La Bible en ses Traditions

Genèse 48,5–22

M Sam G S
V

5 Et

GAlors maintenant tes deux fils qui te sont nés au pays d'

Gayant été à toi en Égypte jusqu'à ce

G Savant que je vienne vers toi en Égypte [sont] à moi, eux

G Ssont miens

Éphraïm et Manassé, comme Ruben et Sam Scomme Siméon, seront à moi.

5 Ainsi donc tes deux fils qui te sont nés en terre d’Égypte avant que je vienne ici vers toi

Éphraïm et Manassé seront miens, comme Ruben et Siméon, ils seront pris en compte.

M Sam G V S

6 Mais les enfants que tu as engendrés

Gles descendants que tu engendrerais

Vceux qui restent, que tu auras engendrés après eux seront tiens

Vet ils seront appelés du nom de leurs frères dans leur héritage.

Gces attributions.

Vleurs possessions.

M
G V
S Sam

7 Pour moi, quand je revenais de Paddân, Rachel mourut en route auprès de moi dans le pays de Canaan

sur le chemin à une certaine distance de l'entrée d’Éphrata

et je l’ai enterrée là, sur le chemin d’Éphrata, c'est-à-dire : « Bethléem ».

7 Pour moiV en effet, quand je revenais de MésopotamieG de Syrie, Rachel Gta mère mourut en terre de CaanaanV sur ce chemin même.

alors que j'approchais de l'hippodrome de Chabratha de la terre pour entrer

VC'était le printemps et j'allais entrer

à Éphrata

et je l’enterrai près du chemin de l'hippodrome : c'est

Vde la route d’Éphrata, qui se nomme aussi d'un autre nom : « Bethléem ».

7 ...

M Sam G S
V

8 Et Israël vit

Gvoyant les fils de Joseph

M Sam Set Slui dit : — Qui [sont] ceux-ci Sam Gpour toi ?

8 Et puis voyant ses fils il lui dit : — Qui sont ceux-ci ?

9 Et Joseph dit à son père : — Mes fils ceux

G— Ce sont mes fils que Dieu m’a donnés ici.

Glà. 

Et il

GJacob dit : — Amène les M Samdonc près de moi et

Gafin que je les bénisse.

9 Il répondit : — Ce sont mes fils que Dieu m’a donnés en ce lieu. 

Il dit : — Amène-les près de moi afin que je les bénisse

10 Et les yeux d’Israël étaient alourdis par la vieillesse G Set il ne pouvait pas Sbien voir

alors il les fit approcher près de lui et il les embrassa et les étreignit.

10 Car les yeux d’Israël étaient obscurcis par l’âge avancé et il ne pouvait pas voir clairement.

et les ayant pressés contre lui, embrassés et étreints,

11 Et Israël dit à Joseph :

— je ne pensais pas [re]voir

Gn'ai pas été privé de

Sn'espérais pas [re]voir ton visage

et voici que Dieu m'a fait voir aussi

Gmême montré ta descendance.

11 il dit à [son] fils :

— Je n'ai pas été privé de ta vue

en plus, Dieu me fait voir ta descendance.

12 Et Joseph

Sil les retira

Genleva de Sdevant ses genoux

et se prosterna Sdevant lui M Sam Ssa face contre terre

12 Et alors que Joseph les avait retirés des genoux de son père

il se prosterna incliné vers la terre.

13 Et Joseph prit

Smena ses deux G Sfils Gd'une part Éphraïm à M Sam Ssa droite, à gauche d'Israël

et

Gd'autre part Manassé à M Sam Ssa gauche, à droite d'Israël

et

Gil les fit approcher près de lui.

13 Et il plaça Éphraïm à sa droite c'est-à-dire à la gauche d'Israël

quant à Manassé il le plaça à sa gauche c'est-à-dire, comme il se doit, à la droite de son père

et fit avancer les deux vers lui ;

14 Israël étendit sa

Gla Sam Gmain droite M Sam Set [la] posa sur la tête d'Éphraïm qui était

Gmais celui-ci était le plus jeune

et sa

Gla gauche sur la tête de Manassé il posa ses mains judicieusement

Gles mains croisées

Sses mains il les échangea M Sam Scar Manassé était l'aîné.

14 celui-ci, étendant la main droite, [la] posa sur la tête d'Éphraïm le plus jeune frère

et la gauche sur la tête de Manassé qui était l'aîné, intervertissant ses mains.

15 Et il bénit Joseph

Gil les bénit

SJacob bénit Joseph son fils et dit :

— Le Dieu devant qui ont marché

Gaux yeux duquel ont plu

Sdevant qui ont plu mes pères Abraham et Isaac

le Dieu qui me fait paître

Sam Gme nourrit

Sm'a nourri depuis que j’existe

G[ma] jeunesse

Sma jeunesse et jusqu’à ce jour,

15 Et il bénit Joseph son fils et dit :

— Dieu en présence duquel ont marché mes pères Abraham et Isaac

Dieu qui me fait paître depuis ma jeunesse et jusqu'au jour présent,

16 l’ange qui me rachète de tout mal

Gme délivre de tous mes malheurs

Sm'a racheté de tout mal

qu'il bénisse les garçons

Samces garçons

Gces enfants

S[ces] enfants et que soit appelé sur eux mon nom

et le nom de mes pères Abraham et Isaac

et qu’ils se multiplient en abondance à l'intérieur du

Gen grande multitude sur le

Set s'accroissent à l'intérieur du pays.

