La Bible en ses Traditions

Romains 8,28–30

Byz V TR Nes
S

28 Nous savons d’ailleurs que, pour ceux qui aiment Dieu,

 | [Dieu] | fait tout concourir au bien

Byz V TRToutes choses concourent au bien

de ceux qui, selon son dessein, sont appelés V« saints »

28 ...

28ss Un dessein bienveillant Ep 1,4-14 28 Ceux qui aiment Dieu. Ex 20,6 ; Dt 5,10 ; 6,5 ; 7,9 ; 10,12 ; Ps 31,24 ; 97,10 ; Jc 1,2

29 parce que

Vcar ceux qu’il a connus d’avance

Vpar sa préscience,

il les a aussi prédestinés à être conformes à l’image de son Fils

afin que lui-même soit le premier-né parmi un grand nombre de frères.

29 ...

30 Or ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés 

et ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés 

et ceux qu’il a justifiés, il les a aussi glorifiés.

30 ...

Propositions de lecture

5,1–8,39 Thème La seconde partie de Rm (ch.5-8) montre que le chrétien justifié (cf. ch.1-4) trouve dans l'amour de Dieu et le don de l'→Esprit la garantie du salut.

28–39 Synthèse de toute la thèse de l’épître Au titre de l’immutabilité de l’amour de Dieu et du Christ à l’égard des chrétiens « la péricope Rm 8,28-39 doit être considérée comme la synthèse et l’application concrète de toute la thèse de l’Épître. Or cette ''théologie'' est celle de l’agapê tou Theou ! » ( →Spicq 1959, 1,247).

Texte

Critique textuelle

28a fait tout concourir ou « toutes choses concourent » (Gr) : Variantes

Addition de « Dieu » ?

  • Certaines versions grecques A B 81 copsa (eth) Origen gr2/5 ajoutent ho Theos à la suite du verbe sunergei et en font le sujet.

 Il est alors le sujet des verbes qui suivent, coordonnés à sunergei.

Panta sujet de sunergei ?

« En grec panta sunergei est expliqué de deux façons, selon qu'on donne comme sujet à sunergei le neutre panta, ''tout concourt'' (V. omnia cooperantur), ou Ho Theos, Dieu collabore en tout'' (la plupart des modernes); le sujet ho Theos est exprimé dans plusieurs mss, P46, B, A. » (→Huby 1Co 307 note 2).

Vocabulaire

28 nous savons + « fait tout concourir » ou « concourent » (Gr) Lexicologie : connotations des verbes grecs

28a Quel savoir ?

Le verbe oidamen indique qu'il s'agit d'une conviction profonde, d'une vérité de foi. (cf. →Spicq Agapè 1,248).

28b Quel concours ?  

  • →Spicq 1959 « Le verbe sunergeô, littéralement ''travailler avec'', d'où ''aider, assister'', est assez rare dans la langue du NT ou des papyrus. Avec un complément de chose, il ne peut avoir ici sa nuance étymologique de coopération ou de collaboration, mais celle de l'usage : ''favoriser, être utile'' et même ''fournir''. L'idée est que Dieu ''se sert'' de tout pour le bien des élus, eis agathon. Il s'agit d'abord du bien final, la glorification, comme la suite le montrera ; mais aussi de biens plus immédiats en relation de moyens à effet avec cet achèvement. Il n'y a rien que Dieu ''n'utilise'' à cette fin (panta) ; choses, événements, personnes ; d'après le contexte, il s'agit surtout des épreuves, voire même la mort, et très précisément ce qui est le plus douloureux ou semble le plus fâcheux et nuisible. En réalité Dieu ''travaille avec'' ces phaenomena dont il fait les moyens d'exécution de sa prothesis. Sa ''coopération'' consiste à les transformer en occasions favorables, ou mieux à leur ''fournir'' — outre leurs qualités et leur fin propre — une vertu salutaire au bénéfice de ses élus. Ainsi ceux qui aiment Dieu peuvent envisager l'avenir avec confiance, puisque la Sagesse et la Puissance divine sont présentes en toutes choses pour les orienter vers une heureuse issue, ''le bien'' personnel des fils de Dieu. » (1,249s). 

