La Bible en ses Traditions

Genèse 40,5–23

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5 Et eux deux eurent un songe, chacun son propre songe, une même nuit, chacun selon l'interprétaion de son rêve, l’échanson et le panetier qui [étaient] au roi d’Égypte qui [étaient] détenus dans la prison.

5 Et tous deux virent un songe, chacun en une même nuit la vision de leur songe, le grand échanson et le grand panetier qui étaient au roi d'Égypte qui [étaient] dans la prison

5 Et ils virent tous deux un songe la même nuit selon l'interprétation propre à chacun.

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6 Et Joseph vint vers eux au matin et il les vit et les voici, [ils étaient] tristes.

Gils étaient troublés.

Svoici [qu'ils étaient] tristes.

6 Comme Joseph était entré chez eux au matin et les avait vus tristes

7 Et il interrogea les eunuques de Pharaon qui [étaient] avec lui au poste de garde de la maison de son maître,

Gen prison chez son maître,

Sen détention [dans la] la maison de son maître, en disant :

— Pourquoi vos visages [sont-ils] mauvais

Gsombres

Stristes aujourd'hui ?

7 il [les] interrogea avec insistance en disant :

— Pourquoi votre visage est-il plus triste aujourd'hui qu'à l'ordinaire ?

M G V S Sam

8 Et ils lui dirent :

VIls lui répondirent : 

— Nous avons eu

G Vvu un songe et il n’y a personne pour

Vpour nous l’interpréter.

Et Joseph leur dit :

— Les interprétations ne sont-elles

VL'interprétation n'est-elle pas à Dieu ?

Racontez-moi donc.

GCeci étant, racontez-moi donc.

VRapportez-moi ce que vous avez vu.

M G S Sam
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9 Et le chef des échansons

G Schef échanson raconta son rêve à Joseph et il lui dit

Gil dit :

— Dans mon rêve voici

Gsommeil il y avait un cep de vigne devant moi,

9 L'intendant des échansons raconta le premier [son] songe :

— Je voyais devant moi un cep de vigne

M S Sam
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10 et dans le cep trois sarments et lui comme il bourgeonnait

Slui, juste comme il bourgeonnait sa fleur poussa, ses grappes de raisin mûrirent.

Sses feuilles poussèrent et ses grappes mûrirent et il y eut des raisins.

10 et dans le cep trois tiges et lui-même était en fleurs,

ayant projeté des bourgeons, des grappes de raisin mûr.

10 dans lequel étaient trois provins,

faisant petit à petit croître des bourgeons et après les fleurs mûrissant en grappes.

M G S Sam
V

11 Et la coupe de Pharaon [était] dans ma main

et je pris les raisins et je les

Gle raisin et je le pressai dans la coupe de Pharaon et je donnai la coupe au creux de la main

G dans la main

S à la main de Pharaon.

11 Et le calice de Pharaon [était] dans ma main

je pris donc les raisins et [les] pressai dans le calice que je tenais et remis la coupe à Pharaon.

12 Et Joseph lui dit :

— Voici son interprétation :

Sl'interprétation de ton songe : 

les trois sarments ce sont

Gtiges sont trois jours.

12 Joseph répondit :

— Voici l’interprétation du songe :

les trois provins sont ici trois jours

M S Sam
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13 Dans trois jours encore Pharaon te relèvera la tête

SAprès trois jours Pharaon se souviendra de toi

et te fera revenir à ta place

et tu donneras la coupe de Pharaon dans sa main selon la coutume initiale lorsque tu étais son échanson.

Séchanson pour lui.

13 Encore trois jours et Pharaon se souviendra de ta charge

et te rétablira dans ta fonction de grand échanson

et tu donneras la coupe de Pharaon dans sa main conformément à ta charge initiale lorsque tu étais échanson.

13 après lesquels Pharaon se souviendra de ta fonction

et te rétablira dans ton grade précédent

et tu lui donneras la coupe conformément à ta fonction comme tu avais coutume de le faire auparavant.

M Sam
G S
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14 Mais, si toi-même tu pouvais te souvenir de moi lorsqu'il t'arrivera du bien

et tu pourrais faire, je te prie, avec moi [acte de] bonté : 

faire mémoire de moi auprès de Pharaon et me faire sortir de cette maison.

14 Mais de toi-même

Stoi-même souviens-toi de moi lorsqu'il t'arrivera du bien

et tu feras pour moi [acte de] bonté

Set fais avec moi [acte de] bonté et [de] vérité

et tu feras mémoire de moi à Pharaon et tu me feras sortir de cette forteresse.

Set souviens-toi de moi devant Pharaon et fais-moi sortir de cette prison.

