propre au langage commercial est utilisée aussi pour décrire la réciprocité dans les relations humaines (Textes anciens Ph 4,15c). Ici, elle renvoie tant à l’aide des Philippiens qu’à ce qu’ils ont reçu à travers leur évangélisateur.

4,19b sa richesse Connotation paulinienne Le concept est lié à l’agir salvifique de Dieu en faveur des hommes (Rm 2,4 ; 9,23 ; 11,33 ; Ep 1,18 ; 2,7 ; 3,16 ; Col 1,27).

4,20.23 Amen Terme hébreu et araméen qui suggère l’idée de réalité et de fermeté. Il exprime l’accord et semble utilisé, dans notre contexte, comme confirmation d’une doxologie par l’assemblée (Liturgie Ph 4,23).

4,20 siècles Sens Aiôn et les termes bibliques M ‘ôlām et V saeculum, diversement traduits comme « siècle », « éternité », ou « monde », ne désignent jamais simplement une longue durée limitée. Ils peuvent désigner un « espace-temps » qui passe la mesure humaine (→Temporalité divine dans les Écritures) et s'iriser de connotations eschatologiques (→Éons dans l’eschatologie juive).

Grammaire

3,1a Pour le reste Connexion logique ambiguë L’expression adverbiale to loipon peut indiquer soit la conclusion, soit le début d’un texte. Il est uni ici à chairete en kuriôᵢ, exhortation à se réjouir dans le Seigneur et non salut final. C’est pourquoi cette expression n’est pas la conclusion d’une lettre, mais l’ouverture d’un nouveau développement épistolaire (Procédés littéraires Ph 4,1). Même fonction de loipon en 1Co 1,16 ; 4,2 ; 7,29 ; 1Th 4,1 ; 2Th 3,1.

3,1b écrire Aspect verbal L’inf. prés. indique souvent une action en cours : on peut donc traduire aussi « continuer à écrire ».

3,2 Gardez vous de Construction elliptique L’impératif plur. de blepein suivi par une particule signifie habituellement dans le NT « gardez vous de », employé sans particule il signifie « regarder ». Ici, même en l’absence de particule, la triple répétition du verbe, les trois épithètes injurieux et l’antithèse avec le v.3 font préférer « gardez vous de ».

3,9b en Christ = gén. objectif plutôt que « la foi du Christ » (gén. subjectif), étant donné qu’en v.7-11 le Christ n’est pas le sujet actif, mais l’objet de la connaissance de Paul.

3,10a de manière à le connaître La phrase a une valeur consécutive, n’exprimant pas une nouvelle finalité, mais un autre aspect de « gagner le Christ et être trouvé en lui », après celui de la justice.

3,12–13a Ellipse de l’objet Trois fois l’objet du verbe, nécessaire grammaticalement, est omis pour souligner le processus non conclu exprimé par les verbes. Si l’objet devait être explicité, ce serait, dans la logique des v.8-11, la pleine connaissance et communion avec le Christ.

3,12b si L’expression grecque (ei kai) introduit une autre phrase hypothétique.

3,16a conduisons-nous Infinitif à valeur d’impératif Dans ce contexte, stoichen introduit une exhortation. 

3,17b nous Antécédent ? renvoie à Paul et ses collaborateurs dans l’apostolat.

3,21ab le corps de notre humiliation + de sa gloire — Hébraïsmes

4,3b aide-les Le verbe sullambanô à la forme moyenne suivi du dat. signifie « aider, assister » (cf. Lc 5,7).

4,7a Et a une valeur consécutive : « si bien que... ».

4,7a de Dieu = gén. possessif ou d’origine.

4,8 ceci Analepse qui se réfère aux six éléments qui précèdent immédiatement (« tout ce qui »…).

4,9a Ce que ne doit pas être interprété en un sens adversatif. Il est lié à « ceci » du v.8, mais il est aussi en relation avec « ceci » au v.9.

4,16 puisque La conjonction hoti, avec valeur déclarative au v.15b (trad. « que »), a ici une valeur causale.

Procédés littéraires

3,1 Formule épistolaire d’hésitation Elle permet à l’expéditeur de s’excuser auprès de son destinataire pour une raison particulière, ici pour le fait de se répéter. Cette formule est habituellement employée avec le verbe écrire.

3,2.18s Invective C'est une attaque ad personam afin d’en détruire le crédit auprès des auditeurs. L’apostrophe directe de l’adversaire manque en Ph 3, mais on trouve le même but et certains artifices rhétoriques propres à l’invective.

3,3a nous Anastrophe (inversion de l’ordre normal de la phrase grecque) destinée à souligner l’identité des croyants, parmi lesquels Paul se place.

3,3b fierté Répétition Le terme kauchaomai / kauchêma rythme l'épître (avec Ph 1,26 ; 2,16). Cf. V : gloria / glorior ; S : šwbhr’.

3,4 Comparaison exploitée par Paul, initiée au v.3 à propos des fidèles opposés aux ennemis et repris aux v.20-21, dans sa confrontation avec un adversaire supposé.

3,4b–6 La concessio est un raisonnement où l’auteur commence par admettre le point de vue de l’interlocuteur pour en montrer ensuite les limites et le dépasser. Paul fait de même avec un représentant fictif du groupe des adversaires.

3,7–11 Amplification des termes et des images pour souligner la différence avec la situation présentée dans les v.4b-6 (Textes anciens Ph 4,4b–14).

3,10bc sa résurrection + ses souffrances — Hystérologie (hysteron proteron) Anticipation inhabituelle de la résurrection du Christ sur ses souffrances pour mettre en évidence que Paul, comme tout croyant, fait avant tout l’expérience du Seigneur, avec sa force de Ressuscité (v.8), pour pouvoir ensuite vivre aussi avec lui la tribulation (Théologie Ph 4,10d).

3,10d conformé Répétition de racine Le terme développe Ph 2,6-7.

3,12s Double correctio qui permet d’éviter que les auditeurs croient Paul arrivé au terme du cheminement chrétien.

3,15a parfaits Antanaclase Parfaits (teleioi) reprend la racine de sois devenu parfait (teteleiômai) du v.12, mais avec un sens différent, pour souligner que la vraie perfection et la maturité chrétienne se trouvent dans la reconnaissance de sa propre imperfection.

3,17a ensemble + imitateurs — Néologisme Paul utilise un néologisme (summimêtai) pour inviter les Philippiens à s’unir dans l’imitation de son itinéraire chrétien (Milieux de vie Ph 4,17).

3,18 Hyperbate séparant la phrase principale en deux par l’insertion d’une proposition mettant ainsi en relief l’expression les ennemis de la croix du Christ.

3,19b le dieu est le ventre Métaphore L'expression signifie qu'ils cèdent à des désirs alimentaires et sexuels immodérés.

3,20s Climax stylistique formé par l’accumulation des éléments concernant l’action du Christ qui indique la conclusion du passage.

3,20a Notre Anastrophe pour souligner l’identité des croyants, parmi lesquels Paul se compte.

4,2a.3a Évodie + Syntyche + compagnon — Figure étymologique Paul joue sur l’étymologie des noms des deux personnes mentionnées (Vocabulaire Ph 4,2a) et de suzugos (Vocabulaire Ph 4,3b), afin que, assumant leur nom, elles accueillent l’appel à l’unité.

4,3b Évangile Synecdoque et/ou métonymie Le syntagme exprime soit le tout pour la partie, soit l’objet pour l’action qui consiste à le donner.

4,3ab compagnon + aide + ont lutté — Répétition à trois reprises d'une parole avec le préfixe sun- (suzuge, sullambanou, sunêthlêsan), renforcant l'exhortation à l'unité.

4,6b la prière et la supplication Hendiadys = « la prière de supplication ».

4,8s Accumulation Les v. sont marqués par deux listes de syntagmes juxtaposés l’un à l’autre. Au v.8, avec l’asyndète, les syntagmes évoquent un système de valeurs communément acceptées par la société, valeurs que les chrétiens de Philippes sont appelés à considérer. Au v.9, avec le polysyndète, les syntagmes signifient que les Philippiens ont toutes les facilités pour savoir comment se comporter en écoutant et regardant la vie de Paul. En outre, ces syntagmes sont rimés, ce qui peut faciliter la scansion voire la mémorisation de cette brève leçon morale. Le texte de la Peshitta (v.8-10), par exemple, présente huit rimes en -n puis huit rimes en -wn, ces deux groupes entourant la locution centrale « acte de gloire/et [digne] de louange ». 

4,11s Correctio v.11a partie positive, v.11b-12 partie négative. Paul donne cette précision pour éviter que les destinataires pensent que sa joie dépend du don matériel qu’ils ont fait (cf. v.10).

4,12abde Polysyndète de kai « et », qui lie par paire six infinitifs, soulignant les variations d’une vie marquée par des situations extrêmes.

4,15–19 compte Métaphore financière filée

  • Elle est tout d’abord utilisée pour décrire le rapport entre Paul et les destinataires (v.15-16 ; Vocabulaire Ph 4,15c partagé ; Textes anciens Ph 4,15c).
  • Puis, reprenant le langage et l’image de Ph 1,11 (Vocabulaire Ph 1,11), Paul veut montrer que le don des Philippiens l’intéresse dans la mesure où il produit leur croissance spirituelle, en vue aussi de l’accomplissement eschatologique (v.17).
  • Enfin, cette métaphore désigne la récompense qu’ils recevront de Dieu pour leur générosité envers Paul (v.18-19 ; Vocabulaire Ph 4,19b).

→Vocabulaire financier chez Paul, en particulier en Philippiens

4,15a Philippiens Apostrophe Rarement Paul s’adresse directement aux destinataires par leur nom (2Co 6,11 ; Ga 3,1). Il le fait ici comme signe d’attention et d’affection pour les Philippiens.

4,15b Évangile Métonymie Le syntagme exprime l’objet pour signifier l’intention de le donner.

4,15c seuls Anastrophe qui souligne le fait que les Philippiens ont été les seuls, au début de l’évangélisation en Europe, à aider Paul.

4,17 Correctio Paul veut éviter un malentendu (v.17a partie positive ; v.17b partie négative) : exaltant la générosité des Philippiens (cf. v.14-16), il ne veut pas obtenir d’autres dons pour le futur.

4,18a j’ai de tout Connotations commerciales et philosophiques Dans le langage commercial, l’expression équivaut à une quittance, mais elle est aussi utilisée par le philosophe stoïcien pour affirmer sa propre autosuffisance (Textes anciens Ph 4,18b).

4,18bcd Métaphore cultuelle filée

  • Utilisant le langage typiquement cultuel de l’AT, Paul affirme, tout en soulignant l’excellence du don des Philippiens, que l’aide qui lui a été accordée est, de fait, un acte de culte rendu à Dieu (pour cette raison, ce sera Dieu qui les récompensera, v.19).
  • Cette métaphore est dans la continuité du langage cultuel déjà présent dans la lettre (Ph 2,15.17 ; 3,3), langage qui souligne l’appel pour le croyant à faire de son existence un culte rendu à Dieu.
  • Cette idée est déjà présente dans l’AT (p. ex. Is 1,10-17 ; Ps 51,19 ; Dn 3,39) et est développée dans le NT (Rm 12,1-2 ; He 13,16 ; 1P 2,5-9). Littérature péritestamentaire Ph 4,18d

1,11 ; 4,19a comblés + comblera — Ironie et inversion des rôles

Paul use fréquemment de l'isotopie financière dans ses lettres

→Vocabulaire financier

Paul débiteur

Paul se présente ici d’abord en débiteur qui règle ses dettes (Ph 1,11 litt. « afin que vous soyez pleinement remboursés [peplêrômenoi] »). Les Philippiens ont en effet subvenu aux besoins de l’Apôtre en vertu des bons offices d’Épaphrodite (Ph 2,25 litt. « [que vous avez] délégué pour venir en aide [leitourgon] à mes besoins » ; cf. Ph 4,16).

Paul créancier

Mais dans la suite de l’épître, à travers l’image du compte courant ici amorcée, dettes et créances vont mystérieusement changer de bénéficiaire (Ph 4,15 « aucune autre Église que vous n’a pris part au partenariat spirituel de ce compte de débit et de crédit [logon doseôs kai lêmpseôs] »). Paul recherche au fond la richesse spirituelle des habitants de Philippes, eux qui sont en fait ses débiteurs (Ph 4,17). Si l’Apôtre se déclare finalement comblé par leurs contributions pécuniaires (Ph 4,18 peplêrômai), ceux-ci seront à leur tour remboursés par Dieu (Ph 4,19 « Mon Dieu règlera la facture [plêrôsei] de tout ce qui vous manque, selon sa richesse, dans la gloire, dans le Christ Jésus »).

4,19b richesse glorieuse par le Christ Jésus Hendiadys Litt. « en gloire dans le Christ Jésus » (en doxêᵢ détermine le substantif ploutos, assumant la valeur d’adj.). Dieu agit et manifeste sa gloire par le moyen du Christ (à la fois dans le présent et au temps eschatologique).

4,20 dans les siècles des siècles Clausule temporelle figée Cette formule d'éternité n’apparaît sous cette forme (eis tous aiônas tôn aiônôn) que deux fois dans G (→4 Macc. 18,24 ; Ps 84,5 [Ps-G 83,5]) ; elle semble caractéristique du NT (p. ex. He 13,21 ; 1P 4,11 ; Ap 1,6) et du genre de la doxologie (Genres littéraires Ph 4,20). Elle fut imitée par de nombreux Pères (→Doxologie chez les Pères) et systématisée dans la liturgie (→Doxologie en liturgie). 

4,20 À notre Dieu + la gloire — Thématique de la gloire Déjà présente dans cette épître (cf. Ph 1,11 ; 2,11), elle culmine ici. 

Genres littéraires

1 Exemplum Tout ce passage oppose le mauvais exemple des adversaires au bon exemple de Paul et des croyants.

3,4b–14 Périautologie L'auteur fait son propre éloge. En Ph 3, il est composé de trois étapes :

  • son éloge dans la chair (identité ethnique et religieuse) (v.4b-6) ;
  • le même mais, inversé, dans le Christ (nouvelle identité dans le Christ) (v.7-11) ;
  • enfin celui chrétien, atténué (identité chrétienne en devenir) (v.12-14) (Textes anciens Ph 4,12ss).

Il a aussi une finalité exemplaire (v.17 : Textes anciens Ph 4,17a). Souvent la responsabilité en est imputée aux adversaires (v.2.18-19) et on mêle son propre éloge à celui des auditeurs (v.3.15.20 : Textes anciens Ph 4,3a.15a.20a).

4,5b Le Seigneur est proche Formule liturgique ? Il s’agit peut-être d’une formule liturgique primitive, où la communauté exprimait son espoir d’une parousie prochaine du Seigneur (cf. la locution araméenne Marana tha, 1Co 16,22). Cf. Rm 13,12 ; Jc 5,8 ; 1P 4,7 ; Ap 22,20 (Liturgie Ph 4,5b).

4,8s Consolatio Dans ce genre littéraire, l’auteur invite le lecteur à mettre à distance les pensées tristes (comme celles évoquées en v.6-7) pour adhérer aux choses belles (cf. →Cicéron Tusc. 3,35-37).

4,20 Doxologie comportant trois éléments :

  • son destinataire,
  • le contenu de la louange,
  • un syntagme temporel.

Imité dès les premières générations chrétiennes (→Doxologie chez les Pères), ce genre allait connaître un succès immense dans les liturgies (Liturgie Ph 4,20 ; →Doxologie en liturgie). 

Contexte

Repères historiques et géographiques

3,7 La vocation de Paul Paul fait sans doute allusion à sa vocation, advenue lors de sa rencontre avec le Christ sur la route de Damas (Ac 9,1-19).

4,15b Macédoine La première mission de Paul en Macédoine eut lieu durant le second voyage missionnaire, en l’an 50 environ (Ac 16-17) : →Paul : éléments pour une biographie.

Milieux de vie

3,1c sécurité Elle était un des plus importants biens assuré aux citoyens par la polis (p. ex. →Isocrate Pace 19-21 ; →Philon d’Alexandrie Cher. 126).

3,2 Les adversaires pourraient être des judéo-chrétiens, missionnaires itinérants, comme en 2Co 10-13. Ils invitent les chrétiens de Philippes issus du paganisme à se circoncire et à observer la Tora, comme le font les agitateurs de Ga 5,1-3 ; 6,12-13. Procédés littéraires Ph 4,2.18s ; Tradition juive Ph 4,2a ; Tradition chrétienne Ph 4,2

3,5a circoncision Importance ? La →circoncision est un élément constitutif de l’identité juive-judéenne pour beaucoup, diversement interprétée et mise en pratique par les Juifs du 1er s. Tradition chrétienne Ph 4,5a

3,5e pharisien Paul pharisien ?

  • →Josèphe A.J. 17,41 « Il y avait une secte juive composée d’hommes qui se considéraient grands en raison de leur stricte observance de la loi de leurs pères. »

Aussi bien ici qu'en Ga 1,13 ou en Ac 23,6 (« pharisien fils de pharisiens ») Paul s'enorgueillit de sa formation de →pharisien (cf. Ac 22,3 ; 26,4-5). Ac en général donne une image plutôt positive des pharisiens : Ac 5,34-36 ; 15,5 ; 21,20-21). Ce que l’on parvient à soupçonner de ses positions avant sa rencontre avec le Christ s’accorde cependant mal avec la description du pharisien type que donne Flavius :

  • Selon Josèphe, les pharisiens croient en la résurrection ; ils suivent des coutumes ancestrales irréductibles à une simple jurisprudence issue de l’Écriture (→A.J. 13,297) ; ils sont attachés à la circoncision comme signe d’appartenance au peuple élu (→A.J. 1,192 ; cf. Ac 15,5).
  • Chez Paul, en revanche, l'argumentation est extrêmement scripturaire même pour rapporter le kérygme « selon les Écritures » (1Co 15,3). Alors que Gamaliel, son maître, défend les Apôtres contre les contempteurs de la foi en la résurrection (Ac 5,34-39), il se range parmi leurs persécuteurs (donc plutôt les sadducéens Ac 5,17 ; cf. →Josèphe A.J. 18,16). Enfin, il relativise la circoncision encore plus que d’autres Juifs de son temps.

Certains rapprochent l’activisme précoce de Paul, son insistance sur les thèmes de l’Alliance, sur les « Églises », son recours à des expressions comme « fils de la lumière / des ténèbres » (1Th 5,5) d’un tropisme essénien plus que pharisien. Sans aller aussi loin, on peut du moins penser que le terme pharisien (au départ non technique, signifiant « séparé ») recouvrait des réalités religieuses plus diverses que ne laisse supposer la division en trois « philosophies » proposée par Josèphe. 

