11 délivre-moi et sauve-moi de la main des fils d'étrangers
dont la bouche profère la vanité
et dont la droite est une droite de mensonge.
11 ...
11 arrache-moi
et arrache-moi de la main des fils d'étrangers
dont la bouche a dit la vanité
et la droite est droite d'iniquité
Réception
Comparaison des versions
1V—IUXTA HEBR.
De David | Béni soit le Seigneur, mon fort | qui apprend à mes mains le combat | et à mes doigts la guerre
2V—IUXTA HEBR.
Ma miséricorde et ma force | mon aide et mon sauveur | mon bouclier | et en lui j'ai espéré | lui qui a assujetti des peuples sous moi
3V—IUXTA HEBR.
Seigneur, qu'est-ce que l'homme pour que tu le connaisses | le fils de l'homme, pour que tu en fasses cas ?
4V—IUXTA HEBR.
L'homme est semblable au néant | ses jours sont comme une ombre qui passe.
5V—IUXTA HEBR.
Seigneur, incline tes cieux et descends | touche les montagnes, et elles fumeront ;
6V—IUXTA HEBR.
fais briller l'éclair et disperse-les | envoie ta flèche et tue-les.
7V—IUXTA HEBR.
Etends ta main d'en haut | délivre-moi et tire-moi des grandes eaux | de la main des fils d'étrangers
8V—IUXTA HEBR.
dont la bouche a proféré la vanité | et dont la droite est une droite de mensonge.
9V—IUXTA HEBR.
O Dieu, je te chanterai un cantique nouveau | sur la lyre à dix cordes je jouerai pour toi.
10V—IUXTA HEBR.
Lui qui donne aux rois le salut | qui sauve du glaive meurtrier David, son serviteur
11V—IUXTA HEBR.
délivre-moi et sauve-moi de la main des fils d'étrangers | dont la bouche a proféré la vanité | et dont leur droite est une droite de mensonge.
Liturgie
1–15LITURGIE JUIVE (rite séphardi) Ce psaume se chante en introduction à l'office de sortie de sabbat, le samedi soir. Il est chanté en choeur sur un air rythmé, dont une tradition prétend qu'il remonterait à l'Antiquité. Benedetto Marcello s'est fait l'écho de cette tradition qui existait donc déjà à Venise en son temps.
1Béni soit le Seigneur - Antienne
« Benedictus Dominus »
Traditionnel, Antienne - Benedictus Dominus
Chœur des moines de l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux
6coruscationUn terme-symbole de l'œuvre de Jérôme de Stridon Très oublié pendant longtemps (Littérature Ps 144,6), ce terme symbolise peut-êre à lui seul ce qu'il y a de plus précieux dans les versions latines des Écritures.
1. LE MOT ET SON HISTOIRE
Coruscatio est un terme relativement rare, dérivé du verbe corusco — qu'on peut traduire « se mouvoir rapidement, vibrer, trembler, brandir, frémir ». Il désigne plus particulièrement le mouvement tremblé du feu, de l’éclair ou d’autres corps lumineux — une vibration d’une telle intensité qu’elle devient lumière. Coruscatio est récent, à l'époque de Jérôme, alors que le verbe coruscare est attesté dès la littérature archaïque (par exemple chez les poètes de la seconde guerre punique).
Le substantif
le substantif coruscatio est un nom relativement rare et semble appartenir au latin postclassique, donc relativement tardif. Il désigne particulièrement le mouvement tremblant du feu, de l’éclair, ou d’autres corps rayonnants — une vibration si intense qu’elle devient lumière.
Le verbe
Coruscare au sens de bouger rapidement, vibrer, frémir, brandir, étinceler est utilisé dans la littérature archaïque (par exemple Pacuvius IV.A.b), et repris par la suite dans la poésie classique (Virgile, Stace). Cf. →Latin de Jérôme et latin classique : quelle esthétique de la traduction.
