La Bible en ses Traditions

Genèse 41,37–49

M V
G S Sam

37 Ces paroles plurent

VLe conseil plut à Pharaon et à tous

Vl'ensemble de ses serviteurs.

37 ...

38 Et Pharaon dit à ses serviteurs :

Vil leur dit :

 — Pourrions-nous

VAurions-nous pu trouver un homme pareil à celui-ci, ayant en lui

Vqui soit plein de l’esprit de Dieu ?

38 ...

39 Et Pharaon

VIl dit Vdonc à Joseph :

— Puisque Dieu t’a fait connaître

Vmontré  toutes ces choses Vque tu as dites

il n’y a personne qui soit aussi intelligent et sage que toi.

Vpourrai-je trouver quelqu'un de plus sage ou de semblable à toi ?  

39 ...

40 C’est toi qui gouverneras

Vseras sur ma maison

et tout mon

Vl'ensemble du peuple obéira à Vl'autorité de ta bouche

par le trône seulement je serai plus grand que toi.

40 ...

41 Et Pharaon dit Vencore en retour à Joseph : 

— Voici, je t’établis

Vt'ai établi sur tout le pays

Vla totalité de la terre d’Égypte.

41 ...

42 Et Pharaon

Vil ôta son anneau de sa main et le mit à la main de Joseph

Vsa main

et il le fit revêtir d’habits

Vd’une robe de fin lin et lui mit au

Vpassa autour de son cou un collier d’or.

42 ...

M
G S Sam
V

43 Il le fit monter sur le second de ses chars, et on criait devant lui :

— À genoux !

C’est ainsi qu’il fut établi sur tout le pays d’Égypte.

43 ...

43 Il le fit monter sur son second char, et fit crier par un héraut

que tous fléchissent le genou devant lui

et sussent qu'il était établi sur la totalité de la terre d'Égypte.

M V
G S Sam

44 Et Pharaon dit

VLe roi dit aussi à Joseph : — Moi, je suis Pharaon

et sans toi

Vton commandement nul ne lèvera

Vbougera la main ni le pied dans tout le pays

Vtoute la terre d’Égypte.

44 ...

M Sam G S
V

45 Et Pharaon donna à Joseph le nom de « Çaphnat-Panéah »

Sam« Çaphnati-Panéah »

G« Psonthomphanêch »

S« Çaphnatpanah » car des choses cachées lui ont été révélées

et il lui donna pour femme Asnath

GAsenneth

SAsyath fille de Poti-Phéra

GPetephrês

SPotipra prêtre d'On.

Gde la ville d'Héliopolis.

M Sam SEt Joseph sortit vers Stout M Sam Sle pays d'Égypte.

45 Et il changea son nom et il l'appela en langue égyptienne « Sauveur du monde »

et lui donna aussi une épouse, Aseneth fille de Putipharé prêtre d'Héliopolis.

Et ainsi Joseph sortit vers le pays d'Égypte.

M Sam G V S

46 Et Joseph

VOr il était âgé de trente ans quand il se tint devant Pharaon roi d'Égypte

Ven présence du roi Pharaon

Sdevant Pharaon le roi d'Égypte

et Joseph sortit de devant Pharaon et traversa tout le pays d'Égypte.

Vil parcourut toutes les régions d'Égypte.

M V
G S Sam

47 La terre rapporta à pleines mains pendant les sept années d’abondance.

VVint la fertilité pendant sept années et le blé mis en gerbes fut rassemblé dans les greniers de l’Égypte.

47 ...

M G
V
S Sam

48 Et [Joseph] rassembla toute la nourriture des sept années qui furent

Gpendant lesquelles il y eut la prospérité dans le pays d’Égypte et il mit la nourriture dans les villes,

la nourriture du

Gdes champs de la villle qui [était]

G[étaient] autour d'elle, il  [les] mit à l'intérieur d'

Gen elle.

48 En outre, toute l'abondance des fruits fut gardée en réserve dans chaque ville.

48 ...

M V
G S Sam

49 Joseph amassa du blé comme

VIl y eut une si grande quantité de froment qu’elle égalait le sable de la mer

en si grande quantité qu’on cessa de compter parce qu’il était sans nombre.

Vet que son abondance excédait la mesure.

 

49 ...

Propositions de lecture

37,2–50,26

Le cycle de Joseph

Ici commence l'histoire de Joseph, d'un caractère nettement distinct du cycle de Jacob. Alors que ce dernier se termine au ch.35 avec l'achèvement de l'ensemble des institutions nécesssaires à la vie des tribus établies en →Terre promise, l'histoire de Joseph annonce l'Exode et le thème du Retour.