3,17 L’imitation des modèles, au temps de Paul, était la charnière de l’éducation tant gréco-romaine que juive. Le maître était un exemple pour les disciples, appelés à s’approprier l’idéal qu’il exprimait et à le mettre en œuvre dans leur comportement (cf. →Isocrate Soph. 16-18 ; →Sénèque Ep. 84).

3,18d ennemis de la croix du Christ Qui sont ces opposants ? Ce sont tous ceux qui n’accueillent pas le discours paulinien de la croix et ont une mentalité mondaine. Leur profil est très vague, mais il ne s’agit pas d’un nouveau groupe d’adversaires. Paul élargit à tous les opposants possibles et énonce leur condamnation à la perdition.

3,19d considèrent les choses de la terre Dépasser la question des droits civiques ?  Les inscriptions attestent que la question des droits civiques comptait beaucoup pour les vétérans de Philippes (Milieux de vie Ph 3,20a). Ceux-ci se considéraient en situation de minorité, réduits à un statut inférieur (→Pilhofer 1995, 118-122 ; →Oakes 2001, 50-54). 

À l’échelle régionale sinon locale, un examen plus poussé des inscriptions de Macédoine confirme que dans d’autres communautés religieuses, juives et isiaques, on avait l’habitude de poser dans les mêmes termes que Paul les rapports du religieux au politique en utilisant le verbe politeuesthai (Ph 1,27) pour établir les normes de la vie publique que doit mener le croyant.

Même s'il est probable que Paul emprunte son langage politique à G (p. ex. Is 62,11 ; 2M 9,12), on ne peut vider la terminologie utilisée par Paul de sa substance politique dans le contexte local, attestée par les inscriptions. L’Apôtre confronterait ainsi implicitement plusieurs modèles de relation du religieux au politique. En demandant à ses auditeurs de dépasser la question des droits civiques pour penser au royaume de Dieu, Paul aurait ainsi cherché à parler leur langage, en se référant à leur centre d’intérêt.

3,20a Notre gouvernement Politique et religion En recourant à un lexique qui relevait normalement du champ politique pour ses contemporains (Procédés littéraires Ph 1,27a ; Milieux de vie Ph 1,27a), Paul pose la question du rapport au monde. 

Les droits civiques, une question brûlante à Philippes ?

Politeuma (plus litt. « communauté civique » : Vocabulaire Ph 4,20a) désigne des communautés représentatives organisées suivant le modèle civique, le plus souvent des communautés de soldats, quelquefois des communautés juives issues sans doute d’une colonisation militaire.

Les communautés juives d’Asie Mineure sont issues d’une colonisation militaire séleucide. Dans la colonie de Philippes, le noyau dirigeant était constitué par une population de vétérans, de soldats-cultivateurs, qui bénéficiaient certes de la citoyenneté romaine, mais selon un système de droits civiques limités, le statut de droit latin – ce qui suscitait frustrations et revendications (Milieux de vie Ph 3,19d).

Structure associative des communautés juives d’Asie Mineure au 1er s.

  • →Josèphe A.J. 14,259-261 : Le terme de politai (« citoyens ») est employé par les pouvoirs publics pour les Juifs de Smyrne qui ont une forte organisation associative et doit renvoyer à un politeuma puisqu’ils sont aussi comptés parmi les étrangers domiciliés.
  • Le concept de politeuma servira longtemps à cette confrontation dans l’ecclésiologie des premiers siècles chrétiens, p. ex. dans →Eusèbe de Césarée Hist. eccl.

3,20b sauveur + Seigneur — Titres impériaux Ces termes étaient utilisés dans le culte de l’empereur romain (→IGR 4,584 ; →P. Oxyrh. 1,37).

4,1b couronne Récompense et signe honorifique des athlètes Ainsi les Philippiens sont déjà pour Paul une récompense et un motif de fierté au présent. 

4,2a Évodie + Syntyche — Apparemment deux femmes de Philippes aux noms prédestinés (Vocabulaire Ph 4,2a), collaboratrices de Paul.

4,3c Clément Probablement un chrétien de Philippe bien connu de la communauté. Paul n’a donc pas besoin de le présenter (Tradition chrétienne Ph 4,3c).

4,3d livre de vie Registre de citoyenneté ? Les Philippiens qui étaient citoyens romains avaient été inscrits dans le livre (registre) des citoyens romains de la colonie (cf. →Suétone Cal. 8,2).

Textes anciens

3,3a.15a.20a nous sommes + Nous tous + Notre — Éloge des auditeurs

  • →Plutarque Laude 9 (542b) « l’auditeur, à son insu, accepte volontiers l’éloge de l’orateur, qui s’insinue en lui avec le sien propre » (trad. Klaerr et Vernière 1974, 71).

3,3a.18d nous + ennemis — Nous vs. nos adversaires

  • →Plutarque Laude 8 (542a) « insérer l’éloge de soi dans la réfutation des accusations » (trad. Klaerr et Vernière 1974, 71).

3,4b–14 Nouvelle compréhension de soi selon le stoïcisme Lorsque, grâce à la connaissance de la Raison inhérente à toute la réalité, le sage fait l’expérience du Bien, il accède à une conscience plus haute :

  • →Cicéron Fin. 3,21 « Il a observé, dans ce que doit réaliser sa conduite, l’existence d’un ordre et, pour ainsi dire, d’une harmonie, cette harmonie lui paraît avoir beaucoup plus de prix que les objets premiers de sa dilection : et de tout ce que la connaissance réfléchie et la raison lui ont permis de recueillir, il conclut que c’est là que réside le souverain bien de l’homme, ce bien qu’il faut estimer et rechercher pour lui-même. »

3,12ss Imperfections

  • →Plutarque Laude 13 (543f) « certaines gens ne présentent pas leur propre éloge dans tout son éclat, ni à l’état pur, mais y introduisent quelques imperfections, erreurs et fautes légères » (trad. Klaerr et Vernière 1974, 75).

3,13s Métaphore sportive fréquente, à travers l’image athlétique, dans la philosophie populaire pour illustrer l’engagement dans la conquête de la vertu :

  • →Philon d’Alexandrie Leg. 2,108 « Mène cette lutte comme une très belle bataille ; efforce-toi d’être couronnée, contre le plaisir qui a sur tous la victoire, d’une belle et glorieuse couronne, que ne propose aucune fête solennelle, par les hommes. »

3,17a ensemble + imitateurs — De l’éloge de soi à l’imitation

  • →Plutarque Laude 14 (544d) « Vois d’abord si un homme ne pourrait pas faire son éloge pour exhorter ses auditeurs, leur inspirer un sentiment d’émulation ou d’ambition » (trad. Klaerr et Vernière 1974, 77).

4,8 vertu Parallèle stoïcien Dans le contexte gréco-romain, la vertu indiquait l’excellence morale d’une personne et les stoïciens la tenaient comme particulièrement importante.

  • →Diogène Laërce 7,87 « C'est pour cela que Zénon dit dans le Traité de la nature humaine qu'on doit se proposer pour fin de vivre conformément à la nature, ce qui revient à dire d'après les lois de la vertu » ; 7,94 « [les stoïciens] distinguent encore le bien proprement dit qu'ils définissent : la perfection dans la nature de l'être raisonnable en tant que raisonnable ; c'est la vertu. En second lieu, la conformité au bien, et sous ce titre ils comprennent les actions honnêtes et les hommes vertueux. »

4,9b entendu et vu en moi Parallèle stoïcien La cohérence entre le dire et le faire est importante dans la tradition stoïcienne : 

  • →Sénèque Ep. 34,14 « Tu feras en sorte que tous tes actes et toutes tes paroles soient cohérents, consonants et aient une seule marque. Elle n’est pas honnête l’âme de l’homme dont les actions ne concordent pas ».

4,11b autosuffisant Parallèle stoïcien

  • →Sénèque Vita 6,2 « Être heureux, c’est se contenter de son sort présent, quel qu’il soit, et aimer ce que l’on a. »

4,12s Idéal stoïcien de l’indifférence Les stoïciens insistaient sur le fait qu’il n’y avait qu’une seule chose bonne : la vertu. Tout le reste, biens extérieurs compris, était indifférent (adiaphora) :

  • →Cicéron Fin. 3,53-54 « Puisque tout ce qui est bien occupe la première place, il faut nécessairement que ne soit ni un bien ni un mal ce que nous appelons ‘préférable’ ou ‘mis en tête’ et nous le définissons ainsi : une chose indifférente, avec attribution d’un degré moyen de valeur – ce que les stoïciens appellent adiaphoron. »

4,15c un compte de droit et avoir Expression spécifique

Dans le langage commercial

Dans la description de la réciprocité dans les relations, particulièrement dans l’amitié

4,18b comblé et heureux

Intertextualité biblique

4,3d livre de vie Motif Être inscrit dans ce livre signifie, d’après les parallèles bibliques et péritestamentaires, être destiné à la vie éternelle (Milieux de vie Ph 4,3d ; Littérature péritestamentaire Ph 4,3d). Cette dérivation biblique de l’image est la plus probable, Paul étant un lecteur attentif de l’Écriture.

4,4s La venue de Dieu Durant les semaines qui précèdent Noël dans la liturgie latine, de nombreux répons, antiennes et autres textes amplifient le texte de Paul (Liturgie Ph 4,5b) et orchestrent le thème de la proximité, de la venue du Seigneur, ou du Royaume, ou du salut, en un magnifique centon scripturaire (→Avent).

4,20 dans les siècles des siècles Locution désignant le « temps » divin Le redoublement et le pluriel de termes exprimant le temps permettent aux écrivains bibliques de désigner la transcendance divine à partir de la condition temporelle présente de l'humanité. →Temporalité divine dans les Écritures

4,20 Doxologie Dans les Écritures, les doxologies se terminent souvent par une affirmation de l’éternité de Dieu et un « Amen ». Cet usage sera imité par la liturgie chrétienne (Liturgie Ph 4,20 ; →Doxologie en liturgie).

Littérature péritestamentaire

3,6b la justice qui est dans la Loi

  • 4Q398 14-17 « Et ce te sera compté comme justice, quand tu feras ce qui est juste et bon devant Lui. »

3,9s Justice et connaissance de Dieu

  • →1QS 10,11-12 « Et à Dieu je dirai : 'ma justice' et au Très-Haut : 'fondation de mon bonheur, source de connaissance'. »

3,15a les parfaits Cette terminologie est amplement attestée dans les écrits de Qumrân. Les membres de la communauté se définissaient eux-mêmes comme intègres face à Dieu, en raison de leur observance de la Loi :

  • →1QS 1,7-9 « de faire entrer tous ceux qui désirent accomplir les prescriptions de Dieu, [...] de se comporter devant sa face [dans] la perfection [= tammîm] de toutes les [vérités] dévoilées. »

3,17a ensemble + imitateurs

  • →4 Macc. 9,23 « Imitez-moi mes frères, disait-il ; ne désertez pas ma lutte, n'abjurez point la fraternité qui unit nos courages, combattez le saint et noble combat de la piété ! »

4,3d livre de la vie Expression répandue dans la littérature apocalyptique

  • →1 Hén. 47,3 « En ce temps-là, j’ai vu le Prince des jours prendre place sur Son trône de majesté, les livres des vivants ouverts devant Lui. »

4,8b ce qui est vrai

  • →Ep. Lao. 15 « Les choses qui sont saines, vraies, vertueuses, justes, et aimables, celles-là pratiquez-les. »

4,9b reçu et entendu

  • →Ep. Lao. 16 « Ce que vous avez entendu et accepté, gardez-le dans votre cœur, et vous serez paisibles. »

Réception

Liturgie

3,20s Horizon de toute liturgie Paul rappelle ici la perspective ultime de la vie chrétienne : le plein accomplissement du salut reçu et vécu.

Texte

Ce texte est prié durant l'→Avent, temps de l’attente par excellence.

  • 1er dimanche,  vigiles, 2e nocturne, 1er répons (→LM 1,41) « Nous attendons comme Sauveur le Seigneur Jésus-Christ, lui qui transformera nos pauvres corps à l'image de son corps glorieux, avec la puissance qui le rend capable aussi de tout dominer » (ce répons revient régulièrement durant les vigiles de la première semaine de l'Avent).
  • Lecture brève ou capitule des vêpres du lundi en Avent jusqu'au 16 décembre (→LM 1,15) et aux vêpres du 19 décembre (→LM 1,419).

Mystagogie

L’attente de la parousie restera toujours à l’horizon de la pensée de l’Église, qui se réjouit de voir se rapprocher d’année en année, de jour en jour, l’heure où le Christ dans toute sa gloire reviendra sur la terre pour lui faire partager la plénitude de sa gloire. Elle est la cause principale, directe et profonde de la grande →joie qu’éprouve l’Église tout particulièrement au cours des semaines de l'→Avent, qui précèdent la fête de Noël.

Rites

L’attente ardente de l’avènement du Seigneur est admirablement exprimée dans la messe quotidienne :

  • Acclamation des fidèles après la consécration (→MR 576.91) : « Nous proclamons ta mort [...], nous attendons ta venue dans la gloire ». Le latin présente donec venias, « jusqu’à ce que tu viennes » avec une nuance de but « pour que tu viennes », s’inspirant de 1Co 11,26 et de 2P 3,12s.
  • Prière eucharistique 3 (→MR 585-587) : « alors que nous attendons son deuxième avènement [...] ».
  • Prière eucharistique 4 (→MR 591-593) : « en attendant aussi qu’il vienne dans la gloire ».
  • Prière après le Notre Père (→MR 598.125) : « dans l’attente de la bienheureuse espérance et de l’avènement de notre Sauveur Jésus Christ (exspectantes beatam spem et adventum Salvatoris nostri Iesu Christi) ». L’Avent est essentiellement cela : l’attente de la bienheureuse espérance et de l’avènement de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ (Tt 2,13).

4,4 Réjouissez-vous Durant le temps de l’Avent

TEXTES

  • Invitatoire 2 (→PTP 1).
  • Dimanches jusqu’au 16 décembre, 2es vêpres, capitule (→LM 1,11).

Il est transformé en prière de pétition : 

  • 3e jeudi, collecte (→MR 139, trad. litt.) : « Nous t'en prions, Seigneur, nous tes indignes serviteurs qu'attriste la culpabilité de leurs propres actions, réjouis-nous par l'avènement salvifique de ton Fils unique. »

Il est commenté par Léon le Grand la veille de Noël :

  • Année B, 24 décembre, vigiles, 2e nocturne, lecture 1 (→LM 1,495) = →Léon le Grand Serm. 2,1 « Réjouissons-nous dans le Seigneur, mes bien-aimés, livrons-nous à une joie toute spirituelle, car voici que commence à briller pour nous le jour nouveau de notre rédemption, jour depuis longtemps préparé, jour de l’éternel bonheur. Le retour de l’année ramène, en effet, le mystère de notre salut, promis dès le début du temps, et donné à la fin pour durer sans fin. En ce jour, il convient que nous élevions nos cœurs, que nous adorions ce mystère divin, et qu’à la grandeur du bienfait que Dieu nous accorde réponde la joie de l’Église en fête. »

CALENDRIER 3e dimanche de l'Avent, ou « dimanche Gaudete »

Il est surtout chanté comme introït ou chant d’entrée de la liturgie romaine latine du dimanche « Gaudete » (Grad. 21-22). Liturgie Ph 1,4c

TEXTES 3e dimanche de l'Avent

Office

Année C, laudes, antienne à Benedictus (→AM 1,27) 

Messe
  • Introït (centon de Ph 4,4 et de Ps 85,2) : « Réjouissez-vous dans le Seigneur toujours. Une fois de plus je le dis, réjouissez-vous. Que votre modestie soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche, que rien ne vous trouble ; Mais qu’en toute chose, par la prière, vos demandes soient portées devant Dieu. Ps/ Tu as béni, Seigneur, ta terre, tu as fait cesser la captivité de Jacob » (→MR 135 ne donne que : « Réjouissez-vous dans le Seigneur toujours : Une fois de plus je le dis, réjouissez-vous. Le Seigneur est proche »).

Ce dimanche, Ph est citée parmi d'autres textes bibliques célébrant la joie, qui donne sa coloration au temps de l'→Avent :

  • Collecte →MR 135 (trad. litt.) : « Dieu, qui vois ton peuple attendre dans la foi la fête de la Nativité du Seigneur, nous t’en prions, accorde-nous la force de parvenir aux joies d'un si grand salut et de toujours en célébrer la solennité avec une fervente allégresse. »

Les lectures accompagnent ce thème de la joie : 

  • Année A, 1re lecture, Is 35,1-6.10 : « Le désert et la terre de la soif, qu’ils se réjouissent ! Le pays aride, qu’il exulte et fleurisse, qu’il se couvre de fleurs des champs, qu’il exulte et crie de joie ! [...] ils reviendront, les captifs rachetés par le Seigneur, ils arriveront à Jérusalem dans une clameur de joie, un bonheur sans fin illuminera leur visage ; allégresse et joie les rejoindront, douleur et plainte s’enfuiront » (→LD 11).
  • Année B, 1re lecture, Is 61,1-2.10-11 : « Ainsi parle l’envoyé du Seigneur : [...] Je tressaille de joie dans le Seigneur, mon âme exulte en mon Dieu » (→LD 348) ; 2e lecture, 1Th 5,16-24 : « soyez toujours dans la joie, priez sans relâche, rendez grâce en toute circonstance » (→LD 352).
  • Année C,  1re lecture, So 3,14-18 : « Pousse des cris de joie, fille de Sion ! Éclate en ovations, Israël ! Réjouis-toi, tressaille d’allégresse, fille de Jérusalem! [...] Le Seigneur ton Dieu [...] aura en toi sa joie et son allégresse ; il te renouvellera par son amour ; il dansera pour toi avec des cris de joie, comme aux jours de fête » (→LD 569-570) ; 2e lecture, Ph 4,4-7 (→LD 570). 

MUSIQUE L'introït grégorien du 3e dimanche de l'Avent

Simplement joyeuse, d'elle-même la mélodie pousse à se réjouir en crescendi successifs, sans trop d’éclat. La mélodie pénètre les phrases d’une douce tension jusqu’à nihil solliciti sitis (« Ne soyez inquiets de rien »). Depuis ce sommet, elle s’élargit en enthousiasme invitant à abandonner tout souci pour accueillir l’allégresse qui s’annonce.

La première phrase fait monter progressivement la tension vers la joie. Posée sur une clivis épisématique et un quilisma, entraînée par un salicus, trois rythmes ternaires consécutifs, elle monte vers l’accent tonique de semper. La mélodie de la thesis exprime encore une volonté qui cherche à s’imposer : iterum dico (« encore une fois je le dis » - bivirga épisématique).

