La Bible en ses Traditions

Annonces de la passion et de la résurrection

Les trois annonces

Mt, comme les autres Synoptiques, présente trois annonces prophétiques par Jésus de sa victoire sur la mort :

On peut y ajouter Mt 10,17-25 où, en prophétisant persécution et mort à ses disciples, Jésus prophétise aussi les siennes, ainsi que Mt 17,10-12, où Jésus donne sa version du scénario de la fin : « — Pourquoi donc les scribes disent-ils qu’Élie doit venir d’abord ? Répondant, Jésus leur dit : — Assurément, Élie vient d'abord et il restaurera toutes choses. Or, je vous dis qu'Élie est déjà venu et ils ne l’ont pas reconnu, mais ils lui ont fait tout ce qu'ils ont voulu. De même aussi, le fils de l’homme aura à souffrir par eux. »

Sources

Présentes dans les trois Synoptiques avec des variations autour d’un noyau fixe, ces prédictions ont les caractéristiques des traditions anciennes de la mémoire concernant Jésus.

Fonction narrative dans Mt : mise en place d'un suspens « noétique » autour du Ressuscité

Dans le récit évangélique, aide-mémoire sacré adressé à des lecteurs-auditeurs croyants qui connaissent déjà la fin de l’histoire (cf. Mt 28,20 ; Lc 1,4), il n’y a guère de suspens dramatique, mais plutôt un suspens noétique : dès le premier verset de l'évangile, qui annonce Jésus comme messie fils de David et fils d’Abraham, le lecteur est rendu attentif au dévoilement de l’identité profonde de Jésus qu’entend réaliser l’évangéliste. C’est ce dévoilement qui culmine dans l’eucatastrophe (mort et résurrection) des derniers chapitres.

La triple prédiction de la passion et de la résurrection et l'ensemble des allusions à la mort violente de Jésus font écho au « signe de Jonas » : le fils de l'homme sera trois jours et trois nuits dans le sein de la terre (Mt 12,40). Selon Mt 26,61 (cf. Jn 2,19.21 « Détruisez ce Sanctuaire et en trois jours je le relèverai [...]. Mais lui parlait du sanctuaire de son corps »), Jésus semble avoir donné le signe du Temple. Or, ces annonces de résurrection d'entre les morts restent non comprises des apôtres (Mc 9,10), comme des ennemis de Jésus, qui en tirent prétexte à faire garder son tombeau (Mt 27,63-64).

« Résurrection » et « ressuscité » comme mots-énigmes

La résurrection est plusieurs fois mentionnée durant le ministère, mais jamais elle ne suscite d’attention particulière.

Le mot « résurrection » est donc en quête de signifié jusqu’à ce que l’on rencontre le Ressuscité et, même alors, doute et hésitations semblent subsister (Mt 28,17).

Quid du « fils de l'homme » ?

Curieusement, en dépit des trois annonces dans lesquelles Jésus s'autodésigne comme →fils de l’homme, aucun récit d’apparition du Ressuscité ne parle explicitement de lui comme tel (au mieux, la figure est en filigrane dans la vision d’Étienne en Ac 7,56, et dans celle de Jean en Ap 1,13 ; 14,14). Tout se passe comme si la figure apocalyptique de Dn était vraiment et totalement accomplie par la réalité de la rencontre avec le Christ ressuscité : Intertextualité biblique Mt 28,18b.