2.SPÉCIALISATION DU TERME EN CONTEXTE CHRÉTIEN
Le terme avait été christianisé avant Jérôme, qui le trouva chez Tertullien ou chez Prudence
→Tertullien An. 49,3 (CC 2, p.855, l.15–16) « tandis que l’Évangile fulgurait sur toute la terre et jusqu’aux extrémités du monde » [in omnem terram et in terminos orbis evangelio coruscante]. Voir aussi Tertullien cité à nouveau dans →Jérôme Comm. Jon., SC 323, p.417 n.11).
Pour qualifier la substance de l'âme
Chez Tertullien, la racine corusco semble aussi traduire un principe exprimé par Héraclide du Pont, comme en ce passage qui propose une comparaison entre âme, air, et lumière, afin de tenter de définir la substance et la corporéité de l’âme :
→Tertullien An. 9« Non pas que l’âme soit d’air, bien que cela ait paru tel à Enésidème, à Anaximène, et, selon certains, à Héraclite ; ni qu’elle soit de lumière, bien que cela ait plu à Héraclide du Pont. En effet, les gemmes appelées céraunies ne sont pas de substance ignée simplement parce qu’elles brillent (coruscent) d’un rouge étincelant, ni les béryls de matière aqueuse parce qu’ils miroitent d’un éclat fluide. » texte latin en ligne →
Sur Héraclide, la doxographie [étude des opinions des divers courants de pensée] de l'âme rappelle souvent sa définition comme une sorte de lumière :
Aetius cité par Stobée, EcloguesI,49 [41] : « Héraclide définissait l'âme comme une forme lumineuse / une semblance de feu » [Ἡρακλείδηςφωτοειδῆ τὴν ψυχήν ὡρίσατο] (Hermann Diels, Doxographi Graeci, p.388 : Aetii Placita philosophorum IV, 3,6).
Macrobe, Commentaire au songe de Scipion I,14,19 « Platon a dit que l'âme était une essence se mouvant elle-même ; Xénocrate, un nombre se mouvant lui-même ; Aristote, une ἐντελέχεια ; Pythagore et Philolaos, une ἁρμονία ; Posidonius, une idée ; Asclépiade, l'exercice harmonieux des cinq sens ; Hippocrate, un souffle léger diffus dans le corps entier ; Héraclide du Pont, une lumière ; etc. »
À la même époque que Jérôme, le poète Prudence (348-408) mobilise coruscare fréquemment, l'irisant de nombreuses connotations analogiques.
Pour caractériser la gloire divine comparée aux prestiges des idoles
pour opposer la lumière du vrai Dieu à l'obscurantisme des idoles païennes, dans le récit du martyre de Romain : Peristephanon Hymne 10, v. 426-440 « Alors lui : — Jamais, pour le salut du prince, et pour ses très-grandes et très-courageuses cohortes, je ne ferai d'autres prières que celles-ci : qu'ils servent la foi dans leurs combats, et qu'ils renaissent au Père avec les eaux du Christ, qu'ils reçoivent le Paraclet en personne, venant du ciel ; qu'ils repoussent en crachant la ténèbre créée par les idoles, qu'ils discernent plutôt cette lumière d'éternelle espérance, qui n'afflue pas dans les regards emplis de suc, et qui ne brille pas au travers des fenêtres du corps, mais qui émet sa lumière à l'intérieur, auprès des esprits purs. La pupille épaisse de la chair perçoit une réalité épaisse, et l'être destiné à périr ne voit que ce qui est appelé à la dissolution ; mais la liqueur de l'âme, elle, est apte à voir des êtres plus liquides ; une nature fervente est seule à même de saisir la puissance fulgurante d'une divinité plus-que-fervente [natura fervens sola ferventissimae / divinitatis vim coruscantem capit]. texte latin en ligne→.
