Un projet du Programme de Recherches La Bible en ses traditions AISBL
Dirigé par l’École Biblique et Archéologique Française de Jérusalem
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15 Nous tous, donc, les parfaits, c’est ce que nous estimons !
SDonc, ceux qui sont parfaits, qu'ils pensent à ces choses !
Et si sur quelque point vous pensiez diversement,
cela aussi Dieu vous le révèlera.
16 En tout cas, au point atteint,
conduisons-nous selon la même règle et pensons [la] même [chose]
Nesconduisons-nous de [la] même [manière]
Vayons le même avis et demeurons dans la même règle :
Spoursuivons en un [seul] sentier et en un [même] accord.
17 Devenez ensemble
Vsoyez
SSoyez mes imitateurs, Smes frères
et observez ceux qui marchent selon le modèle que vous avezS vu : nous.
18 Beaucoup de fait marchent Sautrement
(je vous en parlais souvent
et j’en parle maintenant encore en pleurant)
en ennemis de la croix du Christ,
19 eux dont la fin est la destruction
dont le dieu est le ventre
et dont la gloire réside dans leur honte
Sdéshonneur
Vpropre confusion,
eux qui considèrent les choses de
Vqui pensent aux choses de
Sdont la pensée est pour la terre !
20 Notre gouvernement
Vcommunauté
Souvrage à nous est dans les cieux,
d’où aussi nous attendons comme sauveur
Vun sauveur, le
Snotre Seigneur Jésus-Christ
21 qui transformera le corps de notre humiliation
pour qu'il devienne conforme au
Nes[en le rendant] conforme au
Vl'ayant modelé sur le corps de sa gloire
selon l'opération du pouvoir qu'il a aussi de s'assujettir à lui-même toutes choses
Nesl'opération du pouvoir qu'il a aussi de s'assujettir toutes choses
Vl'opération par laquelle il peut aussi s'assujettir toutes choses
Sla grande force par laquelle tout lui est soumis .
3,1–4,1
21b conforme au corps de sa gloire indique que l’itinéraire du croyant, décrit à partir du v.7, s’accomplie dans l’être rendu semblable au Seigneur, aussi dans le corps (cf. v.10).
16a selon la même règle et pensons [la] même [chose] Omission des deux expressions dans Nes : cf. P16.46 א* A B Ivid manuscrits minuscules Hil Aug.
18d ennemis Addition P46 insère avant : gardez vous de.
21b pour qu’il devienne Omission du syntagme dans Nes V, de même que dans א A D* F G manuscrits minuscules latt co Irlat Tert.
15a parfaits signifie, dans le contexte et en considération des autres parallèles néotestamentaires, « matures dans la foi » (Procédés littéraires Ph 3,15a).
15ab.16a estimons + pensiez + pensons Vocabulaire Ph 1,7a
19d considèrent Vocabulaire Ph 1,7a
20a Notre gouvernement Ou « Ce qui nous gouverne » (langage politique) : Hapax NT politeuma (Vocabulaire Ph 1,27a), terme utilisé pour indiquer que ce qui guide la vie des chrétiens est dans les cieux et se trouve directement en relation avec le Christ, comme le laisse entrevoir la fin du v.
16a conduisons-nous Infinitif à valeur d’impératif Dans ce contexte, stoichen introduit une exhortation.
17b nous Antécédent ? renvoie à Paul et ses collaborateurs dans l’apostolat.
21ab le corps de notre humiliation + de sa gloire — Hébraïsmes
15a parfaits Antanaclase Parfaits (teleioi) reprend la racine de sois devenu parfait (teteleiômai) du v.12, mais avec un sens différent, pour souligner que la vraie perfection et la maturité chrétienne se trouvent dans la reconnaissance de sa propre imperfection.
17a ensemble + imitateurs — Néologisme Paul utilise un néologisme (summimêtai) pour inviter les Philippiens à s’unir dans l’imitation de son itinéraire chrétien (Milieux de vie Ph 3,17).
2.18s Invective C'est une attaque ad personam afin d’en détruire le crédit auprès des auditeurs. L’apostrophe directe de l’adversaire manque en Ph 3, mais on trouve le même but et certains artifices rhétoriques propres à l’invective.
