Un projet du Programme de Recherches La Bible en ses traditions AISBL
Dirigé par l’École Biblique et Archéologique Française de Jérusalem
Pour nous apporter votre aide, cliquer ici
22 YHWH
VLe Seigneur m’a acquise, principe de ses voies, avant ses œuvres les plus anciennes
Vqu'il créât aucune chose, au commencement.
22 Le Seigneur m’a créée principe de ses voies en vue de ses œuvres.
22 ...
23 Dès l’éternité je fus ointe, dès le commencement, avant les origines de la terre.
23 Avant les âges il m'a fondée, au commencement.
23 De toute éternité je fus établie, dès l'antiquité, avant que la terre n'advienne
24 Il n’y avait point d’abîmes quand je fus enfantée, point de sources des eaux orgueilleuses.
24 avant de faire la terre, avant de faire les abîmes
avant que ne s'écoulent les sources des eaux.
24 quand il n’y avait point d’abîmes, je fus conçue ; quand les fontaines des eaux n'avaient pas encore jailli.
25 Avant que les montagnes fussent plantées, avant les collines je fus enfantée.
25 Avant que les montagnes fussent plantées
avant les collines il m'engendre.
25 Avant que s'affermît la pesante masse des montagnes, avant les collines j'étais enfantée.
26 Lorsqu’il n’avait encore fait ni la terre, ni les plaines,
Vfleuves, ni les premiers éléments de la poussière du globe
Vpôles du disque terrestre
26 Le Seigneur a fait les pays habités et inhabités
et les confins habités de celle qui est sous le ciel.
26 ...
27 lorsqu’il disposa les cieux, j’étais là,
Vj’étais présente, lorsqu’il traça un cercle à la surface de l’abîme
Vencercla les abîmes dans une loi inviolable
27 Lorsqu’il disposa le ciel, je siégeais auprès de lui, quand il délimita son trône sur les vents.
27 ...
28 lorsqu’il affermit les nuages
Vl'éther en haut et qu’il dompta
Véquilibra les sources de l’abîme
Vdes eaux
28 lorsqu’il affermit les nuages en haut
et qu’il rendit sûres les sources de celle qui est sous le ciel
28 ...
29 lorsqu’il fixa sa limite à la mer, Vqu'il posait une loi pour les eaux afin que les eaux n’en franchissent pas les bords
lorsqu’il posa les fondements de la terre.
29 ...
30 Auprès de lui j’étais comme un maître d’œuvre
Vje présidais à la composition de toutes choses
me délectant chaque jour, jouant sans cesse en sa présence
30 J’étais auprès de lui en plein accord
j'étais celle en qui il se réjouissait
et j'exultais devant sa face
30 ...
31 jouant sur le globe de sa terre et trouvant mes délices parmi les enfants des hommes.
31 tandis qu'il exultait d'avoir achevé la terre
et qu'il se délectait parmi les enfants des hommes.
31 ...
22–31 jouant sans cesse en sa présence La Sagesse qui court d'une langue à l'autre : Chanter l'icône de Petrossian En Pr 8, la Sagesse divine prend la parole et dit sa joie d'être présente à la création dès l'origine. Elle n'y assiste pas comme architecte ou régente, mais comme présence jouant, dansant, se délectant de ce qui est fait. Elle n'est pas au-dessus du monde, elle en est la vibration intérieure, le chant secret.
Chanter l'icône de Petrossian, pour douze voix mixtes et deux sistres éthiopiens, est construite comme une réanimation musicale d'une œuvre qui est à son tour l'interprétation picturale d'un hymne byzantin : l'icône « En Toi se réjouit toute la Création » écrite au 17e s. par Franghias Kavertsas.
Franghias (1590/1600–1648), Ἐπὶ σοὶ χαίρει [Epi soi chairei : « En toi se réjouit »] (tempera et or sur canevas monté sur bois, entre 1601 et 1650), 58 x 55 cm
Petit Palais, PPP04881, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris (France) © Domaine public→
Trois couches de création (l'hymne, l'icône, le cycle musical) sont superposées comme si la Sagesse du livre des Proverbes avait traversé les siècles en se réincarnant à chaque fois dans une forme nouvelle. Dans l'œuvre de Petrossian, l'hymne de Jean Damascène se décline en six séquences musicales. Il est d'abord entonné en grec par les seules voix d'hommes, avec un débit vif et cursif, avant d'être repris par le chœur mixte dans un arrangement sensiblement différent ; les cinq autres séquences déploient le même matériau en vieux slave, français, anglais et guèze éthiopien, les langues se croisant comme autant de traditions qui ont cherché, chacune à sa manière, à nommer la même réalité.
L'hymne est chanté dans sa forme la plus ancienne, la mélodie de Xénos Koronis du 11e s., en grec. Les voix d'hommes lui confèrent un caractère sobre et tendu comme une colonne de lumière. En Pr 8,27 la Sagesse dit : « Lorsqu'il disposa les cieux, j'étais présente ». Ce premier chant tente de rejoindre cette même antériorité, il remonte avant toute traduction, avant toute adaptation, jusqu'à la source grecque qui l'a engendré. La création ne commence pas par un cri mais par une voix qui sait déjà, qui porte en elle la mémoire de l'origine.
Michel (1973-...), Chanter l'icône: No. 1, En Toi se réjouit toute la Création, 2018
Roland Hayrabedian (dir.), Musicatreize
L'hymne voyage vers l'Est et se vêt des couleurs du slavon liturgique : une langue qui n'est plus parlée mais qui n'a jamais cessé d'être chantée. C'est la Sagesse qui « joue sur le globe de sa terre » (Pr 8,31), passant d'un peuple à l'autre sans se perdre, prenant à chaque fois la couleur du sol où elle pose le pied. Les consonances slaves donnent à l'hymne une densité nouvelle, plus sombre, plus terrienne... comme si la Sagesse descendait plus profondément dans la matière du monde.
Michel (1973-...), Chanter l'icône: No. 2, En Toi se réjouit toute la Création (Hymne slave), 2018
Roland Hayrabedian (dir.), Musicatreize
L'hymne revient à sa source grecque, mais cette fois porté par le chœur mixte entier dans un arrangement polyphonique de pleine ampleur, quasi madrigalesque dans sa polyphonie ciselée, toujours modelée sur le mot grec, avant le retour du tutti dans une plénitude sonore et sensuelle. On retrouve le geste final de la Sagesse « trouvant ses délices parmi les enfants des hommes » (Pr 8,31). Après avoir traversé toutes les langues, tous les peuples et toutes les couleurs du monde, la joie revient à son point d'origine pour réunir la création entière en un même souffle.
Michel (1973-...), Chanter l'icône: No. 7, En Toi se réjouit toute la Création (Hymne byzantine), 2018
Roland Hayrabedian (dir.), Musicatreize