Un projet du Programme de Recherches La Bible en ses traditions AISBL
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22 YHWH
VLe Seigneur m’a acquise, principe de ses voies, avant ses œuvres les plus anciennes
Vqu'il créât aucune chose, au commencement.
22 Le Seigneur m’a créée principe de ses voies en vue de ses œuvres.
22 ...
22–31 jouant sans cesse en sa présence La Sagesse qui court d'une langue à l'autre : Chanter l'icône de Petrossian En Pr 8, la Sagesse divine prend la parole et dit sa joie d'être présente à la création dès l'origine. Elle n'y assiste pas comme architecte ou régente, mais comme présence jouant, dansant, se délectant de ce qui est fait. Elle n'est pas au-dessus du monde, elle en est la vibration intérieure, le chant secret.
Chanter l'icône de Petrossian, pour douze voix mixtes et deux sistres éthiopiens, est construite comme une réanimation musicale d'une œuvre qui est à son tour l'interprétation picturale d'un hymne byzantin : l'icône « En Toi se réjouit toute la Création » écrite au 17e s. par Franghias Kavertsas.
Franghias (1590/1600–1648), Ἐπὶ σοὶ χαίρει [Epi soi chairei : « En toi se réjouit »] (tempera et or sur canevas monté sur bois, entre 1601 et 1650), 58 x 55 cm
Petit Palais, PPP04881, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris (France) © Domaine public→
Trois couches de création (l'hymne, l'icône, le cycle musical) sont superposées comme si la Sagesse du livre des Proverbes avait traversé les siècles en se réincarnant à chaque fois dans une forme nouvelle. Dans l'œuvre de Petrossian, l'hymne de Jean Damascène se décline en six séquences musicales. Il est d'abord entonné en grec par les seules voix d'hommes, avec un débit vif et cursif, avant d'être repris par le chœur mixte dans un arrangement sensiblement différent ; les cinq autres séquences déploient le même matériau en vieux slave, français, anglais et guèze éthiopien, les langues se croisant comme autant de traditions qui ont cherché, chacune à sa manière, à nommer la même réalité.
L'hymne est chanté dans sa forme la plus ancienne, la mélodie de Xénos Koronis du 11e s., en grec. Les voix d'hommes lui confèrent un caractère sobre et tendu comme une colonne de lumière. En Pr 8,27 la Sagesse dit : « Lorsqu'il disposa les cieux, j'étais présente ». Ce premier chant tente de rejoindre cette même antériorité, il remonte avant toute traduction, avant toute adaptation, jusqu'à la source grecque qui l'a engendré. La création ne commence pas par un cri mais par une voix qui sait déjà, qui porte en elle la mémoire de l'origine.
Michel (1973-...), Chanter l'icône: No. 1, En Toi se réjouit toute la Création, 2018
Roland Hayrabedian (dir.), Musicatreize
L'hymne voyage vers l'Est et se vêt des couleurs du slavon liturgique : une langue qui n'est plus parlée mais qui n'a jamais cessé d'être chantée. C'est la Sagesse qui « joue sur le globe de sa terre » (Pr 8,31), passant d'un peuple à l'autre sans se perdre, prenant à chaque fois la couleur du sol où elle pose le pied. Les consonances slaves donnent à l'hymne une densité nouvelle, plus sombre, plus terrienne... comme si la Sagesse descendait plus profondément dans la matière du monde.
Michel (1973-...), Chanter l'icône: No. 2, En Toi se réjouit toute la Création (Hymne slave), 2018
Roland Hayrabedian (dir.), Musicatreize
L'hymne revient à sa source grecque, mais cette fois porté par le chœur mixte entier dans un arrangement polyphonique de pleine ampleur, quasi madrigalesque dans sa polyphonie ciselée, toujours modelée sur le mot grec, avant le retour du tutti dans une plénitude sonore et sensuelle. On retrouve le geste final de la Sagesse « trouvant ses délices parmi les enfants des hommes » (Pr 8,31). Après avoir traversé toutes les langues, tous les peuples et toutes les couleurs du monde, la joie revient à son point d'origine pour réunir la création entière en un même souffle.
Michel (1973-...), Chanter l'icône: No. 7, En Toi se réjouit toute la Création (Hymne byzantine), 2018
Roland Hayrabedian (dir.), Musicatreize