Un projet du Programme de Recherches La Bible en ses traditions AISBL
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26 Au sixième mois
l’ange Gabriel fut envoyé par
Nes depuis
S d'auprès de Dieu dans une ville de Galilée du nom de « Nazareth »,
27 à une vierge fiancée à un homme du nom de « Joseph », de la maison de David
et le nom de la vierge était « Marie ».
28 Et, après être entré chez elle, il
Byz S TR l'ange dit :
— Réjouis-toi, pleine de grâce, le Seigneur est avec toi.
Byz S TRtoi, bénie que tu es entre les femmes
28 Et, après être entré chez elle, l'ange dit :
— Salut, pleine de grâce, le Seigneur est avec toi
tu es bénie entre les femmes.
29 or, à cette parole, elle fut toute troublée
Byz TR sa vue, elle fut toute troublée par sa parole
et elle se demandait ce que pouvait être cette salutation.
29 Elle, comme elle avait vu,
SAprès qu'elle [l'] eut vu, elle fut troublée par sa parole
Sses paroles
et elle réfléchissait : de quelle nature pouvait bien
Squelle pouvait être cette salutation ?
28 — Salut : V | Gr : Réjouis-toi ! | S : Paix à toi ! Inépuisable salutation angélique Le premier mot de l'ange a vraisemblablement une valeur emphatique, eschatologique et même lyrique bien différente d'une salutation ordinaire. L'événement qu'il annonce est extraordinaire : la venue du messie sauveur qui n'est autre que le Fils de Dieu.
En latin, comme on va le voir, la salutation de l'archange Gabriel à la vierge Marie est tout à la fois : la salutation venue d'un autre monde, non plus punique (cf. infra) mais ...divin ; l'Ave rituel d'un subordonné à la Reine qui entre dans l'arène du combat eschatologique récapitulant toute l'histoire sainte depuis Adam et Ève (cf. Ap 12,1-18) ; l'Ave respectueux d'un noble à l'égard de sa souveraine ; et un souhait de bonne santé à celle qui va être mère.
Jean-Léon (1824–1904), Ave Caesar Morituri te Salutant, (huile sur toile, 1859), 93,1 x 145,4 cm
n°1969.85, Yale University Art Gallery, New Haven, États-Unis d'Amérique © Domaine public→
Selon une idée répandue mais fausse, on pense que les gladiateurs saluaient l’empereur avant le combat en disant cette formule. En réalité, elle vient d’un épisode unique, rapporté par l’historien dans Vies des douze Césars, et ne concernait pas des gladiateurs : elle aurait été dite une seule fois, par des condamnés à mort forcés de participer à une bataille navale (naumachie) organisée par l’empereur Claude sur le lac Fucin. Plus ICI→
(1395-1455), L'annonciation, (tempera, sur panneau de bois, 1430), couvent San Domenico (Fiesole, Italie)
Musée du Prado, Madrid,, Espagne © Photo: M. Amigo CC BY-SA 4.0→, Lc 1,26-38
S'inspirant des textes de la Légende dorée, Fra Angelico représente l'Annonciation de l'ange Gabriel à Marie avec toute sa symbolique eschatologique : évocation d'Adam et Eve chassés du paradis terrestre, au moment où le nouvel Adam va entrer dans le jardin clos de la nouvelle Ève, le tout consigné dans le livre des Écritures ouvert sur les genoux de Marie.
La graphie inhabituelle retenue pour V, invite le lecteur habitué à dire « ave Maria », à s'arrêter sur le mot de salutation lui-même.
Le terme est pê apparenté à la racine indo-européenne *h₂eu̯- qui exprime le bien-être, la prospérité, la satisfaction
Le terme devient une convention dans la littérature épistolaire : Vale et ave « —Porte-toi bien et salut à toi. » ; souvent vale = adieu, ave = salut d’accueil) ; c'est également une formule rituelle et militaire, célèbre dans le cri plus ou moins héroïque des condamnés aux jeux, au moment du combat : « Ave, Caesar, morituri te salutant ! » [« Salut à toi, César, ceux qui vont mourir te saluent »] (→ Claud., 21).