16 l'ange qui m'arrache à tous les maux

qu'il bénisse [ces] enfants et que soit appelé sur eux mon nom

aussi [ceux] de mes pères Abraham et Isaac

et qu'ils croissent en multitude sur la terre.

17 Mais Joseph vit

Gvoyant que son père posait la main

Gétendait sa

Sposait sa main droite sur la tête d’Éphraïm

cela déplut à ses yeux

Glui fut pénible et il saisit

GJoseph s'empara de la main de son père pour la déplacer

Sretirer  de M Samdessus la tête d’Éphraïm Set la poser

sur la tête de Manassé.

17 Mais Joseph voyant que son père avait la main droite sur la tête d'Éphraïm

en conçut de la peine et prenant la main de son père, tenta de l'enlever de la tête d'Éphraïm

et de la déplacer sur la tête de Manassé.

18 Et Joseph dit à son père :

— SCe n'est pas ainsi M Sam Smon père car

Smais celui-ci Sest l'aîné

 mets

Gpose ta droite sur sa tête.

18 Et il dit à son père :

— Ceci ne convient pas mon père car c'est lui l'aîné

 mets ta droite sur sa tête.

19 Mais son père refusa et

GEt il ne consentit pas mais il

SMais son père ne consentit pas et dit : — Je sais mon fils

G[mon] enfant je sais 

lui aussi

Get celui-ci deviendra un peuple et lui aussi grandira

Get celui-ci sera élevé

Slui aussi grandira

cependant

Gmais son frère le M Sam Gplus petit grandira plus que lui

Gsera lui-même plus grand

et sa descendance sera plénitude

Gdeviendra une multitude de nations.

19 Lui refusant, dit : — Je sais mon fils je sais 

certes celui-ci aussi deviendra des peuples et sera multiplié

mais son frère le plus jeune sera plus grand que lui

et sa descendance croîtra en nations.

M Sam G
V S

20 Et il les bénit en ce jour en disant :

— En toi

Gvous Israël bénira

Gsera béni en disant :

— Que Dieu te place

Gregarde comme Éphraïm et comme Manassé

Et il plaça Éphraïm devant Manassé.

20 Et il les bénit à l'instant même

Sen ce jour en disant :

— En toi Israël sera béni et on dira :

— Que Dieu t'établisse comme Éphraïm et comme Manassé 

Et il plaça Éphraïm devant Manassé

Sétablit Éphraïm devant Manassé.

M Sam G V S

21 Et Israël

Vil dit à Joseph Vson fils :

— Voici que je suis mourant

Vmoi je meurs

Smoi je suis mourant mais Dieu sera avec vous

et vous fera revenir au pays

Và la terre de vos pères.

22 M Sam G SEt moi Svoici que je t'ai donné un sichem au-dessus de

Gte donne Sichem [part] de choix au-dessus de

Vte donne une part de plus qu'à

St'ai donné une part de plus qu'à tes frères

que j’ai pris

G V Sprise de la main de l'Amorite

Vde l'Amorrhéen

Sdes Amorites par mon épée

Vle glaive et M Sam Spar mon arc.

Propositions de lecture

37,2–50,26

Le cycle de Joseph

Ici commence l'histoire de Joseph, d'un caractère nettement distinct du cycle de Jacob. Alors que ce dernier se termine au ch.35 avec l'achèvement de l'ensemble des institutions nécesssaires à la vie des tribus établies en →Terre promise, l'histoire de Joseph annonce l'Exode et le thème du Retour.

La Providence rédemptrice

Au contraire des précédentes, cette histoire se déroule sans intervention visible de Dieu, sans révélation nouvelle, mais elle est tout entière un enseignement, exprimé en clair à la fin (Gn 50,20 et déjà Gn 45,5-8) :

  • La Providence se joue des calculs des hommes et sait faire tourner au bien leur mauvais vouloir. Non seulement Joseph est sauvé, mais le crime de ses frères devient l'instrument du dessein de Dieu : la venue des fils de Jacob en Égypte prépare la naissance du peuple élu.
  • C'est toujours la même perspective de salut (« sauver la vie à un peuple nombreux », Gn 50,20) qui traverse tout l'AT pour déboucher en s'élargissant dans le NT. C'est une esquisse de la →Rédemption, comme plus tard l'Exode. ­

Indices de la datation de la rédaction

De nombreux traits du récit témoignent d'une certaine connaissance des choses et des usages de l'ancienne Égypte, tels que les documents égyptiens nous les révèlent. Cependant,

  • les parallèles que l'on peut dater se rapportent à l'époque où ces traditions furent rédigées,
  • et non à celle de la descente de la famille de Jacob en Égypte, qu'on pourrait approximativement situer vers le 17e s. av. J.-C.