14 Seulement, souviens-toi de moi lorsqu'il te sera arrivé du bien

et tu me feras la miséricorde

de suggérer à Pharaon de me faire sortir de cette prison.

M G S Sam
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15 Car j'ai vraiment été enlevé

Gpar un larcin j'ai été enlevé du pays des Hébreux

et même ici

Gici  je n'ai rien fait pour qu'on m'ait mis comme dans la citerne.

Gmais on m'a jeté comme dans cette citerne.

15 Car, par un larcin, j'ai été enlevé de la terre des Hébreux

et là, [bien qu']innocent, j'ai été jeté dans une citerne.

16 Et le chef des panetiers

G Schef panetier vit qu'il avait bien interprété

Gqu'il avait interprété avec justesse et il dit à Joseph :

— Moi aussi dans mon songe voici : trois corbeilles à claire-voie

Gde pains de gruau  sur ma tête.

16 Le maître des panetiers, voyant que Joseph avait résolu le songe avec sagacité, dit :

— Moi aussi j'ai vu un songe : j'avais trois corbeilles de farine sur ma tête.

17 Et dans la corbeille la plus haute : les mets de Pharaon

Gsupérieure : toutes sortes d'espèces que le roi Pharaon mange  œuvre du panetier

et la gent ailée les mangeait

Gles oiseaux du ciel les mangeaient

Sdes créatures ailées les mangeaient dans la corbeille sur ma tête.

Gcorbeille supérieure [sur] ma tête.

17 Et dans une corbeille, celle qui était au-dessus

je portais tous les mets qui sont faits par l'art de la boulangerie

et les oiseaux en mangeaient.

18  Et Joseph répondit et dit :

GEt répondant, Joseph lui dit :

SEt Joseph répondit et lui dit :

— Voici son interprétation

Sl'interprétation de ton songe : les trois corbeilles ce sont

G Ssont trois jours.

18 Joseph répondit :

— Voici l’interprétation du songe :

les trois corbeilles sont ici trois jours

19 Dans encore

GEncore

SAprès trois jours Pharaon t'élèvera la tête de dessus toi

Gte coupera la tête hors de toi

Ste prendra la tête hors de toi et te pendra à un arbre

G Sà la potence et la gent ailée mangera ta chair de dessus toi.

Gles oiseaux du ciel mangeront ta chair hors de toi.

Sla gent ailée mangera ta chair hors de toi.

19 après lesquels Pharaon t'arrachera la tête et te pendra à une croix

et les oiseaux lacéreront tes chairs.

M S Sam
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20 Or le troisième jour, jour de

Sce même jour où [à] la maison c'était  l'anniversaire de Pharaon,

et il

SPharaon donna un festin à tous ses serviteurs

et il éleva la tête du chef des échansons et la tête du chef des panetiers

Sil se souvint du chef échanson et du chef panetier au milieu de ses serviteurs.

20 Lorsque ce fut le troisième jour, jour de la naissance de Pharaon

et il donnait un festin à tous ses serviteurs

et il se souvint de la charge de chef échanson et de la charge du chef panetier au milieu de ses serviteurs,

20 De fait, le troisième jour était l'anniversaire de la naissance de Pharaon

qui, donnant un grand festin à ses serviteurs

se souvint au milieu du banquet du maître des échansons et du chef des panetiers.

M G S Sam
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21 Et il fit revenir

Grétablit

Sreleva le chef des échansons dans sa charge et il donna la coupe au creux de la main

G Sdans la main de Pharaon.

21 Et il rétablit l'un dans sa place pour tendre le breuvage du roi

22 Et le chef des panetiers, il [le] pendit comme leur avait interprété Joseph.

22 et il pendit l'autre à une potence, en sorte que fut accréditée la vérité du devin.

23 Et le chef des échansons ne se souvint pas de Joseph et

Gmais l’oublia.

23 Et cependant, après cette heureuse issue, le chef des échansons oublia son interprète. 

Propositions de lecture

37,2–50,26

Le cycle de Joseph

Ici commence l'histoire de Joseph, d'un caractère nettement distinct du cycle de Jacob. Alors que ce dernier se termine au ch.35 avec l'achèvement de l'ensemble des institutions nécesssaires à la vie des tribus établies en →Terre promise, l'histoire de Joseph annonce l'Exode et le thème du Retour.

