La Bible en ses Traditions

Jean 11,42

Byz V S TR Nes

42 moi je savais que tu m'exauces toujours

mais c'est à cause de la foule qui m’entoure que j'ai parlé :

pour qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé.

Réception

Musique

1–44 Lazare viens dehors ! Entre le cri et le souffle — quand la musique appelle les morts Il y a dans le récit johannique de la résurrection de Lazare un détail qui échappe à la théologie : Jésus pleure (Jn 11,35). Avant le miracle, il y a les larmes — celles d'un vivant devant l'absence irréparable.

20e s.

La musique du deuil qui refuse de se taire

Requiem for Larissa, composé entre 1997 et 1999 à la mémoire de sa femme, traverse ces mêmes abîmes. La musique ne reste pas dans la consolation : elle ose le cri. Les cuivres s'élèvent par vagues, en crescendo déchirants, comme si la douleur refusait d'être contenue dans les formes convenues du deuil. Le chœur, d'abord murmurant, se fracture par instants en accents d'une intensité presque insoutenable — avant de retomber, épuisé, dans des nappes de cordes d'une douceur bouleversante. Cette alternance entre l'effondrement et l'apaisement, entre le cri et le souffle, c'est précisément le mouvement que décrit Jean dans ce chapitre : la stupeur devant la mort, puis la voix qui fend le silence du tombeau. Silvestrov ne compose pas un adieu — il compose une résistance, celle de l'amour qui appelle encore, longtemps après que la pierre a été roulée.

Valentin Silvestrov (1937-...), Requiem for Larissa,1997-1999

V. Sirenko (dir.), Kiev Philharmonic

© Licence YouTube Standard→, Jn 11,1-44

Compositeur

Valentin Silvestrov, né à Kiev en 1937, est le plus grand compositeur ukrainien vivant et l'une des figures majeures de la musique contemporaine mondiale. Son œuvre ne se cantonne pas à l'espace du concert : elle est profondément ancrée dans l'histoire et les convulsions de son temps.

Persécuté en URSS pour « formalisme », exclu de l'Union des compositeurs, il a traversé des décennies d'underground avant d'être reconnu sur les plus grandes scènes européennes. Lors de la révolution du Maïdan, en 2013-2014, il descend dans la rue et compose cinq versions successives de l'hymne ukrainien, épousant au plus près le rythme des événements — de la veille silencieuse à la colère, puis à la victoire.

Sa musique fonctionne, selon la formule qu'il reprend à la poétesse Olga Sedakova, comme un « cardiogramme de l'époque » : elle enregistre ce que la société ressent avant même de pouvoir le dire. En 2022, à 84 ans, il quitte l'Ukraine sous les bombes. Toute son existence illustre cette conviction que la beauté et la liberté sont indissociables.

Selon l'un des principaux intellectuels ukainiens, figure majeure de la résistance culturelle et intellectuelle à l'agression russe, sa musique est avant tout un acte de résistance spirituelle :

  • Constantin Sigov, « La liberté de l’Ukraine et la musique de Valentin Silvestrov » : « Les sons incomparablement libres des mélodies de Silvestrov nous entraînent au-delà de ces deux tendances [d'aliénation de la musique classique : l'ignorance en gros et dans le détail et l'adoration décorative de ses façades philarmoniques], présentant de manière inattendue de nouvellesformes de connexion entre la musique et les paroles, de la poésie contemporaine en passant par le classique et jusqu’aux stichères liturgiques et aux psaumes. La nouvelle musique "dégivre" les textes figés et gelés, connus mais oubliés justement en raison de leur familiarité » (Revue La Règle du Jeu n°57→, mai 2015).