Pour consacrer une arme céleste et la purifier
Prudence, Psychomachie, v. 98-108 (noter le rapprochement des images de l'eau et de la lumière, surtout à la fin : fons et luce) : « La Pudeur avait prononcé ces paroles, et rendue joyeuse par la mort de la Libido, qu'elle avait tuée, purifia son glaive souillé dans les eaux du Jourdain ; du sang corrompu y était resté attaché, en rosée rougissante, et avait maculé, de sa blessure, le fer éclatant. Ainsi, sage et victorieuse, elle purifie, par expiation, sa lame qui a vaincu dans un bain fluvial, effaçant par le baptême la souillure laissée par une gorge ennemie ; et, pas satisfaite d'avoir simplement dissimulé le glaive purifié dans son fourreau, de crainte qu'une rougeur cachée ne s'attaque, avec sa saleté scabreuse, à la brillance du fer plongé dans l'eau, elle le consacre dans un temple catholique, près de l'autel de la source divine, où, resplendissant, il flamboiera dans une lumière éternelle. [Catholico in templo divini fontis ad aram / Consecrat, aeterna splendens ubi luce coruscet].texte latin en ligne→.
Pour caractériser le rayonnement des saints
à propos du nimbe de l'ange Gabriel, dans le cadre de la naissance de Jésus (lumière du Christ qui rejaillit sur son Annonciateur ?)
Prudence, Apotheosis 577-580 « Un ange annonce de sa bouche sainte que cela arrivera ; cela ne te fait-il pas plaisir de le croire, et d'ouvrir ton oreille aux paroles d'un ange ? La Vierge sainte en personne crut la prémonition du ministre reluisant, et pour ce qu'elle avait cru, conçu le Christ » [Angelus hoc sancto fore nuntiat ore ; placetne / credere et angelis aurem reserare loquellis ? / Ipsa coruscantis monitum sacra virgo ministri / credidit, atque ideo concepit credula Christum] texte latin en ligne→.
à propos de saint Laurent :
Prudence Peristephanon Hymne 2,549s « Ainsi, Saint Laurent, nous nous enquérons de ta passion : car il y a pour toi un palais double, ici, pour ton corps, et pour ton esprit, dans le ciel. Là, dans la Ville innénarrable, élu citoyen à la citadelle d'une curie éternelle, tu portes une couronne civique. Je crois voir cette vision : un homme fulgurant au milieu de gemmes illustres, que la Rome céleste choisit de s'adjoindre comme consul éternel [sic, sancte Laurenti, tuam / nos passionem quaerimus: / est aula nam duplex tibi,/ hic corporis, mentis polo. ——— illic inenarrabili / allectus urbi municeps / aeternae in arce curiae / gestas coronam civicam. ——— videor videre inlustribus / gemmis coruscantem virum, / quem Roma caelestis sibi / legit perennem consulem] texte latin en ligne→.
à propos de l'innocence d'une victime sacrificielle (faisant, par extension, référence à la gloire du martyre, et bien sûr, à celle de l'agneau pascal) :
Prudence Peristephanon Hymne 10,1021-1025 « Là on conduit un taureau immense, au front arqué et velu, entouré de fleurs entrelacées au niveau des épaules ou de ses cornes entravées ; et le front de l'hostie n'est pas dénué d'une splendeur dorée, et la fulgurance de feuilles en métal doré imprègne sa crinière » [Hunc taurus ingens fronte torva et hispida / sertis revinctus aut per armos floreis / aut impeditis cornibus deducitur, / nec non et auro frons coruscat hostiae / saetasque fulgor brattealis inficit] texte latin en ligne→.
