Un projet du Programme de Recherches La Bible en ses traditions AISBL
Dirigé par l’École Biblique et Archéologique Française de Jérusalem
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2 Absurdité des absurdités dit Qohélet absurdité des absurdités le tout : absurdité.
2 Vanité des vanités, dit l'Ecclésiaste,
vanité des vanités tout [est] vanité
3 Quel profit
Savantage pour l’être humain dans toute sa peine qu’il peine sous le soleil ?
3 Quel surplus pour l’être humain dans toute sa peine qu’il peine sous le soleil ?
3 Que retient l'homme en plus, de toute sa peine qu’il peine sous le soleil ?
1,1–12,14 LITURGIE SYNAGOGALE, LECTIONNAIRE : une des lectures principales de Sukkoth (Fête desTentes) De nos jours, à la synagogue, de nombreux Juifs lisent Qohélet (l'Ecclésiaste) à la fête des Huttes (Sûkkôt).
Simon , « Sukkah in Mea Shearim, Jewish ultra-othordox neighbourhood, Jerusalem », (photographie numérique, 2008)
Le temps de la fête, pieds des immeubles et balcons se transforment, avec des planches, en résidences plus frêles, où revivre l'expérience de la liberté et de la joie des nomades au désert ...
Simon , « Sukkah near Western Wall in Jewish Quarter, Jerusalem », (photographie numérique, 2008)
La proximité des éphémères constructions de Sukkot et du mur occidental, vestige du Temple résidence du Nom sur la terre, donne à méditer, dans l'esprit de l'Ecclésiaste, sur ce qui est stable et sur ce qui passe, dans la relation entre l'homme et Dieu...
2 Aux fins de renouvellement
1,1–12,14 Questions sur l’inspiration du livre (Séminaire des Sources Chrétiennes — HiSoMA→)
Qo a fait l’objet d’un nombre appréciable de commentaires, d’homélies et de citations chez les auteurs patristiques, qui reconnaissaient généralement le caractère inspiré, et même prophétique, du livre.
Le mot rêmata, « paroles » (Qo 1,1), amène en particulier des réflexions sur l’inspiration de l’Esprit Saint et le caractère prophétique de l’Ecclésiaste, par exemple
Le caractère déroutant de certaines affirmations a de fait conduit certains exégètes à les interpréter comme dites au nom d’autres personnes.
Selon plusieurs, Salomon aurait donc rapporté dans son livre maintes doctrines impies ou hérétiques afin de les combattre. Par exemple :
Cela peut conduire à élargir le propos à toute l’Église, sans remettre en question le bien-fondé des affirmations :
Les témoignages de rejet ou de prudence vis-à-vis du livre sont assez rares :
1ss La trilogie salomonienne dans la tradition patristique (Séminaire des Sources Chrétiennes — HiSoMA→)
Chez les auteurs patristiques, aussi bien grecs que latins, Proverbes, Ecclésiaste et Cantique constituent une trilogie attribuée à Salomon. Pour Origène, elle correspond à l’ordre de progression de l’apprentissage des sciences inspiré des philosophes : éthique, physique, époptique (ou inspective, ou mystique). L’Alexandrin écrit dans son prologue de son Commentaire sur le Cantique :
Cette tripartition est parfois appliquée avec une certaine souplesse. Par exemple, commentant le titre « Ecclésiaste »,
[Bibliographie spécifique : S. Leanza, « La classificazione dei libri Salomonici e i suoi riflessi sulla questione dei rapporti tra Bibbia e scienze profane, da Origene agli scrittori medievali », Augustinianum 14, 1974, p. 651-666 ; M. Harl, « Les trois livres de Salomon et les trois parties de la philosophie dans les Prologues des Commentaires sur le Cantique des cantiques (d’Origène aux chaînes exégétiques grecques) », dans Texte und Textkritik (TU 133), Berlin 1987, p. 249-269.]
L’ordre de la triade est parfois différent.
Dans tous les cas, la triade est conçue de façon dynamique, dans un mouvement de progression :
On lit enfin une interprétation triadologique isolée dans un résumé du Commentaire sur le Cantique attribué à Hippolyte
2 Vanité des vanités ! dit l’Ecclésiaste vanité des vanités tout est vanité (V) Fécondité culturelle de la Bible latine : le genre des Vanités L’incipit du Livre de l'Ecclésiaste dans sa version latine (« Vanité des vanités, et tout est vanité ») a donné son nom à une image-type, représentation allégorique de la fragilité de la vie et du peu de poids de ce à quoi l'être humain s'attache durant son existence terrestre.
