La Bible en ses Traditions

Michée 1,2–9

M V
G S

Écoutez, tous les peuples, sois attentive, terre

Vque la terre soit attentive, avec ce qui t'

Vl'emplit.

Que le Seigneur YHWH

VSeigneur Dieu soit témoin contre vous,

le Seigneur du palais de sa sainteté

Vde son temple saint.

...

Car voici que YHWH

Vle Seigneur sort de sa demeure

Vson lieu.

Il descendra et il marchera sur les hauteurs de la terre.

...

Les montagnes fondront

Vseront consumées sous lui,

les vallées se fendront,

comme la cire devant le

Ven face du feu,

comme les eaux versées sur une pente

Vqui se précipitent vers l'abîme.

...

M G V
S

Tout cela, à cause de la rébellion

Gde l'impiété

Vdu crime de Jacob,

à cause des péchés

Gdu péché de la maison d’Israël. Qu'est-ce que 

la rébellion

Gl'impiété

Vle crime de Jacob ? N’est-ce pas Samarie ?

 Et quelles sont les hauteurs

Gquel est le péché de la maison de Juda ? N’est-ce pas Jérusalem ?

...

M V
G S

Je ferai de Samarie une ruine

Vun tas de pierres dans un champ, [un lieu] pour planter

Vquand on plante la vigne,

et je ferai rouler ses pierres dans la vallée,

et je mettrai à nu ses fondements.

...

Toutes ses statues seront brisées,

et tous ses salaires

Vrécompenses seront brûlés

Vbrûlées par le feu,

et de toutes ses idoles, je ferai une ruine,

car elle les a

Velles ont été amassées avec le salaire de prostituée,

et elles redeviendront un salaire de prostituée.

...

À cause de cela je me lamenterai et je hurlerai,

je marcherai déchaussé

Vdépouillé et nu,

je pousserai ma lamentation comme le chacal,

Vles dragons,

et ma plainte comme les filles de l’autruche

Vautruches.

....

Car sa plaie est incurable,

car elle est venue jusqu’à Juda,

elle a touché jusqu'à la porte

Vla porte de mon peuple, jusqu’à Jérusalem.

...

Réception

Musique

8–16 je me lamenterai Jour de larmes que ce jour-là

21e s.

Méditation sur les larmes

L'alto, voix la plus humaine des instruments à cordes — ni la clarté du violon ni la profondeur du violoncelle, mais l'entre-deux où loge la peine —, semble né pour porter cette lamentation du prophète Michée. Dans ce Lacrimosa, Silvestrov confie à cet instrument une ligne mélodique qui ne crie pas, ne supplie pas : elle descend, lentement, comme des larmes qui n'attendent plus d'être retenues. Ce n'est pas le désespoir, mais quelque chose de plus ancien et de plus vrai — le deuil qui consent à sa propre durée, la douleur qui devient, dans le silence qui l'entoure, une forme de prière.

Valentin Silvestrov (1937-...), Lacrimosa, 2003

Kateryna Suprun (alto), Constellation (album)

© Licence YouTube Standard→, Mi 1,8-16

Compositeur

Valentin Silvestrov, né à Kiev en 1937, est le plus grand compositeur ukrainien vivant et l'une des figures majeures de la musique contemporaine mondiale. Son œuvre ne se cantonne pas à l'espace du concert : elle est profondément ancrée dans l'histoire et les convulsions de son temps.

Persécuté en URSS pour « formalisme », exclu de l'Union des compositeurs, il a traversé des décennies d'underground avant d'être reconnu sur les plus grandes scènes européennes. Lors de la révolution du Maïdan, en 2013-2014, il descend dans la rue et compose cinq versions successives de l'hymne ukrainien, épousant au plus près le rythme des événements — de la veille silencieuse à la colère, puis à la victoire.

Sa musique fonctionne, selon la formule qu'il reprend à la poétesse Olga Sedakova, comme un « cardiogramme de l'époque » : elle enregistre ce que la société ressent avant même de pouvoir le dire. En 2022, à 84 ans, il quitte l'Ukraine sous les bombes. Toute son existence illustre cette conviction que la beauté et la liberté sont indissociables.

Selon l'un des principaux intellectuels ukainiens, figure majeure de la résistance culturelle et intellectuelle à l'agression russe, sa musique est avant tout un acte de résistance spirituelle :

  • Constantin Sigov, « La liberté de l’Ukraine et la musique de Valentin Silvestrov » : « Les sons incomparablement libres des mélodies de Silvestrov nous entraînent au-delà de ces deux tendances [d'aliénation de la musique classique : l'ignorance en gros et dans le détail et l'adoration décorative de ses façades philarmoniques], présentant de manière inattendue de nouvellesformes de connexion entre la musique et les paroles, de la poésie contemporaine en passant par le classique et jusqu’aux stichères liturgiques et aux psaumes. La nouvelle musique "dégivre" les textes figés et gelés, connus mais oubliés justement en raison de leur familiarité » (Revue La Règle du Jeu n°57→, mai 2015).

18e s.

Le plus célèbre des Lacrimosa

Le mot suffit à ouvrir un abîme : lacrimosa, « jour de larmes », tiré de la séquence du Dies irae. Mozart ne l'achèvera pas — huit mesures seulement, et la mort. Ce fragment inachevé devient ainsi, par un paradoxe bouleversant, la plus juste illustration de ce que Michée pressentait (Mi 1,8) : il y a des deuils que la voix ne peut mener à leur terme. Le chœur s'élève, porté par cette cellule rythmique qui berce et accable à la fois, et s'interrompt — comme la vie elle-même — au seuil de la résolution.

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Requiem, KV 626: Sequentia, Lacrimosa, 1791

RIAS Chamber Choir, Berlin Radio Symphony

© Licence YouTube Standard→, Mi 1,1-3,12

Composition

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) est l'une des figures tutélaires de la musique occidentale.

Commande anonyme reçue quelques mois avant sa mort, son Requiem restera inachevé : il s'éteint à 35 ans, laissant l'œuvre en suspens, que son élève Süssmayr complétera. Ce testament musical, écrit dans le pressentiment de sa propre fin, est traversé par une intensité unique — celle d'un homme qui compose, peut-être, sa propre messe des morts.