La Bible en ses Traditions

Ruth 2,20

M V
G
S

20 Noémi dit à sa belle-fille :

Vlui répondit : — Qu’il soit béni de YHWH

Vpar le Seigneur, de ce qu’il n’a pas cessé d’être miséricordieux envers les vivants, aussi bien qu’envers ceux qui sont morts !

Va gardé pour les morts la même grâce qu'il avait accordée aux vivants !

Noémi lui

VElle dit encore : — Cet homme est pour nous un proche parent

VprocheM et l’un de ceux qui ont sur nous droit de rachat.

20 Et Noémin dit à sa belle-fille : — Il est béni par le Seigneur, parce qu'il ne s'est pas départi de sa pitié, envers les vivants et envers les morts. 

Et Noémin lui dit : — L'homme nous est un proche parent, il est de ceux qui ont sur nous un droit.

20 ...

Texte

Vocabulaire

20d l'un de ceux qui ont sur nous droit de rachat Traduction étoffée de gō’ēl Litt. “c’est un de nos gō’ēl” (cf. Nb 35,19). Droit Rt 2,20b ; Comparaison des versions Rt 2,20d.

Procédés littéraires

20d un proche parent (G) NARRATION Caractérisation approximative soulignant la générosité exceptionnelle de Booz Comparaison des versions Rt 2,20 Booz n'est pas le plus proche parent (cf. Rt 3,12). 

Contexte

Milieux de vie

1–23 AGRICULTURE Glanage Dans plusieurs cultures de l'antique Proche Orient, les →veuves avaient le droit de glaner les champs moissonnés, comme en témoigne cette touchante fresque égyptienne :

Scène de moisson (peinture murale sur du plâtre, 14e s. av. J.-C.), Tombeau de Menna (TT69), Thèbes (Égypte) (photo : Ovedc, 2017) © CC BY-SA 4.0→

Premier registre : deux hommes emportent la moisson dans un grand panier ; deux femmes se disputent en glanant dans la partie moissonnée du champ ; un homme se repose sous un arbre.

Réception

Comparaison des versions

20d  pour nous un proche : V | G : un proche parent | M : « un de nos parents qui doivent nous racheter ». Sous- et sur-traduction par le grec et le latin, ou bien génie de saint Jérôme ?

  • M fait allusion à une coutume bien connue : « c’est un de nos gō’ēlim » (cf. Nb 35,19), c’est-à-dire : il est au nombre de ceux de notre parenté qui ont le droit/devoir de rachat ; cf. Milieux de vie Rt 2,20b. 
  • G rend l’idée par le vocabulaire de la proximité familiale, avec ankhisteús / ankhisteía [ἀγχιστεύς / ἀγχιστεία] : le goʾel est d’abord présenté comme le proche parent, celui auquel incombe juridiquement le rachat.
  • La Nova Vulgata, revient au sens juridique, mais en faisant apparaître explicitement le terme de ... rédemption : « ex eis, qui pro nobis ius redemptionis habent », « il est de ceux qui ont à notre égard le droit de rachat/ rédemption ».
  • V« propinquus ait noster est homo »  tout en s'inspirant de G pourrait sembler simplifier à l'extrême.

En réalité, ne s'agirait-il pas au contraire d'une subtile et profonde inculturation chrétienne : le  terme juridique hébreu (goʾel « rédempteur ») est ici surclassé par propinquus, degré positif du comparatif propior, et du superlatif proximus, donc gros de toutes les connotations apportées au terme  dans la célèbre parabole du Christ sur le bon samaritain qui s'est fait le proximus, ou prochain de l'homme blessé : Théologie Lc 10,30–37 ?

Frontispice de la bible Polyglotte d’Alcalà→ (1514-1517), (gravure sur bois) © Domaine public

Encadré par le chapeau du cardinal Cisneros, commanditaire de l'ouvrage, cet écu est une allégorie de la Parole dans la diversité de ses versions. Les 15 carreaux symbolisent les 15 jours que passèrent ensemble à Jérusalem Pierre apôtre des Hébreux et Paul apôtre des nations (Ga 1,18) : 7 carrés rouges pour la loi antique ; 8 blancs pour la loi de grâce, 15 en tout rassemblés sous la Croix du Verbe incarné.

