La Bible en ses Traditions

Tobie 12,8

G
V
S

La prière est bonne avec le jeûne, l'aumône et la justice.

Mieux vaut la pauvreté avec la justice que l'abondance avec l'injustice 

faire l'aumône est meilleur qu'amasser de l'or

La prière est bonne avec le jeûne, et l’aumône vaut mieux que l’or et les trésors.

...

Réception

Musique

6–20 Je suis l'ange Raphaël Comme Raphaël devant Tobie — la musique comme révélation et effacement L'ange Raphaël choisit de se révéler — puis de disparaître (Tb 12,20). Ce n'est pas un adieu ordinaire : c'est un effacement voulu, nécessaire, comme si la présence de l'ange n'avait de sens que dans son retour à l'invisible.

20e s.

L'effacement vers l'invisible silence

The Messenger de Silvestrov semble habité par cette même logique : un motif d'une simplicité désarmante s'ouvre au piano, revient, inlassablement, comme une présence qui cherche à se faire reconnaître — puis s'atténue, se voile, se retire dans le silence, jusqu'à ce que l'on ne sache plus très bien s'il est encore là ou s'il a déjà disparu. Ce qui reste, ni éclat ni climax, c'est un silence habité que l'auditeur emporte sans pouvoir tout à fait le nommer. Entre ce passage du livre de Tobie et The Messenger, c'est la même théologie du don qui se dessine — celle d'un message qui n'a pas besoin de durer pour être éternel.

Valentin Silvestrov (1937-...), The Messenger, 1996–97

Hélène Grimaud (piano), Camerata Salzburg

© Licence YouTube Standard→, Tb 12,6-20

Compositeur

Valentin Silvestrov, né à Kiev en 1937, est le plus grand compositeur ukrainien vivant et l'une des figures majeures de la musique contemporaine mondiale. Son œuvre ne se cantonne pas à l'espace du concert : elle est profondément ancrée dans l'histoire et les convulsions de son temps.

Persécuté en URSS pour « formalisme », exclu de l'Union des compositeurs, il a traversé des décennies d'underground avant d'être reconnu sur les plus grandes scènes européennes. Lors de la révolution du Maïdan, en 2013-2014, il descend dans la rue et compose cinq versions successives de l'hymne ukrainien, épousant au plus près le rythme des événements — de la veille silencieuse à la colère, puis à la victoire.

Sa musique fonctionne, selon la formule qu'il reprend à la poétesse Olga Sedakova, comme un « cardiogramme de l'époque » : elle enregistre ce que la société ressent avant même de pouvoir le dire. En 2022, à 84 ans, il quitte l'Ukraine sous les bombes. Toute son existence illustre cette conviction que la beauté et la liberté sont indissociables.

Selon l'un des principaux intellectuels ukainiens, figure majeure de la résistance culturelle et intellectuelle à l'agression russe, sa musique est avant tout un acte de résistance spirituelle :

  • Constantin Sigov, « La liberté de l’Ukraine et la musique de Valentin Silvestrov » : « Les sons incomparablement libres des mélodies de Silvestrov nous entraînent au-delà de ces deux tendances [d'aliénation de la musique classique : l'ignorance en gros et dans le détail et l'adoration décorative de ses façades philarmoniques], présentant de manière inattendue de nouvellesformes de connexion entre la musique et les paroles, de la poésie contemporaine en passant par le classique et jusqu’aux stichères liturgiques et aux psaumes. La nouvelle musique "dégivre" les textes figés et gelés, connus mais oubliés justement en raison de leur familiarité » (Revue La Règle du Jeu n°57→, mai 2015).