Les éléments symboliques les plus courants pour exprimer la vanité sont : la vacuité des passions et des actions humaines (amours, étude, argent, plaisir, richesse, puissance), déroulées au fil du temps qui passe, vecteur de fragilité et de destruction (sablier, horloge), pour aboutir en toute certitude au triomphe de la (tête de) mort.
Le thème est aussi ancien que la condition humaine et apparaît dans l’Antiquité.
Allégorie de la brièveté de la vie : Memento mori (?), (mosaïque, 1er s. ap. J.-C.), 47 x 41,5 cm
inv. 109982, Pompéi, Museo Archeologico Nazionale, Naples (Italie) © Domaine public→,
C'est la mort qui domine la roue de la Fortune symbole de la condition et de la destinée humaines. Le « papillon funèbre » (cf. → Metamorphoses 15,374), s’est posé sur une roue, mobile comme la Fortune ; la balance domine le tout, symbolisant l’appel philosophique (stoïcien) à comparer les biens de l'âme aux autres biens ( → Tusculanes, 5,51).
Après les danses macabres du Moyen Âge, les premières Vanités proprement dites apparaissent au 15e s., sous forme d’ossements peints au revers de polyptyques portatifs, au dos des portraits de donateurs comme pour inviter les commanditaires à l’essentiel.
La référence à L'Ecclésiaste / Qohélet est parfois rendue explicite par la présence du livre lui-même dans l’œuvre de l’artiste. Les principaux personnages des peintures sont saint Jérôme et sainte Madeleine.
(ca. 1435-1494) Triptyque de la vanité terrestre et du divin Salut→ (1485, conservé au Musée des beaux-arts de Strasbourg) représente une femme nue se regardant dans le miroir, alors que deux chiens sont à ses pieds.
Après la Réforme protestante et la Réformation catholique, dans l’exaltation religieuse et l’effervescence d’une iconographie de combat, la Vanité devient un genre prisé.
Jan Sanders (16e s.), Vanité, (huile sur panneau de bois, ca 1535-1540), 90 x 73 cm
P 2009, Palais des Beaux-Arts, Lille (France) © Domaine public→
Un ange à ailes de papillon porte le miroir où se reflète le crâne qu'il indique. Peut-être le crâne dans le miroir reflète-t-il le visage d’un personnage qui occupait le volet droit d'un diptyque dont cette peinture-ci était le volet gauche, et à qui l'ange rappelait la vanité de la vie ? En tout cas, les inscriptions autour du miroir Ecce rapinam rerum omnium, [Voici celle qui ravit toutes choses] et sur le ruban qui entoure le bras gauche de l'ange : « Vois la fin de la force, de la beauté et des richesses », explicitent le message exprimé par le reflet et qualifient la pile de monnaie sur le rebord de la fenêtre...
Philippe de (1602, Bruxelles - 1674, Paris), Vanité, (huile sur panneau, ca. 1671), 28 x 37 cm
inv. LM 10.572, Musée de Tessé, Le Mans (France) © Domaine public→
Avec une efficace et élégante économie de moyens bien adaptée au thème choisi, le peintre réduit sa méditation sur la vanité des vanités à trois éléments essentiels : la vie, la mort et le temps.
Antonio de (1611–1678), Allégorie de la vanité, (huile sur toile, ca 1632-1636), 139,5 x 1740 cm
GG 771, Premier étage, Cabinet 10, Kunsthistorisches Museum, Vienne (Autriche) © Domaine public→
Outre ses natures mortes et ses peintures religieuses, Pereda était connu pour ses peintures historiques telles que La libération de Gênes (1635). Il combine ici toutes ses compétences : le camée du roi Carlos V, la monnaie d'Augustus dictator, les pièces d'armures et les armes ainsi que le globe terrestre évoquent la grande peinture historique ; les médaillons des grandes dames, le flacon de parfum et les bijoux évoquent davantage le faste mondain ; tandis que les cartes à jouer, la pendule, le sablier, les crânes rappellent que le temps passe et qu'il faudra bien mourir. L'ange de la destinée seul dispose de l'orbe de la terre et de la destinée de ceux qui prétendent la gouverner...