La deuxième phrase poursuit la progression. Sa mélodie passe de l’ambiance du ré à celle du fa. Une arsis marquée (salicus et quilisma) l’oriente vers hominibus d’où elle monte avec enthousiasme vers prope est et un accent plein d’ardeur sur nihil (bivirga). La thesis vient rimer avec celle de la phrase précédente, apaise la tension et restaure en fin de pièce la discrétion feutrée du début. On est encore dans l’attente, et la joie ne détruit pas les préoccupations. Le conseil de la prière (pressus de omni, motif ascendant de oratione, distropha d’innotescant) invite à les porter dans l’espérance.

L'onction joyeuse du 1er mode pénètre les v. psalmiques.

MYSTAGOGIE La joie à l'approche du Seigneur

Les trois conseils donnés par Paul (joie, modestie, tranquillité) sont centrés sur une phrase lapidaire : « le Seigneur est proche (Dominus prope est) » prend un sens nouveau dans le cadre liturgique de l’Avent (Liturgie Ph 4,5b).

4,4 Réjouissez-vous dans le Seigneur - Introït

Introït « Gaudete in Domino »

Traditionnel, Introït - Gaudete

Chœur des moines de l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux

© Abbaye du Barroux→, Ph 4,4 Ps 85,2

Introït chanté le troisième Dimanche de l'Avent.

4,5b Le Seigneur est proche Durant l’Avent

MYSTAGOGIE La proximité du Christ, dans l'histoire et au-delà d'elle

La série de conseils moraux que Paul donnait à ses disciples devient un encouragement de l’Église aux baptisés, les invitant à anticiper la joie, la mansuétude, la confiance que la proche venue du Sauveur va apporter. 

Le Seigneur est proche : tel est le motif de la joie mystérieuse et continuelle de l’Église, mais plus accentuée durant l’Avent. Il ne s’agit pas seulement de la présence divine habituelle réjouissante pour celui qui s’y confie, mais de la présence du Seigneur en train d’arriver, bientôt là dans la chair (mémorial de la naissance de Jésus à Bethléem), la grâce (célébration de la visitation de l'âme du croyant par le Verbe) ou la gloire (attente du retour glorieux du Christ pour le jugement final). Mystique Ph 4,4

TEXTE L’annonce de la proximité du Seigneur

Outre ces citations dans le contexte plus large de Ph 4,4-5 (Liturgie Ph 4,4), Ph 4,5b est chanté à plusieurs reprises durant l’Avent :

  • 18 décembre, laudes, antienne à Benedictus (→AM 1,48) : « Veillez en esprit, le Seigneur notre Dieu est tout proche ! »
  • semaine préparatoire à Noël, invitatoire (→Hymn. 21) : Prope est iam Dominus : venite, adorémus (« Le Seigneur est tout proche, venez, adorons ! »).

En outre, tout au long de l'→Avent, de nombreux répons, antiennes et autres textes orchestrent le thème de la proximité, de la venue du Seigneur, ou du Royaume, ou du salut, en un magnifique centon scripturaire.

4,6bc la prière et la supplication avec action de grâces Le genre littéraire de l’oraison

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Et si nous regardons bien ces quatre éléments [Tradition chrétienne Ph 4,6bc] on voit que toutes les oraisons de l’Église les comportent. En effet, premièrement Dieu est invoqué ; deuxièmement, le bienfait divin est commémoré ; troisièmement, est demandé un bienfait ; quatrièmement est donnée la supplication : Par notre Seigneur, etc. »

4,12ss.19s Texte

Année A, 28e dimanche du temps ordinaire

= Pour Paul, seul le Christ compte : il peut tout supporter avec celui qui lui donne la force.

4,20 Reprise de cette doxologie en liturgie : l’embolisme du Notre Père

Texte

Parmi les innombrables reprises de la →doxologie en liturgie, celle de l'embolisme du Notre Père de la liturgie romaine (→MR 599 n°125) contient ces mots mêmes : 

  • proclamée ou chantée en latin : Quia tuum est regnum et potestas, et gloria in saecula (« Car c’est à toi qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire, pour les siècles des siècles ») ;
  • chantée : « À toi le règne, à toi la puissance et la gloire pour les siècles des siècles. » 

Histoire

Elle pourrait remonter au 2e ou même au 1er s. Dans certains mss de Mt, elle suit immédiatement le « Notre Père ».

  • →Did. 8,2 (175) ; 9,4 (177) ; 10,5 (181). La section eucharistique s’achève ainsi : « Rassemble-la des quatre vents, cette Église sanctifiée, dans ton royaume que tu lui as préparé. Car c’est à toi qu’appartiennent la puissance et la gloire dans les siècles. Amen. »

Rituel

La plupart des Églises d’Orient et de la Réforme utilisent cette doxologie après le « Notre Père » dans leur liturgie. Chez les orientaux, cette doxologie est une exphonèse : formule réservée au prêtre (au point qu’à l’Office, ils l’omettent en son absence). C’est l’usage contraire qu’adopte la liturgie romaine dans l’Ordo missae de Paul VI en en faisant une acclamation du peuple. 

Tradition juive

3,2a chiens Insulte topique récurrente dans la polémique anti-païenne des Juifs (cf. Mt 15,26-27 ; Mc 7,27-28). P. ex. :

  • →Josèphe C. Ap. 2,85 « Voilà les témoignages qu’aurait dû considérer Apion s’il n’avait eu plutôt lui-même le cœur de l’âne et l’impudence du chien, qu’on a coutume d’adorer chez eux. »

4,9b reçu Importance de la transmission dans l’auto-représentation du judaïsme

  • →m. ’Abot 1,1 « Moïse reçut la Loi sur le Sinaï et la transmit à Josué, et Josué aux anciens, et les anciens aux prophètes, et les prophètes la transmirent aux hommes de la grande assemblée. »

Tradition chrétienne

3,1b écrire les mêmes choses Pourquoi ?

Patience du pédagogue

  • →Ambrosiaster Comm. Phil. 3,1 « Il montre l’intérêt qu’il a pour leur chemin de foi et il leur répète ce qui est nécessaire pour leur bénéfice. »

Verba volant... 

3,2 chiens mauvais ouvriers + mutilation — Adversaires visés

Par Paul

=  les chrétiens judaïsants
  • Jean Chrysostome Hom. Phil. 10,3,1-3.
= les Juifs
  • Marius Victorinus Ad Phil. 3,1-3.

Par les commentateurs de Paul

= les prédicateurs catholiques

Au Moyen Âge, les membres de l'Ordre des prêcheurs affectionnaient le jeu de mot sur leur surnom de « dominicains » : ils étaient les « chiens du Seigneur » (Domini-canes), rassemblant les brebis du bon pasteur, mettant en fuite les loups, soignant les plaies de leur langue (prédication). Certains réformés tournent le jeu de mots en dérision : 

  • →Brenz Expl. Phil. : Les chiens sont aujourd’hui les religieux qui se hâtent vers les cuisines des maisons, pour se remplir la panse. Du reste, leur prédication sonne comme l’aboiement du chien. Ils parlent trop des mérites humains ; ils offrent, par exemple, le pardon de péchés mortels pour sept ans de pénitence, et ils mesurent la quantité des aumônes nécessaire. Ces Mess-Prediger prétendent ainsi décider au nom de Dieu la mesure de la grâce.

3,2c mutilation Pourquoi ce mot ?

Pour éviter de provoquer ses adversaires ?

  • →Jean Chrysostome Hom. Phil. 10,3,1-3 « [Paul] ne dit pas : la circoncision est mauvaise, la circoncision est superflue, pour ne pas alarmer ces personnes, mais il procède plus sagement, s’écartant de l’affaire, la gratifiant d’un nom plus recherché. »

Pour désigner par métonymie la division, effet de la querelle

  • →Lapide Comm. ep. Pauli : En désignant la circoncision comme une coupure ou une mutilation, Paul veut peut-être signifier le schisme, voire la perdition éternelle (en tant que retranchement du nombre des sauvés).

3,3a nous sommes, nous, la circoncision

Circoncision charnelle et circoncision spirituelle

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Il y a une double circoncision, la corporelle et la spirituelle, comme le dit Rm 2,28 'Car le vrai Juif n’est pas celui qui l’est au dehors ; et la véritable circoncision n’est pas celle qui se fait dans la chair, et qui n’est qu’extérieure. Mais le vrai Juif est celui qui l’est intérieurement ; et la circoncision véritable est celle du cœur, qui se fait par l’esprit et non selon la lettre, etc.' En effet, la circoncision de la chair est celle qui porte sur un surplus de chair, mais la circoncision de l’esprit est celle par laquelle l’Esprit Saint tranche les concupiscences intérieures superflues. Et c’est pourquoi il dit : Car c’est nous qui sommes les vrais circoncis, nous qui par l’esprit de Dieu lui rendons un culte, etc., c’est-à-dire lui qui nous élague de l’intérieur pour Dieu, selon Rm 1,9 'Car le Dieu que je sers par le culte intérieur de mon esprit dans l’Évangile de son Fils, m’est témoin, etc.' ; et 1Co 14,15 'Je prierai de cœur ; mais je prierai aussi avec intelligence. Je chanterai de cœur des cantiques ; mais je les chanterai aussi avec intelligence, etc.' »

La circoncision charnelle, sacrement de la foi en Christ ? 

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « La circoncision a été donnée, comme il est montré dans Rm 4,16 ['Ainsi c’est par la Loi que nous sommes héritiers, afin que nous le soyons par grâce, et que la promesse faite à Abraham demeure ferme pour tous les enfants d’Abraham, non seulement pour ceux qui ont reçu la Loi, mais encore pour ceux qui suivent la foi d’Abraham, qui est le père de nous tous'], pour que soit montré un signe de la foi d’Abraham, c’est-à-dire pour que sa foi soit manifestée comme vraie, elle qui fut une foi en la descendance future, ainsi qu’il est dit dans Ga 3,16 'Or les promesses de Dieu ont été faites à Abraham, etc.' La circoncision est donc le signe de la foi d’Abraham dans le Christ. »

La vraie circoncision est la rénovation dans l'Esprit

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Par conséquent, celui-là est circoncis, qui est rénové intérieurement par l’Esprit Saint dans le Christ, lui qui est la vérité de la circoncision. Col 2,11 dit 'Comme c’est en lui que vous avez été circoncis d’une circoncision qui n’est pas faite de main d’homme, mais […] de la circoncision de Jésus-Christ, etc.' Sans nous flatter d’aucun avantage charnel, c’est-à-dire dans la circoncision charnelle, parce que, comme il est dit dans Jn 6,63 'C’est l’esprit qui vivifie ; la chair ne sert de rien.' Mais la chair désigne parfois la concupiscence charnelle qui est en nous, parfois le souci de la chair, et parfois l’observance charnelle. Et nous devons circoncire chacune d’elles, et ne pas nous glorifier en elles. »

3,3a un culte à Dieu par l’Esprit (V)

= un culte spirituel, mais non immatériel

  • →Calvin Comm. NT : Paul parle de culte spirituel. Mais cela n’implique pas que les sacraments extérieurs comme le baptême et la Cène dussent disparaître. Car la circoncision n’a pas été abolie simplement, mais remplacée par le baptême. Simplement, depuis la venue du Christ, le culte pur et vrai (Jn 4,24) est allégé des cérémonies légales, et les fidèles ont la vraie circoncision sans figure. 

= dans un certain esprit

  • →Lapide Comm. ep. Pauli : Le mot esprit désigne ici une manière de servir particulière, et non pas la personne divine de l’Esprit. 

3,4a quoique je puisse avoir confiance dans la chair L’argumentation de Paul ne vient pas d’une frustration

  • →Jean Chrysostome Hom. Phil. 10,3,4 « Qu'est-ce à dire prendre avantage et du côté de la chair ? Ce serait en tirer vanité, en parler avec sérieux et avec pleine confiance. Cette réflexion est belle et prudente. Car si Paul était né dans la gentilité, et qu'il accusât dès lors et la circoncision et ceux même qui la recevaient sans raison, il me paraîtrait si ardent à l'attaque que, pour des motifs personnels, il laisserait voir qu'il est privé de cette marque de noblesse qui caractérisait le judaïsme ; qu'il en ignore la grandeur et la majesté ; qu'il n'a pas la gloire d'y participer. Mais, maintenant circoncis et censeur toutefois de la circoncision, il ne l'attaque pas par le dépit d'en être exclus, mais par le devoir qu'il a de la condamner ; loin d’agir avec ignorance, c’est en toute connaissance de cause. »
  • →Cajétan Ep. Pauli al. apost. : Bien que Paul ait commis des péchés, il ne les a jamais commis de manière telle qu’on puisse l’accuser de contrevenir à la Loi. 

3,5a circoncision le huitième jour Judaïsme authentique

  • →Jean Chrysostome Hom. Phil. 10,3,5 « [Paul] mentionne d’abord le point le plus important [pour les juifs] : la circoncision. »
  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Il dit Au huitième jour, parce qu’il y avait cette différence entre les prosélytes [= païens nouvellement convertis au judaïsme] et ceux qui étaient de la race d’Abraham, que ceux-là ne l’étaient pas le huitième jour, mais étaient circoncis déjà adultes quand ils se convertissaient, tandis que ceux-ci l’étaient au huitième jour selon la Loi, comme le dit Gn 17,12 'L’enfant de huit jours sera circoncis parmi vous.' Ainsi donc, il n’était pas comme un prosélyte, mais comme un vrai Israélite. »

3,5d Hébreu Origine du mot Thomas d'Aquin propose deux étymologies possibles, riches de sens :

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « D’aucuns disent que le mot Hébreu vient d’Abraham ; c’est ce que soutint Augustin [→Cons. 1,14,21 (1051)] avant de se rétracter [→Augustin d’Hippone Retract. 2,16 (478-479)]. Ce nom dérive plutôt d’Héber, dont il est question en Gn 11,14. Il est bien clair que l’appellation Hébreu ne peut pas venir d’Abraham, puisqu’Abraham lui-même est appelé de ce nom en Gn 14,13 : 'Un rescapé annonça cette nouvelle à Abraham l’Hébreu.' Au temps d’Héber la langue commune à toutes les nations fut divisée, et la langue première demeura dans la famille d’Héber, dans le culte au Dieu unique, et parmi tous les Hébreux. Quant à l’Apôtre, qui était né de parents hébreux, il constate : Hébreu né d’Hébreux. »

Cf. également Gn 10,21. 

3,5e pharisien Identification

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Il y avait trois partis chez les juifs : ceux des pharisiens, des sadducéens et des esséniens. Les pharisiens étaient plus proches de la vérité, quand les sadducéens niaient la résurrection et ne croyaient pas aux anges ni aux esprits. Eux confessaient l’un et l’autre, comme le rapporte Ac 23,8, aussi leur parti est-il le plus louable. »
  • →Calvin Comm. NT montre sa connaissance de l’Antiquité et des interprètes juifs, en rappelant l’opinion populaire, selon laquelle les pharisiens tiraient leur nom de leur séparation du commun des gens, mais pense que le nom vient plutôt de leur préférence pour une interprétation non littérale des Écritures.
  • →Lapide Comm. ep. Pauli : Les pharisiens enseignaient l’immortalité de l’âme, mais avec des idées de métempsychose, comme Élie revenu en Jean-Baptiste, etc. Lapide adopte l’étymologie proposée par Épiphane : le mot viendrait de paraš, dénotant la séparation. 

3,7a des gains Concesso non dato

Supersessionisme chrétien ? 

  • →Hemmingsen Comm. Phil. : La justice est double : intérieure et extérieure. À la mesure de la justice légale de l’AT, Paul était irreprochable. Mais l’amour parfait n’a été achevé qu’une fois, dans la vie de Christ : lui seul eut un amour total, à la fois intérieur et extérieur. Chez tous les autres hommes qui semblent parfaits, il reste quelque chose de l'hypocrisie, au secret de chaque coeur, que Dieu peut voir. 
  • →Lapide Comm. ep. Pauli : Le rejet par Paul de sa vie dans le judaïsme pour embrasser le Christ n’est pas le rejet du mal pour le bien. C'est la mise à distance de toutes sortes de choses bonnes – mais humaines et transitoires – par rapport à l’Évangile qui est encore meilleur. 

Polémique anti-catholique 

  • →Calvin Comm. NT : Paul ne veut certainement pas dire qu’il aurait cessé d’être chaste pour devenir lascif, d’être abstinent pour devenir ivrogne, etc. Il veut combattre une fausse appréciation de sa propre justice, et la tenir pour peu de choses. Il ne nie pas la valeur du contenu des œuvres, mais la confiance erronée dans les œuvres. 
  • →Brenz Expl. Phil. s’efforce de montrer les resssemblances entre la piété juive et la religion catholique.  Il y a deux formes de justice. La première est extrinsèque : c’est la justice des œuvres. Elle est utile, mais elle ne sert de rien devant Dieu, parce qu’elle ne peut pas être parfaite absolument. La justice des dix commandements [pratiquée par les catholiques] est la même que celle des œuvres de la Loi.  Elle eut bien sa dignité, son utilité, et plut à Dieu. Cependant, la justice ultime, intérieure, vient seulement de Christ : Jésus-Christ est le seul juste devant Dieu. 

Belle métaphore : Paul le naufragé

  • →Hemmingsen Comm. Phil. : Paul insiste sur le fait qu’il lui a fallu rejeter toutes choses avant que, telle la victime d’un naufrage, il arrivât enfin à Christ. 

3,7b.8d une perte + ordures — Caducité de la Loi

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Il dit donc : [...] ce que j’estimais être grand, à savoir être pharisien, etc. cela m’a paru depuis, en regardant Jésus-Christ, une perte, c’est-à-dire j’estime que cela a été pour moi un préjudice. En effet, les observances légales, qui étaient efficaces au temps de la Loi, sont devenues nocives par le Christ. Et c’est pourquoi il parle de perte. »
  • →Cajétan Ep. Pauli al. apost. : Paul déprécie complètement la Loi, devenue une entrave à la liberté évangélique. La Loi n’est pas seulement condamnée : elle est décrite comme répugnante. Plus que seulement perdue, la Loi est désormais tenue pour une perte. 