à propos de l'homme racheté, le sauvé :
→Prudence Symm. 2,2, 204-211 « Voici, moi, le Seigneur, je suis capable d'engendrer et de restituer ce qui a péri et s'est écoulé ; je reconduis à leurs formes anciennes tout ce qui se dessèche, à renfort de fleurs ou de frondaison : et cela même, un jour, je le ferai pour l'homme ; afin qu'il ressurgisse d'une cendre inerte, et que ses vertèbres d'autrefois se ressoudent, afin que, selon ce qu'il mérite, ou bien il me rembourse ses crimes par des tourments, ou bien il déploie sa brillance au sommet d'une citadelle de vertu, sans crainte d'aller à sa perte, désormais, quel que soit le sort dans lequel il demeurera. [En ego gignendi dominus ac restituendi / Quod periit fluxitque potens ; arentia quaeque / In veteres formas aut flore aut fronde reduco : / Idque ipsum quandoque homini facturus, inani / Surgat ut ex cinere, structuraque pristina constet, / Quae mihi pro meritis vel per tormenta rependat / Crimina, vel summae virtutis in arce coruscet, / Non peritura dehinc, quacumque in sorte manebit] texte latin en ligne →.
3. CONNOTATIONS ET DÉNOTATION DU MOT DANS L'ŒUVRE DE JÉRÔME
Le terme coruscatio assume de multiples nuances dans l’œuvre de Jérôme.
Nouveauté d'une sagesse vraiment divine, au-delà de toute sagesse humaine, fût-elle mosaïque ou apostolique
→Jérôme Comm. Jer. L.2 c.10 « Les nébuleuses, ou les nuées auxquelles Dieu a ordonné de ne pas faire pleuvoir la pluie sur Israël (cf. Is 5,6), sont conduites depuis les extrémités de la terre (cf. Jr 10,13 ;51,16 ;Ps 135,7) ; l’une de ces nuées parlait : « Car je pense que Dieu nous a montrés, nous les Apôtres, comme les derniers, comme destinés à la mort, puisque nous sommes devenus un spectacle pour le monde, pour les anges et pour les hommes » (1Co 4,9). Il a fait les éclairs pour la pluie (cf. Jr 10,13 ;Ps 135,7). Car lorsque la pluie des doctrines sera venue du ciel (cf. Dt 32,2 ;Is 55,10-11) et aura rassasié les cœurs arides des hommes (cf. Ps 63,2 ;Jn 7,37-38), alors tu trouveras des resplendissements et les clairs éclairs de la sagesse [tunc coruscationes invenies, et clara fulgura sapientiæ]. (cf. Sg 7,26 ;Mt 13,43) . Et il fait sortir les vents de ses trésors (Jr 10,13 ;51,16 ;Ps 135,7), dans lesquels sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science (Col 2,3). Tout homme est devenu insensé par la science (cf. Jr 10,14 ;51,17 ;Rm 1,22). Que Paul, que Pierre, que Moïse et Abraham soient sages, en comparaison de Dieu toute leur sagesse sera comptée pour néant (cf. Is 40,17 ;1Co 3,19) ; d’où aussi ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes (1Co 1,25). Tout artisan a été confondu dans son image sculptée, lui qui a façonné des simulacres de son propre cœur ; et ce qu’il a fondu est mensonge (Jr 10,14-15 ;51,17-18).»
→Jérôme Comm. Matt. 14,17 « Ils lui répondirent : "—Nous n’avons ici que cinq pains et deux poissons." Dans un autre évangile, nous lisons : "il y a ici un certain enfant qui a cinq pains » (Jn 6,9), ce qui, à mon avis, signifie Moïse. Quant aux deux poissons, soit on entend par là les deux Testaments, soit parce que le nombre pair fait référence à la Loi. Ainsi, les apôtres, avant la Passion du Sauveur et avant l’éclat fulgurant de l’Évangile, n’avaient que cinq pains et deux petits poissons, qui se trouvaient dans les eaux salées et dans les flots de la mer. » [Igitur apostoli ante passionem Salvatoris et coruscationem Evangelii fulgurantis, non habebant nisi quinque panes et duos pisciculos , qui in salsis aquis et in maris fluctibus versabantur].
