Un projet du Programme de Recherches La Bible en ses traditions AISBL
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26 Au sixième mois
l’ange Gabriel fut envoyé par
Nes depuis
S d'auprès de Dieu dans une ville de Galilée du nom de « Nazareth »,
27 à une vierge fiancée à un homme du nom de « Joseph », de la maison de David
et le nom de la vierge était « Marie ».
26–38 l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu L'Annonciation comme fondement liturgique
L'adjectif almus,a,um en latin poétique signifie : nourrissant, qui donne vie, ou encore (à propos d'une dieu) : bienveillant, indulgent. Or phonétiquement c'est le presque même mot que le substantif hébreu ‘alma, désignant une pucelle (comme saint Jérôme l'a bien compris Texte biblique). Il apparaît dans au moins deux pièces célèbres du patrimoine grégorien.
ou , Alma Redemptoris Mater (ton simple)
Chœur des Pères du Saint-Esprit de Chevilly, AlbumÉternel Grégorien
[Merlin] IDOL Distribution (au nom de Studio SM); UMPI et alii © Licence YouTube standard
Partition tirée du Liber Usualis (1961), p.277.
Alma Redemptóris Mater, quæ pérvia cœli porta manes, Et stella maris, succúrre cadénti, súrgere qui curat pópulo :Tu quæ genuísti, natúra miránte, tuum sanctum Genitórem : Virgo prius ac postérius, Gabriélis ab ore sumens illud Ave, peccatórum miserére.
Tendre mère du Rédempteur, qui demeures porte ouverte du Ciel, et étoile de la mer, viens en secours au peuple qui succombe et cherche à se relever : Toi qui as engendré, à la surprise de la nature, ton saint Créateur : vierge avant et après [l’enfantement], la bouche de Gabriel, recevant cette salutation, prends pitié de[ nou]s pécheurs !
Giovanni Pierluigi da (ca. 1525–1594), Alma Redemptoris Mater, Antiphona cum quatuor vocibus ad Completorium de tempore Nativitatis usque ad secundas Vesperas Purificationis Beatæ Mariæ Virginis inclusive, 1604, in Motectorum quatuor vocibus : Liber Secundus : partim plena vox et partim paribus vocibus / Ioan. Petraloysii Prænestini. Nunc denum in lucem æditus. Venetiis : apud Angelum Gardanum, MDCIV
The King's Singers→ , How Fair Thou Art: Biblical Passions by Giovanni Pierluigi da Palestrina, piste 1, (CD, 2016)
Signum Classics→ © Licence YouTube standard
26 PARALITURGIE La prière de l'angélus La prière de l’Angélus appelle les fidèles à commémorer le récit évangélique de l’Annonciation.
La tradition de faire tinter les cloches des églises à trois reprises pour appeler à prier la Vierge Marie remonte au pape Urbain II. Lors du Concile de Clermont en 1095, il invita les fidèles de toute l’Église à prier de cette manière pour obtenir le succès de la première croisade.
Laissée un peu en désuétude, cette pieuse tradition réapparaît au 15e siècle en France. Le roi de France Louis XI demanda de répéter cette sonnerie le matin, le midi et le soir en 1472 pour demander à la Sainte Vierge la paix pour son royaume. Elle se répand ainsi dans tout le christianisme occidental au 16e siècle.
Cette coutume suppose d’arrêter son travail à la sonnerie des cloches aux trois moments de la journée pour se tourner vers la Vierge Marie.
Jean-François (1814-1875), L'Angélus, 1858
L’ange du Seigneur porta l’annonce à Marie. Et elle conçut du Saint-Esprit.
Je vous salue Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni.
Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort.
« Voici la servante du Seigneur. Qu’il me soit fait selon votre parole. »
Je vous salue Marie…
Et le Verbe s’est fait chair. Et il a habité parmi nous.
Je vous salue Marie…
Priez pour nous, sainte Mère de Dieu. Afin que nous devenions dignes des promesses du Christ.
Prions le Seigneur.
Que ta grâce, Seigneur notre Père, se répande en nos cœurs ; par le message de l’ange, tu nous as fait connaître l’incarnation de ton Fils bien-aimé ; conduis-nous, par sa passion et par sa croix, jusqu’à la gloire de la Résurrection. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen.
4–38 Des « mots » humains (verba) au Verbe divin (verbum) et retour : modélisation visuelle de l'Annonciation Cf. Littérature Lc 1,4.20.37s. Luc met fortement en scène l'ordre du langage et de la parole au début de son évangile.
Les artistes sont parvenus à visualiser ces différents états du Verbe et de ses participations dans les verba humains.
