La Bible en ses Traditions

Apocalypse 19,16–21

Byz V S TR Nes

16 sur son vêtement et sur sa cuisse il portait écrit ce nom :

« Roi des rois et Seigneur des seigneurs ».

17 Et je vis un ange debout dans le soleil

et il cria d’une voix forte à tous les oiseaux qui volaient par le milieu du ciel :

— Venez, rassemblez-vous pour le grand festin de Dieu

18 pour manger la chair des rois, la chair des chefs militaires

la chair des soldats vaillants

la chair des chevaux et de ceux qui les montent

la chair de tous les hommes libres et esclaves, petits et grands. 

19 Et je vis la bête et les rois de la terre avec leurs armées rassemblés pour faire la guerre

à celui qui était monté sur le cheval et à son armée.

20 Et la bête fut prise et avec elle le faux-prophète qui, par les prodiges faits devant elle

avait séduit ceux qui avaient la marque de la bête

et ceux qui adoraient son image.

Tous les deux furent jetés vivants dans l’étang de feu où brûle le soufre

21 le reste fut tué par le glaive qui sortait de la bouche de celui qui était monté sur le cheval

et tous les oiseaux se rassasièrent de leurs chairs.

Texte

Procédés littéraires

1,1–22,21 NARRATION Construction d'un espace qui transcende l'espace

De la terre au ciel et retour ?

Psyberartist, Patmos, (photographie numérique, 2013)

© CC BY 2.0→ Ap 6,14 ; 20,12-15

Quand l’île a un relief aussi torturé que Patmos, elle s’avère à la fois solide et fragile: trouée vers le ciel par le vent et par l’eau et en constant contact avec les enfers à travers les séismes. À Patmos, le haut et le bas, l’ici et le là-bas se mêlent; on est assez suspendu entre ciel et terre. Et de fait, il est difficile de suivre les mouvements du Voyant de l’Apocalypse et de le situer précisément au fil du récit, entre rivage et mer, montagne et désert, ciel et terre :

  • D’abord, en Ap 1,9 il est dans l’île de Patmos.

Il monte ensuite deux étapes : 

  • Ap 1,10, saisi par l’Esprit, il se retourne (transe ?) ; 
  • Ap 4,1 : il monte vers le ciel dont une porte s’est ouverte ; il y observe une liturgie grandiose avec des échanges entre ciel et terre (les sceaux ouverts Ap 6, les humains marqués Ap 7), toutes sortes de catasrophes cosmiques aux sept coups de trompette (Ap 8-11) des anges debout ou s’activant entre ciel et terre (Ap 10,6) finalement dans le ciel le signe de la femme accouchant sur la terre, son enfant menacé par le dragon mais enlevé au ciel, le dragon restant aux aguets sur le sable de la mer (Ap 12,18) d’où émerge une terrifiante bête, bientôt rejointe par une autre montée, elle, de la terre (Ap 13).

Le voyant semble alors entre ciel et terre, entendant des voix venant du ciel (Ap 14,2.13).

  • puis il se concentre à nouveau sur le sanctuaire céleste d’où sont envoyés les septs anges porteurs de coupes (Ap 16) 
  • Il est rejoint par un ange qui le transporte dans un désert pour lui montrer la prostituée Babylone (Ap 17,1), dont il déchiffre la vision, puis il voit descendre du ciel (Jn 18,1) l’ange qui annonce sa chute ; entend dans le ciel l’alleluia de la foule des élus (Ap 19,1), voit au ciel le Verbe sur son cheval blanc et ses armées (Jn 19,11) ; un ange descend du ciel avec chaîne et clef pour enfermer le dragon (Ap 20,1), puis en présence de celui qui siège sur le trône blanc (au ciel ?)

Du cosmos au Logos et retour

Il est donc bien difficile de situer le Voyant. Finalement, le lieu où l'on est toujours le plus certain de se trouver, c’est encore la page du livre. Et justement, l'apocalypticien ne cesse de comparer le monde à un livre Procédés littéraires Ap 6,12–16 ; 20,12–15 ; 22,7–10.18s

Réception

Arts visuels

11–21 il parut un cheval blanc Chargez ! Le cavalier est plus explicitement associé au Christ dans l'enluminure anonyme du 15e s. que dans celle de Beatus de Liébana. Néanmoins, son auréole est mystérieuse, n'étant pas crucifère comme le nimbe caractéristique du Christ, mais en tourbillon, ce qui est un code iconographique unique et inédit.

Enluminure du 8e s. 

Beatus de Liébana (ca. 730-798), Commentaire sur l'Apocalypse (ca. 784), manuscrit, Latin 8878, folio 201v

Bibliothèque Nationale de France, Paris (France) © Domaine Public→

15e s. 

Anonyme, Apocalipsis in dietsche (enluminure sur parchemin, 1401-1500), 84 x 24 cm, manuscrit, folio 22r, Département des Manuscrits. Néerlandais 3

Bibliothèque Nationale de France, Paris (France) © Domaine Public→

13–16 vêtement teint de sang Seigneur des seigneurs Œuvre d'un célèbre artiste polonais aux origines juives et chrétiennes, cette image colossale ne laisse personne indifférent.

Christologie

Jan Henryk de Rosen (1891-1982), Christ en majesté (mosaïque, 1920-1960), abside nord

basilique supérieure du National Shrine of the Immaculate Conception, Washington D.C. (États-Unis) © D.R. photo BEST AISBL

colère Mt 3,7 ; Jn 3,36 ; Rm 1,18 ; 2,8 ; 5,9 ; Col 3,6 ; 1Th 1,10 ; Ap 6,16 ; 11,18 ; regard perçant He 4,13 ; cheveux blancs Ap 1,14 ; jugement de feu 1Co 3,13 ; He 10,27 ; 2P 3,7-12 ; 1Co 3,13-15 ; Ml 3,3 ; jugement Mt 25,41-43 ; bras étendu Is 52,10 ; chérubins Ez 1,4-21 ; 10,1-22 ; Ps 99,1-2

 Moqué par les uns comme un Jésus bodybuildé, rapproché par les autres de l'art soviétique officiel du milieu du 20e s., cette mosaïque est aussi pour d'autres l'occasion de redécouvrir dans les Écritures l'image du Christ souverain juge, et pas seulement doux agneau, qu'elles recèlent aussi.

Cinéma

1,1–22,21 Allusions à l'Apocalypse

  • Ingmar Bergman, Det sjunde inseglet [« le septième sceau »] (1957).
  • Vincente Minnelli, The Four Horsemen of the Apocalypse (1961).
  • Andrei Tarkovski, Offret [« le sacrifice »] (1985).
  • Peter Jackson, The Lord of the Rings (en particulier le 3e film, 2003).