La Bible en ses Traditions

Philippiens 1,4–11

Byz V TR Nes
S

4 toujours

et en chacune de mes prières pour vous tous

faisant cette supplication dans la joie

4  

car en toutes mes prières pour vous

et dans la joie, j'intercède

Byz V S TR Nes

5 en raison de votre communion dans l’Évangile, depuis le premier jour jusqu’à présent,

5 dans l’Évangile 1Co 9,23

6 ayant cette confiance

que celui qui a commencé en vous une œuvre bonne

la parachèvera jusqu’au jour du Christ Jésus.

TRde Jésus Christ.

Sde notre Seigneur Jésus Christ.

6b Œuvre de Dieu Jn 4,34 ; 6,28-29 ; Rm 14,20 6bc Dieu fidèle 1Co 1,9 ; 1Th 5,24 6c jour du Christ Jésus 1Co 1,8 ; Ph 1,10 ; 2,16 ; →Parousie
Byz V TR Nes
S

7 De même il est juste pour moi de penser cela au sujet de vous tous

parce que je vous porte dans mon cœur, vous, qui dans mes liens

ainsi que Byz V Nesdans la défense et l'affermissement de l’Évangile,

êtes tous associés à ma grâce.

Vjoie.

7 De même il est juste pour moi de penser au sujet de vous tous

parce que dans mon cœur vous êtes établis vous qui, dans mes liens

ainsi que dans ma défense de la vérité de l’Évangile,

êtes associés à ma grâce.

 

7b dans mon cœur 2Co 6,12 ; 7,3 7c Évangile Rm 1,16 ; 1Co 15,1 7d ma grâce Ep 3,2 7c chaînes Ph 1,13-14.17 ; Col 4,18 ; 2Tm 2,9 ; Phm 10.13
Byz V S TR Nes

8 Car Dieu m’est témoin

comme je languis après vous tous dans les entrailles du Christ Jésus !

8b je languis après vous tous 1Co 16,24 entrailles Ph 2,1 ; Sg 10,5 ; Si 30,7 ; Mt 9,36 ; 18,27 ; Lc 10,33 ; 15,20 8a Dieu m'est témoin Rm 1,9 ; 1Th 2,5.10

9 Voici donc ce que je demande dans ma prière :

que votre amour

Vcharité surabonde toujours plus en connaissance

Vscience et en toute espèce d'acuité

Stout discernement spirituel 

9b surabonde 2Co 9,8 connaissance G-Pr 8,10 ; Ep 1,17 9ss Prière de Paul Col 1,9-12

10 pour mettre à l'épreuve les choses qui diffèrent

Vapprécier ce qui est le meilleur

afin d’être purs et irréprochables pour le jour du Christ

10b irréprochables 1Th 3,13

11 comblés des fruits

V Nesdu fruit de la justice par Jésus Christ

VJésus-Christ pour la gloire et la louange de Dieu.

11 fruits de la justice Is 32,17 ; Am 6,12 ; Pr 11,30 ; He 12,11 ; Jc 3,18 fruits Ph 1,22 ; Mt 21,34 ; Jn 15,2-8.16 ; Rm 1,13 ; 6,22 ; Ga 5,22 ; Jc 3,17

Propositions de lecture

1–30 Communion entre l'Apôtre et les fidèles dans la nouvelle cité

Structure

  • Praescriptum (v.1-2). La salutation initiale prépare le développement futur en usant d’un qualificatif inhabituel pour Paul : « esclave » (Procédés littéraires Ph 1,1a).
  • Prologue (v.3-11) : captatio benevolentiae (v.3-8) et prière conclusive (v.9-11). Paul met en valeur la communion (y compris financière : Procédés littéraires Ph 1,5.7d ; Procédés littéraires Ph 1,1–11) des Philippiens à son action missionnaire et y reconnaît l’œuvre de Dieu. Avec la communion, Paul introduit les autres thèmes de l’épître : la joie, l’Évangile et l’attitude juste du chrétien (Vocabulaire Ph 1,7a). L’agir chrétien, informé par la charité (Tradition chrétienne Ph 1,9b), est mis dans sa perspective eschatologique.
  • Nouvelles biographiques (v.12-26). Paul informe les Philippiens du détail de la captivité tout en donnant aux événements leur sens théologique. Paul dépeint le cœur de l’Apôtre, déterminé par la charité, considérant d’abord le bien de ceux à qui il est envoyé. Décrivant sa lutte, il prépare les Philippiens à comprendre son exhortation à la résistance face aux persécutions (v.27), combat (Procédés littéraires Ph 1,27d) où l’unité de la communauté est fondamentale (v.28). 
  • Exhortation générale à vivre conformément à l’Évangile (v.27-30).