18 Hyperbate séparant la phrase principale en deux par l’insertion d’une proposition mettant ainsi en relief l’expression les ennemis de la croix du Christ.
19b le dieu est le ventre Métaphore L'expression signifie qu'ils cèdent à des désirs alimentaires et sexuels immodérés.
20s Climax stylistique formé par l’accumulation des éléments concernant l’action du Christ qui indique la conclusion du passage.
20a Notre Anastrophe pour souligner l’identité des croyants, parmi lesquels Paul se compte.
3,1–4,1 Exemplum Tout ce passage oppose le mauvais exemple des adversaires au bon exemple de Paul et des croyants.
17 L’imitation des modèles, au temps de Paul, était la charnière de l’éducation tant gréco-romaine que juive. Le maître était un exemple pour les disciples, appelés à s’approprier l’idéal qu’il exprimait et à le mettre en œuvre dans leur comportement (cf. → Soph. 16-18 ; → Ep. 84).
18d ennemis de la croix du Christ Qui sont ces opposants ? Ce sont tous ceux qui n’accueillent pas le discours paulinien de la croix et ont une mentalité mondaine. Leur profil est très vague, mais il ne s’agit pas d’un nouveau groupe d’adversaires. Paul élargit à tous les opposants possibles et énonce leur condamnation à la perdition.
19d considèrent les choses de la terre Dépasser la question des droits civiques ? Les inscriptions attestent que la question des droits civiques comptait beaucoup pour les vétérans de Philippes (Milieux de vie Ph 3,20a). Ceux-ci se considéraient en situation de minorité, réduits à un statut inférieur (→, 118-122 ; →, 50-54).
À l’échelle régionale sinon locale, un examen plus poussé des inscriptions de Macédoine confirme que dans d’autres communautés religieuses, juives et isiaques, on avait l’habitude de poser dans les mêmes termes que Paul les rapports du religieux au politique en utilisant le verbe politeuesthai (Ph 1,27) pour établir les normes de la vie publique que doit mener le croyant.
Même s'il est probable que Paul emprunte son langage politique à G (p. ex. Is 62,11 ; 2M 9,12), on ne peut vider la terminologie utilisée par Paul de sa substance politique dans le contexte local, attestée par les inscriptions. L’Apôtre confronterait ainsi implicitement plusieurs modèles de relation du religieux au politique. En demandant à ses auditeurs de dépasser la question des droits civiques pour penser au royaume de Dieu, Paul aurait ainsi cherché à parler leur langage, en se référant à leur centre d’intérêt.
20a Notre gouvernement Politique et religion En recourant à un lexique qui relevait normalement du champ politique pour ses contemporains (Procédés littéraires Ph 1,27a ; Milieux de vie Ph 1,27a), Paul pose la question du rapport au monde.
Politeuma (plus litt. « communauté civique » : Vocabulaire Ph 3,20a) désigne des communautés représentatives organisées suivant le modèle civique, le plus souvent des communautés de soldats, quelquefois des communautés juives issues sans doute d’une colonisation militaire.
Les communautés juives d’Asie Mineure sont issues d’une colonisation militaire séleucide. Dans la colonie de Philippes, le noyau dirigeant était constitué par une population de vétérans, de soldats-cultivateurs, qui bénéficiaient certes de la citoyenneté romaine, mais selon un système de droits civiques limités, le statut de droit latin – ce qui suscitait frustrations et revendications (Milieux de vie Ph 3,19d).
20b sauveur + Seigneur — Titres impériaux Ces termes étaient utilisés dans le culte de l’empereur romain (→IGR 4,584 ; →P. Oxyrh. 1,37).
3a.15a.20a nous sommes + Nous tous + Notre — Éloge des auditeurs
17a ensemble + imitateurs — De l’éloge de soi à l’imitation
3a.18d nous + ennemis — Nous vs. nos adversaires
15a les parfaits Cette terminologie est amplement attestée dans les écrits de Qumrân. Les membres de la communauté se définissaient eux-mêmes comme intègres face à Dieu, en raison de leur observance de la Loi :
17a ensemble + imitateurs
20s Horizon de toute liturgie Paul rappelle ici la perspective ultime de la vie chrétienne : le plein accomplissement du salut reçu et vécu.
Ce texte est prié durant l'→Avent, temps de l’attente par excellence.