Droit

20b pour nous un proche parent et l’un de ceux qui ont sur nous droit de rachat COUTUMES  À la fois gō'ēl et levir ? Le devoir du parent le plus proche d'Élimélek ou de Mahlôn (leur gō'ēl) combine deux coutumes différentes :

  • le devoir du gō'ēl (Lv 25,23-25.47-49), d'éviter l'aliénation du patrimoine : il doit donc racheter le champ de Ruth (Rt 4,4) ;
  • la coutume du lévirat (Dt 25,5-10), qui impose au plus proche parent d'un mari défunt sans enfant d'épouser sa veuve pour lui susciter une postérité.

Arts visuels

1,1–4,22 La vie de Ruth

13e siècle

L'histoire de Ruth (enluminure, 13e s.), in La Bible de Saint-Jean d'Acre ou Bible de Louis IX, 

Ms-5211 réserve, Bibliothèque de l'Arsenal, Bibliothèque nationale de France, Paris (France), Source gallica.bnf.fr / BnF→

Cette page de la Bible enluminée au 13e s. à Saint-Jean d'Acre représente les grands épisodes de la vie de Ruth :

  • Noémi et son mari cherchent à marier leurs deux fils (image 1).
  • Ils choisissent deux femmes pour eux dont l'une est Ruth (image 2) .
  • À la mort de son mari et des ses fils, Noémie dit à ses belles-filles de repartir chez elles mais Ruth ne la quitte pas (image 3) .
  • À Bethléem, elle va glaner dans le champ de Booz (image 4).
  • À la demande de sa belle-mère, Ruth se couche aux pieds de Booz et lui demande d'étendre le pan de son manteau sur elle (image 5).
  • Elle épouse Booz (image 6).

19e siècle

Thomas Matthews Rooke, (1842–1942), L'histoire de Ruth (huile sur toile, 1876),  660 × 394 mm,

Tate Gallery © CC BY-NC-ND 3.0→

Ce triptyque présente trois moments de la vie de Ruth à lire de droite à gauche. Ruth refuse de quitter sa belle-mère ; elle s'attache à son peuple et à son Dieu. Au centre, au milieu des moissonneurs, Ruth, à genoux devant Booz, s'attache déjà à celui qui deviendra son époux et lui montre par avance sa soumission. À gauche, Ruth s'attache à sa descendance : elle confie son fils Obed à Noémi qui le porte dans ses bras. 3 panneaux, 3 temps de la vie (passé présent, avenir), 3 amours fidèles de Ruth : fidelité à ses parents en la personne de Noémi qui représente le passé, fidélité à son époux qui représente le présent, fidélité à son fils et sa descendance qui représentent l'avenir.

3–23 Ruth glane dans le champ de Booz

17e s.
La rencontre

Nicolas Poussin (1594-1665), L'été, ou Ruth et Booz, (huile sur toile, ca. 1660-1664), 110 x 160 cm

Musée du Louvre, Paris © Domaine public→

Bible hiéroglyphique, 18e s. 

Thomas Bewick (1753-1828)& Hill Rowland (1744-1833), Hieroglyfical Bible, (Gravure sur bois, 1794), 14 cm x 9 cm,

Thomas Fisher Rare Book Library, Toronto © Public Domain - Photo : Dr. Ralph F. Wilson

Gravure, 19e s.

Julius Veit Hans Schnorr von Carolsfeld (1794-1872), Booz rencontre Ruth (gravure sur bois, 1851-1860)

illustration dans Die Bibel in Bildern, Leipzig: Wigand 1860 © Domaine public→

Gravure, 19e s.

Gustave Doré (1832-1883), Boaz et Ruth (gravure sur bois, 1866)

Illustration de La Grande → Bible de Tours, Tours : Mame 1860 © Domaine public→