Réception

Musique

37,2–50,26 Jacob préférait Joseph Joseph et ses frères - Oratorio Le cycle de Joseph occupe les quatorze derniers chapitres de la Genèse. Vendu par ses frères, esclave puis prisonnier en Égypte, il devient le second du royaume ; la famine conduit ses frères devant lui, qui ne le reconnaissent pas. Il les éprouve, les retient, les renvoie, puis se fait reconnaître. Le récit se conclut sur une parole adressée aux frères : « Vous aviez voulu me faire du mal, Dieu l’a changé en bien » (Gn 50,20).

Joseph pleure huit fois dans ce récit, souvent en cachette. Hændel puis Méhul ont écrit sur cette histoire deux œuvres qui s’attachent moins aux événements qu’aux sentiments éprouvés par les personnages.

19e s.

L’opéra-comique de Méhul, sur un livret d’Alexandre Duval, est créé à Paris en février 1807. C’est l’œuvre la plus célèbre du compositeur, longtemps jouée en France et en Allemagne.

Méhul choisit la sobriété. 

Aucune intrigue amoureuse, aucune épouse égyptienne : le seul rôle aigu est celui de Benjamin, chanté par une soprano. Le drame se resserre sur le père, les fils et le frère perdu.

Joseph, devenu ministre de Pharaon sous un nom égyptien, y chante le souvenir de la vallée d’Hébron et de la maison paternelle. Sa romance « À peine au sortir de l’enfance » raconte sa propre histoire à ceux qui ne le reconnaissent pas.

Siméon porte le poids de la faute. C’est lui que le remords ronge, jusqu’à l’aveu devant son père.

Étienne Nicolas Méhul (1763-1817), La légende de Joseph en Égypte, 1807

Claude Bardon (dir.), Ensemble Choral Intermezzo, Orchestre régional de Picardie: Le Sinfonietta

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18e s.

L’oratorio est achevé à l’été 1743 et créé à Covent Garden le 2 mars 1744, après Messiah, Samson et Semele. Le livret est de James Miller, pasteur et auteur de comédies, mort quelques semaines après la création ; il adapte en partie un drame d’Apostolo Zeno (1722).

L’œuvre ne commence pas au puits de Gn 37. Au lever du rideau, Joseph est en prison, « dans une attitude mélancolique » ; l’acte I le conduit de l’interprétation des songes de Pharaon à son mariage avec Asenath (Gn 41,45). La trahison des frères n’est jamais montrée : elle n’existe que dans les remords.

Ces remords ont un visage, celui de Siméon, rôle créé par le ténor favori de Haendel, John Beard. Dans la Genèse, Joseph le garde en otage (Gn 42,24) ; Siméon est aussi l’un des deux frères qui avaient pris l’épée à Sichem. L’acte II s’ouvre sur lui en prison, en miroir de Joseph à l’acte I, et Haendel en fait le personnage le plus tourmenté de l’œuvre. C’est la parole des frères en Gn 42,21 : « Vraiment, nous sommes coupables envers notre frère. »

Benjamin est confié à une voix d’enfant, créée par le jeune Samuel Champness. Ses airs, délicats, sont entrecoupés de nombreux silences. Dans la scène centrale, il chante sa pitié pour son père tandis que Joseph, sans se faire connaître, exprime son angoisse en apartés : un duo dont les deux voix ne se répondent pas. Ce sont les larmes de Gn 43,30, quand Joseph, bouleversé à la vue de son frère, sort en hâte pour pleurer à l’écart.

Quand les frères refusent de repartir sans Benjamin, Joseph se fait reconnaître, et l’oratorio s’achève dans la réconciliation.

Georg Friederich Händel (1685-1759), Joseph and his brethren HWV 59, 1744

Nicholas McGegan (dir.), Philharmonia Baroque Orchestra & Chorale

© Licence YouTube Standard→, Gn 37,2-50,26

16 l'ange qui m'arrache à toux les maux qu'il bénisse ces enfants Prière du soir Jacob, près de mourir, bénit les deux fils de Joseph, Éphraïm et Manassé. Le vieil homme résume sa vie en un mot : il a été racheté. L’ange de Béthel, l’inconnu du Yabboq, toutes les nuits de Jacob tiennent dans ce goel, le parent qui rachète. Ce qu’il a reçu, il le transmet à des enfants comme une prière du soir.

21e s.

Le verset est devenu l’une des prières les plus familières du judaïsme. On le récite le soir, dans le Shema du coucher, et les parents le chantent à leurs enfants comme une berceuse.

Shimon Craimer, né à Londres, formé à la Royal Academy of Music, chantre, pianiste et compositeur, a consacré une grande part de son travail à ce répertoire domestique : les chants du shabbat, ceux du mariage, ceux que l’on transmet à table. Il les enregistre souvent avec ses propres enfants.

Chanter Hamalach Hagoel à un enfant qui s’endort reproduit le geste de Jacob : un parent pose ses mains sur la génération suivante et lui confie le nom des pères.

Shimon Craimer, Hamalach Hagoel, 2010

Nashir Beyachad

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