Contraste entre la gloire présente de la Résurrection et la honte de la croix.
→Jérôme Comm. Soph.1,15–16 « ...alors le gibet du Seigneur étincelait et brillait de l’éclat de son Anastasis, et que, depuis le mont des Oliviers, resplendissait l'étendard de la Croix... » [patibulo Domini coruscante ac radiante Ἀναστάσει eius, de Oliueti monte quoque crucis fulgente vexillo] (CCSL 76A, p.673, 678–680).
Dévoilement de l’éclat de la Croix du Christ, tel qu’il transparaît dans l’Évangile qui l’annonce.
→Jérôme Ep. 46 à Marcella, §9 « Il serait trop long de rapporter, depuis l’Ascension du Seigneur jusqu’à aujourd’hui, génération par génération, quels évêques, quels martyrs, quels hommes éloquents en doctrine ecclésiastique sont venus à Jérusalem — estimant avoir moins de religion, moins de science, et ne pas encore avoir reçu, comme on dit, le dernier sceau de la vertu, s’ils n’avaient adoré le Christ en ces lieux mêmes d’où l’Évangile avait d’abord dardé ses rayons depuis la croix. » [ ...de quibus primum Evangelium de patibulo coruscaverat]. (CUF t.2, p.109, nos italiques).
→Jérôme Jov.1,30 (PL 23, col. 252 A) « Avant que le Seigneur ne ressuscite et que l’Évangile ne resplendît... » [Antequam resurgeret Dominus et Evangelium coruscaret... ].
Du point de vue proprement poétique, en ces usages liés au mystère pascal du Christ, le terme connote aussi l'orage cosmique et eschatologique du fragment apocalyptique iinséré par le premier évangéliste au lieu et au moment de la mort de Jésus : Mt 27,51-54) en pleine obscurité (Mt 27,45).
Contraste historique entre avant et après la diffusion de l'Évangile
noétique
→Jérôme Comm. Isa.L4, c.11 « En ce temps-là donc, lorsque l’Évangile du Christ aura resplendi dans le monde entier, et que toute la terre sera remplie de la connaissance du Seigneur [In tempore igitur illo, quando Christi in toto mundo Evangelium coruscarit , et repleta fuerit onnis terrä scientia Domini ], comme les eaux recouvrent le fond de la mer, il y aura la racine de Jessé, et celui qui montera de sa souche sera un signe pour tous les peuples, afin que les nations voient le signe du Fils de l’homme dans le ciel (Matth. 24). Il aura des cornes dans ses mains, où se cache sa puissance, afin que, élevé de terre, il attire tout à lui (Ha 3).(PL 24, col. 149).
moral
→Jérôme Comm. Isa. L.2 c.6 « Ilsse sont attachés à des enfants étrangers. À la place de cela, les Septante ont traduit : "Et de nombreux fils étrangers leur sont nés." Symmaque : "Et ils ont applaudi avec des enfants étrangers." À la place de quoi il est écrit en hébreu JESPHICU [...] que les Hébreux interprètent par ἐσφηνώθησαν ("ils se sont attachés étroitement"), et que nous traduisons par "ils se sont attachés", afin que soit manifestée la turpitude des vices dans le peuple judéen. Or les Grecs et les Romains ont autrefois été à ce point atteints par ce vice que même les plus illustres philosophes de Grèce avaient publiquement des concubins ; et Hadrien, [bien qu']instruit dans les arts de la philosophie, a consacré Antinoüs comme dieu, lui a établi un temple, des victimes et trente-six prêtres, et d’après lui une cité et une région d’Égypte ont reçu leur nom. Parmi les prostituées aussi, dans les arcades des spectacles, des enfants se tenaient exposés à la débauche publique, jusqu’à ce que, sous l’empereur Constantin, l’Évangile du Christ resplendissant, l’infidélité de toutes les nations ainsi que cette turpitude fussent détruites. En outre, les Septante indiquent que leurs épouses ont été violées, puisqu’elles engendrent des enfants étrangers aux Juifs ; Symmaque, par une certaine périphrase et par une expression plus décente (« applaudissant »), a montré la même turpitude avec les enfants [Inter scorta quoque in fornicibus spectaculorum pueri steterint publicae libidini expositi: donec sub Constantino imperatore, Christi Evangelio coruscante, et infidelitas universarum gentium, et turpitudo deleta est. Porro LXX conjuges eorum violatas esse significant, dum filios alienos Judaeis generant. Symmachus quodam circuitu, et honesto sermone plaudentium, eamdem cum pueris turpitudinem demonstravit.] (PL 24, col. 47).