Ce Verbe s'incarne, il est acte. Le texte ne le dit, mais la Tradition l'affirme : le Verbe féconde miraculeusement le ventre de la Vierge. Il se fait chair. L'énonciation est genèse réelle. Le corps du Christ se forme et s'anime, déjà sanctifié. Il y a là un mystère, analogue à celui de la création : les lois naturelles sont bouleversées.
Certaines représentations byzantines ou russes, par exemple l'Annonciation d'Oustioug→, montrent, dans le corps même de Marie, un Christ enfant déjà tout formé. À partir du 15e s. en Occident, les artistes représentent parfois, dans les rayons divins (ou non), l'Enfant Jésus en homoncule portant la croix (ou non), descendant vers la Vierge à la suite de l'Esprit-Saint.
(fl.1444-1469), Envoi du Fils par le Père : Jésus homuncule dans les rayons, détail du panneau central du Triptyque de l'Annonciation d'Aix, (huile sur panneau de bois, ca 1442-1445)
Aix-en-Provence, église de la Madeleine, en dépôt temporaire au musée du Vieil Aix
D.R. photo Meisterdrücke→ © Domaine public
La doctrine représentée, à savoir que le Christ n'aurait pas été conçu in utero, mais serait entré tout formé dans le sein de Marie, dépendante d'une savante négociation entre motifs antiques, médecine et théologie médiévales, fut plus tard condamnée par le concile de Trente, qui interdit en conséquence les représentations du Christ en homoncule.
Les artistes étaient donc invités à privilégier des représentations plus subtiles, plus fidèles à l'apophatisme que l'Écriture parvient à maintenir au moment même de la cataphase divine. Mystérieux, silencieux mais secrètement résonnant-raisonnant dans l'échange entre l'ange et la femme, il n'est pas thématisé d'emblée, sinon comme l'ensemble de l'annonce et de ce qui est annoncé (Lc 1,34 istud) finalement récapitulé en verbum (Lc 1,37 : non erit impossibile apud Deum omne verbum).
(1490–1576), L'Annonciation, (huile sur toile, 1520), 207×179 cm
Cathédrale de Trévise, Italie © Domaine public→
La où le Titien insistait sur le miracle en montrant Marie se couvrir le ventre de son voile bleu, Nicolas Poussin suggère le mystère en obscurcissant jusqu'au noir le sein de Marie, visuellement obombrée par l'Esprit symbolisé en colombe :
Nicolas (1594-1665), L' Annonciation, (huile sur panneau de bois, ca. 1635), 45 × 38 cm, Pendant de La Nativité de Münich,
Collection de peintures de l'État de Bavière, Nouveau château de Schleissheim, Oberschleissheim © Domaine public→
Le verbe angélique (Lc 1,28-29 : dicere, sermo, salutatio) fait de mots porteurs de véritables verba Lc 1,20.37-38), prend l'aspect corporel de l'humain ailé, pour marquer sa médiation entre terre où l'on marche et ciel où l'on vole. La voix de l'ange est médiation, à la fois annonce et demande, entre l'Énonciateur divin et l'énonciataire humaine.
, La double annonciation, (mosaïque, 432-440)
arc de triomphe de Sainte-Marie Majeure, Rome, © Domaine public→, ,
(Marie, assise en train de filer le fil pourpre pour le voile du Temple, selon les écrits apocryphes, est entourée d'anges. L'ange Gabriel est représenté plusieurs fois pour indiquer ses actions successives: il arrive en volant dans le ciel puis, se tenant debout à gauche de la Vierge, il lève la main, signe qu'il prend la parole. Le Saint Esprit sous la forme d'une colombe descend sur Marie. Saint Joseph à droite devant une maison distincte de celle de Marie puisqu'ils n'ont pas encore mené vie commune, tient un bâton à la main. L'ange Gabriel, se tourne vers lui et lui parle.)
Lucas (vers 1494-1533), L'Annonciation, (huile sur panneau de bois, 1522), 42,2 x 29,2 cm
Alte Pinakothek, Munich, Allemagne © Domaine Public→
Le verbe de Marie est une simple parole de femme, qui raisonne et demande Quomodo (« Comment cela ? ») puis acquiesce Ecce... (« Voici ! ») et finit par s'ouvrir à la réalisation effective du ... verbe : Fiat mihi secundum verbum tuum (« Qu'il m'advienne selon ton verbe »). Son fiat fait aussi allusion au fiat du Verbe divin créateur de la Genèse (Gn 1,3.6, etc.) : ses verbes humains sont déjà efficaces, de par son accueil actif du Verbe divin.