La Bible en ses Traditions

Philippiens 4,14–19

Byz V S TR Nes

14 Toutefois vous avez bien fait de prendre part à ma tribulation.

14 prendre part à Ph 1,5-7 ; He 10,33

15 Et vous savez vous aussi Philippiens

qu’au début de l’annonce de l’Évangile, quand je suis parti de la Macédoine,

aucune Église n’a partagé avec moi un compte de droit et avoir

V Sd'avoir et de droit si ce n’est vous seuls,

15b Macédoine Ac 16,9-12 15c vous seuls  2Co 11,9 Soutien financier Références en marge Ph 2,30c

16 puisque à Thessalonique aussi vous avez envoyé une fois, et même deux, ce qui m'était nécessaire. 

16 Thessalonique Ac 17,1 ; 1Th 1,1 ; 2Th 1,1
Byz V TR Nes
S

17 Non que je recherche le don

mais je recherche le profit qui s’accroît

sur votre compte.

17 Non que je recherche le don

mais je recherche les profits qui s’accroissent

pour vous

17a le don Ph 1,11 ; Rm 15,28 ; 2Co 12,14
Byz V S TR Nes

18 Maintenant j’ai de tout et j’abonde,

j’ai été comblé, ayant reçu d’Épaphrodite vos dons :

parfum de suave odeur,

sacrifice

Vhostie acceptable, agréable à Dieu.

18b Épaphrodite Ph 2,25 18c suave odeur Gn 8,21 ; Ex 29,18 ; Lv 1,9.13.17 ; Si 35,8 ; Ep 5,2

19 Et mon Dieu comblera

Vcomble

chacun de vos besoins

Vdésirs

selon sa richesse glorieuse

Vses richesses glorieuses par le Christ Jésus

SJésus le Christ.

19b richesse + par le Christ Jésus Ph 1,11

Propositions de lecture

2–23

Structure

4,2-9 est composé de trois parties
  • exhortation à la concorde entre Évodie et Syntychè (v.2-3) ;
  • appel à la joie et à la confiance dans le Seigneur (v.4-7) ;
  • invitation à penser et agir en chrétien à l’exemple de Paul (v.8-9).
4,10-20 est formé de trois unités thématiques
  • joie de Paul pour le don et son style de vie (v.10-13) ;
  • la vraie valeur du don des Philippiens (v.14-17) ;
  • la récompense de Dieu (v.18-20).
4,21-23 est le postscriptum de la lettre

Mouvement de la parénèse finale

  • v.2-9, comme conclusion du corpus de la lettre, est une série d’exhortations de différents caractères, juxtaposées les unes aux autres par une accumulation. L’objet de ces exhortations reste général, sans qu’on puisse savoir avec précision ce que les Philippiens doivent faire. Ceci est caractéristique de la parénèse chez Paul. Il remet souvent au discernement des chrétiens et à l’illumination divine la concrétisation des valeurs qu’il présente (Tradition chrétienne Ph 4,9c).
  • v.10-20 forme l’épilogue de la lettre (cf. 1,3-11 pour les expressions communes) dans lequel Paul mentionne le don reçu des Philippiens par l’intermédiaire d’Épaphrodite. Un remerciement en fin d’épître est à première vue problématique. Certains auteurs ont émis l’hypothèse que ce texte était une lettre en elle-même. De fait, ce n’est pas un véritable remerciement (le verbe eucharisteô manque), en outre, dans l’Antiquité, cet élément n’est pas toujours à la fin de la lettre. Paul le renvoie à la fin pour indiquer son indépendance et la gratuité du don chrétien, soulignant que l’aide des Philippiens est fruit de leur accueil de l’Évangile (Procédés littéraires Ph 4,15–19).
  • En v.21-23 Paul salue chacun des fidèles de Philippes en son nom propre et au nom de chrétiens vivant à proximité de son lieu de détention.

Texte

Critique textuelle

15a Et Omission dans P46 D* 1505 pc vgms syh.

18b comblé Addition P46 (2495) vgms ajoutent : puis.

19a comblera Variante D* F G Ψ 075 6 33 81 104 326 365 1175 1241s 1505 1739 1881 al latt : comble.

Vocabulaire

14 ma tribulation Souffrance conséquente à sa captivité (Vocabulaire Ph 1,17a).

15a Philippiens Le terme grec Philippêsioi n’est pas celui utilisé normalement pour les habitants de Philippes. Il vient du latin Philippenses, soulignant ainsi leur statut de citoyens romains.