Vraiment historique
Pour Jérôme ce n'est pas une affaire d'herméneutique, mais bien un processus historique. Il s'appuie en particulier sur les doctrines des Nazaréens, courant judéo-chrétien distinct des Ébionites, qui semblent avoir continué à observer la Loi mosaïque tout en confessant Jésus comme Messie.
→Jérôme Comm. Isa. L.9 c.1 Les Nazaréens, dont j’ai exposé plus haut l’opinion, s’efforcent d’expliquer ce passage ainsi : à l’avènement du Christ, et alors que sa prédication resplendissait, la terre de Zabulon et la terre de Nephtali furent les premières à être libérées des erreurs des scribes et des pharisiens, et à secouer de leurs cous le très lourd joug des traditions judaïques. [Nazaraei, quorum opinionem supra posui, hunc locum ita explanare conantur: Adveniente Christo et praedicatione illius coruscante, prima terra Zabulon et terra Nephthali Scribarum et Pharisaeorum est erroribus liberata, et gravissimum traditionum Judaicarum jugum excussit de cervicibus suis.] Ensuite, par l’Évangile prêché par l’apôtre Paul — qui fut le dernier de tous les Apôtres — la prédication fut alourdie, c’est-à-dire multipliée ; et jusqu’aux frontières des nations et à la voie de toute la mer, l’Évangile du Christ resplendit. Enfin, le monde entier, qui auparavant marchait ou était assis dans les ténèbres et tenu captif par les liens de l’idolâtrie et de la mort, contempla la claire lumière de l’Évangile.)
Contraste entre Ancien et Nouveau Testaments.
→Jérôme Comm. Gal. 4, 9 « Avant que l’Évangile du Christ ne resplendît dans le monde entier, les préceptes légaux avaient leur propre éclat. » [Priusquam Christi in toto orbe Evangelium coruscaret, habuerunt suum fulgorem praecepta legalia] (PL 23, col. 376 B–C).
Jérome, Ep. 29, 4 « Quant à Moïse et Aaron, il n’est pas surprenant qu’on leur ait rendu un deuil selon l’ancienne coutume ; car même dans les Actes des Apôtres, alors que déjà l’Évangile resplendissait, les frères à Jérusalem firent pour Étienne un grand deuil [jam Evangelio coruscante, Stephano fecerint Jerosolymæ fratres planctum magnum] » (CUF t.2, p.78)
Jérome, In Ionam « Antequam Nineve salvaretur et aresceret cucurbita, antequam Christi Evangelium coruscaret et compleretur Zachariae prophetia : “Ecce vir, Oriens, nomen eius”, Ionas sub umbraculo erat. » « Avant que Ninive ne fût sauvée et que le ricin ne se desséchât, avant que l’Évangile du Christ ne resplendît et que ne s’accomplît la prophétie de Zacharie : “Voici un homme, Orient est son nom”, Jonas était sous son ombrage » (SC 323, p. 294).
Et par contagion : contraste entre la traduction de Jérôme à partir de l'hébreu et toutes les versions précédentes.
