Un projet du Programme de Recherches La Bible en ses traditions AISBL
Dirigé par l’École Biblique et Archéologique Française de Jérusalem
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1 Cantique. Psaume d’Asaph.
1 ...
1 CANTIQUE DU PSAUME D'ASAPH
2 O Dieu, pas de répit pour toi
ne te tais pas et ne te repose pas, ô Dieu !
2 ...
2 Dieu, qui sera semblable à toi ?
Ne va pas te taire ni te retenir, Dieu
3 Car voici que tes ennemis s’agitent bruyamment
et ceux qui te haïssent lèvent la tête.
3 ...
3 maintenant que, voici : tes ennemis ont fait grand bruit
et ceux qui te haïssent ont relevé la tête,
4 Contre ton peuple ils trament un complot
ils conspirent contre tes protégés
4 ...
4 ils ont manigancé sur ton peuple,
conspiré contre tes saints,
5 Ils disent : — Venez et exterminons-les d’entre les nations
et que le nom d'Israël on n'ait plus de souvenir !
5 ...
5 ils ont dit : — Venez, anéantissons-les de la race
et qu'on ne se rappelle plus le nom d'Israël !
6 Car ensemble ils se concertent d’un seul cœur
contre toi ils concluent une alliance
6 ...
6 Maintenant qu'il ont conspiré, d'une seule âme, d'un même cœur
qu'ils ont fait alliance contre toi
7 les tentes d’Edom
Vdes Iduméens et les Ismaélites,
Vde l'Ismaélite,
Moab et les Agaréniens,
7 ...
8 Gébal et Ammon et Amalec,
la Philistie
Vdes étrangers avec les habitants de Tyr ;
8 ...
9 Assur en plus se joint à
Vest venu avec eux
et prête son bras aux
Vils ont prêté secours aux fils de Lot !
- Séla
VDIAPSALMA
9 ...
10 Traite-les comme Madian et Sisara
comme Yabin au torrent de Cison !
10 ...
10 Fais-leur comme à Madian et Sisara
comme à Jabin au torrent de Quison !
11 Ils furent anéantis
Vfurent mis en lambeaux à Endor
ils devinrent du fumier pour
Vcomme le fumier de la terre.
11 ...
12 Traite leurs chefs comme Oreb et Zeb
et tous leurs princes comme Zébée et Salmana.
12 ...
12 Traite leurs princes comme Oreb
et Zeb et Zébée et Salmana
tous leurs princes
13 Eux qui disaient : Emparons-nous des demeures de Dieu !
13
13 qui dirent : — Possédons en héritage le sanctuaire de Dieu !
14 Mon Dieu, rends-les semblables au tourbillon
Vfais-les tourner comme une roue
à la paille qu’emporte le
Vcomme de la paille devant la face du vent
14 ...
15 comme le feu brûle
Vqui dévore la forêt
comme la flamme embrase
Vdévorant les montagnes !
15 ...
16 ainsi poursuis-les par ta tempête
et par ton ouragan frappe-les d'épouvante .
16 ...
16 Ainsi les poursuis-tu de ta tempête
et de ta colère les bouleverseras-tu :
17 couvre leurs faces d’ignominie
afin qu’ils cherchent
Vet ils chercheront ton nom, YHWH.
VSeigneur ;
17 ...
18 Qu’ils soient à jamais dans la confusion et l’épouvante
dans la honte et dans la ruine !
18 ...
18 qu’ils rougissent et soient bousculés pour les siècles des siècles,
et confondus, qu'ils périssent
19 et qu’ils sachent que ton nom est YHWH
que seul tu es le Très-Haut sur toute la terre !
19 ...
19 et qu'ils sachent que tu as pour nom « Seigneur »,
toi, seul Très-Haut sur toute la terre !
4 ton trésor V littéralement : secret, mystère. Le mot peut signifier aussi la partie secrète du temple, les richesses cachées dans l'arche, trésor caché, etc. (cf. )
2 V— IUXTA HEBR
2 V— IUXTA HEBR.
3 V— IUXTA HEBR.
Car voici que tes ennemis s’agitent bruyamment et ceux qui te haïssent ont levé la tête.
4 V— IUXTA HEBR.
5 V— IUXTA HEBR.
6 V— IUXTA HEBR.
Car ils ont délibéré pareillement | contre toi ils ont conclu une alliance
8 V— IUXTA HEBR.
Gébal, Ammon et Amalec | la Palestine avec les habitants de Tyr
9 V— IUXTA HEBR.
13 V— IUXTA HEBR.
Eux qui ont dit : — Emparons-nous de la beauté de Dieu !
15 V— IUXTA HEBR.
16 V— IUXTA HEBR.
18 V— IUXTA HEBR.
19 V— IUXTA HEBR.
19.14 Qu'ils sachent que ton nom est Seigneur Graduel
, Graduel - Sciant gentes
Chœur des moines de l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux
7–12 Moab et les Agaréniens, Gebal et Ammon (V) quot uerba, tot mysteria : autant de mots, autant de mystères ! EXÉGÈSE DES PÈRES
Alors que la tradition grecque cherche à situer ces versets dans l'histoire de l’Israël ancien, la tradition latine à partir de Jérôme et d'Augustin, cherche dans l'étymologie des noms propres le fondement d'une interprétation allégorique de ces récits de combats antiques comme lutte des hérétiques contre la vraie doctrine, elle-même reproduisant celle des ennemis du Christ en sa passion (CCSL 385-6).