3,7b à cause du Christ Divisio textus : le Christ objet de connaissance et d’amour

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Et sa fin, c’est le Christ. Voilà pourquoi il dit : À cause du Christ. […] Et il explique que c’est d’abord pour connaître le Christ, ensuite pour l’atteindre. [1] Quant au premier point, il dit : Tout me semble une perte [...] à cause du désir d’avoir une science juste du Christ mon Seigneur, comme il est dit dans 1Co 2,2 'Car je n’ai point fait profession de savoir autre chose parmi vous que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié.' [...] [2] Quant au second point, il dit : Pour l’amour duquel je me suis privé de toutes choses, […] regardant toutes choses comme des ordures, me comportant vis-à-vis d’elles comme vis-à-vis de choses désavantageuses et viles, et cela afin que je gagne Jésus-Christ, c’est-à-dire que je l’atteigne et que je lui sois uni par la charité. »

3,8b connaissance de Jésus Christ Le contenu de la « connaissance du Christ », sur la terre et au ciel

Sextuple connaissance

  •  →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « On peut comprendre cela de deux manières, en fonction de la double connaissance. [1] D’une première manière, selon la connaissance du chemin [d’ici-bas], il faut connaître de lui trois choses. Premièrement sa personne, à savoir qu’il est vrai Dieu et vrai homme. Et c’est pourquoi il dit : Et que je le connaisse. Dans Jn 14,9, on trouve 'Il y a si longtemps que je suis avec vous, et vous ne me connaissez pas encore ?, etc.' Deuxièmement, la gloire de sa résurrection. Voilà pourquoi il dit : Avec la vertu de sa résurrection, c’est-à-dire sa résurrection puissante, faite par son propre pouvoir. Troisièmement, comment l'imiter de sorte que nous lui soyons associés dans sa Passion, comme il est dit dans 1P 2,21 'Jésus-Christ a souffert pour nous, vous laissant un exemple, afin que vous marchiez sur ses pas.' [2] D’une seconde manière, on l’entend de la connaissance expérimentale [au ciel]. Paul commence par la fin, parce que ce qui est ultime dans l’exécution, est premier dans l’intention. Premièrement il s'agit de la connaissance de Dieu par essence, à laquelle conduit la foi, comme le dit Jr 31,34 'Tous me connaîtront depuis le plus petit jusqu'au plus grand, dit le Seigneur, etc.' Et c’est pourquoi il dit : Et que je le connaisse. Deuxièmement, parce que non seulement l’âme est glorifiée, mais le corps aussi sera glorieux par lui. Voilà pourquoi il dit : Avec la vertu de sa résurrection, c’est-à-dire par laquelle nous ressusciterons, selon 1Co 15,14 : 'Et si Jésus-Christ n’est point ressuscité, [notre prédication est vaine,] et votre foi est vaine aussi.' Troisièmement, participation, parce que nous saurons par l’expérience combien vaut la participation de sa Passion, comme il est dit dans 1Co 1,9 'Dieu, par lequel vous avez été appelés à la société de son Fils Jésus-Christ notre Seigneur, est fidèle et véritable.' »

Triple connaissance

  • →Cajétan Ep. Pauli al. apost. : Il s’agit primo de connaître sa divinité et son humanité, ainsi que ce qui appartient à chacune ; secundo d’expérimenter la force de sa resurrection ; tertio de communier aux afflictions du Christ. 

La foi va au-delà

  • →Hemmingsen Comm. Phil. : La foi va plus loin que la connaissance de la personne et de l’œuvre du Christ, car elle comprend les bienfaits rendus et les reçoit avec la grâce du Christ. Bien que nous en soyons tous à diverses étapes de sanctification, nous devons être unis en ce qui concerne la doctrine. 

3,9a justice + de la Loi — Justice légale, vertueuse ou non

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « La justice est parfois prise comme une vertu spéciale, par laquelle l’homme met de la rectitude dans les choses qui relèvent de la vie commune de la société, et selon quoi elle donne une direction dans ces domaines. [Ainsi...] est dite justice la vertu générale, selon laquelle l’homme observe la Loi à cause du bien commun, et elle est souvent utilisée en ce sens dans la sainte Écriture pour désigner l’observance de la loi divine, comme dans Ps 119,121 'J’ai été équitable dans mes jugements, et j’ai fait justice', c’est-à-dire la Loi, qu’il observait par amour, comme un mouvement venant de lui-même : et telle est la vertu. Mais ce n’est pas le cas si c’est fait d’une autre façon, c’est-à-dire par une cause extérieure, par exemple pour le gain ou à cause des châtiments, et si l’observance déplaît. »

3,10d conformé à sa mort

  • →Calvin Comm. NT insiste sur le fait que le thème de conformation au Christ à travers les souffrances et les épreuves vient après celui de la « puissance de la résurrection ». Il y a une double conformation à la mort du Christ. D’abord, une participation intérieure, que l’Écriture appelle la mortification de la chair. Ensuite une participation extérieure dans les épreuves. C’est à la fois la crucifixion de l’homme ancien et l’endurance de la croix. 

3,12a parfait Une petite quaestio sur la perfection : terrestre et céleste

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Tendant vers un autre, il désire deux choses, à savoir atteindre celui qu’il cherche, et jouir de lui. En effet, il le chercherait en vain, s’il ne jouissait pas de lui, et n’adhérait pas à lui. Et c’est pourquoi il dit : Ce n’est pas que j’aie déjà saisi, à savoir, la gloire que je cherche. Selon Sg 5,17 'Ils recevront de la main du Seigneur un royaume admirable, et un diadème éclatant de gloire.' Ou que j’aie déjà atteint la perfection, comme il est dit dans 1Co 13,10 'Mais lorsque nous serons dans l’état parfait, tout ce qui est imparfait sera aboli.' En sens contraire, il y a Mt 5,48 'Soyez donc, vous autres, parfaits', et Gn 17,1 'Sois parfait'. Je réponds qu’il faut dire qu’il y a une double perfection, celle de la patrie, et celle du chemin. Car la perfection de l’homme consiste en cela qu’il adhère à Dieu par la charité, parce que chacun est parfait selon le mode par lequel il adhère à sa perfection. Or l’âme peut adhérer à Dieu parfaitement d’une double manière. [1] D'abord, de sorte qu’elle rapporte toute son action à Dieu de manière actuelle, et qu’elle le connaisse autant qu’il est connaissable : et c’est la perfection de la patrie. [2] Ensuite selon l’union du chemin, qui est double. L’une est de nécessité de salut, à laquelle tous sont tenus, et qui est telle que quelqu’un n’applique en rien son cœur à ce qui est contre Dieu, mais rapporte toute sa vie à lui de manière habituelle. Et c’est selon ce mode que le Seigneur dit dans Mt 22,37 'Vous aimerez le Seigneur votre Dieu, etc.' L’autre est de surrérogation, quand quelqu’un adhère à Dieu au-delà de l’état commun, ce qui se fait en écartant son cœur des biens temporels, et ainsi, il approche davantage de la patrie ; parce que plus la cupidité diminue, plus la charité croît. Ce qui est dit ici s’entend donc de la perfection de la patrie. »

3,15a Nous tous, donc, les parfaits Connaissance de soi : perfection relative et perfection absolue

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Comment donc, si nous sommes parfaits, nous sentons-nous comme imparfaits ? Je réponds qu’il faut dire que nous sommes parfaits d’une perfection de chemin, mais non parfaits d’une perfection de compréhension, quand toute l’intention se porte en acte vers Dieu. Mais sur le chemin, elle s’y porte de façon habituelle, parce que nous ne faisons rien contre Dieu. Et il dit : Tout ce que nous sommes, parce que plus quelqu’un est parfait, plus il se connaît imparfait, comme on le voit dans Jb 42,5-6 'Mon oreille auparavant t'avait entendu, mais maintenant je te vois de mes propres yeux. C’est pourquoi je m’accuse moi-même, et je fais pénitence dans la poussière et dans la cendre, etc.' ; et dans He 5,4 'Mais la nourriture solide est pour les parfaits, c’est-à-dire pour ceux dont l’esprit par une habitude et un long exercice s’est accoutumé à discerner le bien et le mal.' »

3,19b le dieu est le ventre Les ennemis de la croix sont en fait des idolâtres

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « il manifeste en premier leur intention ; puis il montre le résultat de celle-ci [...]. Voilà pourquoi ils propagent cette idée que les observances légales doivent être respectées : c’est pour satisfaire leur ventre, selon la parole de Rm 16,18 'Car ces sortes de gens ne servent point Jésus-Christ notre Seigneur, mais sont esclaves de leur sensualité, et par des paroles douces et flatteuses, ils séduisent les âmes simples' et de Qo 6,7 'Tout travail de l’homme est pour sa bouche, mais son âme n’en sera pas remplie.' Et il parle de Dieu, parce que le propre de Dieu est qu’il soit principe premier et fin ultime. C’est pourquoi, celui qui a quelque chose pour fin, en fait son Dieu. De même, ils cherchent leur gloire, contre ce passage de Jn 8,50 'Pour moi, je ne cherche point ma propre gloire ; un autre la cherchera, et me fera justice, etc.' Mais le résultat pour ces gens sera leur propre honte, comme il est dit dans Os 4,7 'Je changerai leur gloire en ignominie.' Et ce sera le cas de ceux qui n’ont de goût que pour les choses de la terre, c’est-à-dire auxquels les réalités terrestres plaisent, et qu’ils cherchent. Et ils seront confondus, parce que leur état est provisoire, comme le dit Rm 8,13 'Que si vous vivez selon la chair, vous mourrez, etc.' »

3,19d les choses de la terre = les observances rituelles ?

  • →Mélanchthon Enarr. Phil. : Les questions concernant les dates et heures du culte ou bien l’usage du pain avec ou sans levain sont inutiles.

3,21ab le corps de notre humiliation + de sa gloire

Du corps de glèbe... 

  • →Tertullien Marc. 5,20,7 « c’est donc que ce corps-ci – le nôtre – ressuscitera, lui qui a été humilié dans les souffrances et, au titre de la loi même de la mort, jeté à l’abandon en terre. »

... au corps de gloire (les fruits de l’avènement du Christ)

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Cet avènement réalise trois choses. [1] D’abord la résurrection commune. C’est pourquoi il dit : Il transformera notre corps, si misérable, corps d’abjection, parce qu’il est sujet à la mortalité, comme on le voit dans Jb 25,6 'L’homme qui n’est que pourriture, et le fils de l’homme qui n’est qu’un ver' ; et 1Co 15,43 'Il est mis en terre tout difforme, et il ressuscitera tout glorieux. Il est mis en terre privé de mouvement, et il ressuscitera plein de vigueur.' Ce corps ainsi abject, il le transformera, c’est-à-dire qu’il lui rendra sa forme propre, comme le dit Rm 8,11 'Celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels, etc.' [2] Deuxièmement, il réalise l’imitation des saints. Voilà pourquoi il dit : Afin de le rendre conforme à son corps glorieux. En effet, si le corps du Christ est glorifié par la gloire de sa divinité, et s’il a mérité cela par sa Passion, il s’ensuit que toute personne qui participe à la vertu de sa divinité par la grâce et imite la Passion du Christ, sera glorifiée, selon Ap 3,21 'Quiconque sera victorieux, je le ferai asseoir avec moi sur mon trône ; comme, ayant été moi-même victorieux, je me suis assis avec mon Père sur son trône' ; 1Jn 3,2 'Nous serons semblables à lui' ; et Mt 13,43 'Alors les justes brilleront, comme le soleil, dans le royaume de mon Père.' [3] Et il fait cela, par l’opération de sa divinité, c’est-à-dire par la vertu qui est en lui, par laquelle il peut s’assujettir toutes choses. En effet, tous sont soumis au Christ, certains pour leur salut, certains pour leur châtiment : chez les premiers il exercera la miséricorde, chez les seconds la justice. Il est dit dans Ps 8,7 'Vous avez mis toutes choses sous ses pieds, etc.' ; 1Co 15,28 'Le Père a tout assujetti au Fils' ; et Jn 5,19 'Tout ce que le Père fait, le Fils aussi le fait comme lui.' »

4,2a J’exhorte Douceur du bon pasteur

  • →Marius Victorinus Comm. Phil. 4,2 « Il dit je supplie, faisant comprendre que c’est pour leur bénéfice. Je ne commande pas, ni ordonne, mais je supplie. »
  • →Hemmingsen Comm. Phil. : Le conseil de Paul à Évodie et Syntyche désignées par leur nom rappelle que le métier d’un pasteur est d’être au contact des individus. L’office d’un bon pasteur est le soin du troupeau entier, mais il doit aussi rechercher chaque brebis perdue.

4,3a compagnon

= la femme de Paul ?

  • →Clément d’Alexandrie Strom. 3,6,53.
  • →Cajétan Ep. Pauli al. apost. : Germana (en V) désigne probablement sa femme qui s’appellait Germana, bien que rien ne soit certain : plusieurs femmes assistaient les Apôtres (p. ex. Ac 16,14-15.40).
  • →Calvin Comm. NT inverse la tendance des exégètes, y compris d'Érasme : il doute qu’il y eût une querelle en arrière-fond, parce que Paul décrit Évodie et Syntychè comme femmes excellentes et « collègues de l’Évangile ». Au pire, Paul prévoyait un désaccord et voulait favoriser la concorde. De plus, Érasme a tort en supposant que le « compagnon » anonyme devait être une femme, peut-être même la femme de Paul, en s’appuyant sur le fait que sa mention suit les noms des deux femmes (Clément aussi est tout proche). Ne serait-il pas ridicule que « la femme de Paul » fût à Philippes, ville où il ne s’est rendu que deux fois dans sa vie ? 
  • →Brenz Expl. Phil. : La question de savoir si Paul avait une femme ou non n’a guère d’importance. L’Évangile tient ces choses-là pour indifférentes, ou sans intérêt.
  • →Lapide Comm. ep. Pauli, avec Calvin contre Érasme, pense que le mot latin germana ici ne désigne pas la femme de Paul. Le mot grec est masculin (gnêsie). Peut-être s'agit-il du mari d'une des deux femmes qu’il vient de mentionner ?

= le mari ou le frère d’Évodie ou de Syntyche

= Épaphrodite

= un collaborateur anonyme ?

4,3c Clément = Clément 1er, pape (→Eusèbe de Césarée Hist. eccl. 3,5).

4,3d livre de vie Symbole de prédestination

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Le livre de vie, selon la Glose, est la prédestination des saints, et c’est vrai pour ce qui concerne la réalité, mais il y a une différence de raison entre les deux. Il faut savoir qu’autrefois, il y avait la coutume que ceux qui étaient députés à quelque office ou dignité, étaient inscrits dans un registre, comme les soldats et les sénateurs, qui étaient inscrits au palais. Or tous les saints sont choisis par Dieu pour être prédestinés à une grande chose, à savoir la vie éternelle. Et cette ordination est la prédestination. L’inscription de cette ordination divine s’appelle le livre de vie : cette inscription est dans la mémoire divine, parce que, en tant qu’il ordonne, il prédestine. Mais en tant qu’il le sait de façon immuable, on dit qu’il y a prescription. C’est donc la ferme connaissance des prédestinés qu’on appelle livre de vie. Mais est-ce que certains en sont effacés ? Il faut savoir que certains sont inscrits de façon absolue, les autres relativement. En effet, certains sont prédestinés par Dieu de sorte qu’ils obtiendront la vie éternelle de façon absolue, et ainsi, ils sont inscrits de façon indélébile. Les autres le sont pour avoir la vie éternelle non en elle-même, mais dans sa cause, en tant qu’ils sont ordonnés à la justice présente, et ceux-là sont dits être effacés du livre de vie, quand ils s’écartent de la justice présente. »
  • →Cajétan Ep. Pauli al. apost. : C’est une métaphore désignant l’Esprit divin, qui contient tous les noms de ceux qui sont prédestinés à la vie éternelle.
  • →Hemmingsen Comm. Phil. : C’est le catalogue des élus, rempli des noms des fidèles qui persévèrent jusqu’à la fin. Ou bien c’est le conseil éternel au cœur de Dieu. Bien entendu, c’est une façon de parler.
  • →Lapide Comm. ep. Pauli : Théophylacte pensait que ceux qui ne sont pas inscrits dans le livre de vie sont ceux qui mourront en état de péché. Mais Thomas d’Aquin fait remarquer qu’il s’agit d’un livre de vie unique. La prédestination n’est pas « double » (Ex 32,32 ; Ps 69,29 ; Lc 10,20). Ceux qui sont morts en état de grâce sont déjà inscrits et les autres encore vivants, qui luttent ici-bas, y ont leurs noms inscrits de manière inchoative. Par ailleurs, en Si 24,23 le « livre de vie » désigne encore autre chose : l’Ancient Testament. Ces possibilités donnent l’occasion de rappeler que les décrets divins sont vivants et vivifiants.

4,4 Réjouissez-vous Joie spirituelle

Conséquence de la communion

  • →Marius Victorinus Comm. Phil. 4,4-5 « Cela veut dire que la conséquence de l’unité dans les sentiments et dans la foi réside dans le fait de se réjouir dans le Seigneur et dans l’affection réciproque. »

Cause du progrès spirituel : les quatre conditions de cette joie

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Il est nécessaire [...] à toute personne qui veut progresser, d’avoir la joie spirituelle, comme il est dit dans Pr 17,23 : 'La joie de l’esprit rend les corps pleins de vigueur, etc.' Or, l’Apôtre donne quatre conditions de la vraie joie, et premièrement qu’on doit être droit, puisque ce qui est le bien propre de l’homme n’est pas quelque chose de créé, mais Dieu, selon Ps 73,28 : 'Mais pour moi, c’est mon avantage de demeurer attaché à Dieu, etc.' Or on est droit quand on est dans le Seigneur. C’est pourquoi il dit : Dans le Seigneur, comme il est dit dans Ne 8,10 : 'La joie du Seigneur est votre force.' De même, [il faut la] continuité ; d’où le fait qu’il dise : En tout temps, comme dans 1Th 5,16 : 'Soyez toujours dans la joie.' Cela se fait quand elle n’est pas interrompue par le péché : alors, en effet, il y a continuité. Mais parfois, elle est interrompue par une tristesse temporelle, ce qui montre l’imperfection de la joie. Puisque, en effet, quelqu’un se réjouit parfaitement, sa joie n’est pas interrompue, parce qu’il se soucie un peu d’une chose qui dure peu. Et c’est pourquoi il dit : En tout temps. Elle doit aussi être multiple ; en effet, si on se réjouit à propos de Dieu, on se retrouve aussi à se réjouir de son incarnation, comme il est dit dans Lc 2,10 : 'Je viens vous apporter une nouvelle, qui sera pour tout le peuple le sujet d’une grande joie, etc.' De même, on se réjouit de son action, selon Pr 21,15 : 'La joie du juste est de faire la justice.' On est touché aussi par la joie de la contemplation, comme le dit Sg 8,16 : 'Car sa conversation n’a rien de désagréable.' De même, si on se réjouit de son bien propre, on se retrouve semblablement à se réjouir du bien des autres. Si on se réjouit pour le présent, on le fait aussi pour le futur ; et c’est pourquoi il dit : Je le répète, etc. De même, elle doit être modérée, pour qu’elle ne s’écoule pas en voluptés, comme le fait la joie mondaine. Et c’est pourquoi il dit : Que votre modération, etc. ; comme pour dire : Que votre joie soit modérée pour qu’elle ne se tourne pas en mœurs dissolues. On dit dans Jdt 16,24 : 'Tout le peuple fut dans la réjouissance à la vue des lieux saints, etc.' ; et dans Pr 12,11 : 'Celui qui est doux, vit dans la modération'. Et il dit : Soit connue de tous les hommes, comme pour dire : Que votre vie soit modérée dans les choses extérieures, pour que son apparence n’offense personne : en effet, cela gênerait votre manière de vivre. »

Utile pour renoncer aux tentations

  • →Lapide Comm. ep. Pauli : La joie chrétienne, surtout celle qui vient de l’espérance en la béatitude éternelle est très utile pour renoncer aux tentations du diable. 