On trouve dans Plaute une formule punique de salutation avo / ḥawô « vivez » servant à la fois au singulier et au pluriel ( → Poen. 924.998.1001). Ave n'est pas attesté avant la fin de l'époque républicaine et est sans doute une adaptation du mot punique d'après vale, salve (en effet, ailleurs dans Plaute, ce sont des formes de salvus, salvere qui servent à saluer : Rudens 263 ; Trinummus 48 : → Most. 448 etc.). Ainsi donc les Romains auraient emprunté leur salutation ordinaire aux Cathaginois, un peu comme en France on dit parfois Good-bye, ou adios, ou en Suisse allemande, salut, ou en dialecte alsacien, bonjour (Cf. A. , et A. , Dictionnaire étymologique de la langue latine, Paris : Klincksieck, 1959).
La formule présente une richesse de significations dont la joie est le sens prédominant.
Le mot chaire peut exprimer la simple salutation grecque, d'où sa traduction latine par Ave, signifiant « Sois saluée », mais au moins par son étymologie, il revêt aussi une signification forte à la fois de joie et de grâce.
L'origine du terme syriaque, ܫܠܡܐ ( šlomo ou šloma), signifiant paix, salut, intégrité, est la racine ܫ-ܠ-ܡ (š-l-m) identique à l’hébreu שָׁלוֹם (šalom, de la racine ש־ל־ם). Il a des connotations
La même constellation de termes de salutation qu'en Lc 1,28 se retrouvent
La joie, la paix, le bien-être, la santé et la sainteté contenus dans la salutation angélique du début de l'Évangile culminent ainsi dans les paroles qui sortent de la bouche du Ressuscité à la fin.
Frontispice de la bible Polyglotte d’Alcalà (1514-1517), (gravure sur bois), © Domaine public→
Voici la traduction du décryptage allégorique imprimé au-dessus de ce frontispice, un écu à quinze carreaux surmontés de la croix et du chapeau cardinalice : « Les quinze carrés de cet écu représentent les quinze jours que passèrent ensemble à Jérusalem saint Pierre qui prêchait aux juifs ou à ceux de la synagogue et saint Paul, apôtre des nations. Le chiffre 7 (et en conséquence les 7 carrés de couleur de cet écu) signifie la loi antique ou Ancien Testament ; le chiffre 8 (ou les huit carrés de l'autre couleur) signifient la loi de grâce ou le Nouveau Testament. Le nombre 15 (donc les quinze carrés) les contient tous. »
26–38 l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu L'Annonciation comme fondement liturgique
L'adjectif almus,a,um en latin poétique signifie : nourrissant, qui donne vie, ou encore (à propos d'une dieu) : bienveillant, indulgent. Or phonétiquement c'est le presque même mot que le substantif hébreu ‘alma, désignant une pucelle (comme saint Jérôme l'a bien compris Texte biblique). Il apparaît dans au moins deux pièces célèbres du patrimoine grégorien.
ou , Alma Redemptoris Mater (ton simple)
Chœur des Pères du Saint-Esprit de Chevilly, AlbumÉternel Grégorien
[Merlin] IDOL Distribution (au nom de Studio SM); UMPI et alii © Licence YouTube standard
Partition tirée du Liber Usualis (1961), p.277.
Alma Redemptóris Mater, quæ pérvia cœli porta manes, Et stella maris, succúrre cadénti, súrgere qui curat pópulo :Tu quæ genuísti, natúra miránte, tuum sanctum Genitórem : Virgo prius ac postérius, Gabriélis ab ore sumens illud Ave, peccatórum miserére.
Tendre mère du Rédempteur, qui demeures porte ouverte du Ciel, et étoile de la mer, viens en secours au peuple qui succombe et cherche à se relever : Toi qui as engendré, à la surprise de la nature, ton saint Créateur : vierge avant et après [l’enfantement], la bouche de Gabriel, recevant cette salutation, prends pitié de[ nou]s pécheurs !
Giovanni Pierluigi da (ca. 1525–1594), Alma Redemptoris Mater, Antiphona cum quatuor vocibus ad Completorium de tempore Nativitatis usque ad secundas Vesperas Purificationis Beatæ Mariæ Virginis inclusive, 1604, in Motectorum quatuor vocibus : Liber Secundus : partim plena vox et partim paribus vocibus / Ioan. Petraloysii Prænestini. Nunc denum in lucem æditus. Venetiis : apud Angelum Gardanum, MDCIV
The King's Singers→ , How Fair Thou Art: Biblical Passions by Giovanni Pierluigi da Palestrina, piste 1, (CD, 2016)
Signum Classics→ © Licence YouTube standard
4–38 Des « mots » humains (verba) au Verbe divin (verbum) et retour : modélisation visuelle de l'Annonciation Cf. Littérature Lc 1,4.20.37s. Luc met fortement en scène l'ordre du langage et de la parole au début de son évangile.