15c partagé Le verbe koinôneô dénote une participation financière comme en Rm 12,13 et Ga 6,6.

15c un compte de droit et avoir Litt. « de donner et de recevoir ». L'expression propre au langage commercial est utilisée aussi pour décrire la réciprocité dans les relations humaines (Textes anciens Ph 4,15c). Ici, elle renvoie tant à l’aide des Philippiens qu’à ce qu’ils ont reçu à travers leur évangélisateur.

19b sa richesse Connotation paulinienne Le concept est lié à l’agir salvifique de Dieu en faveur des hommes (Rm 2,4 ; 9,23 ; 11,33 ; Ep 1,18 ; 2,7 ; 3,16 ; Col 1,27).

Grammaire

16 puisque La conjonction hoti, avec valeur déclarative au v.15b (trad. « que »), a ici une valeur causale.

Procédés littéraires

15–19 compte Métaphore financière filée

  • Elle est tout d’abord utilisée pour décrire le rapport entre Paul et les destinataires (v.15-16 ; Vocabulaire Ph 4,15c partagé ; Textes anciens Ph 4,15c).
  • Puis, reprenant le langage et l’image de Ph 1,11 (Vocabulaire Ph 1,11), Paul veut montrer que le don des Philippiens l’intéresse dans la mesure où il produit leur croissance spirituelle, en vue aussi de l’accomplissement eschatologique (v.17).
  • Enfin, cette métaphore désigne la récompense qu’ils recevront de Dieu pour leur générosité envers Paul (v.18-19 ; Vocabulaire Ph 4,19b).

→Vocabulaire financier chez Paul, en particulier en Philippiens

15a Philippiens Apostrophe Rarement Paul s’adresse directement aux destinataires par leur nom (2Co 6,11 ; Ga 3,1). Il le fait ici comme signe d’attention et d’affection pour les Philippiens.

15b Évangile Métonymie Le syntagme exprime l’objet pour signifier l’intention de le donner.

15c seuls Anastrophe qui souligne le fait que les Philippiens ont été les seuls, au début de l’évangélisation en Europe, à aider Paul.

17 Correctio Paul veut éviter un malentendu (v.17a partie positive ; v.17b partie négative) : exaltant la générosité des Philippiens (cf. v.14-16), il ne veut pas obtenir d’autres dons pour le futur.

18a j’ai de tout Connotations commerciales et philosophiques Dans le langage commercial, l’expression équivaut à une quittance, mais elle est aussi utilisée par le philosophe stoïcien pour affirmer sa propre autosuffisance (Textes anciens Ph 4,18b).

18bcd Métaphore cultuelle filée

  • Utilisant le langage typiquement cultuel de l’AT, Paul affirme, tout en soulignant l’excellence du don des Philippiens, que l’aide qui lui a été accordée est, de fait, un acte de culte rendu à Dieu (pour cette raison, ce sera Dieu qui les récompensera, v.19).
  • Cette métaphore est dans la continuité du langage cultuel déjà présent dans la lettre (Ph 2,15.17 ; 3,3), langage qui souligne l’appel pour le croyant à faire de son existence un culte rendu à Dieu.
  • Cette idée est déjà présente dans l’AT (p. ex. Is 1,10-17 ; Ps 51,19 ; Dn 3,39) et est développée dans le NT (Rm 12,1-2 ; He 13,16 ; 1P 2,5-9). Littérature péritestamentaire Ph 4,18d

1,11 ; 4,19a comblés + comblera — Ironie et inversion des rôles

Paul use fréquemment de l'isotopie financière dans ses lettres

→Vocabulaire financier

Paul débiteur

Paul se présente ici d’abord en débiteur qui règle ses dettes (Ph 1,11 litt. « afin que vous soyez pleinement remboursés [peplêrômenoi] »). Les Philippiens ont en effet subvenu aux besoins de l’Apôtre en vertu des bons offices d’Épaphrodite (Ph 2,25 litt. « [que vous avez] délégué pour venir en aide [leitourgon] à mes besoins » ; cf. Ph 4,16).

Paul créancier

Mais dans la suite de l’épître, à travers l’image du compte courant ici amorcée, dettes et créances vont mystérieusement changer de bénéficiaire (Ph 4,15 « aucune autre Église que vous n’a pris part au partenariat spirituel de ce compte de débit et de crédit [logon doseôs kai lêmpseôs] »). Paul recherche au fond la richesse spirituelle des habitants de Philippes, eux qui sont en fait ses débiteurs (Ph 4,17). Si l’Apôtre se déclare finalement comblé par leurs contributions pécuniaires (Ph 4,18 peplêrômai), ceux-ci seront à leur tour remboursés par Dieu (Ph 4,19 « Mon Dieu règlera la facture [plêrôsei] de tout ce qui vous manque, selon sa richesse, dans la gloire, dans le Christ Jésus »).

