La Bible en ses Traditions

Isaïe 12,1–6

M G V
S

Et tu diras en ce jour-là :

— Je te louerai, YHWH

G VSeigneur, car tu étais irrité contre moi

mais ta colère s’est détournée et tu m'as consolé.

Gas eu pitié de moi.

...

M V
G
S

Voici Dieu mon salut,

Vsauveur, je serai confiant

Vj’agirai avec confiance et ne craindrai pas

car ma force et l'objet de mes psaumes, c'est Yah, YHWH

Vma louange, c’est le Seigneur Dieu

il est devenu pour moi le salut.

Voici le Dieu mon sauveur, mon Seigneur ; je serai confiant en lui et je serai sauvé en lui et je ne craindrai pas

car ma gloire et mon chant [c’est] le Seigneur

et il est pour moi devenu le salut.

...

M G V S

Vous puiserez des eaux

Gde l'eau avec joie aux sources

Sà la source du salut

Vsauveur 

M G V
S

et vous direz

Gtu diras en ce jour-là :

— Louez YHWH,

G Vle Seigneur, invoquez son nom

faites connaître

Gannoncez parmi les peuples

Gnations ses œuvres

Goeuvres glorieuses

rappelez-vous que son nom  est élevé.

G a été exalté.

...

Chantez à YHWH

Gle nom du Seigneur

Vau Seigneur car il a fait des merveilles

Ggrandes choses

qu’elles soient connues

Gannoncez-les

Vannoncez-le par toute la terre !

...

Pousse des cris, tressaille d’allégresse,

GTressaillez d'allégresse et réjouissez-vous,

VExulte et loue, habitante

Ghabitants

Vhabitation de Sion

car il est grand

Ga été exalté au milieu de toi

Gd'elle le Saint d’Israël !

...

Réception

Tradition chrétienne

3 vous puiserez + « aux sources du sauveur » Le fons (la source) symbole à la fois du Christ et du texte La métaphore de la source (du fons, en latin) désigne dans l'œuvre de Jérôme à la fois le texte et le Christ, en passant par les lecteurs .

Le texte-source

La source désigne le texte des versions antérieures aux Vieilles Latines, régulièrement visées dans la notion de « retour à la source » pour corriger les versions bibliques fautives.

Le texte grec (Septante)
  • Jerome, Prol. Ps. (LXX) « Sachant que j’ai fait cela pour vous et pour toute personne studieuse, je ne doute pas qu’il y en aura beaucoup qui, par jalousie ou par dédain, préféreront paraître mépriser ce qui est excellent plutôt que de l’apprendre, et boire à un ruisseau trouble plutôt qu’à la source la plus pure » (SC 592, p.410, notre trad). [Haec ego et vobis et studioso cuique fecisse me sciens, non ambigo multos fore qui vel invidia vel supercilio “malint contemnere videri” praeclara “quam discere”, et e turbulento magis rivo quam de purissimo fonte potare]. 
  • Jerome Prol. Ev., 1 « Assurément, lorsqu'il y a du désaccord dans notre langue et que ça emprunte les méandres divers de petits ruisseaux, il faut rechercher à partir de la source unique » (SC 592, p.474, notre trad.) [Hoc certe cum in nostro sermone discordat et diversos rivulorum tramites ducit, uno de fonte quærendum est]
Le texte hébreu (proto-)massorétique
  • Jérôme Ep. 28.5, à Marcella, sur diapsalma, 5 « Nous avons puisé ces choses à la source la plus profonde des Hébreux, sans suivre les petits ruisseaux des opinions ni nous laisser effrayer par la diversité des erreurs dont le monde entier est rempli, mais désireux à la fois de connaître et d’enseigner ce qui est vrai. » [Haec nos de intimo Hebraeorum fonte libavimus, non opinionum rivulos persequentes, neque errorum quibus totus mundus expletus est varietate perterriti, sed cupientes et scire et docere quae vera sunt. (CUF 2,21).
  • →Jérôme Ep. 106.2 à Sunnia et Frétéla, 2 « De même, dans le Nouveau Testament, lorsque survient quelque difficulté chez les Latins et qu’il existe une diversité entre les manuscrits, nous recourons à la source de la langue grecque, dans laquelle le Nouveau Testament a été écrit ; de même aussi, dans l’Ancien Testament, lorsque se rencontre une divergence entre les Grecs et les Latins, nous nous réfugions dans la vérité hébraïque, afin de rechercher dans les ruisseaux ce qui procède de la source. » [Sicut autem in novo testamento, si quando apud Latinos quæstio exoritur, et est inter exemplaria varietas, recurrimus ad fontem Græci sermonis, quo novum scriptum est Instrumentum : ita et in veteri testamento, si quando inter Græcos Latinosque diversitas est, ad Hebraicam confugimus veritatem ; ut quicquid de fonte proficiscitur, hoc quæramus in rivulis] (CUF 5,105).