Les artistes sont parvenus à visualiser ces différents états du Verbe et de ses participations dans les verba humains.
Ce Verbe s'incarne, il est acte. Le texte ne le dit, mais la Tradition l'affirme : le Verbe féconde miraculeusement le ventre de la Vierge. Il se fait chair. L'énonciation est genèse réelle. Le corps du Christ se forme et s'anime, déjà sanctifié. Il y a là un mystère, analogue à celui de la création : les lois naturelles sont bouleversées.
Certaines représentations byzantines ou russes, par exemple l'Annonciation d'Oustioug→, montrent, dans le corps même de Marie, un Christ enfant déjà tout formé. À partir du 15e s. en Occident, les artistes représentent parfois, dans les rayons divins (ou non), l'Enfant Jésus en homoncule portant la croix (ou non), descendant vers la Vierge à la suite de l'Esprit-Saint.
(fl.1444-1469), Envoi du Fils par le Père : Jésus homuncule dans les rayons, détail du panneau central du Triptyque de l'Annonciation d'Aix, (huile sur panneau de bois, ca 1442-1445)
Aix-en-Provence, église de la Madeleine, en dépôt temporaire au musée du Vieil Aix
D.R. photo Meisterdrücke→ © Domaine public
La doctrine représentée, à savoir que le Christ n'aurait pas été conçu in utero, mais serait entré tout formé dans le sein de Marie, dépendante d'une savante négociation entre motifs antiques, médecine et théologie médiévales, fut plus tard condamnée par le concile de Trente, qui interdit en conséquence les représentations du Christ en homoncule.
Les artistes étaient donc invités à privilégier des représentations plus subtiles, plus fidèles à l'apophatisme que l'Écriture parvient à maintenir au moment même de la cataphase divine. Mystérieux, silencieux mais secrètement résonnant-raisonnant dans l'échange entre l'ange et la femme, il n'est pas thématisé d'emblée, sinon comme l'ensemble de l'annonce et de ce qui est annoncé (Lc 1,34 istud) finalement récapitulé en verbum (Lc 1,37 : non erit impossibile apud Deum omne verbum).
(1490–1576), L'Annonciation, (huile sur toile, 1520), 207×179 cm
Cathédrale de Trévise, Italie © Domaine public→
La où le Titien insistait sur le miracle en montrant Marie se couvrir le ventre de son voile bleu, Nicolas Poussin suggère le mystère en obscurcissant jusqu'au noir le sein de Marie, visuellement obombrée par l'Esprit symbolisé en colombe :
Nicolas (1594-1665), L' Annonciation, (huile sur panneau de bois, ca. 1635), 45 × 38 cm, Pendant de La Nativité de Münich,
Collection de peintures de l'État de Bavière, Nouveau château de Schleissheim, Oberschleissheim © Domaine public→
Le verbe angélique (Lc 1,28-29 : dicere, sermo, salutatio) fait de mots porteurs de véritables verba Lc 1,20.37-38), prend l'aspect corporel de l'humain ailé, pour marquer sa médiation entre terre où l'on marche et ciel où l'on vole. La voix de l'ange est médiation, à la fois annonce et demande, entre l'Énonciateur divin et l'énonciataire humaine.
, La double annonciation, (mosaïque, 432-440)
arc de triomphe de Sainte-Marie Majeure, Rome, © Domaine public→, ,
(Marie, assise en train de filer le fil pourpre pour le voile du Temple, selon les écrits apocryphes, est entourée d'anges. L'ange Gabriel est représenté plusieurs fois pour indiquer ses actions successives: il arrive en volant dans le ciel puis, se tenant debout à gauche de la Vierge, il lève la main, signe qu'il prend la parole. Le Saint Esprit sous la forme d'une colombe descend sur Marie. Saint Joseph à droite devant une maison distincte de celle de Marie puisqu'ils n'ont pas encore mené vie commune, tient un bâton à la main. L'ange Gabriel, se tourne vers lui et lui parle.)