4,5b Le Seigneur est proche Les raisons de la confiance

Quatre modes de présence divine, cause de joie

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « L’homme, en effet, se réjouit de la proximité de l’ami. Or le Seigneur est proche par sa présence de majesté, comme le disent Ac 17,27 'Quoiqu’il ne soit pas loin de chacun de nous'. De même, il est proche en raison de la proximité de la chair, comme le dit Ep 2,13 'Vous qui étiez autrefois éloignés de Dieu, vous vous en êtes approchés.' Il l’est aussi par l’habitation de la grâce, selon ce passage de Jc 4,8 'Approchez-vous de Dieu, et il s’approchera de vous.' Il l’est encore par la clémence de l’écoute, comme on le voit dans Ps 145,18 'Le Seigneur est proche de tous ceux qui l’invoquent ; et en Is 14,1 'Ce temps de la ruine de Babylone est déjà proche, et les jours n’en sont pas éloignés'. »

Une présence morale

...par la prière
  • →Brenz Expl. Phil. : Cette formule ne vise évidemment pas l’essence de Dieu, qui est partout présente. Elle concerne la faveur et la grâce de Dieu qui écoute nos prières (cf. Ps 145).  
...par la croix
  • →Hemmingsen Comm. Phil. : Le Seigneur est prêt à apporter son aide à tous ceux qui la lui demandent. La consolation des fidèles se trouve au pied de la croix, où ils Le découvrent comme proche, car ils savent que la croix est la porte de la gloire. 
...par la foi en la Providence
...par la foi dans le jugement, particulier et général

4,6a Ne vous inquiétez de rien Pourquoi ?

Parce que Dieu est provident

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Le Seigneur distribue toutes choses, il n’est donc pas nécessaire que vous soyez inquiets, comme il est dit dans Mt 6,25 'Ne vous inquiétez point où vous trouverez de quoi manger pour le soutien de votre vie, ni d’où vous aurez des vêtements pour couvrir votre corps, etc.' En sens contraire, il y a ce qui est dit dans Rm 12,8 'Que celui qui a la conduite de ses frères s’en acquitte avec vigilance.' Je réponds qu’il faut dire que la sollicitude comporte parfois l’empressement à chercher ce qui manque ; cela est recommandable et s’oppose à la négligence ; parfois, elle comporte l’anxiété de l’âme, avec un défaut d’espérance, et la crainte concernant l’obtention de ce sur quoi l’on s’inquiète, et c’est cela que le Seigneur interdit dans Mt 6, et l’Apôtre ici, parce qu’on ne doit pas désespérer que le Seigneur donne le nécessaire. Mais à la place de l’inquiétude, nous devons avoir recours à Dieu, comme le recommande 1P 5,7 'Jetant dans son sein toutes vos inquiétudes, parce qu’il a soin de vous.' Et cela se fait en priant. »
  • →Calvin Comm. NT : Premièrement, l’ignorance de la Providence de Dieu est la cause de toute impatience, c’est elle qui fait que nous sommes si vite désorientés : nous oublions le soin de Dieu pour nous. Deuxièmement, reposer dans sa garde, sachant qu'un Dieu paternel veille sur nous, rendre grâce et finalement désirer la volonté de Dieu nous délivrera de l’angoisse. C'est pourquoi il ajoute la promesse des v.6-7.

Parce que c'est Dieu qui juge

  • →Lapide Comm. ep. Pauli : Paul fait peut-être allusion au jugement particulier de l’individu au moment de sa mort, mais il s'agit plutôt du jugement universel et final, envisagé dans un avenir relativement proche. 

Pourquoi pas ? 

  • →Brenz Expl. Phil. : Une certaine inquiétude est louable, jusqu’au moment où elle devient la cause de désordre.
  • →Hemmingsen Comm. Phil. : Le chrétien doit conserver certaine inquiétude : on nous a appris à nous préoccuper du commandement de la charité fraternelle. Mais la foi doit demeurer la règle nécessaire de toute sainte inquiétude. 

4,6bc la prière et la supplication avec action de grâces Prier...

Pourquoi ?

  • →Jean Chrysostome Hom. Phil. 15,4,4-7 « Voilà un antidote capable de dissiper toute peine, tout chagrin, tout ennui. »
  • →Hemmingsen Comm. Phil. : Priez sans cesse et vous serez sains et saufs. En effet, bien des affaires de l’État et de l’Église apporteront des pierres d’achoppement, mais vous devez prier à Dieu !

Comment ?

En adoptant quatre attitudes
  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « C’est de façon convenable qu’après avoir dit : Le Seigneur est proche, il poursuit en parlant de la prière. En effet, les prières sont présentées au Seigneur qui doit venir à nouveau. Et il définit les quatre éléments qui sont nécessaires dans n’importe quelle prière. En effet, la prière implique une ascension de l’intellect vers Dieu. Et c’est pourquoi il dit : Par des prières. On trouve dans Si 35,21 'La prière d’un homme qui s’humilie percera les nues, etc.' De même, elle doit s’accompagner de la confiance d’obtenir, et cela à cause de la miséricorde de Dieu, comme il est dit dans Dn 9,18 'Ce n’est point par la confiance en notre propre justice que nous vous offrons nos prières, en nous prosternant devant vous ; mais c’est dans la vue de la multitude de vos miséricordes, etc.' Il ajoute : Et des supplications, ce qui signifie la prière par la grâce de Dieu et par sa sainteté, et c’est pourquoi elle est le propre de celui qui s’humilie, comme on le voit dans Pr 18,23 'Le pauvre ne parle qu’avec des supplications.' Et cela se fait quand nous disons : Par ta Passion et par ta croix, etc. Mais parce que quelqu’un qui est ingrat pour des bienfaits reçus est indigne de recevoir d’autres biens, il ajoute : Avec des actions de grâce, comme dans 1Th 5,18 'Rendez grâces à Dieu en toutes choses.' Il donne alors la demande. Et c’est pourquoi il dit : Vos besoins, comme il est dit dans Mt 7,7 'Demandez et on vous donnera.' »
En étant désintéressé
  • →Cajétan Ep. Pauli al. apost. : L’Église prie vraiment quand elle ne demande rien de temporel, sinon ce qui est nécessaire à l’ordre spirituel. Cela est très bien illustré dans les prières de Jésus lui-même et dans les oraisons du Carême.
  • →Hemmingsen Comm. Phil. : Tout bon projet, même l’édification de l’Église doit être soumis à la gloire de Dieu. Dans son amour, Dieu permet que toutes choses ne repondent pas à nos prières. Spirituellement, l’état d’affliction est souvent plus profitable que la réussite, comme en témoignent les premiers siècles de l’Église.

4,7a la paix de Dieu Vers les hommes

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « La paix, selon Augustin, est la tranquillité de l’ordre, la perturbation de l’ordre étant en effet la destruction de la paix. Cette tranquillité de l’ordre se considère de trois façons. D’abord en tant qu’elle est dans le principe de l’ordre, à savoir en Dieu, selon Rm 13,2 'Les choses qui sont de Dieu sont ordonnées, etc.' De cet abîme en lequel est la paix, elle dérive d’abord et de façon plus parfaite sur les bienheureux, en lesquels il n’y a ni trouble, ni péché, ni châtiment, et de là elle découle vers les hommes saints. Et plus il est saint, moins il souffre de trouble de l’esprit. Ps 119,165 dit 'Ceux qui aiment votre loi jouissent d’une grande paix, et il n’y a point pour eux de scandale', la paix est parfaite dans les bienheureux, comme il est dit dans Is 66,12 'Je vais faire couler sur elle comme un fleuve de paix, etc.' Mais parce que notre cœur ne peut être étranger à toute perturbation si ce n’est par Dieu, il faut que cela se fasse par lui. C’est pourquoi il dit : de Dieu. » 
  • →Cajétan Ep. Pauli al. apost. : La paix est la tranquillité de l’ordre : la « paix de Dieu » ne résulte donc pas d’un jeu de forces naturelles, mais de l’amour de Dieu et pour Dieu.
  • →Mélanchthon Enarr. Phil. : La paix ici est appellée le plaisir de Dieu, par lequel Dieu le Père embrasse tous ceux qui croient au Bien-Aimé et préserve leur affection et leur compréhension de la vraie foi.
  • →Lapide Comm. ep. Pauli : Sur le plan dogmatique, Dieu est la « Paix » même, mais le mot désigne ici plus particulièrement la paix établie par le Christ entre Dieu et les hommes. Sur le plan moral, la paix désigne la tranquillité de la conscience, dont tout chrétien doit apprendre à se servir comme d’un bouclier contre ses ennemis, surtout le diable.  

4,7a qui dépasse tout entendement Une paix supra-humaine et supra-angélique

  • →Jean Chrysostome Hom. Phil. 15,4,4-7 « Car cette paix surpasse toute intelligence humaine ; et si vous demandez comment, écoutez : quand Dieu nous ordonne d'avoir la paix avec nos ennemis, avec ceux qui nous font un mal injuste, qui nous provoquent, qui nous gardent de la haine, une loi semblable n'est-elle pas au-dessus de tout esprit humain ? »
  • →Marius Victorinus Comm. Phil. 4,7 « Quand la paix de Dieu sera descendu sur nous, nous comprendrons Dieu. »
  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « La paix, selon qu’elle est considérée dans son principe lui-même, dépasse tout sens créé, parce que, comme il est dit dans 1Tm 6,16 'Il habite une lumière inaccessible' ; et dans Jb 36,26 'Certes Dieu est grand, il passe toute notre science, etc.' Et selon qu’elle est dans la patrie, elle dépasse tout sens angélique ; mais selon qu’elle est dans les saints du chemin, elle dépasse tout sens humain de ceux qui n’ont pas la grâce, comme le dit Ap 2,17 'Je donnerai au victorieux la manne cachée, et je lui donnerai encore une pierre blanche, etc.' Donc, cette paix gardera vos cœurs, c’est-à-dire vos affections, pour que vous ne vous écartiez d’aucun bien, comme il est dit dans Pr 4,23 'Appliquez-vous avec tout le soin possible à la garde de votre cœur, parce qu’il est la source de la vie.' Et vos pensées, pour que vous ne déviiez en rien de ce qui est vrai. Et cela, dans le Christ Jésus. Par la charité de celui-ci, l’affectivité est gardée du mal, et par la foi en lui, l’intellect persévère dans le vrai. »

4,8 vertu Nécessité et contenu d’une morale chrétienne

  • →Jean Chrysostome Hom. Phil. 15,4,9 « Comme il est absolument impossible de définir par le menu tous les devoirs, nos allées et venues, nos conversations, notre extérieur, nos habitudes intimes, et que toutefois le chrétien doit tout régler, saint Paul les résume. »
  • →Brenz Expl. Phil. : Un mot grec suffit à résumer l'équilibre à trouver : epieikeia qui dénote la modération ; il s’agit d’adoucir la sévérité de la Loi. On dit bien summum ius summa iniuria (→Cicéron Off. 1,33, « Zu scharpf macht schertig »). Dans l’intérêt de la société, quand on applique le droit, on doit faire place au pardon et à un certain adoucissement et bannir la cruauté.
  • →Mélanchthon Enarr. Phil. : Le contenu de la vertu, ce sont les dix commandements. Il est bon que soit ici présentée une liste de vertus en bonne et due forme : cela donne une juste mesure aux devoirs dont on doit porter le fardeau.

4,8 aimable Ou : « modéré »

  • →Mélanchthon Enarr. Phil. s’efforce de trouver le mot grec sous le mot amabilia de la Vulgate : non pas le prosphilê du texte, mais plutôt le terme epieikeia qui lui semble rendre le sens de la pensée paulinienne. Il désigne une forme de modération, comme celle de David en 2R 19 ou de Cyrus selon Xénophon. 

4,11b j’ai appris Paul sage parfait et modèle du chrétien

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Rien ne démontre mieux l’attitude du parfait sage, que le fait de savoir profiter de n’importe quel état. En effet, de même qu’un bon chef est celui qui, avec n’importe quelle armée agit selon son exigence et un bon cordonnier celui qui fait de très bonnes sandales avec n’importe quel cuir, ainsi, est parfait celui qui sait profiter de n’importe quel état, de sorte que, s’il est dans un état élevé, il ne s’exalte pas, et s’il est dans une situation basse, il ne soit pas abattu. Et c’est pourquoi il dit : J’ai appris, etc., comme dans Is 50,5 'Le Seigneur mon Dieu m’a ouvert l’oreille, et je ne lui ai point contredit, etc.' Et cela me suffit, si j’ai peu ; si j’ai beaucoup, je sais me réfréner. Et c’est pourquoi il s’explique en disant : Je sais vivre dans le dénûment. Or l’humilité signifie parfois une vertu particulière, comme dans Lc 14,11 et Lc 18,14 'Quiconque s’abaissera sera exalté' ; et parfois un abaissement, comme dans Ps 105,18 'Il fut humilié par les chaînes qu’on lui mit aux pieds.' Et c’est dans ce sens qu’il parle ici, disant : Je sais vivre dans le dénûment, c’est-à-dire je sais supporter de façon tranquille l’abjection, comme il convient. Et parce que les hommes sont exaltés par les richesses et déprimés par la pauvreté, il appelle exaltation l’abondance. Et dans les deux cas, il y a un danger, parce que, du fait de l’abondance, l’esprit s’élève contre Dieu, mais du fait de la pauvreté, il s’en éloigne. Et c’est pourquoi il est dit dans Pr 30,8 'Ne me donnez ni la pauvreté, ni les richesses.' »
  • →Cajétan Ep. Pauli al. apost. : Paul rappelle qu’il a appris à se satisfaire de ce qu’il a, même quand c’est insatisfaisant. En effet, modestie et patience ne sont que plus évidentes quand elles se manifestent en temps de manque et de besoin.
  • →Brenz Expl. Phil. : Le vrai chrétien doit se réjouir, qu'il soit riche ou pauvre, tandis que les hypocrites enseignent que l’âme religieuse se doit de n'avoir rien et d'arborer triste mine.

4,11b être autosuffisant Un idéal divin ?

  • →Lapide Comm. ep. Pauli : Dieu est parfois nommé Shaddai, qui veut dire : « suffisant ». Les anges, eux, ne sont inférieurs en liberté que par rapport à Dieu, parce qu'ils ne manquent de presque rien. C'est à cet idéal que tendent les religieux : la vie ascétique et la théologie de Grégoire le Grand par exemple avaient pour fondations de tels versets, qu'il faut bien comprendre dans le sens de la pauvreté concrète, plutôt que de l’humilié de l’esprit. 

4,13 le Christ qui me donne la force De faire le bien

4,15–19 Métaphore financière →Vocabulaire financier chez Paul, en particulier en Philippiens

Du bon usage des dons dans les Églises

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Qui m’avez envoyé deux fois à Thessalonique, etc. Et ceci est un argument pour que le pape puisse recevoir d’une Église afin d’en aider d’autres, mais non sans quelque raison. Or quand une personne donne à une autre, deux choses sont à considérer, à savoir, la nature du cadeau, et le mérite du donateur. Celui qui se réjouit des biens temporels se réjouit de la nature du cadeau et ne cherche qu’un donateur. C’est le cas du mercenaire. Mais celui qui cherche le mérite du donateur cherche un fruit de vertu et de justice, et tel est le pasteur. »

La pieuse générosité comme « bonne affaire »

  • →Cajétan Ep. Pauli al. apost. : Les dons que Paul a reçus lorsqu’il était emprisonné avaient une raison profonde : non tant révéler son indigence, que faire éclater la générosité de ses amis. Ainsi donc, l’expérience de l’indigence permise par Dieu ne suffit pas à la sainteté, il faut encore y joindre la puissance du Christ, telle qu’elle se manifeste dans les vertus dont il gratifie Paul. 
  • →Brenz Expl. Phil. : Celui qui sème avec genérosité récoltera en abondance. Les personnes pieuses qui donnent l’aumône aux pauvres sont les meilleurs hommes d’affaires. 

4,18c parfum de suave odeur Dieu agrée l’aumône qui vient du coeur

  • →Jean Chrysostome Hom. Phil. 16,4,18 « Ce n'est pas moi qui ai reçu, dit-il, c'est Dieu par moi ; aussi quand je n'aurais aucun besoin, n'y regardez pas ; Dieu n'avait pas besoin assurément, et pourtant il a reçu [...]. Car ce n'étaient sans doute ni l'odeur, ni la fumée qui rendaient un sacrifice agréable ; mais bien le cœur qui l'offrait. »
  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Il est dit dans Lv 3,5 et Lv 4,31 'Offrez l’holocauste pour être une oblation d’une odeur très agréable au Seigneur.' En effet, c’est une odeur agréable à Dieu que la dévotion de ceux qui lui offrent quelque chose, et parmi toutes les offrandes, les aumônes ont le plus de valeur, comme il est dit dans He 13,16 'Souvenez-vous d’exercer la charité, et de faire part de vos biens aux autres, car c’est par de semblables hosties qu’on se rend Dieu favorable.' »
  • →Brenz Expl. Phil. : Dieu nous bénit continuellement, bien que nous soyons souvent ingrats (cf. les dix lépreux en Lc 17,19). Il agrée qu’on lui offre des sacriifces de modération et de pardon envers son prochain. Il est glorifié quand on pardonne à un autre ou donne du pain au pauvre. Mais il déteste les bonnes œuvres des impies et ne veut entendre leurs prières. 

4,19b par le Christ Le bien-être des chrétiens glorifie le Christ

  • →Ambrosiaster Comm. Phil. 4,19 « C’est vraiment la gloire de Jésus Christ, quand, avec la volonté de Dieu, les désirs des chrétiens sont accomplis en conformité avec l’enseignement de l’Évangile. »

4,20 dans les siècles des siècles Importance de la doxologie La doxologie avec sa formule finale affirmant l’éternité de Dieu est omniprésente dans la vie de l’Église ancienne. Le chrétien ne saurait dire « dans les siècles des siècles » à aucun autre qu’au Christ Dieu :

  • →Tertullien Spect. 25,5 « Quelle conduite, en effet, que de passer de l’église de Dieu à l’église du diable, des anges, comme on dit, à la fange ! Les mains qu’on a levées vers Dieu, les fatiguer l’instant d’après à applaudir un histrion ! De la bouche qui a répondu ’Amen’ à l’Eucharistie, se faire garant d’un gladiateur et dire eis aiônas ap' aiônos ['depuis toujours et à jamais’] à tout autre qu’à Dieu et au Christ ! » (SC 332,291).