La Providence rédemptrice

Au contraire des précédentes, cette histoire se déroule sans intervention visible de Dieu, sans révélation nouvelle, mais elle est tout entière un enseignement, exprimé en clair à la fin (Gn 50,20 et déjà Gn 45,5-8) :

  • La Providence se joue des calculs des hommes et sait faire tourner au bien leur mauvais vouloir. Non seulement Joseph est sauvé, mais le crime de ses frères devient l'instrument du dessein de Dieu : la venue des fils de Jacob en Égypte prépare la naissance du peuple élu.
  • C'est toujours la même perspective de salut (« sauver la vie à un peuple nombreux », Gn 50,20) qui traverse tout l'AT pour déboucher en s'élargissant dans le NT. C'est une esquisse de la →Rédemption, comme plus tard l'Exode. ­

Indices de la datation de la rédaction

De nombreux traits du récit témoignent d'une certaine connaissance des choses et des usages de l'ancienne Égypte, tels que les documents égyptiens nous les révèlent. Cependant,

  • les parallèles que l'on peut dater se rapportent à l'époque où ces traditions furent rédigées,
  • et non à celle de la descente de la famille de Jacob en Égypte, qu'on pourrait approximativement situer vers le 17e s. av. J.-C.

Réception

Arts visuels

14–41 Joseph interprétant les rêves de Pharaon

19e siècle

Gustave Doré (1832-1883), Joseph explique les songes de Pharaon (gravure sur bois, 1866)

Illustration de La Grande→ Bible de Tours, Tours : Mame 1866 © Domaine public→

Musique

37,2–50,26 Jacob préférait Joseph Joseph et ses frères - Oratorio Le cycle de Joseph occupe les quatorze derniers chapitres de la Genèse. Vendu par ses frères, esclave puis prisonnier en Égypte, il devient le second du royaume ; la famine conduit ses frères devant lui, qui ne le reconnaissent pas. Il les éprouve, les retient, les renvoie, puis se fait reconnaître. Le récit se conclut sur une parole adressée aux frères : « Vous aviez voulu me faire du mal, Dieu l’a changé en bien » (Gn 50,20).

Joseph pleure huit fois dans ce récit, souvent en cachette. Hændel puis Méhul ont écrit sur cette histoire deux œuvres qui s’attachent moins aux événements qu’aux sentiments éprouvés par les personnages.

19e s.

L’opéra-comique de Méhul, sur un livret d’Alexandre Duval, est créé à Paris en février 1807. C’est l’œuvre la plus célèbre du compositeur, longtemps jouée en France et en Allemagne.

Méhul choisit la sobriété. 

Aucune intrigue amoureuse, aucune épouse égyptienne : le seul rôle aigu est celui de Benjamin, chanté par une soprano. Le drame se resserre sur le père, les fils et le frère perdu.

Joseph, devenu ministre de Pharaon sous un nom égyptien, y chante le souvenir de la vallée d’Hébron et de la maison paternelle. Sa romance « À peine au sortir de l’enfance » raconte sa propre histoire à ceux qui ne le reconnaissent pas.

Siméon porte le poids de la faute. C’est lui que le remords ronge, jusqu’à l’aveu devant son père.

Étienne Nicolas Méhul (1763-1817), La légende de Joseph en Égypte, 1807

Claude Bardon (dir.), Ensemble Choral Intermezzo, Orchestre régional de Picardie: Le Sinfonietta

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18e s.

L’oratorio est achevé à l’été 1743 et créé à Covent Garden le 2 mars 1744, après Messiah, Samson et Semele. Le livret est de James Miller, pasteur et auteur de comédies, mort quelques semaines après la création ; il adapte en partie un drame d’Apostolo Zeno (1722).

L’œuvre ne commence pas au puits de Gn 37. Au lever du rideau, Joseph est en prison, « dans une attitude mélancolique » ; l’acte I le conduit de l’interprétation des songes de Pharaon à son mariage avec Asenath (Gn 41,45). La trahison des frères n’est jamais montrée : elle n’existe que dans les remords.

Ces remords ont un visage, celui de Siméon, rôle créé par le ténor favori de Haendel, John Beard. Dans la Genèse, Joseph le garde en otage (Gn 42,24) ; Siméon est aussi l’un des deux frères qui avaient pris l’épée à Sichem. L’acte II s’ouvre sur lui en prison, en miroir de Joseph à l’acte I, et Haendel en fait le personnage le plus tourmenté de l’œuvre. C’est la parole des frères en Gn 42,21 : « Vraiment, nous sommes coupables envers notre frère. »

Benjamin est confié à une voix d’enfant, créée par le jeune Samuel Champness. Ses airs, délicats, sont entrecoupés de nombreux silences. Dans la scène centrale, il chante sa pitié pour son père tandis que Joseph, sans se faire connaître, exprime son angoisse en apartés : un duo dont les deux voix ne se répondent pas. Ce sont les larmes de Gn 43,30, quand Joseph, bouleversé à la vue de son frère, sort en hâte pour pleurer à l’écart.

Quand les frères refusent de repartir sans Benjamin, Joseph se fait reconnaître, et l’oratorio s’achève dans la réconciliation.

Georg Friederich Händel (1685-1759), Joseph and his brethren HWV 59, 1744

Nicholas McGegan (dir.), Philharmonia Baroque Orchestra & Chorale

© Licence YouTube Standard→, Gn 37,2-50,26