28c dessein (G) Connotation divine : un véritable plan de salut ? 

Signification de prothesis dans les écrits pauliniens

  • →Spicq 1959 « La prothesis ''dessein, projet, propos'' s'entend, chez l'Apôtre, de la décision gracieuse, ou mieux du ''décret'' sotériologique constitué avant la création du monde, et comprenant à la fois le terme final (glorification, salut), et tous les moyens d'y conduire les hommes, en particulier l'appel efficace à la foi (cf. Rm 9,11 ; Ep 1,11 ; 2Tm 1,9). Du fait de ce ''propos'', l'homme est sous le regard de Dieu, ''placé devant'' lui, comme objet de connaissance et d'amour ; cf. Ep 1,4). » (1,248s, note 3).
En particulier en Rm 8,28
  • →Spicq 1959 « [...] les croyants ou saints ''qui aiment Dieu'' ne sont tels que kata Theon (v.27) ou kata prothesin, parce qu'ils sont englobés dans le plan de salut qui s'accomplit à leur égard. Ils sont les bénéficiaires visibles et comme officiels de ce décret de grâce ; et ce ne serait guère forcer le sens du texte que de voir dans leur redamatio l'un des objets privilégiés du dessein du Père, ''qui scrute les coeurs'' (Rm 8,27 ; cf. Ep 1,4). » (1,248s).

Procédés littéraires

28a pour ceux qui aiment Dieu Périphrase pour : les chrétiens

  • →Spicq 1959 « Cette périphrase est une désignation des chrétiens (Jc 1,12), identiques aux ''saints'' du v.27 ; elle suppose que l’agapê de Dieu même a été infusée dans leur cœur, par le Saint-Esprit (Rm 5,5), et dès lors il s’agit de l’amour qu’un enfant porte à son Père (Rm 8,15s). Mais le verbe agapan garde sa signification fondamentale des LXX et de Mt 6,24 : amour cultuel d’adoration et de fidélité envers le Seigneur. […] Effectivement tois agapôsin ton Theon est l’équivalent de tois kata prothesin klêtois ousin ;  plus précisément, la seconde proposition — dont l’objet est adéquat à la première — donne la raison de celle-ci — Note 1 : « Il y a entre les deux un rapport de causalité » →Lagrange Romains 214) : elle explique pourquoi Dieu intervient en faveur de ceux qui l’aiment. » (1,248).

28b sont appelés Périphrase pour : les chrétiens

  • →Spicq 1959 « […] les chrétiens sont, au sens technique du terme, des ''appelés'', c’est-à-dire qu’ils ont répondu à la vocation efficace de Dieu à la foi et au salut — Note 2 : Dans la langue de saint Paul, les klêtoi désignent ceux qui sont objets de l’appel de Dieu et l’acceptent ; donc les chrétiens. Ceux-ci se trouvent à une étape de réalisation intermédiaire entre le plan éternel du Père et la consommation glorieuse du salut. — ; d’autre part cet ''appel'' est la première réalisation dans le temps du plan divin fixé depuis toujours pour conférer [aux appelés] tous les bienfaits surnaturels. » (1,248).

Réception

Comparaison des versions

28 toutes choses concourent au bien   + appelés « saints » : V | Gr  Variantes entre textes grecs et latins

28a toutes choses concourent au bien : Byz VL V TR Nes | P46 A B : Dieu collabore en tout pour leur bien

L'origine de ces variantes entre versions grecque et latine est déjà dans le grec : Critique textuelle Rm 8,28a

28b appelés « saints » : V | Gr  : « appelés » 

La bible latine ajoute le mot « saint » :

Erreur scribale ?
  •  il peut s'agit d'une simple dittographie, ou d'une parablepse (saut regard du copiste d’un endroit du texte à un autre), du fait que le v. précédent se termine par ce terme : Rm 8,27 : qui autem scrutatur corda scit quid desideret Spiritus | quia secundum Deum postulat pro sanctis
Variante intentionnelle ?