Traits remarquables

Ce ch. introduit deux traits caractéristiques de l'épître :

  • l’insistance sur l'exemple à donner et à suivre. L’Apôtre invite les Philippiens à imiter des modèles : Jésus et lui-même, Paul. À cet effet, il décrit sa situation avec soin ;
  • le recours aux lieux communs de la cité pour illustrer la vie de la jeune Église et à ceux du stoïcisme (Textes anciens Ph 1,4c) pour décrire la vie du chrétien.

Texte

Critique textuelle

8b languis Traduction littérale « désirer », « regretter l’absence de quelqu’un ou quelque chose ».

10b irréprochables Traduction littérale « qui ne fait pas trébucher », « qui ne provoque pas de scandale ».

11 louange Variantes

  • D* : pour la gloire et la louange du Christ ;
  • P46 : pour la gloire de Dieu et ma louange ;
  • F G Ambrosiaster : pour ma gloire et ma louange.

Vocabulaire

6c parachèvera Connotation Le verbe epiteleô signifie litt. « accomplir », « mener à son but (epi-telos), à son accomplissement ».

7a penser Terme favori de Paul Le verbe phroneô, employé fréquemment par Paul dans Ph (Ph 1,7 ; 2,2[x2].5 ; 3,15[x2].16.19 ; 4,2.10[x2]), désigne la faculté de juger et de sentir, mais renvoie aussi à la volonté, à l’opinion, aux dispositions intérieures. Les parallèles sémantiques existant entre v.3-5 et v.7 montrent que le verbe intègre la prière, la mémoire, les souffrances, les finances et la communion à la mission.

V traduit tantôt par sapere (« goûter », « apprécier »), tantôt par sentire (« éprouver », « juger », « avoir telle intention »), y compris en cas de double occurrence dans le même verset (Ph 2,2 ; 3,15).

7c l'affermissement Connotations Le mot bebaiôsis évoque consolidation, garantie, authentification, ...

9b acuité Hapax NT Gr : aisthêsei, litt. « perception » ; la capacité à percevoir et estimer une situation précise, le tact. Cf. G-Pr 5,2 ; 14,7 ; 15,7.

9b connaissance spirituelle Le substantif epignôsis signifie « connaissance » spirituelle : capacité à reconnaître le bien, à discerner. C’est un fruit de l’action de l’Esprit dans le croyant. V traduit par scientia, notitia, cognitio, agnitio, etc.

11 comblés Registre comptable L’acception comptable de peplêrômai se retrouve en Ph 4,18. Procédés littéraires Ph 1,5.7d

11 des fruits Nuance financière Le nom karpos (« fruit », « profit ») revêt ici une acception nouvelle (« dividendes » ou « profit financier ») qu’attestent certains dérivés (karpeia, karpizomai). La conclusion de l’épître vient d’ailleurs l’appuyer : Ph 4,17 « je recherche les dividendes (karpon) qui débordent sur votre compte (eis logon humôn) ». →Vocabulaire financier

Procédés littéraires

1–11 Inclusion avec Ph 4,10-20 Le thème de la communion/collaboration et le →vocabulaire financier ouvrent et terminent la lettre. Les Philippiens ont investi dans les souffrances de Paul et dans ses activités missionnaires : ils sont donc associés dans ses « affaires » !

4c joie Thème récurrent La joie est une des notes caractéristiques de cette épître : Ph 1,18.25 ; 2,2.17-18.28-29 ; 3,1 ; 4,1.4.10.