L’art baroque raffole de la mort : elle y est à la fois triomphante (elle a raison de toute vie créée) et vaincue (par la foi dans le Christ). Le motif du crâne, en particulier voit son symbolisme approfondi dans un tel contexte. Tout en rappelant aux vivants leur avenir de ... futurs cadavres, il les invite à penser, à espérer un au-delà de la mort. Son origine iconographique est dans la tradition byzantine, reprise en Occident, qui plaçait le crâne d’Adam au pied du Christ crucifié sur le mont Golgotha (nom déjà associé au crâne : au premier Adam, responsable du Péché originel et de la mort, répondait le Nouvel Adam, Jésus-Christ dont le sacrifice rachète les pécheurs et leur ouvre la possibilité d’une vie éternelle, par-delà la mort. Le crâne devient donc symbole de mort, de rédemption et de résurrection.
Prisé à l'époque baroque, le genre connaît une éclipse au 18e s., mais renaît avec Cézanne, chez qui il apparaît dès l'œuvre de jeunesse.
Paul (1839–1906), Nature morte avec crâne et chandelier, (huile sur toile), 47,5 x 62,5 cm, 1866 (?)
Collection particulière, Zurich (Suisse) © Domaine public→
Le tableau, peint au couteau sur une autre composition (dont il pourrait bien constituer un commentaire par l'artiste : « —Vanitas vanitatum...»), est lourd, mais les couleurs ont déjà la sûreté et le sens de l’équilibre propres à Cézanne. Le crâne sera est présent dans de très nombreuses chefs d'œuvres du maître (cf. infra).
Peu après, le jeune Vincent Van Gogh reprend le thème
Vincent (1853–1890), Crâne d'un squelette avec une cigarette allumée, (huile sur toile, 1886 (?), 32,5 x 24 cm)
inv F212, Musée Van Gogh, Amsterdam (Pays-Bas) © Domaine public→
Au début de 1886, Vincent suitdes cours de dessin à l'Académie des Beaux-Arts d'Anvers où il s'entraîne en copiant des moulages en plâtre et où il dispose d'un squelette pour apprendre l'anatomie. Peut-être le filet de fumée dit-il quelque chose de la pensée du peintre sur la pratique académique à laquelle il se soumet ? Peut-être transforme-t-il l'exercice en un memento mori très personnel, lui qui était un très gros fumeur ?
Il est présent tout au long de l’œuvre de Pablo Picassso
Pablo (1881-1973), Vanité, (Huile sur toile, Paris, 1946), 60 x 73 cm
Inv. 13111, Fundación Almine y Bernard Ruiz-Picasso para el Arte
photo M. Domage © Courtesy Fundación A. y B. Ruiz-Picasso→ pour BEST
C'est une sorte de vanité au carré que propose ici le peintre cubiste. Même si on le lançait, en effet, ce dé sur lequel sont gravés un crâne et un ensemble de points lui-même en désordre, évoquant un modèle atomique, roulerait bien difficilement, étant données ses bizarres arrêtes. Au cœur du siècle atomique, aux lendemains de deux guerres mondiales, le dé du destin semble bloqué sur deux faces funestes : est-il encore possible aux hommes de rêver une destinée autre que la mort ou l'extinction ?
Philippe (1965- ), Vanité, (crâne humain recouvert de coulure de peinture rose et papillons naturalisés, 2011)
Exposition collective ART Paris, Galerie RX, Paris
D.R. Ph. Pasqua photo Alice Palagret © Fair Use→
L'œuvre de l'artiste français contemporain, marqué par le vaudou, fait partie d'une série de crânes couverts de peinture acrylique, où les papillons symboles de la vie éphémère semblent s'engluer en nature morte. Présentés sous Plexiglas sur piédestal, sont-ce des ossements transformés en baroques reliques par le geste de l'artiste ou de modernes idoles ? des vanités ou des frivolités ?
Jana (1955 -), Flesh Dress for an Albino Anorectic [Robe de chair pour une anorexique albinos], (22 à 27 kg de beef steak cousus ensemble en une robe d'intérieur, 1987, puis édition de 2 exemplaires), le steak frais vermillon, devient beige et marron, et se recroqueville sur la forme de sablier du mannequin, Montréal (Galerie René Blouin)
Walker Art Center, Minneapolis (États-Unis) et Centre Pompidou, Paris (Paris)
D.R. photo et robe Jana Sterbak © Fair use→
Il s'agit ici d'une Vanité au plus strict sens du terme : selon l'artiste, son œuvre met en tension la vanité d'une jolie robe et la décomposition corporelle. La photographie accompagnait la robe alors qu'elle se dégradait illustre une œuvre d'art historique qui ne pourra jamais être reproduite, car elle s'est depuis desséchée.
