Un projet du Programme de Recherches La Bible en ses traditions AISBL
Dirigé par l’École Biblique et Archéologique Française de Jérusalem
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7 Quand vous priez, ne rabâchez pas
Vparlez pas beaucoup comme les païens
car ils pensent que dans l'abondance de leurs paroles ils seront exaucés.
8 Ne les imitez donc pas,
car votre Père sait ce dont vous avez besoin avant que vous ne le lui demandiez.
9 C'est donc ainsi que vous prierez :
— Notre Père qui es aux cieux
que ton nom soit sanctifié
10 que vienne ton règne
qu' advienne ta volonté et au ciel, et sur Byz TRla terre.
11 Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien
Vnotre pain supersubstantiel
Sle pain de notre besoin
12 et remets-nous nos dettes, comme nous aussi nous remettons
V Nesavons remis à nos débiteurs
13 et ne nous laisse pas entrer en tentation
mais arrache-nous au mauvais
parce qu'à toi sont le règne, la puissance et la gloire, pour les siècles. Amen.
13 et ne nous laisse pas entrer en tentation
mais délivre-nous du mauvais
Vmal.
14 Car si vous remettez
Vavez remis aux hommes leurs fautes
Vpéchés
votre Père céleste vous remettra aussi Vvos offenses.
9–13 — Notre Père qui es aux cieux Pater insulaire
Éric (1964—), Pater insulaire, (enluminure : gouaches sur texte imprimé sur papier végétal, 2025), 21 cm x 29,7 cm, Coll. part., France,
D.R. É. Mortreuil→ © BEST aisbl
Enlumineur depuis 2016, É. M. s’inspire des textes bibliques et chrétiens ainsi que de la spiritualité scoute pour élaborer des compositions dans la tradition de l’enluminure occidentale, avec une prédilection pour le style irlandais « insulaire » (Livre de Kells, Évangiles de Lindisfarne) et pour le gothique du 13ᵉ siècle.
Cette enluminure présente plusieurs ornements caractéristiques du style « insulaire », parmi lesquels :
9–13 Notre père Du classicisme aux sons post-apocalyptiques en passant par les Beatles, la prière de l'ultime espérance
Christian (ca. 1640-1711), Vater unser, der du bist im Himmel
Chamber Ensemble of th Orfeo Orchestra Kirchenkonzerte
Christian était un compositeur et organiste allemand qui a vécu et travaillé principalement en Scandinavie. Ses œuvres vocales sont liées dans la forme et le style au motet italien contemporain. Six textes vocaux sur des textes allemands ont été écrits pendant son temps en tant qu'organiste de l'église allemande à Göteborg; ils sont typiques des œuvres protestantes allemandes.
Franz (1811-1886), Christus - 7. Pater noster, 1866
Matthias Beckert (dir.), Monteverdichor Würzburg
Christus (S3) est un oratorio du compositeur et pianiste hongrois Franz , composé entre 1862 et 1866. Cet oratorio rend compte de la vie de Jésus-Christ, de la naissance à la résurrection.
Paroles: Vater unser, der du bist im Himmel! Geheiligt werde Dein Name. Dein Reich komme. Dein Wille geschehe wie im Himmel so auf Erden. Unser tägliches Brot gib uns heute. Und vergib uns unsere Schuld, wie auch wir vergeben unsern Schuldigern. Und führe uns nicht in Versuchung, sondern erlöse uns von dem Bösen. Amen.
Maurice (1902-1986), Notre Père Op. 14 No. 4, 1977
Chœur de St-Michel
Maurice , né à Louviers (Eure) le 11 janvier 1902 et mort à Louveciennes le 16 juin 1986, est un organiste et compositeur français.
Albert Hay (1895-1964), The Lord's Prayer, 1935
Andrea Bocelli, Mormon Tabernacle Choir
Albert Hay (19 mai 1895 à Philadelphie, Pennsylvanie - 16 novembre 1964) est un compositeur, pianiste, organiste et professeur de musique américain.
Le Diptych de Silvestrov, est structuré comme un diptyque d'autel : d'un côté le visage du Christ, de l'autre celui du saint — le regard levé vers le ciel répondant à la descente tragique vers les hommes (Musique Lm 1,2s). Les voix a cappella du Chœur de Chambre de Kiev, traitées comme des solistes infiniment discrets, semblent ne pas chanter la prière mais la respirer — chaque accord se déposant dans le suivant avec la douceur d'un geste liturgique accompli dans l'ombre.
Valentin (1937-...), Diptych: I. The Lord's Prayer, 1995
Mykola Hobdych (dir.), Kiev Chamber Choir, Album: Sacred Works (2009)
Valentin Silvestrov, né à Kiev en 1937, est le plus grand compositeur ukrainien vivant et l'une des figures majeures de la musique contemporaine mondiale. Son œuvre ne se cantonne pas à l'espace du concert : elle est profondément ancrée dans l'histoire et les convulsions de son temps.
