La Bible en ses Traditions

Apocalypse 21,1–7

Byz V S TR Nes

Alors je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle

(en effet, le premier ciel et la première terre avaient disparu

Vont disparu 

et il n'y a plus de mer)

Vla mer n'est plus)

Byz V TR Nes
S

et la cité sainte, Jérusalem nouvelle, je [la] vis descendre du ciel, d’auprès de Dieu

vêtue comme une nouvelle mariée

Vfiancée parée pour son époux.

...

Et j’entendis une voix forte venue du ciel

Byz V TRtrône disant :

— Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes, il habitera avec eux :

eux seront son peuple

et Dieu lui-même sera avec eux.

TRDieu lui-même sera avec eux, leur Dieu.

V Neslui, Dieu avec eux, sera leur Dieu.  

...

Et il

V TRDieu essuiera toute larme de leurs yeux

et il n'y aura plus mort, ni deuil, ni cri, ni douleur : il n'y [en] aura plus

car

Nes[car] les choses d'avant ont disparu.

...

Alors celui qui était assis sur le trône dit :

— Voici, je fais neuves toutes choses !

Et il dit : — Écris, car ces paroles sont Vparfaitement sûres et véritables ! 

...

Byz V S TR Nes

Puis il me dit : — V TR NesC’est fait :

moi, je suis l’alpha et l’ω

TRl’α et le ω

Vl’α et l'ω

Sl’alpha et le thau, le commencement et la fin 

moi, à l'assoiffé je donnerai de la source de l’eau de la vie

Vd’eau vive, gratuitement !

Puis il me dit : — V TR NesC’est fait :

moi, je suis l’alpha et l’ω

TRl’α et le ω

Vl’A et l'ω

Sl’alpha et le thau, le commencement et la fin 

moi, à l'assoiffé je donnerai de la source de l’eau de la vie

Vd’eau vive, gratuitement !

Qui aura vaincu possédera ces choses

et je serai pour lui Dieu et il sera pour moi un fils ;

Réception

Arts visuels

3 le tabernacle de Dieu avec les hommes Interprétation mariale Une image célèbre décrit Marie comme nouvelle Arche d'alliance contenant la Présence de Celui qui est en définitive le seul Temple de la Sion céleste (Ap 21,22). Cette image est un exemple parfait de Virgo paritura (Vierge parturiente), type précédant chronologiquement la Vierge à l'Enfant et aussi sujet pictural bien moins répandu dans les arts.

Piero della Francesca (1412/20-1492), La Madonna del Parto, (fresque, 1455-60 (?), maçonnée en 1785, redécouverte en 1889, restaurée et déposée en 1993), Vierge parturiente, 260 × 203 cm, église Santa Maria di Momentana, Monterchi

musée de Monterchi, Toscane (Italie),  Domaine public © Wikicommons→

Monterchi, où fut peinte cette image, était la ville natale de la mère du peintre Piero della Francesca. Cela explique sans doute la charge émotionnelle et théologale de l'œuvre, où la Vierge apparaît sous une figure presque paysanne, tranchant sur les modèles à longs cheveux blonds favorisés par son époque (des siècles plus tard la même analogie entre la Vierge Marie et sa propre mère inspirerait Pier Paolo Pasolini, au cinéma : Cinéma Mt 26,1–28,20). 

  • Debout et face au spectateur dans une attitude hiératique à la manière des représentations byzantines, Marie pose la main gauche sur la hanche, la droite soutient son ventre proéminent qu'elle montre par l'échancrure.
  • Elle est entourée de deux anges parfaitement symétriques réalisés à partir d'un même carton et de couleurs complémentaires.
  • Ils écartent délicatement les pans du rideau du baldaquin (draperies rouges signalant l'intérieur du Temple, dans l'iconographie byzantine), brodé de grenades symbolisant à la fois la Tora et la Passion du Christ.

Ce tableau joue un rôle important dans le film Nostalghia→  d'Andreï Tarkovski (1983).

Musique

1–5 et il n'y aura plus mort, ni deuil, ni cri, ni douleur Une Jérusalem de pierre et de voix : quand Saint-Denis accueille l'Ukraine En Ap 21, Jean voit descendre du ciel une Jérusalem nouvelle : non pas une ville reconstruite sur les ruines de l'ancienne, mais quelque chose d'entièrement inédit, arraché à la logique de la mort et de la destruction : « Il n'y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur ». Cette vision ne nie pas ce qui a été détruit, au contraire elle le transfigure.

21e s.

Résister dans la prière pour l'espérance

La basilique de Saint-Denis, nécropole des rois, lieu où les plombs royaux furent fondus en balles et où les nefs abritèrent le grain des temps de guerre, est elle-même une pierre vivante d'une théologie de la résistance de la conscience. Un lieu qui connaît l'importance de tenir debout quand tout s'effondre.

C'est dans cet espace chargé de mémoire et de résistance que résonne la Prière pour l'Ukraine de Silvestrov, portée par le Chœur de Kyiv et un chœur français réunis : deux peuples, deux voix, mais une seule supplique. La musique de Silvestrov n'imite pas la guerre, elle ne la documente pas, elle ouvre plutôt un espace où « Dieu essuiera toute larme » (Ap 21,4). Ses harmonies suspendues, ses silences habités, ses mélodies qui semblent venir de plus loin que le présent, tissent cet espace intérieur dont parle la Jérusalem céleste : non pas un refuge qui tourne le dos au monde, mais la promesse que ce monde-ci, malgré tout, est en train d'être renouvelé. L'Ukraine existe ce soir dans cette basilique en présence du compositeur Valentin Silvestrov. Elle existe plus que jamais parce que ce qui chante ne peut pas être effacé.

