La Bible en ses Traditions

1 Rois 7,23–26

M V
G S

23 Il fit la mer fondue

de dix coudées d’un bord à

Vjusqu'à un bord

ronde autour

Vsur le pourtour

de cinq coudées, sa hauteur.

Un cordeau

VUne cordelette de trente coudées l'entourait autour.

Vceignait celle-là par le pourtour.

23 ... 

M
G S
V

24 Des coloquintes l’entouraient, au-dessous du bord, dix par coudées, faisant tout le tour de la mer

sur deux rangs. Les coloquintes étaient fondues avec elle en une seule pièce.

24 ... 

24 Une sculpture en faisait le tour sous le bord, avec dix coudées, entourant la mer.

Deux rangs de sculptures striées étaient fondues.

M V
G S

25 Elle était posée

Vse tenait sur douze bœufs

trois étaient tournés vers le septentrion

Vparmi lesquels trois regardaient vers l'aquilon

trois étaient tournés vers la mer, trois étaient tournés vers le Néguev et trois étaient tournés vers l'orient.

Vet trois vers l'occident et trois vers le midi et trois vers l'orient. 

La mer était sur euxV, par-dessus

dont tous les postérieurs vers l'intérieur étaientV cachés.

25 ... 

M
G S
V

26 Son épaisseur, un palme

et son bord était ouvragé comme le bord d’une coupe en fleur de lis.

Elle contenait deux mille baths.

26 ...

26 L'épaisseur du bassin était de trois pouces

et son bord comme le bord d’une coupe et [comme] la feuille d'un lis épanoui.

Il contenait deux mille bats.

Contexte

Milieux de vie

23–26 la mer fondue LITURGIE du Temple, mobilier : La « mer d’airain » Le temple était bâti sur un point élevé de la ville, comme ailleurs en Syrie-Palestine. L’absence de source implique la constitution d’une grande réserve d’eau nécessaire aux ablutions des célébrants e et aux sacrifices eux-mêmes. La « mer fondue », ou « mer d’airain » se compose de deux éléments :

  • Le bassin décrit dans 2 Chroniques 4 mesure environ 4,40 à 4,50 m de diamètre et 2,20 à 2,25 m de hauteur, avec une circonférence pouvant atteindre 13,50 m et une épaisseur d’environ 7,5 cm. Sa capacité atteint environ 38 000 litres (les chiffres de 1R 7,26 et 2Ch 4,5 posent une question de calcul).
  •  Il repose sur une base de douze taureaux, en quatre groupes de trois, orientés vers les quatre points cardinaux.

Jean-Baptiste Scotin (ca 1678- post 1733) ou Antoine Hérisset (1685-1769), La mer d'airain, (gravure en taille-douce, 1722-28)

illustration, dans Augustin Calmet (1672-1757), Dictionnaire historique, critique, chronologique, géographique et littéral de la Bible, enrichi d'un grand nombre de figures en taille-douce, qui représentent les antiquitez judaïques., 4 vol., Paris : Emery, Saugrain, et Pierre Martin, 1722-1728, vol.2, p.52,

Bibliothèque municipale de Lyon→, France © Domaine public

Jean-Baptiste Scotin (ca 1678- post 1733) ou Antoine Hérisset (1685-1769), La mer d'airain, (gravure en taille-douce, 1722-28), ibid

Parallèles non bibliques ?

Des parallèles apparaissent dans des représentations de bassins devant des temples sur des bas-reliefs assyro-babyloniens. Ils avaient leur place dans le mobilier cultuel des temples du Proche-Orient, pour l’eau destinée aux ablutions et au lavage.

  • Dans la cour de plusieurs temples, à partir du 18e s.  av. J.-C., des bassins remplissent cette fonction. Ceux qui ont été découverts sont en pierre, de forme rectangulaire ou ronde, posés sur le sol ou sur une plate-forme.
  • À Amathonte, à Chypre, dans la cour d’un temple du 6e s.  av. J.-C., un bassin de pierre de forme sphéroïdale mesure 1,85 m de hauteur et 3,20 m de diamètre. Il repose sur une base en anneau. Quatre anses sculptées sous la lèvre abritent des têtes de taureau.

La base du bassin de Jérusalem reste sans parallèle.

Mystagogie

Symbolisme cosmique

On peut identifier dans la forme du bassin l’archétype de l’œuf cosmique dans la forme du bassin : la moitié supérieure étant la voûte du ciel réel ou bien, invisible, l'Esprit qui plane sur les eaux (Gn 1,2);  les 4 groupes de bœufs désignent  les quatre points cardinaux et leur nombre 12  peut représenter le zodiaque

Interprétation juive 
  • Pinchas ben Yair (rabbin du 10e s. ap. J.-C.),  Midrash Tadshe 2 : La mer représentait le monde ; les 10 coudées de diamètre correspondaient aux 10 Sephiroth et elle était ronde à son sommet comme le sont les cieux (‘Erub. 14ab). Sa profondeur de cinq coudées correspondait à la distance du voyage de 500 ans entre le Ciel et la Terre (voir Ḥag. 13a). Sa circonférence de trente coudées correspondait aux 10 commandements, aux 10 mots de Dieu à la création du monde et aux 10 Sephiroth : car le monde ne peut exister que si les 10 commandements sont observés, et les 10 sephiroth, comme les 10 mots de Dieu, sont les instruments de la Création (cf. →Entités originaires de la création ?). Les deux rangées de coloquintes sous le rebord symbolisaient le Soleil et la Lune, tandis que les douze bœufs sur lesquels elle reposait représentaient le zodiaque (mazzalot). Elle contenait 2 000 bains (mesure de volume), car le monde soutiendrait celui qui garde la Torah, créée 2 000 ans avant le monde (éd. Abraham Epstein, in Mi-Ḳadmoniyot ha-Yehudim, [héb. Des antiquités des Juifs »] Vienne (Autriche) : Lippe- Chayim David, 1887, p.17).
Interprétation chrétienne

La tradition chrétienne interprète de même le baptistère : 

  • Rupert de Deutz Trin. sur le Premier Livre des Rois c.21-23 (8), voit dans la mer de Bronze le prototype des fonts baptismaux chrétiens, les douze bœufs figurant les douze apôtres (PL 167→, col. 1166- 1169).

Probablement inspirés par cette exégèse, les fonts baptismaux de Reiner de Huy (1118) sont l’un des rares exemples d’application de ce motif à des fonts chrétiens :

Renier de Huy († 1146) ? ou anonyme du 15e s., Fonts baptismaux de Notre-Dame, scène principale : Le baptême du Christ, (cire perdue, haut relief en laiton, 12e s.:1107-1118 ou 15e s.), 80 × 60 × 60 cm, Collégiale Saint-Barthélemy de Liège, Liège ( Belgique)  © photo Jean-Pol Grandmont CC BY 2.5→

Les historiens contestent une fabrication mosane au 12e s., ne trouvant pas dans cette région à cette époque de technique adaptée. Les analyses métallurgiques montrent des matériaux et des procédés étrangers à la région mosane. La cuve serait donc issue d’un autre centre de production et d’une période plus tardive. Certains proposent une origine extérieure, byzantine ou méditerranéenne, voire un butin rapporté.

  • Dans ce contexte, les bœufs, orientés par trois vers les quatre points cardinaux pourraient symboliser la mission confiée par le Christ aux douze apôtres : « Allez, enseignez toutes les nations et baptisez-les » (Mt 28,20)