La Bible en ses Traditions

Psaumes 93,1–4

M
G S
V

YHWH règne, il s'est vêtu de majesté

YHWH s'est vêtu, il s'est ceint de force

de plus le monde est affermi, il ne sera pas ébranlé

Pour le jour avant le sabbat quand la terre fut habitée.

Louange d'un chant de David.

Le Seigneur a regné, il s'est vêtu de beauté

le Seigneur s'est vêtu de force et s'est ceint

et il a même établi le monde, celui-ci ne sera pas secoué

LOUANGE DE CANTIQUE DE DAVID POUR LE JOUR AVANT LE SABBAT QUAND LA TERRE FUT HABITÉE

Le Seigneur a régné, de beauté il s'est vêtu

il s'est vêtu, le Seigneur, et s'est même ceint de puissance

puisqu'il stabilisa l'orbe de la terre, qui ne sera pas ébranlé.

1 Stabilité du monde Ps 96,10; Ps 104,5 “Yahvé règne” Ps 47,8 ; 96,10 ; 97,1 ; 99,1 ; Is 52,7

ton trône était établi dès l’origine

tu es dès l’éternité.

...

— Ton trône fut établi depuis lors : depuis les siècles tu es !

2 Dieu, depuis toujours Ps 90,2

Les fleuves, YHWH, ont élevé

les fleuves ont élevé leur voix

les fleuves ont élevé leurs flots retentissants.

...

Les fleuves ont élevé, Seigneur,

les fleuves ont élevé leur voix

※les fleuves élèveront leurs flots:

3 Les fleuves ont élevé Ps 96,11 ; 98,7s ; Is 17,12

plus que la voix des grandes, des puissantes eaux

des flots impétueux de la mer

YHWH est magnifique dans les hauteurs !

...

(encore plus que les voix de leurs eaux abondantes

admirables sont les soulèvements de la mer,

admirable dans les profondeurs est le Seigneur !) :

Texte

Critique textuelle

4b des flots impétueux : M | Conjecture ? : plus impétueux que les flots

Procédés littéraires

3s Métaphores Les eaux pourraient désigner les forces hostiles à Dieu et à son peuple (Intertextualité biblique Ps 18,5b ; Milieux de vie Jb 7,12 ; Is 8,7 ; 17,12 ; Dn 7,2 ; Ap 17,15).

Contexte

Milieux de vie

2 ton trône RELIGION Représentation céleste Le ciel est le palais où Dieu a son trône (Ps 8,3).

Réception

Comparaison des versions

1 V—IUXTA HEBR.

  • Le Seigneur a régné, de gloire il s'est revêtu | le Seigneur s'est revêtu de force et il s'est ceint | de plus il a suspendu l'orbe qui ne sera pas ébranlé. 

2 V—IUXTA HEBR.

  • Ferme est ton trône dès lors depuis l'éternité tu es.

3 V—IUXTA HEBR.

  • Les fleuves ont élevé Seigneur | les fleuves ont élevé leurs voix | les fleuves ont élevé leur vaste amas d'eau

4 V—IUXTA HEBR.

  • plus que les voix des eaux abondantes | grands sont les flots de la mer, grand est du haut du ciel le Seigneur.

Liturgie

1–5 LITURGIE JUIVE (rite séphardi) Ce psaume se dit dans la partie conclusive de l'office journalier du matin, le vendredi, en souvenir du fait que les Lévites chanteaient ce psaume au temple en ce jour. Il se dit également à la fin de l'office de l'après-midi du vendredi à la place du psaume ordinaire (Ps 67). Il se chante aussi le vendredi soir dans l'office d'entrée du sabbat, après le Ps 92 et sur un mode mélodique particulièrement orné. Enfin, il est récité dans l'office des Zemirot du samedi matin après le Ps 92.