5.7d communion + associés — Isotopie du thème financier Le double sens du mot koinônia (« partenariat » et « communion ») ouvre une isotopie du thème des « finances », développée tout au long de la lettre (cf. Ph 4,14-19).

  • Elle se fonde sur l’idée du « partenariat spirituel » (cf. Ph 1,5 koinônia ; Ph 1,7 sunkoinônous ; Ph 4,14 sunkoinônêsantes ; Ph 4,15 ekoinônêsen) et l’image du compte courant (Ph 4,15 logon doseôs kai lêmpseôs « un compte de débit et de crédit » ; cf. Ph 4,17).
  • Cette image est annoncée dès Ph 1,11 (le verbe peplêrômenoi « ayant reçu pour solde de tout compte », et le substantif karpon « dividendes » ; cf. Ph 4,18 peplêrômai « je me déclare entièrement remboursé », et Ph 4,19 plêrôsei « il règlera la facture »).

→Vocabulaire financier

5 dans l’Évangile Synecdoque désignant toutes les activités et les fruits liés à l’évangélisation.

5 depuis + jusqu’à — Mérisme qui met en valeur la qualité de la communion.

8a témoin Appel à témoin C'est la figure la plus efficace en faveur de la bonne foi de l’auteur.

11 ; 4,19a comblés + comblera — Ironie et inversion des rôles

Paul use fréquemment de l'isotopie financière dans ses lettres

→Vocabulaire financier

Paul débiteur

Paul se présente ici d’abord en débiteur qui règle ses dettes (Ph 1,11 litt. « afin que vous soyez pleinement remboursés [peplêrômenoi] »). Les Philippiens ont en effet subvenu aux besoins de l’Apôtre en vertu des bons offices d’Épaphrodite (Ph 2,25 litt. « [que vous avez] délégué pour venir en aide [leitourgon] à mes besoins » ; cf. Ph 4,16).

Paul créancier

Mais dans la suite de l’épître, à travers l’image du compte courant ici amorcée, dettes et créances vont mystérieusement changer de bénéficiaire (Ph 4,15 « aucune autre Église que vous n’a pris part au partenariat spirituel de ce compte de débit et de crédit [logon doseôs kai lêmpseôs] »). Paul recherche au fond la richesse spirituelle des habitants de Philippes, eux qui sont en fait ses débiteurs (Ph 4,17). Si l’Apôtre se déclare finalement comblé par leurs contributions pécuniaires (Ph 4,18 peplêrômai), ceux-ci seront à leur tour remboursés par Dieu (Ph 4,19 « Mon Dieu règlera la facture [plêrôsei] de tout ce qui vous manque, selon sa richesse, dans la gloire, dans le Christ Jésus »).

Genres littéraires

9ss Prière Fréquentes, ces mentions de la prière de Paul font entrer son lecteur dans le cœur de l’Apôtre (Rm 1,10 ; Ep 1,16 ; Col 1,9).

Contexte

Repères historiques et géographiques

5 premier jour Vie des communautés : construction de la mémoire collective Paul fait ici allusion au « jour » de la conversion des Philippiens (Repères historiques et géographiques Ph 1,1b), moment à partir duquel ils ont eu le souci de soutenir matériellement l’action de Paul (Ph 4,15-16).

Milieux de vie

8b entrailles Anthropologie antique Organe de perception des sentiments, spécialement de la compassion.

Textes anciens

4c joie Thème important du stoïcisme, courant philosophique dominant à Philippes La joie est le signe de la sagesse du stoïcien :

  • →Diogène Laërce 7,115-116 « De la même manière que le corps a une inclination à certaines maladies, comme le rhume ou la diarrhée, de la même manière l’âme a de fortes inclinations comme l’envie, l’apitoiement, les colères, et ce qui est semblable. Ils [= les stoïciens] disent aussi que les trois bonnes émotions sont la joie, la prudence et la volonté. La joie, le contraire du plaisir, est une élévation raisonnable, la prudence, le contraire de la peur, une esquive raisonnable, le sage n’éprouvant jamais la peur, mais il fera usage de prudence. Et ils font de la volonté le contraire de la convoitise, la volonté étant un désir raisonnable [...]. Ils disent donc que le sage est sans passions parce qu’il ne peut pas tomber dans de telles infirmités [c.-à-d. les fortes inclinations]. » Tradition juive Ph 1,4c