19b richesse glorieuse par le Christ Jésus Hendiadys Litt. « en gloire dans le Christ Jésus » (en doxêᵢ détermine le substantif ploutos, assumant la valeur d’adj.). Dieu agit et manifeste sa gloire par le moyen du Christ (à la fois dans le présent et au temps eschatologique).

Contexte

Repères historiques et géographiques

15b Macédoine La première mission de Paul en Macédoine eut lieu durant le second voyage missionnaire, en l’an 50 environ (Ac 16-17) : →Paul : éléments pour une biographie.

Textes anciens

15c un compte de droit et avoir Expression spécifique

Dans le langage commercial

Dans la description de la réciprocité dans les relations, particulièrement dans l’amitié

18b comblé et heureux

Réception

Liturgie

12ss.19s Texte

Année A, 28e dimanche du temps ordinaire

= Pour Paul, seul le Christ compte : il peut tout supporter avec celui qui lui donne la force.

Tradition chrétienne

15–19 Métaphore financière →Vocabulaire financier chez Paul, en particulier en Philippiens

Du bon usage des dons dans les Églises

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Qui m’avez envoyé deux fois à Thessalonique, etc. Et ceci est un argument pour que le pape puisse recevoir d’une Église afin d’en aider d’autres, mais non sans quelque raison. Or quand une personne donne à une autre, deux choses sont à considérer, à savoir, la nature du cadeau, et le mérite du donateur. Celui qui se réjouit des biens temporels se réjouit de la nature du cadeau et ne cherche qu’un donateur. C’est le cas du mercenaire. Mais celui qui cherche le mérite du donateur cherche un fruit de vertu et de justice, et tel est le pasteur. »

La pieuse générosité comme « bonne affaire »

  • →Cajétan Ep. Pauli al. apost. : Les dons que Paul a reçus lorsqu’il était emprisonné avaient une raison profonde : non tant révéler son indigence, que faire éclater la générosité de ses amis. Ainsi donc, l’expérience de l’indigence permise par Dieu ne suffit pas à la sainteté, il faut encore y joindre la puissance du Christ, telle qu’elle se manifeste dans les vertus dont il gratifie Paul. 
  • →Brenz Expl. Phil. : Celui qui sème avec genérosité récoltera en abondance. Les personnes pieuses qui donnent l’aumône aux pauvres sont les meilleurs hommes d’affaires. 

18c parfum de suave odeur Dieu agrée l’aumône qui vient du coeur

  • →Jean Chrysostome Hom. Phil. 16,4,18 « Ce n'est pas moi qui ai reçu, dit-il, c'est Dieu par moi ; aussi quand je n'aurais aucun besoin, n'y regardez pas ; Dieu n'avait pas besoin assurément, et pourtant il a reçu [...]. Car ce n'étaient sans doute ni l'odeur, ni la fumée qui rendaient un sacrifice agréable ; mais bien le cœur qui l'offrait. »
  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Il est dit dans Lv 3,5 et Lv 4,31 'Offrez l’holocauste pour être une oblation d’une odeur très agréable au Seigneur.' En effet, c’est une odeur agréable à Dieu que la dévotion de ceux qui lui offrent quelque chose, et parmi toutes les offrandes, les aumônes ont le plus de valeur, comme il est dit dans He 13,16 'Souvenez-vous d’exercer la charité, et de faire part de vos biens aux autres, car c’est par de semblables hosties qu’on se rend Dieu favorable.' »
  • →Brenz Expl. Phil. : Dieu nous bénit continuellement, bien que nous soyons souvent ingrats (cf. les dix lépreux en Lc 17,19). Il agrée qu’on lui offre des sacriifces de modération et de pardon envers son prochain. Il est glorifié quand on pardonne à un autre ou donne du pain au pauvre. Mais il déteste les bonnes œuvres des impies et ne veut entendre leurs prières. 

19b par le Christ Le bien-être des chrétiens glorifie le Christ

  • →Ambrosiaster Comm. Phil. 4,19 « C’est vraiment la gloire de Jésus Christ, quand, avec la volonté de Dieu, les désirs des chrétiens sont accomplis en conformité avec l’enseignement de l’Évangile. »