La Providence rédemptrice

Au contraire des précédentes, cette histoire se déroule sans intervention visible de Dieu, sans révélation nouvelle, mais elle est tout entière un enseignement, exprimé en clair à la fin (Gn 50,20 et déjà Gn 45,5-8) :

  • La Providence se joue des calculs des hommes et sait faire tourner au bien leur mauvais vouloir. Non seulement Joseph est sauvé, mais le crime de ses frères devient l'instrument du dessein de Dieu : la venue des fils de Jacob en Égypte prépare la naissance du peuple élu.
  • C'est toujours la même perspective de salut (« sauver la vie à un peuple nombreux », Gn 50,20) qui traverse tout l'AT pour déboucher en s'élargissant dans le NT. C'est une esquisse de la →Rédemption, comme plus tard l'Exode. ­

Indices de la datation de la rédaction

De nombreux traits du récit témoignent d'une certaine connaissance des choses et des usages de l'ancienne Égypte, tels que les documents égyptiens nous les révèlent. Cependant,

  • les parallèles que l'on peut dater se rapportent à l'époque où ces traditions furent rédigées,
  • et non à celle de la descente de la famille de Jacob en Égypte, qu'on pourrait approximativement situer vers le 17e s. av. J.-C.

Réception

Musique

37,2–50,26 Jacob préférait Joseph Joseph et ses frères - Oratorio Le cycle de Joseph occupe les quatorze derniers chapitres de la Genèse. Vendu par ses frères, esclave puis prisonnier en Égypte, il devient le second du royaume ; la famine conduit ses frères devant lui, qui ne le reconnaissent pas. Il les éprouve, les retient, les renvoie, puis se fait reconnaître. Le récit se conclut sur une parole adressée aux frères : « Vous aviez voulu me faire du mal, Dieu l’a changé en bien » (Gn 50,20).

Joseph pleure huit fois dans ce récit, souvent en cachette. Hændel puis Méhul ont écrit sur cette histoire deux œuvres qui s’attachent moins aux événements qu’aux sentiments éprouvés par les personnages.

19e s.

L’opéra-comique de Méhul, sur un livret d’Alexandre Duval, est créé à Paris en février 1807. C’est l’œuvre la plus célèbre du compositeur, longtemps jouée en France et en Allemagne.

Méhul choisit la sobriété. 

Aucune intrigue amoureuse, aucune épouse égyptienne : le seul rôle aigu est celui de Benjamin, chanté par une soprano. Le drame se resserre sur le père, les fils et le frère perdu.

Joseph, devenu ministre de Pharaon sous un nom égyptien, y chante le souvenir de la vallée d’Hébron et de la maison paternelle. Sa romance « À peine au sortir de l’enfance » raconte sa propre histoire à ceux qui ne le reconnaissent pas.

Siméon porte le poids de la faute. C’est lui que le remords ronge, jusqu’à l’aveu devant son père.

Étienne Nicolas Méhul (1763-1817), La légende de Joseph en Égypte, 1807

Claude Bardon (dir.), Ensemble Choral Intermezzo, Orchestre régional de Picardie: Le Sinfonietta

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18e s.

L’oratorio est achevé à l’été 1743 et créé à Covent Garden le 2 mars 1744, après Messiah, Samson et Semele. Le livret est de James Miller, pasteur et auteur de comédies, mort quelques semaines après la création ; il adapte en partie un drame d’Apostolo Zeno (1722).

L’œuvre ne commence pas au puits de Gn 37. Au lever du rideau, Joseph est en prison, « dans une attitude mélancolique » ; l’acte I le conduit de l’interprétation des songes de Pharaon à son mariage avec Asenath (Gn 41,45). La trahison des frères n’est jamais montrée : elle n’existe que dans les remords.

Ces remords ont un visage, celui de Siméon, rôle créé par le ténor favori de Haendel, John Beard. Dans la Genèse, Joseph le garde en otage (Gn 42,24) ; Siméon est aussi l’un des deux frères qui avaient pris l’épée à Sichem. L’acte II s’ouvre sur lui en prison, en miroir de Joseph à l’acte I, et Haendel en fait le personnage le plus tourmenté de l’œuvre. C’est la parole des frères en Gn 42,21 : « Vraiment, nous sommes coupables envers notre frère. »

Benjamin est confié à une voix d’enfant, créée par le jeune Samuel Champness. Ses airs, délicats, sont entrecoupés de nombreux silences. Dans la scène centrale, il chante sa pitié pour son père tandis que Joseph, sans se faire connaître, exprime son angoisse en apartés : un duo dont les deux voix ne se répondent pas. Ce sont les larmes de Gn 43,30, quand Joseph, bouleversé à la vue de son frère, sort en hâte pour pleurer à l’écart.

Quand les frères refusent de repartir sans Benjamin, Joseph se fait reconnaître, et l’oratorio s’achève dans la réconciliation.

Georg Friederich Händel (1685-1759), Joseph and his brethren HWV 59, 1744

Nicholas McGegan (dir.), Philharmonia Baroque Orchestra & Chorale

© Licence YouTube Standard→, Gn 37,2-50,26