La Bible en ses Traditions

Tobie 12,1–8

G
V
S

Et Tobit appela son fils Tobie et lui dit :

Songe, mon enfant, à la récompense pour l'homme qui t'a accompagné, car il faut l'augmenter. 

Alors Tobie appela auprès de lui son fils et lui dit :

— Que donnerons-nous à ce saint homme qui t’a accompagné dans ton voyage ? 

...

Et il lui répondit :

Père, cela ne me gêne pas de lui donner la moitié de ce que j'ai apporté

Tobie répondit à son père :

— Mon père, quelle récompense pouvons-nous lui offrir ? Y a-t-il quelque chose qui soit en rapport avec ses services ?

...

Car il m'a raméne sain et sauf et a soigné ma femme, il a apporté mon argent et t'a soigné également. 

Il m’a conduit et ramené sain et sauf 

il a été lui-même recevoir l’argent de Gabélus 

il m’a fait avoir une femme, dont il a éloigné le démon

et il a rempli de joie ses parents

il m’a sauvé moi-même du poisson qui allait me dévorer 

il t’a fait voir la lumière du ciel, et par lui nous avons été comblés de toutes sortes de biens.

Que pouvons-nous lui donner qui égale ce qu’il a fait pour nous ?

...

Et le vieillard dit :

Il est juste qu'elle lui revienne

Mais je te prie, mon père, de lui demander

s’il ne daignerait pas accepter la moitié de tout le bien que nous avons apporté. 

...

Et il appela l'ange et lui dit :

Prends la moitié de tout ce que vous avez apporté. 

L’ayant donc appelé, Tobie et son fils le prirent à part

et le prièrent de vouloir bien accepter la moitié de tout ce qu’ils avaient rapporté.

...

Alors, les ayant appelé tous les deux à part, il leur dit :

— Bénissez Dieu et rendez-lui gloire, reconnaissez sa grandeur et confessez son nom devant toutes les créatures à cause de ce qu'il a fait envers vous.

Il est bon de bénir le Seigneur, d'exalter son nom, en célébrant avec honneur les œuvres de Dieu

ne tardez donc pas à chanter ses louanges. 

Alors l’ange, seul avec eux, leur dit :

— Bénissez le Dieu du ciel et rendez-lui gloire devant tout être qui a vie

parce qu’il a exercé envers vous sa miséricorde.

...

Il est bon de tenir caché le secret du roi, mais pour les œuvres de Dieu, il est honorable de les révéler.

Faites ce qui est bien et le mal ne vous atteindra pas. 

Il est bon de tenir caché le secret du roi

mais il est honorable de révéler et de publier les œuvres de Dieu.

...

La prière est bonne avec le jeûne, l'aumône et la justice.

Mieux vaut la pauvreté avec la justice que l'abondance avec l'injustice 

faire l'aumône est meilleur qu'amasser de l'or

La prière est bonne avec le jeûne, et l’aumône vaut mieux que l’or et les trésors.

...

Réception

Musique

6–20 Je suis l'ange Raphaël Comme Raphaël devant Tobie — la musique comme révélation et effacement L'ange Raphaël choisit de se révéler — puis de disparaître (Tb 12,20). Ce n'est pas un adieu ordinaire : c'est un effacement voulu, nécessaire, comme si la présence de l'ange n'avait de sens que dans son retour à l'invisible.

20e s.

L'effacement vers l'invisible silence

The Messenger de Silvestrov semble habité par cette même logique : un motif d'une simplicité désarmante s'ouvre au piano, revient, inlassablement, comme une présence qui cherche à se faire reconnaître — puis s'atténue, se voile, se retire dans le silence, jusqu'à ce que l'on ne sache plus très bien s'il est encore là ou s'il a déjà disparu. Ce qui reste, ni éclat ni climax, c'est un silence habité que l'auditeur emporte sans pouvoir tout à fait le nommer. Entre ce passage du livre de Tobie et The Messenger, c'est la même théologie du don qui se dessine — celle d'un message qui n'a pas besoin de durer pour être éternel.

Valentin Silvestrov (1937-...), The Messenger, 1996–97

Hélène Grimaud (piano), Camerata Salzburg

© Licence YouTube Standard→, Tb 12,6-20

Compositeur

Valentin Silvestrov, né à Kiev en 1937, est le plus grand compositeur ukrainien vivant et l'une des figures majeures de la musique contemporaine mondiale. Son œuvre ne se cantonne pas à l'espace du concert : elle est profondément ancrée dans l'histoire et les convulsions de son temps.

Persécuté en URSS pour « formalisme », exclu de l'Union des compositeurs, il a traversé des décennies d'underground avant d'être reconnu sur les plus grandes scènes européennes. Lors de la révolution du Maïdan, en 2013-2014, il descend dans la rue et compose cinq versions successives de l'hymne ukrainien, épousant au plus près le rythme des événements — de la veille silencieuse à la colère, puis à la victoire.

Sa musique fonctionne, selon la formule qu'il reprend à la poétesse Olga Sedakova, comme un « cardiogramme de l'époque » : elle enregistre ce que la société ressent avant même de pouvoir le dire. En 2022, à 84 ans, il quitte l'Ukraine sous les bombes. Toute son existence illustre cette conviction que la beauté et la liberté sont indissociables.

Selon l'un des principaux intellectuels ukainiens, figure majeure de la résistance culturelle et intellectuelle à l'agression russe, sa musique est avant tout un acte de résistance spirituelle :

  • Constantin Sigov, « La liberté de l’Ukraine et la musique de Valentin Silvestrov » : « Les sons incomparablement libres des mélodies de Silvestrov nous entraînent au-delà de ces deux tendances [d'aliénation de la musique classique : l'ignorance en gros et dans le détail et l'adoration décorative de ses façades philarmoniques], présentant de manière inattendue de nouvellesformes de connexion entre la musique et les paroles, de la poésie contemporaine en passant par le classique et jusqu’aux stichères liturgiques et aux psaumes. La nouvelle musique "dégivre" les textes figés et gelés, connus mais oubliés justement en raison de leur familiarité » (Revue La Règle du Jeu n°57→, mai 2015).