Persécuté en URSS pour « formalisme », exclu de l'Union des compositeurs, il a traversé des décennies d'underground avant d'être reconnu sur les plus grandes scènes européennes. Lors de la révolution du Maïdan, en 2013-2014, il descend dans la rue et compose cinq versions successives de l'hymne ukrainien, épousant au plus près le rythme des événements — de la veille silencieuse à la colère, puis à la victoire.
Sa musique fonctionne, selon la formule qu'il reprend à la poétesse Olga Sedakova, comme un « cardiogramme de l'époque » : elle enregistre ce que la société ressent avant même de pouvoir le dire. En 2022, à 84 ans, il quitte l'Ukraine sous les bombes. Toute son existence illustre cette conviction que la beauté et la liberté sont indissociables.
Selon l'un des principaux intellectuels ukainiens, figure majeure de la résistance culturelle et intellectuelle à l'agression russe, sa musique est avant tout un acte de résistance spirituelle :
, Motor Of Love (Remastered 2017), Flowers In The Dirt (1989)
Certains adeptes de la croisade anti rock’n’roll avaient déclaré les Beatles satanistes. Quelle belle surprise et de découvrir, dans l’album Flowers in the Dirt (Fleurs dans la crasse) de l’un des ex-membres du quatuor de Liverpool, cette chanson adressée au Père céleste ! S'il avait écrit, malgré lui, en 1969, un hymne à la Vierge Marie avec Let It Be, il s’adresse, vingt ans plus tard, de manière explicite à Dieu – qu’il nomme Père – avec Motor of Love. Rien d’extraordinaire pour cet artiste de tradition catholique. Oui, mais malgré son baptême enfant et son éducation chrétienne, McCartney ne se présente pas comme un religieux au sens traditionnel du terme : passé par la méditation transcendantale avec les autres Beatles et par un cheminement personnel l'ayant ouvert à différentes traditions, il préfère maintenant se dire « inscrit dans une démarche spirituelle sans se rattacher à une structure religieuse précise ».
Sa prière au Père céleste n’en est que plus touchante, sincère et profonde : dégagée de tout aspect culturel, elle témoigne d'une relation intime et concrète. Elle témoigne de l’essentiel : un amour inconditionnel, toujours présent et expérimenté au quotidien. Ce chant, qui fait partie du parcours de l’artiste, résonne comme un écho à cette parole de Jésus : « L’heure vient où vous n’irez plus ni à Jérusalem ni sur cette montagne pour adorer le Père. » Mais l’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père » (Jn 4,21-23).
Je ne peux qu’être bouleversé par ton amour — Aussi dure que la vie puisse sembler être — Il y a une lumière dans mes rêves Grâce à toi. — Mes amis ne cessent de me demander pourquoi — Un tel sourire illumine mon visage — J’ai trouvé un chez moi Grâce à toi — Je ne veux rien de toi — Anime-moi de ton élan d’amour, de ton énergie d’amour — Élan d'amour, énergie d'amour — Père céleste abaisse ton regard vers moi — Je ne peux qu’être bouleversé par ta puissante — Énergie d'amour — Je ne peux qu’être bouleversé par ton amour — Aussi perdu que je puisse me sentir — Je sais que mon amour est réel — Grâce à toi — Tu as simplement tendu la main — et m'as touché au plus profond de l’âme — J’ai trouvé un refuge au cœur de l’hiver — Grâce à toi — Je ne te volerai rien —Tu me donnes au delà du nécessaire — Élan d'amour, énergie d'amour — Père céleste abaisse ton regard vers moi — Je ne peux qu’être bouleversé par ta puissante — Énergie d'amour —Il fut un temps — où je n’arrivais plus à me battre — Je me souviens que je me sentais si mal — que j’étais sur le point de tout abandonner — de baisser les bras et de tout abandonner — Élan d'amour, énergie d'amour — Père céleste abaisse ton regard vers moi — Je ne peux qu’être bouleversé par ta puissante — Énergie d'amour. (trad. F. Waille).
Galina (1919-2006), Symphony No 5 / Галина Уствольская - Симфония № 5, Symphony No. 5 "Amen", pour récitant (homme), violon, hautbois, trompette, tuba et cube, 1989-90, créée le 19 janv. 1991, New York 'Ensemble Continuum' directed by Joel Sachs)
London Musici, Mark Stephenson (dir.) ; Sergei Leiferkus (solo) © Licence YouTube standard→
« Galina Oustvolskaïa ne cherche pas à plaire. C'est, pour moi, le plus singulier et le plus puissant des compositeurs que l'URSS ait produit. Il y a chez elle, comme chez Bach, une absence totale de séduction car celle-ci s'apparente à la fausseté. Oustvolskaïa peut se le permettre — le contenu de sa musique est tellement dense qu'elle n'a pas besoin d'artifices. Cette compositrice qui a vécu toute sa vie à Léningrad (aujourd'hui Saint-Pétersbourg), dans une obscurité quasi totale et une grande pauvreté, a écrit la musique la plus terrible que je connaisse. Lorsque j'étais aux bords du lac Baïkal, seule la musique de Sibélius me paraissait possible (écouter Mozart aurait été artificiel et même grossier).
