Un projet du Programme de Recherches La Bible en ses traditions AISBL
Dirigé par l’École Biblique et Archéologique Française de Jérusalem
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1 CANTIQUE DES MONTÉES. DE DAVID
YHWH
VSeigneur, mon cœur ne s'est pas exalté
(ni mes yeux ne se haussèrent
ni ne déambulai-je en grandeurs
ni en merveilles au-dessus de moi) :
1 ...
2 Non ! je tiens mon âme égale et en silence
comme un enfant sevré sur sa mère
comme l’enfant sevré mon âme est en moi.
2 ...
2 si je n'avais d'humbles sentiments
mais exaltais mon âme,
comme est sur sa mère le petit qu'elle a sevré
ainsi soit la rétribution en mon âme !
3 Israël, mets ton espoir en YHWH !
Dès maintenant et pour toujours !
3 ...
3 Qu'Israël espère dans le Seigneur
dès maintenant et jusqu'au siècle !
2 V—IUXTA HEBR.
3 V—IUXTA HEBR.
Israël, espère dans le Seigneur | dès maintenant et jusque dans l'éternité !
3 Israël met son espoir dans le Seigneur - Antienne
, Antienne - Speret Israel
Chœur des moines de l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux
Antienne chantée aux vêpres du mardi dans l'Office bénédictin.
2 sur sa mère le petit qu'elle a sevré (V) Une image ambivalente Le sevrage n'est pas un moment de paix, de douceur ni de plaisir. Étape obligée de l'autonomie alimentaire, s'il est brutal, il est traumatisant et assimilé à un rejet. Selon les psychologues→, il peut même installer chez l'individu qui fut privé brutalement du sein, un « complexe de sevrage », difficulté durable à accepter toute forme de séparation ou d'autonomie...
Peter (1796-1842), Mère et enfant sous le crucifix, (huile sur toile, non daté), 39,5 x 32,5 cm
Belvedere Museum, Vienne (Autriche) n° 4023 © Domaine Public→, 1Tm 2
1ss Seigneur, mon cœur ne s'est pas exalté
Orlando di (1535-1594), Domine Non Est Exaltatum Cor Meum LV 541, 1575
Joan Izquierdo
Roland de Lassus, né à Mons en 1532 et mort à Munich le 14 juin 1594, est un compositeur de l'école franco-flamande, vers la fin de la Renaissance.
1ss comme est sur sa mère le petit qu'elle a sevré Creuser le silence jusqu'à n'avoir plus rien à réclamer « Mon âme, comme est sur sa mère le petit qu'elle a sevré ». L'image est déconcertante : non pas l'enfant qui tète, dans la plénitude du don, mais l'enfant sevré — celui qui a traversé le manque, qui a appris à ne plus réclamer, et qui repose maintenant contre sa mère non par besoin mais par choix. C'est un apaisement conquis, non pas donné.
Silvestrov prend cette image au mot. Une voix d'homme s'avance seule en ouverture — sobre, sans vibrato appuyé, presque parlée — comme quelqu'un qui a renoncé à convaincre. Puis le chœur vient, non pas pour lui répondre mais pour l'envelopper progressivement, comme des bras qui se referment sur celui qui a cessé de se débattre. Ce n'est pas un dialogue entre le soliste et le chœur : c'est une absorption — la voix individuelle qui se fond peu à peu dans le collectif, perdant ses contours sans perdre sa présence, comme l'enfant sevré qui disparaît dans l'étreinte maternelle sans disparaître tout à fait. Les répétitions du motif creusent le même sillon, non par insistance mais par approfondissement — comme si chaque passage déposait une nouvelle couche de silence sur ce qui, en nous, n'a plus besoin de crier pour exister.
Valentin (1937-...), Lord, My Heart Swells Not With Pride (Psaume 130 [V:131]), 2007
Mykola Hobdych (dir.), Kiev Chamber Choir, Album: Sacred Songs (2008)
Valentin Silvestrov, né à Kiev en 1937, est le plus grand compositeur ukrainien vivant et l'une des figures majeures de la musique contemporaine mondiale. Son œuvre ne se cantonne pas à l'espace du concert : elle est profondément ancrée dans l'histoire et les convulsions de son temps.
Persécuté en URSS pour « formalisme », exclu de l'Union des compositeurs, il a traversé des décennies d'underground avant d'être reconnu sur les plus grandes scènes européennes. Lors de la révolution du Maïdan, en 2013-2014, il descend dans la rue et compose cinq versions successives de l'hymne ukrainien, épousant au plus près le rythme des événements — de la veille silencieuse à la colère, puis à la victoire.
Sa musique fonctionne, selon la formule qu'il reprend à la poétesse Olga Sedakova, comme un « cardiogramme de l'époque » : elle enregistre ce que la société ressent avant même de pouvoir le dire. En 2022, à 84 ans, il quitte l'Ukraine sous les bombes. Toute son existence illustre cette conviction que la beauté et la liberté sont indissociables.
Selon l'un des principaux intellectuels ukainiens, figure majeure de la résistance culturelle et intellectuelle à l'agression russe, sa musique est avant tout un acte de résistance spirituelle :