Un projet du Programme de Recherches La Bible en ses traditions AISBL
Dirigé par l’École Biblique et Archéologique Française de Jérusalem
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10 Ne l’annoncez pas dans Gath,
VGeth,
ne pleurez pas du tout.
Vde larmes.
À Beth-Leaphrah, je me roule dans la
VDans la maison de la poussière, couvrez-vous de poussière.
10 ...
11 Passe pour vous, habitante de Shaphir, dans une honteuse nudité.
L’habitante de Tsaanan n’est pas sortie,
le deuil de Beth-Haetsel vous prive de son abri.
11 ...
11 Passez pour vous, belle demeure, où se répand l'ignominie,
elle n'est pas sortie, celle qui habite à la sortie.
La maison voisine recevra de vous une lamentation, elle qui s'est soutenue elle-même.
12 Car elle est affaiblie pour le bien
l’habitante de Maroth
parce que le malheur est descendu d’auprès de YHWH jusqu'à la porte de Jérusalem.
12 ...
12 Car elle est affaiblie pour le bien,
celle qui habite dans les amertumes,
car le malheur est descendu d’auprès du Seigneur, jusqu'à la porte de Jérusalem.
13 Attelle le char au coursier, habitante de Lakish.
Ce fut le commencement du péché pour la fille de Sion,
car on a trouvé en toi les crimes d’Israël.
13 ...
13 Le tumulte du quadrige est cause de stupeur pour l'habitant de Lakish,
il est principe de péché pour la fille de Sion,
car on a trouvé en toi les crimes d’Israël.
14 C’est pourquoi tu renverras Morésheth-Gath.
Les maisons d’Akzib seront une déception pour les rois d’Israël.
14 ...
14 Pour cela, il enverra des émissaires sur l'héritage de Geth.
C'est une maison du mensonge, pour tromper les rois d'Israël.
15 Je t’amènerai encore le conquérant
Vun héritier, habitante de Mareshah
Vtoi qui habites à Marésa.
La gloire d’Israël s’en ira
Varrivera jusqu’à Adullam
VAdollam.
15 ...
8–16 je me lamenterai Jour de larmes que ce jour-là
L'alto, voix la plus humaine des instruments à cordes — ni la clarté du violon ni la profondeur du violoncelle, mais l'entre-deux où loge la peine —, semble né pour porter cette lamentation du prophète Michée. Dans ce Lacrimosa, Silvestrov confie à cet instrument une ligne mélodique qui ne crie pas, ne supplie pas : elle descend, lentement, comme des larmes qui n'attendent plus d'être retenues. Ce n'est pas le désespoir, mais quelque chose de plus ancien et de plus vrai — le deuil qui consent à sa propre durée, la douleur qui devient, dans le silence qui l'entoure, une forme de prière.
Valentin (1937-...), Lacrimosa, 2003
Kateryna Suprun (alto), Constellation (album)
Valentin Silvestrov, né à Kiev en 1937, est le plus grand compositeur ukrainien vivant et l'une des figures majeures de la musique contemporaine mondiale. Son œuvre ne se cantonne pas à l'espace du concert : elle est profondément ancrée dans l'histoire et les convulsions de son temps.
Persécuté en URSS pour « formalisme », exclu de l'Union des compositeurs, il a traversé des décennies d'underground avant d'être reconnu sur les plus grandes scènes européennes. Lors de la révolution du Maïdan, en 2013-2014, il descend dans la rue et compose cinq versions successives de l'hymne ukrainien, épousant au plus près le rythme des événements — de la veille silencieuse à la colère, puis à la victoire.
Sa musique fonctionne, selon la formule qu'il reprend à la poétesse Olga Sedakova, comme un « cardiogramme de l'époque » : elle enregistre ce que la société ressent avant même de pouvoir le dire. En 2022, à 84 ans, il quitte l'Ukraine sous les bombes. Toute son existence illustre cette conviction que la beauté et la liberté sont indissociables.
Selon l'un des principaux intellectuels ukainiens, figure majeure de la résistance culturelle et intellectuelle à l'agression russe, sa musique est avant tout un acte de résistance spirituelle :
Le mot suffit à ouvrir un abîme : lacrimosa, « jour de larmes », tiré de la séquence du Dies irae. Mozart ne l'achèvera pas — huit mesures seulement, et la mort. Ce fragment inachevé devient ainsi, par un paradoxe bouleversant, la plus juste illustration de ce que Michée pressentait (Mi 1,8) : il y a des deuils que la voix ne peut mener à leur terme. Le chœur s'élève, porté par cette cellule rythmique qui berce et accable à la fois, et s'interrompt — comme la vie elle-même — au seuil de la résolution.
Wolfgang Amadeus (1756-1791), Requiem, KV 626: Sequentia, Lacrimosa, 1791
RIAS Chamber Choir, Berlin Radio Symphony
Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) est l'une des figures tutélaires de la musique occidentale.
Commande anonyme reçue quelques mois avant sa mort, son Requiem restera inachevé : il s'éteint à 35 ans, laissant l'œuvre en suspens, que son élève Süssmayr complétera. Ce testament musical, écrit dans le pressentiment de sa propre fin, est traversé par une intensité unique — celle d'un homme qui compose, peut-être, sa propre messe des morts.