La musique d'Oustvolskaïa est l'une des rares qui pourrait sonner après une catastrophe écologique, ou comme épitaphe de la fin du monde, ou comme un contrepoids à tout cela — c'est l'une des très rares dont la gravité et la profondeur la rendraient alors crédible. Menant une vie de recluse, avec son mari (de 22 ans plus jeune) et quelques rares amis comme vis-à-vis, hors du système soviétique qu'elle méprisait, mais aussi hors de toute politique, ignorant presque tout de ses collègues contemporains, dédaignant les luttes des corporations (invitée à un festival de femmes compositeurs elle s'est estimée insultée), elle évoquait l'idéal de Diogène et vivait dans une tension et les douleurs permanentes d'enfantement : « — Je compose sans instrument, derrière ma table. Tout est pensé tellement en détail qu'il ne me reste plus qu'à noter à la fin. Je suis en pensée tout le temps, jour et nuit, c'est pourquoi je ne n'arrive pas à me reposer. Les pensées me rongent. J'ai mon propre univers, j'entends et vois différemment des autres. Je vis une vie de solitude. » Oustvolskaïa est l'exemple suprême de la démarche artistique absolue, vocationnelle, religieuse. C'est l'emblème de l'anti-prostitution en art. Redécouverte à 80 ans par le musicien hollandais Reinbert de Leeuw, elle a commencé à être sollicitée, mais a refusé toute commande. Voici ce qu'elle écrit lorsque les Editions Sikorski s'adressent à elle dans ce sens : « — J'aurais volontiers écrit quelque chose pour vous, mais cela dépend de Dieu, pas de moi. S'il me donne la possibilité de composer quelque chose, je le ferai certainement. Ma manière de travailler diffère considérablement des autres compositeurs. Je n'écris que lorsque je saisis un état de grâce. Après cela l'œuvre se repose, et lorsque son heure arrive, je lui donne sa liberté. Et si ce temps n'arrive pas, je la détruis. Je ne peux donc pas accepter une commande. Tout le processus de composition se produit dans ma tête et dans mon âme. Je détermine ainsi la voie de mon travail. "Seigneur, donne-moi des forces de composer" — supplié-je.» Sa liberté ultime, c'est la verticalité. Oustvolskaia chante la liturgie des condamnés. Sa musique incorpore la terreur stalinienne et le blocus fasciste de Léningrad (900.000 morts). Elle est l'écho amplifié des cataclysmes à venir. Ce choix de la marge, ce refus de tout compromis — qui lui a coûté ce que l'on appelle une carrière, — n'est pas sans parallèle avec le fol en Dieu de la tradition orthodoxe, cette figure libre, marginale et miséreuse, hors système qui a la liberté et le courage de dire ce que nul n'ose — le sens ultime des choses. Ignorant l'essentiel des recherches sur le langage musical qui se sont déployées en Occident elle a su capter quelque chose de plus universel — sa vocation, comme celle de Skriabine, c'est de transformer la prière en sons pour corriger l'erreur du monde. « — Ma musique n'est pas religieuse, elle est spirituelle » précisait-elle cependant. Voulant que sa musique soit jouée dans des églises ou des temples par préférence à une salle de concert, elle n'avait aucun lien avec une institution religieuse quelconque. Libre et seule, libre en tout...
La phrase du critique littéraire Herzen qui évoque les poètes russes s'adresse pleinement à la compositrice : « — Nous ne sommes pas les médecins, nous sommes la douleur. » C'est l'étroitesse du rayon laser qui traverse le métal. C'est une musique de très haut voltage.Il est impossible de l'écouter entre la poire et le fromage. Elle exige d'être écoutée en entier, en silence. Préparez-vous avant si vous souhaitez l'affronter, si vous voulez avoir un premier aperçu d'Oustvolskaïa à travers son oeuvre charnière, Composition n° 2 (sous-titre "Dies irae") pour piano, huit contrebasses et un cube en bois (Musique Mt 25,31–45). C'est une musique qui est tellement loin de l'art de plaire, tellement autonome et grave, elle a l'audace de négocier de tels seuils qu'elle constitue, malgré son aspect ascétique, dur et sans charme une respiration essentielle et une guérison salutaire dans un monde joyeusement inconscient de son propre drame » (Michel Pétrossian, compositeur, octobre 2019).