1ab Le Seigneur a régné CHANT GRÉGORIEN Alleluia de la messe de l'aurore de Noël : l'inauguration du Règne !  Ce chant vibrant célèbre la beauté, la force et la puissance du règne messianique et divin inauguré aujourd'hui.

Traditionnel, Alleluia - Dominus regnavit decorem induit (Grad. 46)

Chœur des moines de l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux

© Abbaye du Barroux→, Ps 93,1

Texte

  •  Alleluia | Dominus regnavit, decorem induit | induit Dominus fortitudinem, et praecinxit se virtute. (« Le Seigneur a régné, de beauté il s'est vêtu : il s'est vêtu, le Seigneur, de force et s'est même ceint de puissance. ») Le texte diffère de la V. : il lit induit au lieu de indutus est et decorem au lieu de decore ; fortitudinem au lieu de fortitudine. Le mot virtute a été ajouté. 

Interprétation musicale

  • L'alleluia vibre en vocalise dans un tempo ample. Les neumes sont longs et chargés dans les manuscrits : ils indiquent qu’il faut mettre de la vigueur sinon de l’enthousiasme.
  • Le verset est un peu plus animé, tout en étant soulevé du même souffle. Il y a progression ascendante des membres : Dominus regnavit ne touche qu’en passant le La, decorem induit s’y attarde un peu plus ; même si induit Dominus ne le donne qu’en broderie, sa ligne générale monte irrésistiblement pour atteindre le Si bémol à fortitudinem qui est l'apex de toute la pièce. Enfin, le dernier membre et praecinxit se virtute dessine dans l'ensemble un bel arc dont les notes ultimes sonnent comme une invitation à chanter l’alleluia et sa vocalise. 

1c.2 il stabilisa l’orbe de la terre CHANT GRÉGORIEN  Offertoire « Deus enim » de la messe de l’aurore de Noël : paradoxe d'un ephémère-éternel Le texte souligne la toute-puissance de cet enfant d’un jour qui n’en règne pas moins depuis l’éternité.

Traditionnel, Offertoire Deus enim firmavit (Grad. 46-47)

Chœur des moines de l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux

© Abbaye du Barroux→, Ps 93,1c.2

Texte

  • Deus enim firmavit orbem terrae, qui non commovebitur | parata sedes tua, Deus, ex tunc a saeculo tu es. (« Dieu en effet a affermi l’orbe de la terre qui ne sera pas ébranlé. |Ton trône, Dieu, a été préparé depuis lors, depuis les siècles tu es ! »)

Le texte présente de minimes différences. Au v.1c Deus est ajouté, enim remplace etenim. Au v.2 Deus est ajouté après sedes tua.

Interprétation musicale

  • Mélodie puissante et large malgré un ambitus restreint du Sol au Do : le Ré n’est touché qu’une fois à parata ; le Fa est généralement note de passage ou de soutien comme préparation à la tonique Sol, sauf lors de la demi-cadence en suspens de terrae et à la toute fin où ce même Fa joue un rôle plus accusé. De longues tenues sur la dominante Do aboutissent toutes à la tonique Sol. Malgré ce dépouillement mélodique, le grand rythme qui opère une synthèse des neumes insuffle partout la vie et une grande force d’affirmation. Chaque cadence est retenue quelque peu, mais après on repart avec élan dans un crescendo qui suit la ligne mélodique pour atteindre en douceur les strophicus sur Do. Parata est attaqué vigoureusement, sedes est bien affirmé. Bonne respiration à la cadence de Deus, et repartir avec élan à ex tunc qu’il faut lier à ce qui suit. Cette dernière phrase se chante avec grande fermeté et puissance, les Si bécarre qui se répètent en contact avec les Fa accusent la plénitude lumineuse du mode de Sol.