En traduisant à travers la polyphonie complexe des manuscrits et des langues, Jérôme rencontre dans la langue biblique une coruscatio, c’est-à-dire une vibration jusqu’à la lumière, du Verbe même de Dieu dans les mots humains.
Jérome, Prol. Job « Mais si chez les Grecs, après l’édition des Septante, alors que déjà l’Évangile du Christ resplendissait (iam Christi Evangelio coruscante), le Juif Aquila et les hérétiques judaïsants Symmaque et Théodotion furent néanmoins reçus — bien qu’ils aient dissimulé beaucoup de mystères du Sauveur sous une traduction perfide — et que pourtant leurs œuvres se retrouvent dans les Hexaples et soient commentées par des écrivains ecclésiastiques, à combien plus forte raison moi, chrétien, né de parents chrétiens, portant l’étendard de la Croix sur le front, dont le travail a été de restituer ce qui avait été omis, de corriger ce qui avait été altéré, et de révéler les mystères de l’Église dans une parole pure et fidèle — à combien plus forte raison ne devrais-je pas être rejeté, que ce soit par le lecteur pointilleux ou malveillant ! » (SC 592, p.402)
Jerome, Prol. Esdras : « Mais, pour aller à l’essentiel, ce que je vais affirmer est parfaitement légitime : ai-je publié quoi que ce soit qui ne se trouve pas dans le texte grec, ou qui diffère de ce que j’ai traduit ? Pourquoi lacérer le traducteur ? Qu’ils interrogent les Hébreux ; que les auteurs mêmes confirment ou infirment la fidélité de ma traduction. Il en va autrement, toutefois, s’ils veulent, comme on dit, parler contre moi les yeux fermés, et ne pas imiter le zèle et la bienveillance des Grecs, qui, après les Septante, alors que déjà l’Évangile du Christ resplendissait (iam Christi Evangelio coruscante), lisaient avec soin et révérence les traducteurs juifs et ébionites de la Loi ancienne — à savoir Aquila, Symmaque et Théodotion — et, grâce au travail d’Origène sur les Hexaples, ont dédié leurs œuvres aux Églises » (SC 592, p.364).
CONCLUSION
Ainsi donc, entre l'archaïque coruscare et la postclassique coruscatio, Jérôme enrichit le « magnifique idiome » de la Bible latine en puisant aux sources mêmes de la langue. Son inventivité contrôlée dans la traduction biblique frappe d'autant plus le lecteur, que dans sa correspondance personnelle, il écrit dans le plus pur style impérial du 1er siècle : cf. Tradition chrétienne Lc 12,43 : Idiome biblique et idiome hiéronymien. ;Tradition chrétienne Ac 26,1ssIdiome biblique et idiome hiéronymien.
Sur le panneau qu’il consacre au Docteur de l’Église (fort à propos pour la chapelle d’un centre universitaire), Kantor actualise la figure de Jérôme comme savant lettré de la Renaissance : il est dans la tenue banale d’un professeur d’université dans son bureau, chapeau de cardinal pendu à son crochet, lion comme un gros chat vigilant à ses pieds, l’œil ouvert sur le spectateur de la toile et environné de multiples livres ouverts sur sa table ou rangés dans leurs rayonnages. Son regard perdu vers la bibliothèque et le geste de son poing droit le saisissent à un moment où il est en pleine hésitation, dans le labeur surhumain qu’il s’est assigné. La prédelle reprend les symboles des vanités souvent associées au labeur de l’ascète de Bethléem : le crâne, les manuscrits, le sablier, le cierge consumé… et les actualise avec la tasse d’espresso, le cendrier plein de mégots et le chat indispensable à tout intellectuel qui se respecte ! (O.-Th. V.)
Littérature
6fulgure de coruscation(V) Postérité littéraire
FRANÇAIS BIBLIQUE proposé
On traduit très littéralement fulgura coruscationem. Le verbe fulgurer→, comme le nom coruscation→ sont attestés en français.