Valentin Silvestrov (1937-...), « Prière pour l’Ukraine » à la Basilique Saint-Denis (France), 2014

Mykola Hobdych (dir.), Kiev Chamber Choir, enregistrement de Constantin Sigov (26/03/26)

© Licence YouTube Standard→, Ap 21,1-5

Le concert fut présenté par le philosophe Constantin Sigov, ami du compositeur :

  • Constantin Sigov, Discours d'introduction au concert : « Quelle émotion : la basilique de Saint-Denis résonne de la présence de l’Ukraine ce soir ! Nécropole des rois, la basilique de Saint-Denis fut un lieu de vie et de résistance : ses plombs royaux furent fondus en balles pour repousser les armées étrangères, ses nefs abritèrent le grain et la farine qui ont nourri le peuple, et ses pierres accueillirent théâtre et chants, rappelant que les peuples en guerre ont besoin de tout ceci pour cultiver l'espérance. L’Ukraine, patrie d’Anne de Kyiv, épouse d’Henri Ier, reine et régente de France, est accueillie, ce soir, par sa sœur d’Occident, dans un geste qui porte tous les signes d’une certaine tradition de solidarité et d’hospitalité européenne. Et cela, en ce moment singulièrement dramatique, qui est ce temps de malheur et de larmes, où les Ukrainiens vivent jour et nuit la terreur que fait régner sur elle un ennemi qui a décidé que l’Ukraine ne doit pas exister, que sa culture doit être effacée. Les musiques que nous allons entendre sont les voix de cette Ukraine meurtrie, qui continue à exister, et qui existe plus que jamais, сar elle poursuit héroïquement le combat pour sa liberté et pour la vôtre, dans les grandes villes du pays, dans les villages, dans les tranchées du Donbass. Ces musiques sont la pulsation du cœur de l’Ukraine. Elles portent le témoignage d’une vie de l’esprit, que les destructions des drones et les cendres de la guerre sont impuissantes à étouffer. Une vie de l’esprit plus forte que l’adversaire, parce qu’elle a pour énergie la dignité d’un peuple, sa liberté, sa confiance en la vie. C’est le combat que soutiennent les musiciens que nous allons entendre. Le combat des interprètes : le chœur de Kyiv et le chœur français. Mais c’est le combat, tout particulièrement, de Valentyn Silvestrov, que le New York Times a qualifié de « porte-parole musical de l’Ukraine » en 2014 et immense compositeur de notre temps. Au fil de sa vie V. Silvestrov a créé une œuvre puissamment originale, tissée de mélodies secrètes, de notes entremêlées de silences et de résonances, qui nous attire dans un espace intérieur, à l’écart du fracas des violences et des tyrannies. Un espace intérieur, où la vie renaît, germe et se multiplie. Il nous fait l'honneur de sa présence ce soir. Puisse chacun, ce soir, faire l’expérience heureuse de ces voix d'Ukraine qui amènent jusqu’à nous un souffle d’espérance et d’énergie nouvelle, envers et contre tout » (26 mars 2026, Basilique Saint-Denis (France).
Compositeur

Valentin Silvestrov, né à Kiev en 1937, est le plus grand compositeur ukrainien vivant et l'une des figures majeures de la musique contemporaine mondiale. Son œuvre ne se cantonne pas à l'espace du concert : elle est profondément ancrée dans l'histoire et les convulsions de son temps.

Persécuté en URSS pour « formalisme », exclu de l'Union des compositeurs, il a traversé des décennies d'underground avant d'être reconnu sur les plus grandes scènes européennes. Lors de la révolution du Maïdan, en 2013-2014, il descend dans la rue et compose cinq versions successives de l'hymne ukrainien, épousant au plus près le rythme des événements — de la veille silencieuse à la colère, puis à la victoire.

Sa musique fonctionne, selon la formule qu'il reprend à la poétesse Olga Sedakova, comme un « cardiogramme de l'époque » : elle enregistre ce que la société ressent avant même de pouvoir le dire. En 2022, à 84 ans, il quitte l'Ukraine sous les bombes. Toute son existence illustre cette conviction que la beauté et la liberté sont indissociables.

Selon l'un des principaux intellectuels ukainiens, figure majeure de la résistance culturelle et intellectuelle à l'agression russe, sa musique est avant tout un acte de résistance spirituelle :

  • Constantin Sigov, « La liberté de l’Ukraine et la musique de Valentin Silvestrov » : « Les sons incomparablement libres des mélodies de Silvestrov nous entraînent au-delà de ces deux tendances [d'aliénation de la musique classique : l'ignorance en gros et dans le détail et l'adoration décorative de ses façades philarmoniques], présentant de manière inattendue de nouvellesformes de connexion entre la musique et les paroles, de la poésie contemporaine en passant par le classique et jusqu’aux stichères liturgiques et aux psaumes. La nouvelle musique "dégivre" les textes figés et gelés, connus mais oubliés justement en raison de leur familiarité » (Revue La Règle du Jeu n°57→, mai 2015).

Cinéma

1,1–22,21 Allusions à l'Apocalypse

  • Ingmar Bergman, Det sjunde inseglet [« le septième sceau »] (1957).
  • Vincente Minnelli, The Four Horsemen of the Apocalypse (1961).
  • Andrei Tarkovski, Offret [« le sacrifice »] (1985).
  • Peter Jackson, The Lord of the Rings (en particulier le 3e film, 2003).