Tradition juive

1a YWHW règne, il s'est vêtu de majesté Combattre l'orgueil sans cesse

Succession

  • Buber Récits « Les disciples du Baal-Shem, avant sa mort, lui avaient demandé qui serait leur Maître après lui. "Celui qui vous enseignera comment arracher l'orgueil jusqu'à sa racine, répondit le Tsaddik : celui-là sera votre guide." Après la mort du Baal-Shem, ce fut Rabbi Baer de Mezritsh qu'ils allèrent en premier lieu interroger, lui demandant comment s'y prendre pour briser définitivement l'orgueil dans l'homme. "La superbe, dans son essence, leur répondit-il, est la propriété de Dieu, comme il est écrit (Ps 93,1) : 'Le Seigneur est Roi ; Il s'est revêtu de superbe !' C'est pourquoi, de conseil pour la détruire à jamais dans son essence, il n'en existe point. Il reste que tout au long et en chacun des jours de notre vie nous devons combattre l'orgueil et lutter contre lui." Alors les disciples surent que c'est lui qui était le successeur » (162). 

Le combat infini

  • Buber Récits « Rabbi Raphaël, rempli d'humilité tout au long de sa vie et toujours loin des honneurs, interrogeait sans fin son Maître afin d'apprendre le moyen d'abattre absolument l'orgueil. Mais il n'en obtenait jamais une réponse. Un jour qu'il le pressait une fois de plus : "Hélas, Rabbi, la superbe !" Rabbi Pinhas lui répondit : "Que veux-tu ? C'est là l'ouvrage auquel l'homme doit passer sa vie sans pouvoir l'achever. Car la superbe est le vêtement de Dieu, comme il écrit : 'Le Seigneur est roi, il est revêtu de superbe.' Or, Dieu, c'est l'illimité ; celui qui donc est orgueilleux lèse le vêtement de l'illimité. Aussi n'y a-t-il non plus point de limite à l'œuvre de sa réduction » (198).

Tradition chrétienne

1–5 Allégorie Ce Ps est appliqué allégoriquement au Christ.

Arts visuels

1–5 Le Seigneur est roi : la royauté du Christ

16e s.

Matthias Grünewald (ca. 1475-1528), La Résurrection du Christ (aile droite du retable d'Issenheim), (huile sur panneau de bois, ca. 1515), 269 x 141 cm

musée Unterlinden, Colmar, Domaine public © Wikimedia commons→

Musique

96,1–4 ; 93,4.9.11 Chantez au Seigneur

18e s.

George Frideric Handel (1685-1759), "O Sing unto the Lord" (Chandos Anthem no. 4) HWV 249b, 1717

Harry Christophers (dir.), Choeur "The Sixteen"

© License YouTube Standard→, Ps 96,1-4.93,4.9.11

Composition

Les Chandos Anthems sont onze antiennes composées par Georg Friedrich Haendel en 1717/1718 alors qu'il résidait à Cannons chez le duc de Chandos, James Brydges. La distribution est variée, les œuvres sont écrites pour solistes, chœur, cordes et quelques vents solistes. Elles amalgament des éléments d'origine éclectique : choral germanique, musique religieuse vénitienne, antienne dans la tradition de Purcell, sonate italienne. Haendel y emprunte à ses ouvrages antérieurs, et elles serviront à leur tour pour alimenter d'autres compositions. Certaines furent remaniées pour les musiciens de la Chapelle Royale.

Paroles

Soprano and Chorus O sing unto the Lord a new song! O sing unto the Lord all the whole earth. (Ps 96,1) Chorus Declare his honour unto the heathen, and his wonders unto all the people. For the Lord is great, and cannot worthily be praised. He is more to be fear'd than all Gods. (Ps 96,3-4) Tenor The waves of the sea rage horribly, but yet the Lord who dwells on high is mightier. (Ps 93,4) Soprano and Tenor. Duet O worship the Lord in the beauty of holiness. (Ps 96,9) Chorus Let the whole earth stand in awe of him. (Ps 96,9) Chorus Let the heav'ns rejoice, and let the earth be glad, let the sea make a noise and all that therein is.