Lucas (vers 1494-1533), L'Annonciation, (huile sur panneau de bois, 1522), 42,2 x 29,2 cm
Alte Pinakothek, Munich, Allemagne © Domaine Public→
Le verbe de Marie est une simple parole de femme, qui raisonne et demande Quomodo (« Comment cela ? ») puis acquiesce Ecce... (« Voici ! ») et finit par s'ouvrir à la réalisation effective du ... verbe : Fiat mihi secundum verbum tuum (« Qu'il m'advienne selon ton verbe »). Son fiat fait aussi allusion au fiat du Verbe divin créateur de la Genèse (Gn 1,3.6, etc.) : ses verbes humains sont déjà efficaces, de par son accueil actif du Verbe divin.
28 — Salut, pleine de grâce, le Seigneur est avec toi Ave insulaire
Éric (1964—), Ave insulaire, (gouaches sur texte imprimé sur papier végétal, 2025), 21 cm x 29,7 cm, Coll. part., France,
D.R. É. Mortreuil→ © BEST aisbl
Enlumineur depuis 2016, É. M. s’inspire des textes bibliques et chrétiens ainsi que de la spiritualité scoute pour élaborer des compositions dans la tradition de l’enluminure occidentale, avec une préférence pour le style irlandais « insulaire » (Livre de Kells, Évangiles de Lindisfarne) et pour le gothique du XIIIᵉ siècle.
Ce style se caractérise par l’usage de motifs ornementaux variés, parmi lesquels :
Les entrelacs (également appelés nœuds celtiques, semblables à des cordes sans extrémité, enchevêtrées et généralement symétriques). Dans cette enluminure, ils apparaissent en bleu au centrale des bordures supérieure et inférieure du cadre de la prière, ainsi qu’en jaune sur fond pourpre aux extrémités supérieures du décor.
Les rinceaux (motifs constitués d’une tige végétale à enroulements successifs). Ils sont utilisés ici pour séparer la première partie de la prière, d’origine scripturaire (Lc 1,28 ; Lc 1,42), de la seconde, issue de la tradition ecclésiale ; on les retrouve également accompagnant le « Amen ».
Les lettrines (lettre, généralement en majuscule et ornée, de taille supérieure placée au début d’un chapitre ou d’un paragraphe pour en indiquer le commencement). Dans cette enluminure, elles correspondent au A d’« Ave Maria ».
28.42 Ave Maria, reprise pop contemporaine
Songeant peut-être à l'analogie entre les épreuves des amoureux d'aujourd'hui et celles que durent traverser Marie et Joseph, une popstar américaine propose une récriture de la célèbre mise en musique de l'Ave Maria par Gounod.
Knowles Ave Maria, (2008), Paroles : Tor Erik Hermansen, Beyonce Knowles, Amanda Ghost, Ian Dench, Mikkel S. Eriksen, Makeba,
Sony Music Entertainment © Licence YouTube standard
« She was lost in so many different ways — Out in the darkness with no guide — I know the cost of a losing hand — And what for the grace of God, go high — I found heaven on earth — You are my last, my first — I always hear this voice inside —— Ave Maria —— I've been alone when I'm surrounded by friends — How could the silence be so loud? — But I still go home knowing that I've got you — There's only us when the lights go down — You are my Heaven on earth — You are my hunger, my thirst — I always hear this voice inside Ave Maria —— Sometimes love can come and pass you by — While you're busy making plans — Suddenly hit you, and then you realize — It's out of your hands — Baby, you've got to understand— You are my Heaven on earth — You are my hunger, my thirst — I always hear this voice inside —— Ave Maria — Ave Maria — Ave Maria — Ave Maria »
Il fallait bien la pénétration multiséculaire du christianisme en Italie pour rendre ceci possible :
, Papale e Quale, Tutti cantano cristiano : Disco Rosario (reprise adaptée de « I will survive », Love Tracks, 1978 ; (texte : Kenny Nolan, Bob Crewe), « Voulez-Vous Coucher Avec Moi Ce Soir » (Lady Marmalade), Goud Maar Fout Top 50, 1975 ; , « YMCA », in Cruisin, 1978), 2016
Chanteurs : Lorenzo Scuda, Francesca Folloni, Davide Calabrese, Graziana Borciani, Fabio Vagnarelli.
D.R. Oblivion Canale Ufficiale→ © Licence YouTube standard
Dans cette reprise burlesque mais non irrespectueuse, les brillants interprètes de ce groupe italien reprennent des classiques des années disco, substituant à leurs paroles celles de l’Ave Maria, avec quelques mots en latin.