La Bible en ses Traditions

Philippiens 4,11–13

Byz V TR Nes
S

11 Je ne parle pas poussé par l’indigence.

Moi, en effet, j’ai appris, en toutes situations où je suis, à être autosuffisant.

11 Je ne parle pas en effet à cause de l’indigence

moi, en effet, j’ai appris en ce que je possède à être autosuffisant.

11b autosuffisant 2Co 6,10 ; 9,8 ; 1Tm 6,6 ; He 13,5
Byz V S TR Nes

12 Je sais soit TRensuite être dans la pauvreté

Vhumilié,

soit être dans l’abondance ;

je suis instruit en tous lieux et en toutes choses

tant à être rassasié qu’à avoir faim,

tant à être dans l’abondance qu’à être dans le besoin.

12a pauvreté 1Co 4,11 ; 2Co 11,27

13 Je peux tout dans le Christ

V Nesen celui qui me donne la force.

13 Force du Christ Ph 3,10.21 ; 2Co 12,9-10 ; Ep 6,10 ; Col 1,11.29 ; 2Tm 4,17

Propositions de lecture

2–23

Structure

4,2-9 est composé de trois parties
  • exhortation à la concorde entre Évodie et Syntychè (v.2-3) ;
  • appel à la joie et à la confiance dans le Seigneur (v.4-7) ;
  • invitation à penser et agir en chrétien à l’exemple de Paul (v.8-9).
4,10-20 est formé de trois unités thématiques
  • joie de Paul pour le don et son style de vie (v.10-13) ;
  • la vraie valeur du don des Philippiens (v.14-17) ;
  • la récompense de Dieu (v.18-20).
4,21-23 est le postscriptum de la lettre

Mouvement de la parénèse finale

  • v.2-9, comme conclusion du corpus de la lettre, est une série d’exhortations de différents caractères, juxtaposées les unes aux autres par une accumulation. L’objet de ces exhortations reste général, sans qu’on puisse savoir avec précision ce que les Philippiens doivent faire. Ceci est caractéristique de la parénèse chez Paul. Il remet souvent au discernement des chrétiens et à l’illumination divine la concrétisation des valeurs qu’il présente (Tradition chrétienne Ph 4,9c).
  • v.10-20 forme l’épilogue de la lettre (cf. 1,3-11 pour les expressions communes) dans lequel Paul mentionne le don reçu des Philippiens par l’intermédiaire d’Épaphrodite. Un remerciement en fin d’épître est à première vue problématique. Certains auteurs ont émis l’hypothèse que ce texte était une lettre en elle-même. De fait, ce n’est pas un véritable remerciement (le verbe eucharisteô manque), en outre, dans l’Antiquité, cet élément n’est pas toujours à la fin de la lettre. Paul le renvoie à la fin pour indiquer son indépendance et la gratuité du don chrétien, soulignant que l’aide des Philippiens est fruit de leur accueil de l’Évangile (Procédés littéraires Ph 4,15–19).
  • En v.21-23 Paul salue chacun des fidèles de Philippes en son nom propre et au nom de chrétiens vivant à proximité de son lieu de détention.

Texte

Critique textuelle

13 Christ Omission dans Nes V א* A B D* I 33 629 1739 pc lat co Cl.

Vocabulaire

11b autosuffisant Concept philosophique et biblique

  • Adj. issu de autarkeia, concept philosophique, surtout cynique et stoïque, mais aussi biblique (cf. G-Pr 30,8) qui dénote l’indépendance de la personne par rapport aux circonstances externes, dans l’acceptation de ce qu’elle est et de ce qu’elle possède (Textes anciens Ph 4,11b). L’indépendance de Paul repose sur sa complète dépendance vis-à-vis du Christ (v.13).
  • S : spq reprend le dernier verbe du verset précédent.

Procédés littéraires

11s Correctio v.11a partie positive, v.11b-12 partie négative. Paul donne cette précision pour éviter que les destinataires pensent que sa joie dépend du don matériel qu’ils ont fait (cf. v.10).

12abde Polysyndète de kai « et », qui lie par paire six infinitifs, soulignant les variations d’une vie marquée par des situations extrêmes.