Il affirme la nécessité de recourir à l'hébreu en décrypter un sens profitable aux Églises du Christ :
Il s'applique donc à élucider l'étymologie de chacun des noms à partir de l'hébreu, dans un exposé qui mêle étymologie « scientifique » et rêverie poétique sur les connotations des mots :
À propos de « Oreb et Zeb et Zebee et Salmana » (Ps 83,12), il propose un déchiffrement au terme duquel les ennemis d’Israël deviennent des figures des ennemis du Christ
Ce passage particulier est l'occasion de souligner un trait important de l'œuvre de Jérôme, son grand respect de la lettre biblique que l'on a parfois négligé en réduisant sa pratique à une recherche « cicéronienne » de clarté.
Du fait de l’autorité divine attachée au texte biblique, Jérôme donne au signifiant des Écritures saintes une valeur supérieure à celle de n’importe quel autre signifiant littéraire.
Sur les plans poétique et esthétique, les mots de l’Écriture ne sont pas seulement beaux du fait d'une proportion adéquate du signifié et du signifiant, à mi chemin « naturel » entre atticisme et asianisme, selon l'idéal du sublime codifié par → Subl. Ils constituent un concentré sémantique très dense, comme Jérôme le remarqua à propos de la fin assez désabusée de l'Ecclésiate (Qo 12,12) :
L’allusion au verbum abreviatium de Paul est doublement christologique : ce « Verbe » n'est plus la Loi et ses 613 commandements, mais le Verbe de la foi (verbum fidei), « abrégé » en une confession simple : dire de sa bouche Jésus Seigneur et croire en son cœur que Dieu l'a ressuscité des morts.
En liant Rm 9,28 et Rm 10,8, saint Jérôme explique que le Christ est le Verbe abrégé parce qu'il a résumé toute l'immensité de la sagesse divine dans la simplicité de l'Évangile et de l'Incarnation. C'est ce qui permet à l'Écriture d'être « resserrée dans son texte » tout en étant « déployée dans son sens ».
Dans la façon de recevoir le texte biblique, cette conception du texte provoque une véritable dialectique.
L'incomparabilité du signifiant biblique, la présence du mystère dans la lettre elle-même, invite au plus grand respect des signifiants tels qu’ils se présentent.
Même l’ordre des mots importe, souligne Jérôme quand il doit justifier sa façon de traduire l’Écriture.
Contrairement à la tradition cicéronienne qui privilégie le sens en matière de traduction, un autre critère s’applique à l’Écriture sainte où « l’ordre des mots lui-même est un mystère ». Ce mystère littéral, ou sacrement (mysterium, sacramentum) dépend du mystère du Christ.
Comme Jérôme y insiste dans son commentaire Psaume 83 cité supra, les mots eux-mêmes sont véhicules de mystères. Cette particularité est exprimée à de nombreuses reprises dans les œuvres de Jérôme, en particulier dans ses commentaires sur les Psaumes :
Jérôme respecte tellement le signifiant biblique, qu'il recommande un certain sacrificium intellectus en cas de difficulté irréductible. À l'inverse des traductions modernes, il conseille de traduire l'incompréhensible en tant qu'incompréhensible :
Du fait de la richesse dont ils sont gros, les mots de l'Écriture invitent au commentaire, à la glose à tous les niveaux de la textualité, et donc à une certaine abondance destinée à en faire sentir oute la profusion sémantique :
Dans l’exégèse biblique, cette mise en valeur du signifiant aboutit chez saint Jérôme à une attention particulière au travail étymologique, qu’il faut comprendre comme un genre littéraire au moins autant que comme la procédure « scientifique » (phonético-historico-morphologique) désignée aujourd’hui par ce mot (cf. →, 307-314).
Ce qui évite tout arbitraire à cette abondance du commentaire face à une lettre si sobre, c'est la fidélité au mystères du Christ.
d'après (1593-1652 ), Saint Jérôme lisant, dit aussi Saint Jérôme à l’encrier ou Saint Jérôme Debré, (huile sur toile, 18e s.), 70 x 92 cm,
Inv. MV 2007.1.1, musée Georges de La Tour, Vic-sur-Seille, France © Domaine public→
Jérôme en mosette rouge de cardinal tridentin, est assis derrière sa table de travail, la tête penchée pour lire une lettre (peut-être du pape Damase ou d’Augustin d’Hippone, vue sa mine renfrognée!). Les bésicles qu’il retient sur son nez, le livre ouvert, l’encrier évoquent son érudition. Le crâne, un de ses attributs iconographiques, rappelle la sagesse de l’ascète. La lumière de la scène ne provient d’aucune bougie sur la toile, mais une mouchette, instrument en ciseaux servant à couper la mèche brulée d’une chandelle, fait allusion à une Flamme plus intérieure, rayonnant du crâne même du traducteur inspiré, qui éclaire les nocturnes du modèle, comme du peintre.
1ss Un Dieu qui se repose ? La tempête sur le lac de Tibériade
Jan (1568-1625), Le Christ dans la tempête sur la mer de Galilée, (huile sur toile, 1596)
Domaine public © Wikimedia commons→, Mc 4