5 communion dans la cité

  • →Aristote Pol. 1,1 (1252a) « Puisque nous voyons que toute cité est une sorte de communauté et que toute communauté est constituée en vue d’un certain bien (car tous font toutes choses en vue de ce qui leur semble être un bien), il est clair que, toutes [les communautés] visent un certain bien, et que le bien souverain est la fin de la communauté qui est souveraine entre toutes et comprend toutes les autres, celle qu’on appelle cité ou communauté politique. »

7b je vous porte dans mon cœur L’amitié, lieu commun antique

Source de communion

Importance dans l’adversité

  • →Cicéron Amic. 22-23 « L’amitié allège l’adversité parce qu’elle la partage et qu’elle y fait prendre part. L’amitié renferme donc des avantages très nombreux et très considérables ; mais il en est un par lequel elle l’emporte sur tout : c’est qu’elle fait briller à nos yeux un doux espoir pour l’avenir et ne laisse pas les âmes s’affaiblir et tomber. Car celui qui considère un ami véritable, voit en lui comme sa propre image. Aussi, les absents deviennent présents ; les pauvres, riches ; les faibles, forts ; et, ce qui est plus difficile à dire, les morts sont vivants : tant l’honneur, le souvenir, le regret de leurs amis les accompagne [...]. Supprimez du monde les rapports de bienveillance : aucune maison, aucune ville ne pourra rester debout. »

Intertextualité biblique

11 fruits de la justice Expression biblique figée qui indique l’engagement de l’homme pour une vie juste et sage, ou la récompense correspondante de la part de Dieu (Pr 13,2 ; Am 6,12).

Littérature péritestamentaire

7s La compassion demeure dans le cœur miséricordieux :

  • →T. Zab. 8,2 « Dans les derniers jours, le Seigneur envoie sa compassion sur la terre, et à chaque fois qu’il trouve un cœur miséricordieux, il y fait sa demeure. »

Réception

Comparaison des versions

11 comblés des fruits : Byz TR V | Nes : sens métaphorique ou sens propre ?

  • Le complément étant au gén. (karpôn) ou à l’abl. (fructu), Byz, TR et V y lisent un passif divin.
  • Nes (P46 א A B D etc.) retient un complément à l’acc., qui introduit une métaphore financière : pleroô + acc. = « payer un dû, régler un compte ».

Liturgie

1–11 Texte

TO-II, 30e semaine, vendredi, messe

= Paul prie que l’amour des chrétiens de Philippes « surabonde toujours plus en clairvoyance » ; Jésus guérit un hydropique.

4ss.8–11 Texte

Année C, Avent, 2e dimanche, messe

= Paul prépare le jour du Christ, comme Jean le Baptiste préparait le chemin du Seigneur.

4c dans la joie MYSTAGOGIE Ph et le temps de l’Avent Comme Ph (Théologie Ph 1,4c), la liturgie de →l’Avent est un grand invitatoire à la →joie. À la suite de Paul et en s’inspirant de ses formulations tout au long de ce temps liturgique, l’Église exprime son allégresse en des prières remplies d’espérance. Ph 3,20 « Pour nous, notre cité se trouve dans les cieux, d’où nous attendons ardemment, comme sauveur, le Seigneur Jésus-Christ » ; Ph 4,5 « Le Seigneur est proche. »

  • Cette joie se déploie plus particulièrement lors du 3e dimanche appelé « dimanche Gaudete » (Liturgie Ph 4,4).