Plusieurs genres picturaux sont en relation avec celui des vanités. Chacun d'entre eux méritera sa propre note ; en voici une première liste.
La phrase latine signifie « Souviens-toi que tu es en train de mourir » : au moyen de mises en scène ou de symboles, les artistes rappellent l'ephémère condition de l'existence humaine et l'inéluctabilité de la mort.
Enfance, âge adulte et vieillesse forment le cycle de la vie passagère sur cette terre.
Certaines natures mortes, représentant notamment du gibier, des massacres→, des armes, constituent un genre particulier, proche des vanités.
Paul (1839-1906), Nature morte au crâne, (huile sur toile, 1898), 65 X 54,3 cm
BF329, The Barnes Foundation, Philadelphie (États-Unis) © Domaine public→
Si les fruits signifient l'abondance des richesses, la variété du monde et sa beauté, elles préviennent aussi de leur vanité : la corruption des fruits par pourrissement commence dès leur cueillette et la fin inévitable de l'homme est signifiée par le crâne.
Pablo (1881-1973), Nature morte à la guitare, (Huile et collage sur toile, Paris ou Juan-les- Pins, 1920), 72,5 x 91,5 cm
Inv 12247, Fundación Almine y Bernard Ruiz-Picasso para el Arte
D.R. photo Hugard & Vanonerschelde © Courtesy Fundación A. y B. Ruiz-Picasso→ pour BEST
Bon nombre de natures mortes de Picasso regroupent des éléments et des choses qui représentent la vanité et la futilité de la vie humaine. D'autres fois, c'est la menace de la mort, à travers le crâne, un sujet qui l'a toujours obsédé. Ici, le crâne n'est pas explicite, mais il ne serait pas impossible d'en trouver les courbes et les orbes disséminés dans la composition...
Les (auto)portraits individuels peuvent être l'occasion de rappels de la vanité.
David (1584–1657), Autoportrait avec symboles de vanité, (huile sur toile, 1651), 65 x 97,5 cm
S 1351, Musée De Lakenhal, Leyde (Pays Bas) © Domaine public→
Le tableau déploie plusieurs thèmes liés à la vanité de l'existence humaine. Le premier porte sur le rapport entre le jeune homme et l'homme plus âgé dont il tient le portrait à la main, autoportrait du peintre qui a 67 ans lorsqu'il peint ce tableau (le jeune homme est-il le peintre dans sa jeunesse ? en y joignant le crâne, on aurait alors un écho du thème des âges de la vie) ; le deuxième thème possible est celui du portrait lui-même, ici décliné dans tous ses états (dessiné, peint, sculpté) ; le troisième thème est bien sûr celui de la nature morte-vanité : tous les attributs classiques du genre sont représentés, jusqu'à la feuille en trompe-l'œil qui porte la devise de l'Ecclésiaste (Vanitas vanitatum omnia vanitas), la date et la signature du peintre.
Qu'il s'agisse de Madeleine pénitente avec ses onguents et ses bijoux à terre, ou de Saint Jérôme ermite au désert entouré de ses manuscrits et d'un crâne, les représentatuions des grands ascètes de l'hagiographie chrétienne donnent souvent l'occasion d'utiles rappels de la vanité des choses de ce monde...
Même un portraitiste raffiné du 16e s. peut confiner à la carricature, lorsqu'il s'agit d'appeler à la sagesse.
Quentin (1456/1466-1530), Vieille femme grotesque, ou La Duchesse très laide, (huile sur panneau de chêne, ca. 1513), 64,2 x 45,4 cm
National Gallery, Londres (Royaume-Uni) © Domaine public→
Qo 1,2 ; cf. Vanité Ps 62,10 ; Rm 8,2 ; labilité de la vie Is 40,7 ; memento mori Ps 90,12 ; Qo 7,2
La beauté qui s'en va avec la jeunesse ou la laideur qui se cache sous de beaux atours, n'est-ce pas là que l'on voit se jouer la leçon de l'Ecclésiaste, criante de vérité ?
1,1–2,26 Vanité des vanités
Cristofaro (1640-1709), Vanitas vanitatum et omnia vanitas
Mysterium Vocis, Cappella de' Turchini, Antonio Florio