Un projet du Programme de Recherches La Bible en ses traditions AISBL
Dirigé par l’École Biblique et Archéologique Française de Jérusalem
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1 Alors je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle
(en effet, le premier ciel et la première terre avaient disparu
Vont disparu
et il n'y a plus de mer)
Vla mer n'est plus)
2 et la cité sainte, Jérusalem nouvelle, je [la] vis descendre du ciel, d’auprès de Dieu
vêtue comme une nouvelle mariée
Vfiancée parée pour son époux.
2 ...
1–5 et il n'y aura plus mort, ni deuil, ni cri, ni douleur Une Jérusalem de pierre et de voix : quand Saint-Denis accueille l'Ukraine En Ap 21, Jean voit descendre du ciel une Jérusalem nouvelle : non pas une ville reconstruite sur les ruines de l'ancienne, mais quelque chose d'entièrement inédit, arraché à la logique de la mort et de la destruction : « Il n'y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur ». Cette vision ne nie pas ce qui a été détruit, au contraire elle le transfigure.
La basilique de Saint-Denis, nécropole des rois, lieu où les plombs royaux furent fondus en balles et où les nefs abritèrent le grain des temps de guerre, est elle-même une pierre vivante d'une théologie de la résistance de la conscience. Un lieu qui connaît l'importance de tenir debout quand tout s'effondre.
C'est dans cet espace chargé de mémoire et de résistance que résonne la Prière pour l'Ukraine de Silvestrov, portée par le Chœur de Kyiv et un chœur français réunis : deux peuples, deux voix, mais une seule supplique. La musique de Silvestrov n'imite pas la guerre, elle ne la documente pas, elle ouvre plutôt un espace où « Dieu essuiera toute larme » (Ap 21,4). Ses harmonies suspendues, ses silences habités, ses mélodies qui semblent venir de plus loin que le présent, tissent cet espace intérieur dont parle la Jérusalem céleste : non pas un refuge qui tourne le dos au monde, mais la promesse que ce monde-ci, malgré tout, est en train d'être renouvelé. L'Ukraine existe ce soir dans cette basilique en présence du compositeur Valentin Silvestrov. Elle existe plus que jamais parce que ce qui chante ne peut pas être effacé.
Valentin (1937-...), « Prière pour l’Ukraine » à la Basilique Saint-Denis (France), 2014
Mykola Hobdych (dir.), Kiev Chamber Choir, enregistrement de Constantin Sigov (26/03/26)
Le concert fut présenté par le philosophe Constantin , ami du compositeur :
Valentin Silvestrov, né à Kiev en 1937, est le plus grand compositeur ukrainien vivant et l'une des figures majeures de la musique contemporaine mondiale. Son œuvre ne se cantonne pas à l'espace du concert : elle est profondément ancrée dans l'histoire et les convulsions de son temps.
Persécuté en URSS pour « formalisme », exclu de l'Union des compositeurs, il a traversé des décennies d'underground avant d'être reconnu sur les plus grandes scènes européennes. Lors de la révolution du Maïdan, en 2013-2014, il descend dans la rue et compose cinq versions successives de l'hymne ukrainien, épousant au plus près le rythme des événements — de la veille silencieuse à la colère, puis à la victoire.
Sa musique fonctionne, selon la formule qu'il reprend à la poétesse Olga Sedakova, comme un « cardiogramme de l'époque » : elle enregistre ce que la société ressent avant même de pouvoir le dire. En 2022, à 84 ans, il quitte l'Ukraine sous les bombes. Toute son existence illustre cette conviction que la beauté et la liberté sont indissociables.
Selon l'un des principaux intellectuels ukainiens, figure majeure de la résistance culturelle et intellectuelle à l'agression russe, sa musique est avant tout un acte de résistance spirituelle :
1,1–22,21 Allusions à l'Apocalypse