6c jusqu’au jour du Christ Jésus Objet de désir

Mystagogie

Pour Paul et les premiers chrétiens, le jour du Seigneur n’est pas un « jour de colère », mais un jour d’attente joyeuse. Ils aimaient la formule araméenne « Maranatha ! » (1Co 16,22 ; Genres littéraires Ph 4,5b) qu’on peut interpréter dans le sens d’un souhait : Marana tha « Ô notre Seigneur, viens ! »

Textes

  • année A, 1er dimanche de l'Avent, vigiles, 3e nocturne, 3e répons (→LM 1,51) : « Il est proche, le Jour du Seigneur ! »
  • année A, 2e dimanche de l'Avent, vigiles, 2e nocturne, 3e répons (→LM 1,151) : « Jérusalem [...] tu exulteras de bonheur, car il vient, le Jour du Seigneur. »
  • année A, 3e dimanche de l'Avent, vigiles, 2e nocturne, 2e répons (→LM 1,261) : « Oui, le temps de sa visite est proche, son Jour ne sera pas différé [...]. Il viendra [...], il n’y aura plus de frayeur sur la terre : c’est lui notre Sauveur ! »
  • mardis de l'Avent jusqu’au 16 décembre, et 20 décembre, vêpres, capitules (→LM 1,17 et 435) : « Nous attendons de voir se révéler notre Seigneur Jésus-Christ. C’est lui qui nous fera tenir solidement jusqu’au bout, et nous serons sans reproche au jour de notre Seigneur Jésus-Christ (1Co 1,7-8). »
  • 18 décembre, sexte, capitule (→LM 1,399) : « Et qu’ainsi il vous établisse fermement dans une sainteté sans reproche devant Dieu notre Père, pour le jour où notre Seigneur Jésus viendra avec tous les saints (1Th 3,13). »
  • 23 décembre, vêpres, capitule (→LM 1,485) : « Pour le Seigneur, un seul jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un seul jour. Le Seigneur n’est pas en retard pour tenir sa promesse, comme le pensent certaines personnes ; c’est pour vous qu’il patiente : car il n’accepte pas d’en laisser quelques-uns se perdre ; mais il veut que tous aient le temps de se convertir (2P 3,8-9). »

Tradition juive

4c joie Sobria ebrietas rabbinique La joie est le signe de celui qui est habité par l’Esprit de Dieu, qui se manifeste dans la joie qu’on trouve à vivre les commandements divins :

  • →b. Šabb. 30b « Ceci vous enseigne que la gloire divine ne repose ni dans la mélancolie, ni dans la paresse, ni dans la frivolité, ni dans la légèreté, ni dans la discussion, ni dans un discoureur indolent, mais dans une joie causée par le commandement divin. » Textes anciens Ph 1,4c

Tradition chrétienne

5 en raison de votre communion dans l’Évangile

Une communion en actes et pas seulement en idées

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Il dit donc "en raison de votre communion", c’est-à-dire ce par quoi vous communiez à la doctrine évangélique, en croyant et en accomplissant son œuvre. C’est cela en effet la vraie communion, selon He 13,16 "Souvenez-vous d’exercer la charité, et de faire part de vos biens." »

Source de toute persévérance 

  • →Brenz Expl. Phil. : La persévérance naît de la communion en l’Évangile, qui a pour fondement la miséricorde de Dieu et qui requiert l’obéissance morale par gratitude envers Dieu. Paul n'a pas été rendu parfait par ses œuvres, mais par l’obéissance qui lui fut donnée par Dieu.

Une raison qu'il est nécessaire de rappeler car il n'y a pas de certitude dans le salut

  • →Hemmingsen Comm. Phil. : Contrairement à la certitude concernant le salut que croient pouvoir afficher les « stoïciens » (calvinistes ?), dans le peuple de Dieu les consciences doivent être régulièrement rassurées et persuadées. En l’occurrence, elles doivent se rappeler que la cause directe du commencement de leur vie spirituelle est la prédication de l’Évangile qui façonne, infléchit et dirige les cœurs des hommes vers la justice.

5 depuis le premier jour jusqu’à présent La persévérance comme appel et effet de la grâce

  • →Lapide Comm. ep. Pauli : Le don de persévérance est potentiellement fait à tous, sous forme d’élan pour commencer à agir et d’énergie pour continuer. Ce don est confirmé et pleinement actualisé en ceux qui persévèrent. Il déroule alors toute la série des moments de la grâce (décrits par →Trente Session 6). Ce premier don, ou grâce prévenante, n’est pas encore la grâce justifiante : c’est une grâce qui entrave la possibilité de pécher mortellement.