L’attente de la parousie restera toujours à l’horizon de la pensée de l’Église, qui se réjouit de voir se rapprocher d’année en année, de jour en jour, l’heure où le Christ dans toute sa gloire reviendra sur la terre pour lui faire partager la plénitude de sa gloire. Elle est la cause principale, directe et profonde de la grande →joie qu’éprouve l’Église tout particulièrement au cours des semaines de l'→Avent, qui précèdent la fête de Noël.
L’attente ardente de l’avènement du Seigneur est admirablement exprimée dans la messe quotidienne :
15a Nous tous, donc, les parfaits Connaissance de soi : perfection relative et perfection absolue
19b le dieu est le ventre Les ennemis de la croix sont en fait des idolâtres
19d les choses de la terre = les observances rituelles ?
21ab le corps de notre humiliation + de sa gloire
20b nous attendons comme sauveur Joie de l’attente durant l’Avent
20b nous attendons comme sauveur ESCHATOLOGIE La foi comme constance dans l’attente du sauveur Paul se sert du vocable sôter, c’est-à-dire « sauveur », dans la perspective de la fin des temps. La fonction salvatrice du kurios, du Seigneur, est reliée au dernier jour, à l’action finale, qui doit parachever la rédemption. Ce n’est que lorsque le Seigneur Jésus Christ se manifestera à nouveau en venant du ciel que la perfection sera accomplie.
La foi est orientée vers la puissance de salut, qui a été donnée au kurios. Elle n’a pas lieu de trembler dans la perspective de sa venue : la vie du chrétien est en tension continue entre le salut ,déjà donné dans le signe de la croix, et le salut à venir, qui doit constituer son accomplissement dans la perfection. Ces deux saluts sont intimement liés au nom du Christ, Jésus. Durant le temps qui s'écoule entre ces deux pôles du salut, en dépit des contradictions et des secousses de toute espèce, il faut demeurer fermes dans le Seigneur.
21a le corps de notre humiliation ANTHROPOLOGIE Du corps de chair au corps de gloire Paul ne pense pas dans les catégories de l’anthropologie hellénistique corps-âme. Dans la mesure où il en a eu connaissance, il a dû estimer qu’un autre point de vue était plus essentiel : la conformité au Christ garantie par la foi. En cette vie, « le corps de notre humiliation » rappelle à l’occasion – et peut-être même de façon continuelle – que le développement de nos possibilités de vie est limité, que le salut n’est ni réalisé ni réalisable pleinement encore. Mais lorsque la conformité au Christ sera parfaitement accomplie, même l’existence corporelle et totale sera recréée. Lorsque l’homme partagera la gloire de sa résurrection, l’humble corps sera transformé d’après le corps transfiguré du Christ.
21b conforme au corps de sa gloire
1–21 qui transfigurera le corps de notre humiliation Ce que Dieu peut
Dans une vallée aride et sombre se presse une humanité souffrante : hommes, femmes et enfants, jeunes et vieilards, pauvres, rois et clercs traînent péniblement un « corps de misère » abîmé par la douleur.
Un chemin escarpé mène au Christ, source de lumière. Vêtu d'une tunique blanche resplendissante, portant sa croix d'une main et appelant à lui l'humanité de l'autre, il apparaît dans un « corps de gloire » vainqueur de la mort. Au-dessus de lui, une arche de lumière le désigne comme médiateur d'une nouvelle alliance entre Dieu et les hommes.
(1832-1883), La Vallée de larmes (huile sur toile, 1883), 413,5 x 627 cm
Petit Palais, Paris (France) © Domaine public→
17 Soyez mes imitateurset ceux du Seigneur
Carlotta (1975), Imitatio (Poème symphonique pour orgue inspiré de l'Imitation du Christ), 2016
Carson Cooman
© Licence YouTube Standard→, 1Co 11,1 ; Ph 3,17 ; Ph 4,9 ; 1Th 1,6 ; 2Th 3,7ss
«Imitatio» est un poème symphonique inspiré de «L'imitation du Christ», du théologien hollandais du Moyen Âge tardif Thomas à Kempis (vers 1380–1471). Chacun des quatre mouvements est inspiré d'un principe du livre.
1. Conscience de soi 2. Humble soumission 3. Gratitude 4. Consolation intérieure