Elle termine non seulement presque toutes les prières, mais aussi les homélies, même les actes des martyrs et les écrits hagiographiques ainsi que les traités doctrinaux. Imitant le plus souvent des formulations bibliques, fréquemment pauliniennes, les →doxologies chez les Pères témoignent de leur enracinement dans l’Écriture. 

Mystique

3,13cd oubliant ce qui est derrière et tendu vers ce qui est devant

L'épectase comme dynamique de l'ascension spirituelle et mystique

Grégoire de Nysse mentionne ce verset expressément deux fois dans sa Vie de Moïse.

  • →Grégoire de Nysse Vita Moysis, préface I,5 «S'il s'agit de la vertu, nous avons appris de l'Apôtre lui-même que sa perfection n'a qu'une limite, c'est de n'en avoir aucune. Cet homme en effet à l'esprit étendu et profond, ce divin apôtre, en courant dans la voie de la vertu, ne cessa jamais 'de se tendre vers ce qui était en avant'. S'arrêter de courir lui paraissait dangereux. Pourquoi ? C'est que tout bien, de sa propre nature n'a pas de limite, mais n'est limité que par la rencontre de son contraire : ainsi la vie par la mort, la lumière par l'obscurité, et en général tout bien s'arrête aux réalités qui lui sont opposées. de même donc que la mort est la fin de la vie, s'arrêter de courir dans la voie de la vertu, c'est commencer à courir dans celle du vice » (PG 44,300D).

Il y revient, en une perspective plus mystique combinée à l'image platonicienne du vol de l'âme :

  • →Grégoire de Nysse Vita Moysis II,225-226 « Si rien ne vient d'en-bas interrompre son élan, comme la nature du Bien a la propriété d'attirer à soi ceux qui lèvent les yeux vers elle, l'âme s'élève toujours davantage au-dessus d'elle-même 'tendue' par le désir des choses célestes 'vers ce qui est en avant' comme dit l'Apôtre, et son vol la mènera toujours plus haut. Le désir qu'elle a en effet de ne pas renoncer pour ce qu'elle a déjà acquis aux sommets qui sont au-dessus d'elle, lui communique un mouvement ascensionnel qui n'a pas de cesse, où elle trouve toujours dans ce qu'elle a réalisé, un nouvel élan pour voler plus haut. Seule en effet l'activité spirituelle a cette propriété de nourrir sa force en la dépensant et de ne pas perdre mais d'augmenter sa vigueur pae l'exercice » (PG 44,401A).

Cf. encore →Grégoire de Nysse Hom. Cant., 8e hom., début.

Chemin de la perfection

  • →Guillaume de Saint-Thierry Ep. 39-40 « La perfection est exigée de vous tous, mais différente pour chacun. Si tu commences, commence bien ! Si tu te mets à progresser, progresse alors parfaitement. Si tu as déjà atteint quelque degré de perfection, prends en toi-même ta propre mesure et dis avec l’Apôtre : Que j’aie déjà touché le but, que je sois parfait ou non ! Je poursuis ma course dans l’espoir de saisir Celui en qui moi-même j’ai été saisi. Je ne fais qu’une chose : oubliant ce qui est derrière moi, fortement tendu vers ce qui est en avant, je cours droit au but, pour remporter le prix auquel je suis appelé d’en-haut, dans le Christ Jésus. Et il ajoute : Nous tous qui avons atteint la perfection, que ce soient là nos sentiments. Cet enseignement de l’Apôtre le donne clairement à entendre : le parfait oubli de ce qui reste en arrière, la tension parfaite vers ce qui s’offre en avant, voilà pour l’homme juste, en cette vie, la perfection ; et la perfection de cette perfection réside là où se rencontre la ‘saisie’ parfaite de la palme de notre vocation céleste » (SC 223,175.177).

3,20b nous attendons comme sauveur Joie de l’attente durant l’Avent

  • →Bernard de Clairvaux Adv. Dom. 4,1 « Il convient, frères, que vous célébriez l’avènement du Seigneur de toute votre ferveur, délectés d’une telle consolation, émerveillés d’une telle faveur, enflammés d’un tel amour de sa part. Mais il ne faut pas que vous pensiez seulement à cet avènement par lequel ‘il est venu chercher et sauver ce qui était perdu’ (Lc 19,10), mais aussi à celui par lequel il viendra pour nous prendre auprès de lui. Puissiez-vous vous entretenir de ces deux avènements dans une incessante méditation, ruminant en vos coeurs tout ce qu'il vous a accordé dans le premier, et tout ce qu'il vous a promis dans le second » (SC 480,153).
  • →Guerric d’Igny Serm. (« 1er sermon pour l’Avent ») « Nous attendons le Sauveur. En vérité, l’attente des justes est joie, car ‘ils attendent la bienheureuse espérance et l’avènement de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ' (Tt 2,13). ‘Désormais quelle est mon attente ? dit le juste. N’est-ce pas le Seigneur ?’ (Ps 39,8) Puis, s’adressant au Seigneur, il ajoute : ‘Je le sais, tu ne me confondras pas dans mon attente’ (Ps 119,116). En effet, ma substance est déjà près de toi, puisque notre nature, assumée par toi et offerte pour nous, a déjà été glorifiée en ta personne.’ [...] Fixez là-haut votre pensée, et que votre attente soit suspendue à Dieu, pour que vous puissiez dire avec l’Apôtre : Notre vie est dans les cieux, et c’est de là que nous attendons le Sauveur. [...] Ô Attente des nations ! (Gn 49,10) ‘Ils ne seront pas confondus, tous ceux qui t’attendent’ [Ps 25,3 qui te exspectant : cité d’après le graduel du 1er dimanche de l’Avent]. [...] [L’]Église, qui dans les anciens justes attendit le premier avènement, attend pareillement le second dans les justes de la Nouvelle Alliance. Comme elle était certaine de voir acquitté, par le premier, le prix de la rédemption, elle est également sûre que le second lui apportera le fruit de la rémunération. Suspendue par cette attente et cet espoir au-dessus des choses de la terre, elle aspire avec autant de joie que d'ardeur aux biens éternels » (SC 166,91-95).

4,4 Réjouissez-vous

De ce qui est donné et de ce qui est promis

  • →Bernard de Clairvaux Vig. nativ. Dom. 4,1 « Paul ‘éructe cette parole de bonheur’ (Ps 45,2) que vous avez entendue à plusieurs reprises ces jours-ci : Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur, je le répète, réjouissez-vous. Réjouissez-vous, dit-il, de ce qui vous est donné ; et réjouissez-vous encore de ce qui vous est promis, car l’une et l’autre, la réalité effective aussi bien que la réalité espérée, débordent de joie. Réjouissez-vous parce que déjà vous avez reçu les dons de sa main gauche ; réjouissez-vous encore parce que vous attendez les récompenses de sa main droite. ‘Sa main gauche est sous ma tête, et sa main droite m’éteindra’ (Ct 2,6), dit l’Écriture. Oui, sa gauche soulève, et sa droite accueille ; sa gauche guérit et rend juste, sa droite étreint et rend bienheureux ; dans sa gauche est contenu ce qui nous justifie, mais dans sa droite ce qui nous récompense. Oui, dans sa droite sont les délices, et dans sa gauche les médications » (SC 480,263).

Attente impatiente de la plénitude de la joie

  • →Bernard de Clairvaux Vig. nativ. Dom. 4,10 « Quand donc Seigneur, ‘me combleras-tu de joie par la vue de ton visage ?’ (Ps 16,11) ‘Nous nous réjouissons’ en toi car ‘tu nous as visités, Soleil levant venu d’en haut’ (Lc 1,78). ‘Nous nous réjouissons encore’ (Ph 4,4) ‘dans l’attente de la bienheureuse espérance’ (Tt 2,13) de ton second avènement. Mais quand donc viendra la plénitude de la joie, une joie provoquée non plus par l’évocation mais par la présence même, une joie suscitée par la manifestation et non plus seulement par l’attente ? » (SC 480,281.283).

L’exemple de Paul

  • →Cabasilas Vita 7,90-91 « Qu’il se réjouissait en tout temps, cela ressort clairement des paroles par lesquelles il exhortait les autres à se réjouir sans cesse : Réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur, dit-il, je vous le répète, réjouissez-vous ; il n’aurait pas conseillé aux autres ce qu’il n’eût pas montré auparavant par ses propres actes. Telle est la vie des saints, c’est ainsi qu’elle est bienheureuse : dès à présent, comme il est normal pour ceux qui cueillent le fruit de la béatitude par l’espérance et la foi ; mais quand ils s’en iront, elle sera d’autant plus grande que recevoir la réalité même est plus parfait que d’espérer, et que la vision pure du bien est plus parfaite que la foi » (SC 361,207).

La joie, remède à la mélancolie et chemin de la vraie dévotion

  • →François de Sales Lettres 315 (« À Mme de Rie, religieuse de l’abbaye de Baume-les-Dames », 10 octobre 1605) « Réveillez souventefois en vous l’esprit de joie et de suavité, et croyez fermement que c’est le vrai esprit de dévotion ; et si parfois vous vous sentez attaquée du contraire esprit de tristesse et d’amertume, élancez à vive force votre cœur en Dieu et le lui recommandez, puis, tout soudainement, divertissez-vous à des exercices contraires, comme de vous mettre à quelque conversation sainte, mais de celles qui vous peuvent réjouir. Sortez à vous promener, lisez quelque livre de ceux que vous goûterez le plus, et comme dit le saint Apôtre, chantez quelque chanson dévote (Ep 5,19). Et ceci, vous le devez faire souvent, car, outre que cela récrée, Dieu en est servi. Que si vous usez de ces moyens, vous rompez petit à petit le chemin à toutes amertumes et mélancolies spirituelles » (vol. 13, 1904, 112).

4,5s Résonance biblique

  • →Bernard de Clairvaux Vig. nativ. Dom. 4,10 « Que votre modération soit connue de tous les hommes, dit l’Apôtre, car le Seigneur est proche. Il est juste en effet que soit connue notre modération, de même que fut connue par tous la modération du Seigneur notre Dieu. Quoi de plus inconvenant en effet, pour l’homme conscient de sa fragilité, que d’agir avec démesure alors que ‘le Seigneur de Majesté’ (Ps 29,3) s’est montré modéré au milieu des hommes ? ‘Apprenez de moi, dit-il, que je suis doux et humble de cœur’ (Mt 11,29), de façon que votre modération puisse être connue de tous. Quand à ce qui suit : Le Seigneur est proche, il faut le comprendre de la main droite. Car lui-même dit, en parlant de la gauche : ‘Voici que je suis avec vous jusqu’à la fin du monde’ (Mt 28,20). Oui, le Seigneur est proche, mes frères, n’entretenez aucun souci. ‘Il est tout proche’ (Mc 13,29), et bientôt il va se montrer. Ne défaillez pas, ne vous lassez pas. ‘Cherchez-le tant qu’il se laisse trouver, appelez-le tant qu’il est proche’ (Is 55,6). ‘Proche est le Seigneur des hommes au cœur brisé’ (Ps 34,19), ‘proche de ceux qui l’attendent, de ceux qui l’attendent en vérité’ (Ps 145,18). Et veux-tu savoir à quel point il est proche ? Écoute l’Épouse ; elle chante que ‘l’Époux est là, juste derrière le mur’ (Ct 2,9). Ce mur, comprends que c’est ton corps, un écran qui t’empêche encore de voir celui qui est tout proche. C’est pour cela que Paul ‘a envie de mourir et d’être avec le Christ’ (Ph 1,23), et il s’écrie en se lamentant : ‘Malheureux homme que je suis ! Qui me délivrera de ce corps de mort’ (Rm 7,24) ? » (SC 480,283).

4,7a la paix de Dieu, qui dépasse tout entendement

Déplacée dans la bouche de Syméon

  • →Guerric d’Igny Serm. (« 3e sermon pour la Purification ») met ces paroles dans la bouche de Syméon et développe son cantique : « Maintenant, Seigneur, laisse aller en paix ton serviteur selon ta parole, après que mes yeux ont vu ton salut (Lc 2,29-30), qui est notre paix et qui fait l’unité, non seulement entre le Juif et le gentil, mais encore entre Dieu et l’homme, et, en l’homme, entre l’esprit et la chair. Désormais, ton serviteur ne conserve plus qu’un seul désir : de dormir et reposer en l’unité de la paix (Ps 4,9), et que la paix de Dieu qui surpasse tout sentiment m’absorbe tout entier dans l’harmonie de cette suprême et simple unité. Elle est venue, la paix que j’ai attendue. Que repose en la paix celui qui a cherché la paix et s’est toujours appliqué à poursuivre ce qui touche à la paix ! » (SC 166,349).

Liée à la glorification de la chair

  • →Bernard de Clairvaux Adv. Dom. 6,6 « ‘Mon âme a soif de toi, et combien plus encore ma chair aspire après toi’ (Ps 63,2) ! C’est ainsi que l’âme du Prophète désirait le premier avènement par lequel, elle le savait, elle serait rachetée. Mais sa chair bien plus encore désirait le dernier avènement et sa propre glorification. Alors ‘nos désirs seront comblés’, et ‘toute la terre sera pleine de la gloire du Seigneur’ (Ps 72,19 ; Is 6,3). À cette gloire, à cette béatitude, à cette paix enfin qui surpasse toute intelligence, que le Seigneur lui-même veuille nous conduire en sa miséricorde, et ‘qu’il ne déçoive pas notre attente’ (Ps 119,116), ‘lui, le Sauveur que nous attendons, Jésus-Christ’ (Ph 3,20) notre Seigneur ‘qui est au-dessus de tout, béni pour les siècles’ (Rm 9,5) » (SC 480,187.189).

À contempler, à désirer, à défaut de la posséder dans ce monde

  • →Bernard de Clairvaux Vig. nativ. Dom. 2,1 « soyez de véritables hommes de Juda, et soyez aussi la véritable Jérusalem, et vous n’aurez plus rien à craindre. Car Jérusalem, c’est la vision de paix ; vision, mais pas encore possession, car ‘le Seigneur a établi la paix à son terme’ (Ps 147,14), et non pas à son début ni en son milieu. Si donc vous ne possédez pas la paix, ou plus exactement puisque, en ce monde, vous ne pouvez posséder la paix parfaite, mais seulement la voir, regardez-la, contemplez-la, désirez-la. Que les yeux de votre cœur soient tournés dans cette direction. Que votre intention ait pour visée la paix, en sorte que ‘tout ce que vous faites’ [cf. Col 3,23], vous le fassiez par désir de cette paix qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer. En toutes choses, n’ayez qu’un but : ‘être réconciliés’ (Rm 5,10) et ‘en paix avec Dieu’ (Rm 5,1) » (SC 480,215.217).

Au-delà de la paix sur terre

  • →Bernard de Clairvaux Vig. nativ. Dom. 4,8 « ‘ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment, l’œil ne l’a pas vu, l’oreille ne l’a pas entendu, et cela n’est pas monté au cœur de l’homme’ (1Co 2,9). Il s’agit en effet, ‘d’une lumière inaccessible’ (1Tm 6,16), d’une paix qui surpasse toute intelligence [...]. Non, l’œil n’a pu voir cette lumière inaccessible, ni l’oreille entendre l’annonce de cette paix incompréhensible. Certes, ‘ils sont beaux, les pas de ceux qui annoncent la bonne nouvelle de la paix’ (Rm 10,15), mais bien que ‘leur voix ait résonné par toute la terre’ (Ps 19,5), pourtant cette paix qui surpasse toute intelligence, ils n’ont pu en saisir la grandeur, ni la transmettre aux oreilles d’autrui. Paul lui-même dit en effet : ‘Frères, je ne me flatte pas de l’avoir saisie’ (Ph 3,13). Or ‘la foi vient de l’écoute, et ce qu’on écoute, c’est la Parole de Dieu’ (Rm 10,17) ; il s’agit de la foi et non de la vision, de la promesse et non du don de la paix. Au vrai, il y a bien aussi dès maintenant ‘la paix sur la terre pour les hommes de bonne volonté’ (Lc 2,14). Mais qu’est cette paix-ci à côté de la plénitude et de l’excellence de cette paix-là ? C’est pourquoi le Seigneur lui-même dit : ‘Ma paix, je vous la donne ; ma paix, je vous la laisse’ (Jn 14,27). Ma paix, celle qui surpasse toute intelligence, et qui est une paix au-delà de la paix, vous n’êtes pas encore capables de la recevoir. Aussi, ce que je vous donne, c’est la patrie de la paix ; ce que je vous laisse dans l’entre-temps, c’est le chemin de la paix » (SC 480,277).

Lien entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit

  • →Julien de Vézelay Serm. 9 « Ce Roi, c’est le roi de la cité sainte, Jérusalem, objet des désirs et des soupirs du cœur de tant de nos pieux frères. Jérusalem – son nom exprime ce qu’elle est en réalité – veut dire ‘vision de paix’, de cette paix qui surpasse toute intelligence. La paix qu’on y voit régner, c’est celle du Père, du Fils et du Saint-Esprit : bien qu’ils soient trois, ils y conservent cependant, dans leur admirable identité de nature, ‘l’unité de l’esprit par le lien de la paix’ (Ep 4,3). Aucun choc d’événement extérieur n’est capable d’altérer cette paix. Que s’écroule le monde, que toute la création s’évanouisse et retourne au néant, la paix de l’esprit de Dieu (pax divinae mentis) subsiste immuable en son état. Cette paix, la créature peut la contempler, elle ne peut la posséder en elle de son propre fonds. Par le fait même qu’elle contemple avec émerveillement une paix qui la dépasse, elle emprunte à autrui cette paix, puisqu’elle est toute tendue vers un autre qu’elle même. [...] C’est donc en lui, le roi de Jérusalem, c’est-à-dire de la vision de paix, de cette paix qui surpasse toute expérience humaine parce qu’elle déborde tous les cœurs qu’elle accueille ; qui surpasse toute expérience humaine parce que, pour ainsi dire, une créature peut bien la ressentir partiellement, intégralement jamais » (SC 192,215).

Assimilée à la charité et à la bonté divine

  • →Cabasilas Vita 1,7 « De même en effet que la philanthropie de Dieu est indicible, et que sa charité [agapê] pour notre race dépasse l’entendement [logon] humain et n’est assortie qu’à la bonté [agathotêti] divine – car c’est elle, la paix de Dieu qui surpasse toute intelligence –, de même, par suite, son union avec ceux qu’il aime dépasse toute union qui se puisse concevoir, et ne souffre aucune comparaison » (SC 355,81.83).