6bc celui qui a commencé en vous une œuvre bonne la parachèvera Tout est grâce

Polémique anti-pélagienne

Pélage, moine irlandais du 5e s., niait qu’un péché originel altérant les potentialités de leur nature fût transmis à tous les hommes. Du coup, il minimisait l’importance de la grâce divine, la réduisant à une lumière sur la fin à poursuivre et un couronnement des efforts entrepris pour l’atteindre. Bien que cette doctrine fût condamnée par les conciles de Carthage de 418 et d’Orange de 529, et par une lettre du pape Célestin Ier en 431, elle continua à faire débat à travers les siècles.

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « [Paul] a confiance en la puissance de Dieu. Et c’est pourquoi il dit "celui qui a commencé, etc." Selon Jn 15,5 "Vous ne pouvez rien faire sans moi." Cela va contre les pélagiens, qui disent que le principe de l’œuvre bonne vient de nous, mais son achèvement de Dieu. Mais cela n’est pas vrai : parce que le début d’une bonne œuvre en nous est de réfléchir au bien, et cela même vient de Dieu, d’après 2Co 3,5 "Non que nous soyons capables de former nous-mêmes aucune bonne pensée comme de nous-mêmes." »
  • →Lapide Comm. ep. Pauli : Dieu, en tant que bon pasteur, ne nous donne pas seulement une grâce suffisante par laquelle nous puissions persévérer, mais encore une grâce actuelle par laquelle nous persévérons effectivement. Une bonne œuvre n’est pas forcément quelque chose d’extraordinaire, mais peut consister en la simple vie évangélique.

Polémique anticatholique 

  • →Brenz Expl. Phil. : L’Apôtre ne fait ici que rendre témoignage à l’Évangile et à la justification. Les chrétiens, parce qu'ils croient en Christ, sont réputés justes par Dieu à cause de Christ. La foi fonctionne ainsi comme une semence qui germe et se développe jusqu'à porter ses fruits. 

Application morale : Dieu principe de bienveillance a priori 

  • →Calvin Comm. NT : Paul savait voir en Dieu l’unique artisan qui opérait dans ses frères et sœurs à Philippes, sans chercher d'autre assurance, et en accordant à tous le bénéfice du doute.

8b dans les entrailles du Christ Jésus Expression d’un amour

... paternel

  • →Jean Chrysostome Hom. Phil. 1,2 « Il n’a pas prononcé ce mot de charité : son expression est bien plus tendre. Je suis devenu votre père, et c’est de l’amour du Christ qu’émane cette paternité. »

... divin 

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « C’est-à-dire : moi qui suis dans les entrailles de Jésus-Christ. Ou bien, combien je désire que vous soyez en elles, comme pour dire : combien je désire votre salut et votre participation aux entrailles de charité du Christ. Comme il est dit dans Lc 1,78 "Par les entrailles de la miséricorde de notre Dieu", comme pour signifier que la puissance de l’amour touche les profondeurs et l’intime du cœur. Ou encore, combien je désire que vous soyez dans les entrailles de Jésus-Christ, c’est-à-dire que vous l’aimiez lui-même intimement, pour que vous soyez aussi aimés de lui ; en cela, en effet, consiste la vie de l’homme. »

... christique

  • →Calvin Comm. NT : Paul ici oppose les « entrailles du Christ » à l’émotion charnelle : l’amour vrai, sacré et pieux ne vient que des entrailles de Christ : comme s’il les ouvrait pour que s’épanouissent amour mutuel et affection cordiale entre les croyants.

... maternel

  • →Hemmingsen Comm. Phil. : Paul évoque son amour intime pour les Philippiens, comme celui d’une mère qui prend pitié, ce qui est l’effet de la grâce de Christ.