Contexte

Textes anciens

11b autosuffisant Parallèle stoïcien

  • →Sénèque Vita 6,2 « Être heureux, c’est se contenter de son sort présent, quel qu’il soit, et aimer ce que l’on a. »

12s Idéal stoïcien de l’indifférence Les stoïciens insistaient sur le fait qu’il n’y avait qu’une seule chose bonne : la vertu. Tout le reste, biens extérieurs compris, était indifférent (adiaphora) :

  • →Cicéron Fin. 3,53-54 « Puisque tout ce qui est bien occupe la première place, il faut nécessairement que ne soit ni un bien ni un mal ce que nous appelons ‘préférable’ ou ‘mis en tête’ et nous le définissons ainsi : une chose indifférente, avec attribution d’un degré moyen de valeur – ce que les stoïciens appellent adiaphoron. »

Réception

Liturgie

12ss.19s Texte

Année A, 28e dimanche du temps ordinaire

= Pour Paul, seul le Christ compte : il peut tout supporter avec celui qui lui donne la force.

Tradition chrétienne

11b j’ai appris Paul sage parfait et modèle du chrétien

  • →Thomas d’Aquin Lect. Phil. « Rien ne démontre mieux l’attitude du parfait sage, que le fait de savoir profiter de n’importe quel état. En effet, de même qu’un bon chef est celui qui, avec n’importe quelle armée agit selon son exigence et un bon cordonnier celui qui fait de très bonnes sandales avec n’importe quel cuir, ainsi, est parfait celui qui sait profiter de n’importe quel état, de sorte que, s’il est dans un état élevé, il ne s’exalte pas, et s’il est dans une situation basse, il ne soit pas abattu. Et c’est pourquoi il dit : J’ai appris, etc., comme dans Is 50,5 'Le Seigneur mon Dieu m’a ouvert l’oreille, et je ne lui ai point contredit, etc.' Et cela me suffit, si j’ai peu ; si j’ai beaucoup, je sais me réfréner. Et c’est pourquoi il s’explique en disant : Je sais vivre dans le dénûment. Or l’humilité signifie parfois une vertu particulière, comme dans Lc 14,11 et Lc 18,14 'Quiconque s’abaissera sera exalté' ; et parfois un abaissement, comme dans Ps 105,18 'Il fut humilié par les chaînes qu’on lui mit aux pieds.' Et c’est dans ce sens qu’il parle ici, disant : Je sais vivre dans le dénûment, c’est-à-dire je sais supporter de façon tranquille l’abjection, comme il convient. Et parce que les hommes sont exaltés par les richesses et déprimés par la pauvreté, il appelle exaltation l’abondance. Et dans les deux cas, il y a un danger, parce que, du fait de l’abondance, l’esprit s’élève contre Dieu, mais du fait de la pauvreté, il s’en éloigne. Et c’est pourquoi il est dit dans Pr 30,8 'Ne me donnez ni la pauvreté, ni les richesses.' »
  • →Cajétan Ep. Pauli al. apost. : Paul rappelle qu’il a appris à se satisfaire de ce qu’il a, même quand c’est insatisfaisant. En effet, modestie et patience ne sont que plus évidentes quand elles se manifestent en temps de manque et de besoin.
  • →Brenz Expl. Phil. : Le vrai chrétien doit se réjouir, qu'il soit riche ou pauvre, tandis que les hypocrites enseignent que l’âme religieuse se doit de n'avoir rien et d'arborer triste mine.

11b être autosuffisant Un idéal divin ?

  • →Lapide Comm. ep. Pauli : Dieu est parfois nommé Shaddai, qui veut dire : « suffisant ». Les anges, eux, ne sont inférieurs en liberté que par rapport à Dieu, parce qu'ils ne manquent de presque rien. C'est à cet idéal que tendent les religieux : la vie ascétique et la théologie de Grégoire le Grand par exemple avaient pour fondations de tels versets, qu'il faut bien comprendre dans le sens de la pauvreté concrète, plutôt que de l’humilié de l’esprit. 

13 le Christ qui me donne la force De faire le bien

Mystique

13 Je peux tout dans le Christ Si le Christ est en nous

  • →Bernard de Clairvaux Adv. Dom. 7,2 « Indispensable [...] la venue du Sauveur ; indispensable, oui, la présence du Christ pour les hommes ainsi compromis. Et puisse-t-il venir de telle manière que, dans l’abondance de sa faveur, tout à la fois il éclaire notre aveuglement ‘en habitant en nous par la foi’ (Ep 3,17), ‘il vienne au secours de notre faiblesse’ (Rm 8,26) ‘en demeurant avec nous’ (Lc 24,29) et il protège et défende notre fragilité en intervenant pour nous. Car si lui est en nous, qui pourrait encore nous tromper ? Si lui est avec nous, de quoi ne sommes-nous pas capables désormais en celui qui nous rend forts ? » (SC 480,193).

Théologie

13 Je peux tout DOGMATIQUE ... Avec la grâce

  • →Trente Cum hoc tempore 15 (→DzH 1544) « [certains] commettent des péchés mortels dont, avec l’aide de la grâce divine, ils peuvent s’abstenir. »