4,13 Je peux tout dans le Christ Si le Christ est en nous

  • →Bernard de Clairvaux Adv. Dom. 7,2 « Indispensable [...] la venue du Sauveur ; indispensable, oui, la présence du Christ pour les hommes ainsi compromis. Et puisse-t-il venir de telle manière que, dans l’abondance de sa faveur, tout à la fois il éclaire notre aveuglement ‘en habitant en nous par la foi’ (Ep 3,17), ‘il vienne au secours de notre faiblesse’ (Rm 8,26) ‘en demeurant avec nous’ (Lc 24,29) et il protège et défende notre fragilité en intervenant pour nous. Car si lui est en nous, qui pourrait encore nous tromper ? Si lui est avec nous, de quoi ne sommes-nous pas capables désormais en celui qui nous rend forts ? » (SC 480,193).

Théologie

3,8 Connaissance du Christ

  • →Vatican II DV 25 : Le saint concile exhorte de façon insistante et spéciale tous les fidèles du Christ, et notamment les membres des ordres religieux, à acquérir, par la lecture fréquente des divines Écritures, « la science éminente de Jésus Christ ». « En effet, l’ignorance des Écritures, c’est l’ignorance du Christ [→Jérôme Comm. Isa. 17]. »

3,10d étant conformé Conformation au Christ

  • →Vatican II GS 22 « associé au mystère pascal, devenant conforme au Christ dans la mort, fortifié par l’espérance, [le chrétien] va au-devant de la résurrection. »

3,20b nous attendons comme sauveur ESCHATOLOGIE La foi comme constance dans l’attente du sauveur Paul se sert du vocable sôter, c’est-à-dire « sauveur », dans la perspective de la fin des temps. La fonction salvatrice du kurios, du Seigneur, est reliée au dernier jour, à l’action finale, qui doit parachever la rédemption. Ce n’est que lorsque le Seigneur Jésus Christ se manifestera à nouveau en venant du ciel que la perfection sera accomplie.

La foi est orientée vers la puissance de salut, qui a été donnée au kurios. Elle n’a pas lieu de trembler dans la perspective de sa venue : la vie du chrétien est en tension continue entre le salut ,déjà donné dans le signe de la croix, et le salut à venir, qui doit constituer son accomplissement dans la perfection. Ces deux saluts sont intimement liés au nom du Christ, Jésus. Durant le temps qui s'écoule entre ces deux pôles du salut, en dépit des contradictions et des secousses de toute espèce, il faut demeurer fermes dans le Seigneur.

3,21a le corps de notre humiliation ANTHROPOLOGIE Du corps de chair au corps de gloire Paul ne pense pas dans les catégories de l’anthropologie hellénistique corps-âme. Dans la mesure où il en a eu connaissance, il a dû estimer qu’un autre point de vue était plus essentiel : la conformité au Christ garantie par la foi. En cette vie, « le corps de notre humiliation » rappelle à l’occasion – et peut-être même de façon continuelle – que le développement de nos possibilités de vie est limité, que le salut n’est ni réalisé ni réalisable pleinement encore. Mais lorsque la conformité au Christ sera parfaitement accomplie, même l’existence corporelle et totale sera recréée. Lorsque l’homme partagera la gloire de sa résurrection, l’humble corps sera transformé d’après le corps transfiguré du Christ.

3,21b conforme au corps de sa gloire

  • →Vatican II LG 7 « Nous sommes assumés dans les mystères de sa vie, configurés à lui, associés à sa mort et à sa résurrection, en attendant de l’être à son règne. »

4,8b tout ce qui est vrai MORALE Sens de l’énumération selon Thomas d’Aquin

Une théorie de l’acte bon ?

→Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Quand il dit ensuite : Que tout est vrai, etc., il ordonne leur action, et d’abord il les amène à bien agir, quand il donne l’objet de leur action, à savoir le bien qui est à faire, puis il donne le motif de l’acte, troisièmement, l’acte, quatrièmement le fruit de l’acte. Ces quatre choses sont développées ici.

L’objet de l’acte bon

est ou l’objet de la connaissance, ou celui de l’affection. Pour l’intelligence, c’est le vrai, pour l’affectivité c’est le bien. Et c’est pourquoi il dit : Que tout, c’est-à-dire, du fait que vous êtes ainsi affermis, réfléchissez à tout ce qui est vrai par la foi, comme il est dit dans Za 8,19 'Aimez seulement la vérité et la paix.' Mais quant à l’affectivité, il faut savoir que certaines choses relèvent de la nécessité de la vertu, d’autres sont surajoutées. Trois éléments sont nécessaires à la vertu : premièrement que l’homme soit intègre en lui-même. Et sur ce point, il dit : Tout ce qui est honorable, c’est-à-dire chaste, comme il est dit dans Jc 3,17 'Mais la sagesse qui vient d’en haut est premièrement chaste, etc.' Deuxièmement, il faut qu’il soit bien réglé vis-à-vis du prochain ; c’est pourquoi il dit : Tout ce qui est juste, etc., selon Mt 5,6 'Bienheureux ceux qui sont affamés et altérés de justice, etc.' Troisièmement, il faut qu’il soit ordonné à Dieu ; d’où le fait qu’il dise : Tout ce qui est pur. Ainsi dans Lc 1,75 'Nous le servirons sans crainte, dans la sainteté et la justice, nous tenant en sa présence tous les jours de notre vie, etc.'

Deux objets s’ajoutent à ce qui est nécessaire : d’abord que l’homme soit porteur d’amitié ; deuxièmement qu’il garde une bonne renommée. Concernant le premier point, il dit : Tout ce qui est aimable, c’est-à-dire, tout ce qui mène à une amitié mutuelle. Si 7,39, le recommande 'Ne soyez point paresseux à visiter les malades ; car c’est ainsi que vous vous affermirez dans la charité' ; et Pr 18,24 'L’homme dont la société est agréable sera plus aimé que le frère'. Pour le second point, il dit : Tout ce qui est de bonne renommée. En effet, beaucoup de choses peuvent être faites avec une bonne conscience, qui, cependant, doivent être évitées à cause de la renommée, selon Si 41,15 'Ayez soin de vous procurer une bonne réputation, car ce vous sera un bien plus stable que mille trésors grands et précieux.'

Le motif de l’action

est double. Il y a d’abord l’inclination intérieure de l’habitus ; puis la discipline extérieure ou l’instruction. Pour le premier, il dit : S’il est quelque vertu, c’est-à-dire que l’habitus de vertu qui est en vous vous conduise à agir, comme il est dit dans Si 44,6 : 'Ils ont été riches en vertu, ils ont aimé avec ardeur la véritable beauté, et ils ont gouverné leurs maisons en paix.' Pour le second, il dit : S’il est quelque louange, c’est-à-dire s’il y a en vous une discipline louable, faites-le bien, d’après Ps 119,66 : 'Enseignez-moi la bonté, la discipline, et la science, etc.'

Et il explique quelle est cette discipline, en disant : Que ce soit là l’objet de vos pensées, à savoir : Ce que vous avez appris de moi quand je vous enseignais. Il est dit dans Mt 11,29 'Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur, etc.' ; et 1Th 2,13 'Ayant entendu la parole de Dieu que nous vous prêchions, vous l’avez reçue, non comme la parole des hommes, mais comme étant, ainsi qu’elle l’est véritablement, la parole de Dieu, etc.' Et ce que vous avez vu faire à moi-même, par les exemples. Ainsi, en effet, apparaissent le motif et l’objet de l’acte, parce que la discipline s’acquiert par la doctrine. Et il faut qu’elle soit d’abord reçue ; c’est pourquoi il dit : Que ce soit là l’objet de vos pensées. Puis qu’on y adhère, d’où le fait qu’il dise : Ce que vous avez appris et reçu de moi. Enfin, il faut la posséder par l’ouïe et par la vue ; d’où : Ce que vous m’avez entendu dire et vu faire à moi-même.

L’acte bon

est double, c’est-à-dire qu’il y en a un intérieur, qui est évoqué ici : Que ce soit là l’objet de vos pensées, comme dans 1Tm 4,15 : 'Méditez ces choses' ; l’autre est extérieur : Pratiquez-le, selon Is 1,16 'Cessez de faire le mal, apprenez à faire le bien, etc.'

Le fruit

est Dieu : Et le Dieu de paix, etc. ; comme pour dire : Si vous faites cela, Dieu sera avec vous, selon qu’il est dit dans 2Co 13,11 'Vivez dans la paix ; et le Dieu d’amour et de paix sera avec vous.' »

4,13 Je peux tout DOGMATIQUE ... Avec la grâce

  • →Trente Cum hoc tempore 15 (→DzH 1544) « [certains] commettent des péchés mortels dont, avec l’aide de la grâce divine, ils peuvent s’abstenir. »

Littérature

4,20 dans les siècles des siècles Explorations littéraires de la formule Transmise notamment par la liturgie (→Doxologie en liturgie), la formule récurrente chez Paul est reprise par de nombreux écrivains qui en exploitent le caractère hyperbolique.

Sciences naturelles : travail sans fin de la raison

  • →Diderot Nature (Dédicace « Aux jeunes gens qui se disposent à l’étude de la philosophie naturelle ») « Quand on vient à comparer la multitude infinie des phénomènes de la nature avec les bornes de notre entendement et la faiblesse de nos organes, peut-on jamais attendre autre chose de la lenteur de nos travaux, de leurs longues et fréquentes interruptions et de la rareté des génies créateurs, que quelques pièces rompues et séparées de la grande chaîne qui lie toutes choses ? ... la philosophie expérimentale travaillerait pendant les siècles des siècles, que les matériaux qu’elle entasserait, devenus à la fin par leur nombre au-dessus de toute combinaison, seraient encore bien loin d’une énumération exacte » (éd. Versini 1994, 562).

Deux natures dans l’incarnation : éternelle plaisanterie divine ?

  • →Balzac Séraphîta (« Les nuées du sanctuaire ») « L’être mystérieux », qui s’exprime par la bouche de Séraphîta, interroge sur l’unité de Dieu : « Qui a raison, de la Matière ou de l’Esprit, quand aucun des deux modes ne saurait avoir tort ? Qui peut reconnaître Dieu dans cette éternelle Industrie par laquelle il se partagerait lui-même en deux Natures, dont l’une ne sait rien, dont l’autre sait tout ? Concevez-vous Dieu s’amusant de lui-même sous forme d'homme ? riant de ses propres efforts, mourant vendredi pour renaître dimanche, et continuant cette plaisanterie dans les siècles des siècles en en sachant de toute éternité la fin ? ne se disant rien, à lui Créature, de ce qu’il fait, lui Créateur ? » (Pléiade 141,813).

Souffrances et humiliations : attente infinie du pardon sans le Christ

  • →Bloy Mendiant (3 décembre 1894) « Jésus est au centre de tout, il assume tout, il porte tout, il souffre tout. Il est impossible de frapper un être sans le frapper, d’humilier quelqu’un sans l’humilier, de maudire ou de tuer qui que ce soit sans le maudire ou le tuer lui-même. Le plus vil de tous les goujats est forcé d’emprunter le visage du Christ pour recevoir un soufflet, de n’importe quelle main. Autrement, la claque ne pourrait jamais l’atteindre et resterait suspendue, dans l’intervalle des planètes, pendant les siècles des siècles, jusqu’à ce qu’elle eût rencontré la face qui pardonne... » (1908, 313-314).

Portement de la croix : nombre infini de volontaires, vie éternelle pour le seul à l’avoir fait

  • →Péguy Mystère utilise l’expression « dans/depuis les siècles des siècles » à six reprises. Ainsi, à propos de Simon de Cyrène, cet « homme qui passait juste là. Combien d’hommes depuis, des infinités d’hommes dans les siècles des siècles auraient voulu être là, à sa place, avoir passé, être passés là juste à ce moment-là. Juste là. Mais voilà, il était trop tard, c’était lui qui était passé, et dans l’éternité, dans les siècles des siècles il ne donnerait pas sa place à d’autres ; et eux, les tard venus, ils ont été forcés de se rabattre sur d’autres croix, de s’exercer, de faire des exercices, de se rabattre à porter d’autres croix » (Pléiade 60,44).

Sommeil humain : proche de la mort et de l’éternité

  • →Proust Sodome « L’attelage du sommeil, semblable à celui du soleil, va d’un pas si égal, dans une atmosphère où ne peut plus l’arrêter aucune résistance, qu’il faut quelque petit caillou aérolithique étranger à nous (dardé de l’azur par quel inconnu ?) pour atteindre le sommeil régulier (qui sans cela n’aurait aucune raison de s’arrêter et durerait d’un mouvement pareil jusque dans les siècles des siècles) et le faire, d’une brusque courbe, revenir vers le réel, brûler les étapes, traverser les régions voisines de la vie - où bientôt le dormeur entendra, de celle-ci, les rumeurs presque vagues encore, mais déjà perceptibles, bien que déformées - et atterrir brusquement au réveil » (éd. Compagnon 1989, 370-371).

Avant la mort : malheur irréversible inscrit dans la race des humbles

  • →Bernanos Journal : Peu avant de mourir, le jeune curé aurait voulu conseiller à la compagne de M. Louis de partir, mais ne l’a pas fait : « Elle serait partie. Mais elle serait partie sans comprendre, pour obéir une fois de plus à l’instinct de sa race, de sa douce race promise depuis les siècles des siècles au couteau des égorgeurs. Elle se serait perdue dans la foule des hommes avec son humble malheur, sa révolte innocente qui ne trouve pour s’exprimer que le langage de l’acceptation. Je ne crois pas qu’elle soit capable de maudire, car l’ignorance incompréhensible, l’ignorance surnaturelle de son coeur est de celles que garde un ange » (Pléiade 232,1257).

Arts visuels

3,1–21 qui transfigurera le corps de notre humiliation Ce que Dieu peut

Ressusciter la chair

Dans une vallée aride et sombre se presse une humanité souffrante : hommes, femmes et enfants, jeunes et vieilards, pauvres, rois et clercs traînent péniblement un « corps de misère » abîmé par la douleur.   

Un chemin escarpé mène au Christ, source de lumière. Vêtu d'une tunique blanche resplendissante, portant sa croix d'une main et appelant à lui l'humanité de l'autre, il apparaît dans un « corps de gloire » vainqueur de la mort. Au-dessus de lui, une arche de lumière le désigne comme médiateur d'une nouvelle alliance entre Dieu et les hommes. 

Gustave Doré (1832-1883), La Vallée de larmes (huile sur toile, 1883), 413,5 x 627 cm

Petit Palais, Paris (France) © Domaine public→

3,4b–14 Autoportait de Paul L'allusion au « modèle » de Paul (Ph 3,17) peut fournir l’occasion de faire un bilan sur l’image de Paul dans l’art chrétien antique. 

Naissance du portrait de Paul dans l'art antique

Quand Paul, au retour de son troisième voyage, fait ses adieux aux Anciens d’Asie qu’il avait appelés auprès de lui, il leur dit ces paroles : « Et maintenant, voici que, je le sais, vous ne reverrez plus mon visage, vous tous au milieu de qui j’ai passé en proclamant le Royaume ». Tous alors éclatèrent en sanglots et se jetèrent à son cou « affligés surtout de la parole où il avait dit : qu’ils ne devaient plus revoir son visage » (Ac 20,25.38). Quel était ce visage qu’ont vu les Anciens d’Asie, quel était son aspect physique ?

Éléments bibliques : petite taille et calvitie ?

On ne peut tirer aucun élément de réponse des Actes des apôtres ou des lettres mêmes de l’Apôtre, sinon une indication brève mais décisive dans la seconde lettre aux Corinthiens, lorsque Paul rapporte une phrase qui circulait à Corinthe à son propos :

  • 2Co 10,10 « Les lettres, dit-on, sont énergiques et sévères ; mais, quand il est là, c’est un corps chétif, et sa parole est nulle. »

Ce contraste décisif entre la faiblesse de l’aspect physique de l’Apôtre et sa force spirituelle réapparaît dans le célèbre « portrait » tracé dans les Actes de Paul et Thècle, à la fin du 2e s. : Onésiphore, un fidèle d’Iconium, va à la rencontre de Paul sur la Via Augusta qui relie Éphèse à Lystres ; ne le connaissant pas « physiquement mais seulement spirituellement », il se fie à la description que lui en avait faite le disciple Tite, et finalement il le reconnaît :

  • Ac. Paul Thècle 2,3 (dans →Ac. Paul) « C’était un homme de petite taille, la tête chauve, les jambes arquées, le corps bien formé, les sourcils joints, le nez quelque peu saillant, mais [un homme] plein d’amabilité. Parfois, en fait, il avait la ressemblance d’un homme, d’autrefois son visage était celui d’un ange. »
  • Philopatris, un écrit transmis sous le nom de Lucien de Samosate (seconde moitié du 2e s.), confirme aussi l’image de la calvitie et du nez aquilin, mais l’ouvrage est dorénavant considéré comme apocryphe dans le catalogue de cet auteur et il est attribué à un anonyme constantinopolitain de l’époque d’Héraclée (610-641), voire de Nicéphore II Phocas (963-969).

La référence à la calvitie – un élément de base du « portrait » de Paul des apocryphes et de l’iconographie chrétienne – tire peut‐être son origine, même si c’est de manière contradictoire, de l’épisode raconté encore dans les Actes, où il est dit qu'« à Cenchrées [dans le Péloponnèse, durant le second voyage] il s’était fait couper les cheveux à cause d’un vœu qu’il avait fait » (Ac 18,18).

Éléments non bibliques

Les autres éléments du portrait semblent tirés du type iconographique gréco-romain du philosophe (→Marrou 1964 ; →Zanker 1997 ; →Giannitrapani 2000). Paul, le penseur chrétien par excellence, dont les lettres sont retenues dans le canon NT en même temps qu’étaient produits les apocryphes cités, jouissait d’une réputation immense même dans les milieux syncrétistes et nous savons que ses portraits étaient vénérés dans ces milieux parmi les effigies de Pythagore, Platon et Aristote.

  • Les « jambes arquées » et les « sourcils joints » sont attribués aussi à Socrate.
  • L’attribut le plus important, typiquement philosophique, avec la calvitie, est la barbe, jamais citée dans les sources anciennes ; elle rapproche son « visage » de celui des philosophes.
Le modèle de Plotin ?

Sans que l’on connaisse avec certitude aucun portrait de Plotin (→Fischer-Bossert 2001) on peut parler d’un « type Plotin » avec une sensibilité, un état d’âme, une tension bien particuliers, qui – au même titre que l’« orant » ou le « penseur » –  servira à « typifier » les portraits de gens ordinaires de l’époque où se fixe celui de Paul.