Le terme de coruscatio est très important pour saint Jérôme qui en fait un véritable cliché, pour décrire la façon dont le Nouveau Testament surpasse l'Ancien en lumière : Tradition chrétienne Ps 144,6
Claudel use du terme pour souligner la continuité, dans la culture occidentale, entre paganisme et christianisme.
Réminiscence homérique : foudre de Dieu, foudre de Zeus
→Claudel, Odes « Les Muses » : « Ainsi subitement du milieu de la nuit que mon poème de tous côtés frappe comme l'éclat de la foudre trifourchue ! / Et nul ne peut prévoir où soudain elle fera fumer le soleil, / Chêne, ou mât de navire ou l'humble cheminée, liquéfiant le pot comme un astre ! / Ô mon âme impatiente ! nous n'établirons aucun chantier ! nous ne pousserons, nous ne roulerons aucune trirème / Jusqu'à une grande marée de vers horizontaux, / Pleine d'îles, praticable aux marchands, entourée par les ports de tous les peuples ! / Nous avons une affaire plus laborieuse à concerter / Que ton retour, patient Ulysse ! » (14-15)
Glissement vers le christianisme : fulgurances de l'Esprit
→Claudel, Odes « L'Esprit et l'eau » « Après le long silence fumant, / Après le grand silence civil de maints jours tout fumant de rumeurs et de fumées, / Haleine de la terre en culture de ramage de grandes villes dorées, / Soudain l'Esprit de nouveau, soudain le souffle de nouveau, / Soudain le coup sourd au cœur, soudain le mot donné, soudain le souffle de l'Esprit, le rapt sec, soudain la possession de l'Esprit ! / Comme quand dans le ciel plein de nuit avant que ne claque le premier feu de foudre, / Soudain le vent de Zeus dans un tourbillon plein de pailles et de poussières avec la lessive de tout le village ! » (43-44).
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Arts visuels
1et mes doigts à la guerre(V) La vraie guerre de David Le latin présente ici un léger paradoxe sur les termes prœlium (combat particulier) et bellum (guerre en général), manus et digitus. On s'attendrait plus logiquement aux paires : plus générale {main-guerre}, et plus particulière {doigt-combat}.
On pourrait interpréter ainsi : prœlium(combat ponctuel) symbolise les luttes quotidiennes, les épreuves concrètes, tandis que bellum(guerre au sens large) évoque la lutte spirituelle globale, la guerre du bien contre le mal. Une paraphrase possible pourrait être : Dieu m’enseigne à combattre dans les batailles (proelium) de la vie, et à mener la grande guerre (bellum) du salut. Les doigts en question seraient ainsi ceux du roi-psalmiste, qui pincent les cordes du psaltérion au son duquel il invente ce cantique neuf (Ps 144,9) sur la grande guerre du salut !
17e s.
Jan de Bray (ca. 1627 Haarlem-1697, Amsterdam), David jouant de la harpe, (huile sur toile, 1670), 142 x 154 cm
Lord, thou hast been our refuge from one generation to another, Before the mountains were brought forth, or ever the earth and the world were made, thou art God from everlasting, and world without end. Again thou sayest Come again, ye children of men, seeing that is past as a watch in the night. And fade away, way suddenly like the grass. But in the Ev'ning it is cut down, dried up, and withered. Thou hast set our misdeeds before thee and our secret sins in thy light of the countenance. The days of our age are threescore years and ten, and tho' men be so strong that they come to fourscore years, yet is their strength then but labor and sorrow, so soon passeth it away, and we are gone. So teach us to number our days, that we may apply our hearts, unto wisdom. Glory be to the Father, and to the Son, and to the Holy Ghost; As it was in the beginning, is now and ever shall be, world without end, Amen.
Compositeur
Sir Edward Cuthbert Bairstow est né à Huddersfield le 22 août 1874. Il était organiste et compositeur anglais dans la tradition musicale de l'église anglicane.