9b amour surabonde

L'amour est sans limite

  • →Jean Chrysostome Hom. Phil. 1,2 « Quand on aime comme lui, on réclame de l’objet aimé qu’il ne s’arrête pas non plus dans son affection, l’amour étant un bien sans mesure. »

Premier bien demandé : la croissance de la charité

Thomas d'Aquin formalise la prière conclusive de Paul en trois « biens » demandés par l'Apôtre à Dieu en faveur de ses destinataires. La charité est le premier. 

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. 1,2 « L’affection intérieure est perfectionnée par la charité, et c’est pourquoi à celui qui n’a pas la charité, il faut souhaiter qu’il l’ait ; mais à celui qui l’a, qu’elle soit perfectionnée. [...] Pour que la charité s’accroisse, il faut recourir à Dieu, car Dieu seul opère cela en nous. »

9b toujours plus + en toute espèce d’acuité

Deuxième bien demandé : la connaissance enseignée par la charité

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Le deuxième bien regarde l’intelligence. [...] Mais est-ce que la science provient en quelque façon de la charité ? Oui [...]. La raison en est que celui qui a un habitus, si c’est un habitus droit, il s’ensuit qu’il a un jugement droit pour les choses qui relèvent de cet habitus [...]. Ainsi, le tempérant a un bon jugement sur ce qui touche aux choses de l’amour, ce qui n’est pas le cas de l’intempérant qui a un jugement faux. Or, tout ce qui provient de nous doit être informé par la charité, et c’est pourquoi, celui qui a la charité a un jugement droit en ce qui concerne les choses à connaître. Et ainsi, il dit "en connaissance", par laquelle on connaît la vérité et on adhère à tout ce qui relève de la foi. »

Non pas la connaissance de tout, mais une connaissance parfaite parce qu'utile à un progrès spirituel continu

  • →Calvin Comm. NT : Paul ne veut pas dire que les chrétiens arriveront à la connaissance de toutes choses, mais que les connaissances qu’ils auront acquises seront complètes et parfaites. Les docteurs de la Sorbonne avaient beau connaître un nombre impressionnant de choses — et beaucoup d’entre elles bien loin d’être fausses —, cette connaissance ne valait pourtant rien, car leur doctrine n’avait aucune force pour la vie spirituelle et était donc pernicieuse. Sans justice parfaite, il est impossible de plaire à Dieu, or il n’y a de justice qu’en Christ à travers la foi. La sanctification des croyants est une œuvre jamais achevée en cette vie.

Nécessité d'une connaissance affective aussi pour une  véritable piété 

  • →Hemmingsen Comm. Phil. : Il faut que la force de la doctrine soit sentie pleinement et profondément dans le cœur. Sinon, il est vain de se réjouir dans la force de l’Évangile. 

10b afin d’être purs et irréprochables

Troisième bien demandé : la préservation du mal

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « "Afin d’être purs" : il y a en effet un double péché à éviter, à savoir d’abord la corruption intérieure par laquelle l’homme est corrompu en lui-même, et cela est écarté par la sincérité. 1Co 5,8 dit "[C’est pourquoi célébrons cette fête, non avec le vieux levain ni avec le levain de la malice et de la corruption, mais] avec les pains sans levain de la sincérité." L’autre est contre le prochain, c’est-à-dire l’offense. Et c’est pourquoi il dit "irréprochables". »

Une double perfection

  • →Cajétan Ep. Pauli : La pureté perfectionne chaque personne pour elle-même, tandis que l’abstention de tout scandale la perfectionne dans l’intérêt de son prochain.

11 pour la gloire et la louange de Dieu

Invitation à tout rapporter à Dieu

  • →Théodoret de Cyr Interpr. Phil. « Réjouis-toi de ces dons ! Garde ta foi non contaminée ! Présente le fruit de la justice à Dieu, de manière à ce que Dieu soit célébré par tous » (PG 82,562).

Dieu glorifié dans les œuvres des saints

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Dieu est glorifié par les œuvres des saints, puisque les autres éclatent en louange de Dieu devant elles, comme dans Ps 150,1 "Louez le Seigneur dans ses saints" ou dans Jr 33,9 "Toutes les nations de la terre qui entendront parler de tous les biens que je leur aurai fait, en relèveront mon nom avec joie, et m’en loueront avec des cris de réjouissance." »

11 comblés des fruits de la justice Distinction entre la justice et ses œuvres

  • →Hemmingsen Comm. Phil. : Les œuvres du chrétien, parce qu’elles proviennent de la foi, sont certes d’une espèce différente de celle de n’importe quel homme : elles sont sans hypocrisie et sans "cause d’achoppement". Cependant, ces bonnes œuvres sont les fruits de la justice, et non pas la justice elle-même.

