Un projet du Programme de Recherches La Bible en ses traditions AISBL
Dirigé par l’École Biblique et Archéologique Française de Jérusalem
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18 Les fils ramassent du bois, les pères allument le feu, les femmes pétrissent de la pâte
Varrosent de graisse la farine
pour faire des gâteaux à la reine du ciel, et l’on répand des libations à d’autres dieux, pour m’irriter
Vme provoquer à la colère.
18 ...
19 — Est-ce moi qu’ils irritent
Vprovoquent à la colère ? oracle de YHWH
Vdit le Seigneur .
Ne sont-ils pas eux-mêmes en proie à la honte
Vconfusion de leur propre visage ?
19 ...
20 C’est pourquoi ainsi parle le Seigneur YHWH
Vle Seigneur Dieu :
— Voici ma colère et ma fureur
Vfureur et mon indignation vont se déverser
Vs'embrasent sur ce lieu,
sur l'homme et sur l'animal, sur l’arbre
Vles hommes et sur les animaux et sur les arbres des champs et sur le fruit
Vles fruits de la terre.
Elle brûlera et ne s’éteindra pas !
20 ...
18 reine du ciel FRANÇAIS BIBLIQUE Quand un simple titre cristallise la querelle interconfessionnelle Consulté à l'entrée « reine », le Dictionnaire de l'Académie→, 8e éd., donne comme tout premier exemple :
En français cette expression fournit un bon exemple d'équivoque religieuse produite par l'histoire des mots et des traductions bibliques. En effet, selon les contextes, elle peut désigner soit une divinité païenne condamnée par les prophètes, soit un titre honorifique attribué à la Vierge Marie.
Dans l'Ancien Testament, l'expression apparaît dans les dénonciations prophétiques de l'idolâtrie. Jérémie condamne le culte rendu à la « reine du ciel » comme ici, ou encore « Nous voulons offrir de l'encens à la reine du ciel » (Jr 44,17-19). Dans ces passages, l'expression désigne une déesse dont l'identification exacte reste discutée parmi les exégètes — probablement Astarté, Ishtar ou Asherah, selon les traditions de contact auxquelles Israël était exposé.
Pour les protestants, cette donnée lexicale est décisive : puisque la Bible emploie « reine du ciel » dans un contexte idolâtrique, son application à Marie paraît dangereuse. Ils y voient un risque de syncrétisme religieux et soulignent que le Nouveau Testament n'attribue nulle part ce titre à Marie.
La tradition catholique, quant à elle, ne part pas de l'expression elle-même, mais d'une structure théologique issue de la royauté davidique.
Dans le royaume d'Israël, la reine n'était pas l'épouse du roi mais sa mère : la gebirah (« grande dame »). Le passage classique est celui de Bethsabée qui siège à la droite de son fils le roi Salomon, qui va jusqu'à se prosterner devant elle : « Le roi se leva à sa rencontre, se prosterna devant elle et s'assit sur son trône ; il fit placer un siège pour la mère du roi, et elle s'assit à sa droite » (1R 2,19-20 ; cf.1R 15,13, Jr 13,18 et Jr 29,2).
Puisque Jésus est présenté comme le roi messianique héritier du trône de David (« Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob » (Lc 1,32-33), et puisqu'il est « Roi des rois et Seigneur des seigneurs » (Ap 19,16), il est cohérent d'attribuer à Marie une royauté dérivée et subordonnée à celle de son Fils.
Le texte le plus souvent invoqué est Ap 12,1 : « Un grand signe apparut dans le ciel : une femme enveloppée du soleil, la lune sous ses pieds et sur sa tête une couronne de douze étoiles. » Dans la lecture catholique traditionnelle, cette femme représente à la fois Israël, l'Église et Marie glorifiée. Le titre de Regina caeli (« Reine du ciel ») repose ainsi sur une lecture typologique et christologique de l'Écriture qui « rachète » en quelque sorte la lettre de l'expression biblique pour lui faire désigner le contraire de son référent originaire : non pas une idole, mais l'anti-idole par excellence qu'elle Marie, servante du Seigneur.
Cette dévotion a été consacrée liturgiquement par Pie XII dans l'encyclique Ad Caeli Reginam→(1954), qui en fonde la célébration, sans en faire un dogme.
Ainsi donc, le fonctionnement de l'expression « reine du ciel » (Jr 44,17-19 ; Ap 12,1) qui, dans le contexte de tout le canon biblique, peut désigner aussi bien une idole que le remède à toute idolâtrie qu'est Marie de Nazareth, « servante du Seigneur » (Lc 1,38), est semblable à celui de mots comme « Lucifer » (Is 14,12 ; 2P 1,19 cf. Ap 22,16) ou « serpent » (Gn 3,1 ; Nb 21,9 ; Jn 3,14), qui peuvent référer aussi bien le diable (références précédentes) que le Sauveur lui-même.
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