Il peut s'agir d'une variante intentionnelle.

(1) Vocation : la construction « tout concourt au bien de ceux qui, selon son dessein, sont appelés » sans l'addition laisse l'appel ouvert
  •  (Procédés littéraires Rm 8,28b) Elle induit une pluralité dans l'appel ; quel que soit l'appel, tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu, tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu 
(2) Appellation : l'addition suggère que, selon le dessein de Dieu, le croyant est simplement « appelé 'saint' »
  • On peut comprendre qu'il ne s'agit pas de l'appel à un état de vie, de la vocation, mais simplement d'une appellation, de l'imposition du nom « saint » par l'autorité divine 

Une synthèse n'est peut-être pas impossible si l'on se rappelle que l'imposition d'un nom dans les Écritures →Nom (onoma, šēm), est aussi l'appel à une destinée et si l'on comprend que le dessein ou plan de Dieu (Vocabulaire Rm 8,28c) est que le croyant en vienne à être appelé « saint ».  

Frontispice de la bible Polyglotte d’Alcalà→ (1514-1517), (gravure sur bois) © Domaine public

Littérature

28 toutes choses concourent au bien FRANÇAIS BIBLIQUE « Tout est bien qui finit bien » Ce proverbe populaire est comme une version naturelle ou laïque de l'espérance du croyant pour qui Dieu, dans sa Providence est capable de tirer du bien même du mal (cf. Gn 45,8 ; 50,20 ; cf. Ac 2,23 ; 3,17–18). Ce proverbe suggère que le résultat final importe davantage que le déroulement du parcours, laissant entendre qu’un chemin semé d’embûches peut conduire à une issue heureuse : tout est finalement rentré dans l’ordre, contre toute attente cela s’est bien terminé.

Il est intéressant de constater qu’un autre dicton populaire, qui affirme en quelque sorte l’inverse, peut lui aussi illustrer une confiance en la Providence divine

« Qui commence bien finit bien » ?

Le proverbe « Qui commence bien finit bien » signifie qu’un bon départ conditionne largement la réussite finale d’une action. Il s’est fixé en français dès la Renaissance comme maxime de sagesse pratique. Il exprime toutefois moins une certitude qu’une espérance, comme en témoigne l’existence de dictons variants, moins optimistes, tels que : « À moitié fait qui commence bien », voire plus pessimistes encore comme « N’a pas fait qui commence » (Littré, Dictionnaire→), c’est-à-dire : il ne suffit pas de commencer, il faut poursuivre et persévérer.

Cette perspective rejoint l’affirmation paulinienne : « celui qui a commencé en vous une œuvre bonne la parachèvera » (Ph 1,6). En affirmant ici sa certitude que Dieu bénit ce qui est bien entrepris, saint Paul témoigne d’une sagesse biblique pleine de foi et d’espérance, qui vient accomplir de profondes observations de la sagesse populaire, bien connues des Anciens (Textes anciens Ph 1,6), concernant le déploiement de l’activité humaine dans le temps.

Et c'est sur cette espérance, à la fois naturelle et surnaturelle, que fait fond le croyant quand il se consacre tout entier à son Seigneur : Liturgie Ph 1,6.

Drapeau de la francophonie→ © Domaine public

Arts visuels

1–39 la loi de l'Esprit de la vie dans le Christ Jésus m'a libéré de la loi du péché et de la mort  Le Christ triomphant Le pied appuyé sur le crâne de la mort physique et le serpent de la mort du péché, le Christ a aussi en main le globe terrestre pour signifier que sa victoire sur la mort s'étend à tout l'univers.

Pierre Paul Rubens (1577-1640), Le Christ triomphant de la mort et du péché (huile sur bois, 1615), 175 x 153 cm

Musée des Beaux-Arts de Strasbourg (France) © Domaine Public→