Mystique

8b je languis après vous tous dans les entrailles du Christ Jésus

L’étreinte spirituelle vécue dans la fraternité monastique

  • →Bernard de Clairvaux Ep. 153 répond à Bernard de Portes le Chartreux, qui lui demande un exposé sur le Ct : « Tu me demandes avec insistance et moi je refuse avec constance, mais pour m’épargner et non par mépris envers toi. Oh ! plaise au ciel que je puisse être capable d’élaborer quelque chose qui soit digne de ton zèle [...] ; si cela pouvait se faire, je partagerais avec toi la lumière de mes yeux et aussi mon âme elle-même, ami très cher, frère que je voudrais étreindre spirituellement "dans les entrailles du Christ", autant qu’il me serait possible, dans toute la plénitude de l’amour » (SC 556,399).

L’esprit du Christ se fond avec notre esprit

  • →Cabasilas Vita « Ô grandeur des mystères ! Il est donc possible que l’esprit du Christ se fonde avec notre esprit et son vouloir avec notre vouloir, que son corps soit mélangé à notre corps et son sang à notre sang ! Que devient notre esprit quand l’esprit divin s’en est rendu maître ! Que devient notre vouloir quand le vouloir bienheureux le subjugue ! Que devient notre argile quand un tel feu a triomphé d’elle ! Qu’il en est bien ainsi, Paul le montre bien quand il dit n’avoir plus ni esprit ni vouloir ni vie propres, mais que le Christ est devenu tout cela pour lui. Il écrit en effet : "Nous avons l’esprit du Christ" (1Co 2,16) ; et : "Vous réclamez une preuve que c’est le Christ qui parle en moi" (2Co 13,3) ; et : "Je pense avoir l’Esprit de Dieu" (1Co 7,40) ; et : "Je vous aime dans les entrailles de Jésus-Christ" — ce qui montre à l’évidence qu’il avait le même vouloir que lui —, et pour tout résumer : "Je vis mais non plus moi, c’est le Christ qui vit en moi" (Ga 2,20) » (SC 355,271).

Théologie

4c dans la joie MYSTIQUE Joie surnaturelle La →joie imprègne Ph (Ph 1,4.18.25 ; 2,2.17-18.28-29 ; 3,1 ; 4,1.10). C’est la joie particulière d’un homme privé de sa liberté élémentaire. Elle n’est pas puisée à des sources naturelles ; elle prend sa source en Dieu. Pour Paul la source de toutes les joies, la raison la plus profonde de son allégresse spirituelle est le Seigneur. C’est pourquoi il peut dire : « Pour moi vivre c’est le Christ » (Ph 1,21). Juste avant de terminer sa lettre, Paul adresse à ses chers Philippiens un ultime appel à la joie (Ph 4,4).

6c.10b jour du Christ ESCHATOLOGIE C’est la venue du Christ en gloire (cf. 1Th 2,19 ; 3,13 ; 4,15 ; 5,2-4). C’est aussi le jour du jugement divin : Am 5,18-20 ; So 1,14-18 ; Mt 25,31-46.

Arts visuels

1–30 Bénédiction

Johann Christoph Weigel (1654-1725), L'Épître de saint Paul aux Philippiens (gravure, 1695)

in Der Heiligen Apostel Geschichte und Episteln, letzlichen auch Die Hohe Offenbahrung S. Joannis : Nach anleitung Heyl. Schrifft in Bildnussen vorgestellt, éd. : Augsburg

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À terre, les chaînes de saint Paul, prisonnier pour l'évangile. Dans le ciel, la bénédiction de la croix du Christ, qui rappelle les adresses pleines de souhaits de grâces de saint Paul à ses destinaires.