C’est ce type, sans doute plus qu’aucun souvenir de ressemblance exacte (→Bisconti 2009, 164), qui apparaît dans les premiers portraits de Paul. Ce rapprochement des visages avec le père du néoplatonisme, n’est peut-être pas le fait du hasard, cet homme de grande stature morale et spirituelle qui, dans ses Ennéades, prêche la doctrine de l’Un qui existe « avant tout ce qui existe » :

  • →Plotin Enn. 5,3 « l’Un ne peut être l’une des choses auxquelles il est antérieur : c’est pourquoi tu ne pourras le nommer Intelligence. Tu ne le nommeras pas non plus Bien, si Bien voulait désigner une chose parmi les autres. Mais si Bien indique Celui qui existe antérieurement à toutes les choses, alors qu'on l'appelle ainsi. »

À ces concepts, il lie des thèmes comme celui de la Providence, de l’ascèse mystique de l’âme dans son retour à l’Un, auxquels les Pères de l’Église puisèrent à plus d’une occasion, en particulier durant le 3e s., lorsque Plotin vit et prêche entre l’Orient et Rome, à l’époque où s’élabora le portrait de Paul (→Testini 1969a, 64-65). 

Premiers témoins de Paul seul

Ces traits iconographiques de Paul (comme par ailleurs ceux de Pierre) se sont affirmés graduellement. Pendant la première moitié du 4e s., ils se confondent et alternent :

  • médailles dévotionnelles, inscriptions figuratives (→Utro 2009, 195, 199 nos 66, 70).
  • sarcophage à colonnes avec la maiestas Domini du musée Pio Cristiano : apparence de l’Apôtre dans la scène de la decollatio (inv. 31429, →Deichmann 1967, 54s no 57 tab. 18 ; →Utro 2009, 189-190 no 62).

Dès la seconde moitié du 4e s., à l’époque de Damase, les traits sont fixés sur le visage « plotinien » :

Les peintures funéraires présentent quelques-uns des plus beaux exemples du visage de Paul dans l’Antiquité chrétienne (→Mazzei 2009, 181-185 nos 53-57) :

  • Cimetière de sainte Thècle, proche du sanctuaire paulinien de la Via Ostiense, « chambre des Apôtres » : portrait de Paul→, isolé sur un bouclier, avec celui de Pierre et de deux autres Apôtres, démontre la persistance d’une iconographie nettement « plotinienne » à la fin du 2e s. (→Mazzei 2010, tab. 42).
Paul comme pendant à Pierre dans le collège des Apôtres 

L’image de Paul se développe aussi à l’intérieur du Collège apostolique aux côtés du Christ et faisant pendant à Pierre. L’insertion de Paul dans le Collège apostolique est sans fondement dans la mémoire historique sur la vie de Jésus, ni dans celle des débuts de son mouvement si l’on songe à l’élection de Matthias en remplacement de Juda, en Ac 1. Elle manifeste l’accueil positif de  l’autoproclamation de Paul comme « apôtre par vocation » (Rm 1,1), « apôtre de Jésus-Christ par volonté de Dieu » (1Co 1,1). Un intéressant répertoire iconographique de l’évolution du collège apostolique peut être repéré parmi les peintures du cimetière de Domitille (→Nestori 1993, nos 33, 39, 47, 18, 74).

Ce schéma iconographique se développe en même temps que d’autres typologies dans lesquelles figurent soit Pierre soit Paul : il apparaît au 3e s., et évolue tout au long du 4e s., sur les peintures funéraires.

Au 3e s., il n’y pas de différences iconographiques entre les Apôtres, mais petit à petit Pierre et Paul apparaissent comme chefs de file des deux groupes de six qui normalement entourent le Christ avec des caractéristiques physionomiques qui peu à peu vont s’affirmer.

À la fin du 4e s., on retrouve les deux Apôtres sur les sarcophages « aux portes de la cité » : sarcophages de l’Anastasis ; sarcophages « à étoiles et couronnes » : 

  • sarcophage milanais de Stilicone à Saint-Ambroise (→Dresken-Weiland 1998, 56-58 no 150 tab. 59-61) ;
  • sarcophage du musée Pio Cristiano, représentant le Collège entourant le Bon Pasteur, ca. 375-400 (fig. 4 Invent. 31534, →Deichmann 1967, 27-28 no 30 tab. 10 ; →Utro 2009, 192-194 no 64) ;
  • mosaïques comme à Sainte-Pudentienne (→Andaloro 2006, 114, 124).

Le Christ entre Pierre et Paul : attributs de Paul

La composition ternaire du Christ en majesté enseignant entre les deux Apôtres à l'origine de l'Église de Rome, au plan iconographique, est à l’évidence une réduction du Collège apostolique :

  • fragment de couvercle d’un sarcophage du Musée Pio Cristiano (inv. 31456), d’époque théodosienne (→Dresken-Weiland 1998, 28 no 89 ; →Utro 2009, 186-187 no 59).

Elle aboutit à l'invention de plusieurs attributs iconographiques de Paul.

Traditio legis

On retrouve le trio dans certaines scènes apocalyptiques parmi lesquelles se distingue la scène de la traditio legis :

  • sarcophage avec la maiestas Domini du Musée Pio Cristiano (inv. 31429, →Deichmann 1967, 54-55 no 57 tab. 18 ; →Utro 2009, 189-190 no 62).

Il existe une intéressante variante avec la remise du rouleau de la Loi nouvelle à Paul (habituellement c’est Pierre qui le reçoit) dans quelques exemples d'un milieu d'influence orientale :

  • sarcophage des « douze Apôtres » de Ravenne (→Dresken-Weiland 1998, 119 no 381 tab. 110-111) ;
  • situla – seau d’usage liturgique – avec la traditio legis faite à Paul, fin du 4e-première moitié du 5e s.,  Musées du Vatican (Musée chrétien de Benoît XIV, inv. 60846, →Goffredo 2000, 218 no 75 ; dessin par →Garrucci 1880, tab. 426).
L'épée

Au cimetière ad decimum près de Grottaferrata (Pennesi 2006), Paul tient pour la première fois l’épée, attribut de son martyre (et peut‐être aussi allusion à l’« épée de l’Esprit, c’est‐à-dire de la Parole de Dieu » [Ep 6,17], véritable arme du chrétien, selon l’Apôtre).

  • Elle apparaît encore sur la mosaïque de l’arc triomphal de la basilique de la Via Ostiense du temps de Léon le Grand, malheureusement refaite au 19e s. (→Solimine et Bordi 2006) ;
  • sur une lampe à huile africaine de Akhmîn-Panopolis du 5e ou 6e s., aujourd’hui au Musée de Cologne (→Testini 1969b, 307 no 103).

Elle est désormais consacrée comme attribut canonique de l’iconographie paulinienne. Le portrait de Paul est fixé et se transmettra sans changement jusqu’à nos jours.

3,10d étant conformé à sa mort

La première représentation de la mort de Paul coïncide avec celle de la croix !

L’art chrétien antique eut en horreur, à peu d’exceptions près, les scènes de martyre : que l’on pense à celle du sacrifice de Pierre, habituellement représentée par la scène de son arrestation, ou tout au plus par sa marche vers le martyre, avec la croix sur les épaules. Ou que l’on pense encore à la crucifixion de Jésus que l’on ne représentera pas avant que s’entrouvrent les portes de bois de Sainte-Sabine, quatre cents ans après sa mort sur le Calvaire. La scène de la mort de Paul (par décollation) est donc une véritable rareté. La scène de la décollation de Paul a quelque chose d’audacieux ; elle ne pouvait naître qu’au lieu où, plus que n’importe où ailleurs, son sacrifice était vénéré : celui de sa sépulture.

La première représentation du martyre de Paul
  • Elle se trouve sur un spectaculaire sarcophage→ du type « ad alberi », du milieu du 4e s. provenant de la basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs, conservé au Musée Pio Cristiano (inv. 28591, →Deichmann 1967, 57-58 no 61 tab. 19 ; →Utro 2009, 122-124 no 10). Il montre ensemble : une des plus anciennes représentations de la croix du Christ et la plus ancienne représentation connue du martyre de Paul.

Ce sarcophage apparaît comme un fruit de la communauté romaine qui l’a produit en méditant la réalité du martyre, le sens du « témoignage » du sang versé quelques décennies auparavant, sur la vénération due aux martyrs/témoins, lesquels relient ainsi indivisiblement l’Église à ses origines apostoliques et son origine ultime, le Christ :

  • La croix selon l’iconographie de l’Anastasis est transformée désormais d’instrument d’humiliation en enseigne glorieuse, sur laquelle se découpe le nom couronné du Seigneur.
  • Abel et Job, dans les deux scènes extrêmes (préfiguratrices du sacrifice du Christ), pour ainsi dire chronologiquement distantes du centre, se proposent comme un lointain « avant  », par rapport à la centralité historique de l’heure de l’événement du salut (le martyre et la glorification du Christ).
  • L’arrestation de Pierre et le martyre de Paul flanquent l’icône de l’Anastasis à gauche et à droite, avec le soldat qui tire l’épée du fourreau et les roseaux du Tibre ad Aquas Salvias, comme le racontent les sources apocryphes, ainsi qu’une poupe de navire faisant allusion à des structures portuaires.  Ces scènes représentent la propagation et l’émanation ex post de cet événement dans la vie de la communauté qui se fonde sur le témoignage rendu au Témoin. C’est aux Apôtres, in primis, qu’il revient de perpétuer dans l’histoire l’exemple du Maître, en annonçant l’Évangile du Sauveur pour toutes les créatures, et d’affronter pour cela « prisons et tribunaux », suivant son exemple sur le chemin de croix. Pierre et Paul, les deux Apôtres et martyrs sur lesquels se fonde l’Église entière (et plus précisément de la communauté romaine) rappellent au moment de l’épreuve l’exemple de leur Seigneur entouré lui aussi de ces soldats dont il s’est révélé « le plus fort », et donc confiants dans la puissance de leur « Vengeur » (Jb 19,25). 
  • Les deux colombes qui picorent les fruits font allusion directe aux deux Apôtres Pierre et Paul, que l’iconographie chrétienne place souvent aux côtés du Christ. Elles symbolisent également l’Église fondée sur leur témoignage : tous les fidèles qui se nourrissent des fruits de son salut, renés en lui à une vie nouvelle et espérant participer à sa Pâque (on considère toujours l’élément eschatologique, également personnel, quand on parle d’un sarcophage), comme le soulignent les frondaisons luxuriantes et débordantes de vie des arbres qui brodent le sarcophage.

Les Apôtres, martyrs du Christ, et tous les fidèles de la communauté romaine témoin, se reflètent alors dans le « martyre » de leur Rédempteur, contemplant la centralité de l’Anastasis, c’est‐à‐dire de la résurrection victorieuse.

Autres représentations primitives du martyre de Paul
  • Un fragment, pratiquement contemporain, du cimetière de Saint-Sébastien (→Deichmann 1967, 128-129 no 212 tab. 48 ; Mazzei in →Utro 2009, 188-189 no 61), est programmé autrement (signe que la scène a mis du temps à se fixer).
  • De l’an 359 date la représentation analogue sur le sarcophage de Giunio Basso découvert près de la Confession de l’autre prince des Apôtres, au Vatican (→Deichmann 1967, 279-283 no 680 tab. 104-105).
  • Plus vivante est la scène qui apparaît sur un sarcophage du Vatican de l’époque de Théodose : sarcophage à la maiestas Domini (musée Pio Cristiano, inv. 31429, →Deichmann 1967, 54-55 n° 57 tab. 18 ; →Utro 2009, 189-190 n° 62), qui semble avoir été flanqué de l’arrestation de Pierre.
  • Deux autres sarcophages théodosiens de production romaine sont conservés à Marseille. Sur l’un d’eux (→Christern-Briesenick 2003, 147-148 no 297 tab. 75), la scène du martyre de Paul fait face comme d’habitude à la scène de l’arrestation de Pierre. 

4,3 Bible hiéroglyphique

Thomas Bewick (1753-1828) et Rowland Hill (1744-1833), →New Hieroglyphical Bible (impression au plomb et gravure sur bois, 1794), 14 x 9 cm

Thomas Fisher Rare Book Library, Toronto (Canada) © Domaine public - Photo : Dr. Ralph F. Wilson

Le « vrai compagnon » est ici un compagnon de joug : celui du Christ, facile à porter. Le symbole utilisé pour la vie (le « Livre de Vie ») est en effet très enviable pour un enfant, et original en la circonstance : un tout petit enfant qui fait des bulles ...

4,3b celles qui ont lutté avec moi Paul et la femme Même s’il ne s’agit pas précisément des femmes de Philippes, une figure féminine est très présente dans l’iconographie primitive de Paul :

  • Une petite plaque d’ivoire→, du début du 5e s. qui faisait partie autrefois d’un coffret, aujourd’hui au British Museum, présente plusieurs scènes de la saga de Pierre et de Paul, en particulier une scène, où Paul prêche à une femme, qui se penche vers sa ville. Il s’agit de Thècle, jeune fille devenue disciple de Paul à Iconium selon les Actes de Paul et Thècle. Persécutée pour sa foi, elle échappa miraculeusement au bûcher à Iconium, aux bêtes à Antioche de Pisidie, et de là s’embarqua pour Séleucie en Syrie (refaisant d’une certaine manière le parcours du premier voyage de Paul) pour y annoncer l’Évangile jusqu’à un âge vénérable.
  • Un sarcophage théodosien de production romaine, conservé à Marseille (→Christern-Briesenick 2003, 147-148 no 297 tab. 75) : Paul est arrêté par un personnage qui lui met au cou une corde, alors qu’une figure féminine observe la scène, à demi-cachée par un arbre proche (fig. 11). Ces détails empêchent d’identifier cette arrestation comme celle qui eut lieu à Jérusalem, selon Ac 21,31, effectuée par le « tribun de la cohorte », sans mention d’aucune figure féminine. On peut en revanche y reconnaître le moment des Actes de Paul et Thècle, où Tamiri, désespéré par la perte du cœur de celle qui lui était promise comme épouse, se saisit de Paul, en présence de Thècle, pour le conduire au gouverneur. Cette dernière a le crâne rasé et, pour cette raison, couverte d’un turban. Ce détail iconographique a son correspondant exact dans l’histoire de Thècle, avec la promesse qu'elle fit à Paul selon ces mêmes Actes (25 « Je me fais couper les cheveux et je t’accompagnerai où que tu ailles »).
  • Un fragment de sarcophage du cimetière de Saint-Valentin→ (début du 4e s.), aujourd’hui dans les musées du Capitole (exposée au musée de la Centrale Montemartini, inv. 67, →Deichmann 1967, 349 no 832 fig. 134 ; →Salvetti 2009, 194-195 no 65) :  Paul est le timonier d’une barque au nom de Thècle, conduisant ainsi symboliquement la personne à travers la mer, route antique du kérygme évangélique.

Musique

3,17 Soyez mes imitateurset ceux du Seigneur

21e s.

Carlotta Ferrari (1975), Imitatio (Poème symphonique pour orgue inspiré de l'Imitation du Christ), 2016

Carson Cooman

© Licence YouTube Standard→, 1Co 11,1 ; Ph 3,17 ; Ph 4,9 ; 1Th 1,6 ; 2Th 3,7ss

Composition

«Imitatio» est un poème symphonique inspiré de «L'imitation du Christ», du théologien hollandais du Moyen Âge tardif Thomas à Kempis (vers 1380–1471). Chacun des quatre mouvements est inspiré d'un principe du livre.

Livret

1. Conscience de soi 2. Humble soumission 3. Gratitude 4. Consolation intérieure

4,4–7 Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur.   Rejoice in the Lord always

16e s.

  • Giaches de Wert, Gaudete in Domino (1581)

Giaches de Wert (1535-1596), Gaudete in Domino, 1581

Ross W. Duffin (dir.), Quire Cleveland

© Licence YouTube standard→, Ph 4,4

Paroles
Gaudete in Domino semper, iterum dico, gaudete.

Réjouissez-vous dans le Seigneur toujours, je le dis encore, réjouissez-vous.

Compositeur

Compositeur franco-flamand, Giaches de Wert passa la majeure partie de sa carrière en Italie. Il mourut à Mantoue et est reconnu comme l'un des plus grands madrigalistes de la période tardive.

  • Anonyme, Rejoice in the Lord always

Anonyme, Rejoice in the Lord always

© Licence YouTube standard→, Ph 4,4-7

Paroles

Rejoice in the Lord always: and again I say, Rejoice. Let your softness be known unto all men. The Lord is at hand. Be careful for nothing; but in every thing by prayer and supplication with thanksgiving let your requests be made known unto God. And the peace of God, which passeth all understanding, shall keep your hearts and minds through Christ Jesus.

Réjouissez-vous dans le Seigneur toujours, je le dis encore, réjouissez-vous. Que votre douceur soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche. Ne vous inquiétez de rien ; mais en chaque chose par la prière et la supplique avec action de grâces, que vos demandes soient portées à la connaissance de Dieu. Et la paix de Dieu, qui surpasse tout entendement, gardera vos cœurs et vos esprits dans notre Seigneur Jésus Christ. 

17e s.

Henry Purcell (1659-1695), Rejoice in the Lord always Z 49, 1685

David Skinner (dir.), Sidney Sussex College choir

© Licence YouTube standard→, Ph 4,4-7

Paroles

Rejoice in the Lord alway, and again I say rejoice. Let your moderation be known unto all men. The Lord is at hand. Be careful for nothing; but in every thing by prayer and supplication with thanksgiving, let your requests be made known unto God. And the peace of God, which passeth all understanding, shall keep your hearts and minds through Jesus Christ our Lord.

Réjouissez-vous dans le Seigneur toujours, je le dis encore, réjouissez-vous. Que votre modération soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche. Ne vous inquiétez de rien ; mais en chaque chose par la prière et la supplique avec action de grâces, que vos demandes soient portées à la connaissance de Dieu. Et la paix de Dieu, qui surpasse tout entendement, gardera vos cœurs et vos esprits dans notre Seigneur Jésus Christ. 

Compositeur

Immense musicien et compositeur anglais, Henry Purcell est né et mort à Londres dans le quartier de Westminster. Il a incorporé à sa musique des éléments des styles baroques français et italien, mais a développé un style anglais particulier.

4,8 Il a sauvé le pauvre

18e s.

Georg Friedrich Händel (1685-1759), The ways of Zion do mourn HWV 264-07 She deliver'd the poor, 1737

John Eliot Gardiner (dir.), Monteverdi Choir and Orchestra

© License YouTube Standard→, Jb 29,12  Si 36,23 Ph 4,8

4,9 Soyez mes imitateurs et ceux du Seigneur

21e s.

Carlotta Ferrari (1975), Imitatio (Poème symphonique pour orgue inspiré de l'Imitation du Christ), 2016

Carson Cooman

© Licence YouTube Standard→, 1Co 11,1 ; Ph 3,17 ; Ph 4,9 ; 1Th 1,6 ; 2Th 3,7ss

Composition

«Imitatio» est un poème symphonique inspiré de «L'imitation du Christ», du théologien hollandais du Moyen Âge tardif Thomas à Kempis (vers 1380–1471). Chacun des quatre mouvements est inspiré d'un principe du livre.

Livret

1. Conscience de soi 2. Humble soumission 3. Gratitude 4. Consolation intérieure