À partir de 389, le fons désigne toujours davantage le seul texte hébreu :

  • Jérôme Comm. Eccl. « Je rappelle brièvement ceci : je n’ai suivi l’autorité de personne ; mais, traduisant à partir de l’hébreu, je me suis plutôt adapté à l’usage des Septante, du moins dans les passages qui ne s’écartaient pas beaucoup de l’hébreu. Parfois aussi, je me suis souvenu d’Aquila de Sinope, de Symmaque l'Ébionite et de Théodotion, afin de ne pas rebuter le zèle du lecteur par trop de nouveauté, ni non plus, contre ma conscience, délaisser la source de la vérité pour suivre les ruisseaux des opinions. » [hoc breuiter admonens, quod nullius auctoritatem secutus sum ; sed de hebraeo transferens, magis me septuaginta interpretum consuetudini coaptaui, in his dumtaxat, quae non multum ab Hebraicis discrepabant. Interdum Aquilae quoque et Symmachi et Theodotionis recordatus sum, ut nec nouitate nimia lectoris studium deterrerem, nec rursum contra conscientiam meam, fonte ueritatis omisso, opinionum riuulos consectarer] (CCL 72 p.249 ou PL 23, 1081).

Le Christ-source ...

Du cœur du Christ jaillit la source doctrinale (Jérôme Comm. Isa. 12 in CCSL, 73A, éd. Marc Adriaen, 1963, p. 474, l. 27-44) qui fait

... l'unité de tous les livres bibliques désignés comme les rivières qui en émanent 
  • Jérôme Comm. Isa. 13 :  Comme Isaïe, il faut puiser « l’eau aux sources du Sauveur » [aquas de fontibus Salvatoris], et « ces sources sont dans l’Ancien et le Nouveau Testament » [Hi fontes in veteri et novo sunt Testamento] (CCSL, 73A, éd. Marc Adriaen, 1963, p.540, l.59-60).
... l'unité des croyants avec lui
  • Jérôme Tract. Ps., PL 26, col. 1121 « Les fleuves battront des mains ensemble. Les fleuves, ce sont ceux qui ont bu à la source de Jésus. “Ils m’ont abandonné, dit-il, moi, la source d’eau vive.” Les fleuves eux-mêmes coulent de la source du Christ. Lui est la source, nous sommes les fleuves — du moins si nous méritons d’être des fleuves. Le Christ est la source, et les saints sont les fleuves ; quant à ceux qui sont inférieurs, ce sont des ruisseaux ; d’autres encore sont des torrents. Quels sont les torrents ? Ceux qui n’ont de l’eau que pour un moment et qui, lorsque vient la tentation, se dessèchent.Les fleuves battront des mains ensemble. Il n’y a pas un seul fleuve, mais plusieurs : autant il y a de saints, autant il y a de fleuves. Mais ces fleuves n’ont pas de division entre eux : parce qu’ils sont les fleuves du Christ, ils sont donc en concorde les uns avec les autres. » [Flumina plaudent manu simul. Flumina, quae biberunt de fonte Iesu. ‘Me, inquit, dereliquerunt fontem aquae uiuae’. Flumina ipsa de fonte Xpisti currunt. Ille fons est, nos flumina sumus : si tamen meremur esse flumina. Xpistus fons est, et sancti flumina sunt: qui autem inferiores sunt, riuuli sunt. Alii uero torrentes sunt. Qui sunt torrentes ? qui ad horam habent aquas, et temptatione ueniente siccantur. Flumina plaudent manu simul. Non est unum flumen, plura sunt flumina : quot sancti sunt, tot et flumina sunt. Sed ista flumina non habent inter se dissensionem : quoniam sunt flumina Xpisti, propterea habent inter se concordiam]
  • Cf. aussi Jérôme In Eph., Prol, 1 (PL 26, 442C).

Sr Marie Reine Fournier, Saint Jérôme en chercheur de la BEST, d'après anonyme néerlandais, p.ê. Marinus Van Roejmersaelen, Saint Jérôme, (huile sur bois, ca. 1550), 98 x 127,2 cm, montage photographique numérique, (inv. 922.4.1, Musée des Beaux-Arts, Reims (France) © Domaine public→

Saint Jérôme est reconnaissable à ses vêtements de cardinal, au crucifix et au lion, car, selon la légende, le saint aurait soigné l’animal blessé à la patte et celui-ci, reconnaissant, serait devenu son fidèle compagnon. Le prince des traducteur de la bible est ici représenté dans un cabinet où crâne, chandelle éteinte, Christ sur la croix et annonce du Jugement dernier concourent à souligner la brièveté de la vie terrestre. Sur le tableau original, il est devant l’Évangile de Matthieu, en Mt 25,31 annonçant la venue du Christ pour juger les hommes, Jérôme est presque couché sur la table, appuyé sur le coude, la main droite en suspens, entièrement absorbé par la contemplation attentive du crucifix, à moins qu’il ne s’agisse de l’illustration placée en regard du texte. Celle-ci est directement reprise de la trente-sixième et dernière gravure de la série de la Petite Passion d’Albrecht Dürer, réalisée en 1511.

Dans ce montage humoristique, réalisé en 2023 pour annoncer une conférence sur la bible que vous êtes en train de lire, le moine de Bethléem est placé devant l’écran montrant la plateforme où les chercheurs de l’ère numérique continuent sa quête du Verbe de Dieu dans les modestes traces que constituent les Écritures saintes, transmises avec toute leur fragilité, de siècle en siècle et de version en version…

Arts visuels

3 Vous puiserez des eaux

Jan Luyken (1649-1712), La Fontaine : Claire et Pure (gravure sur bois, 1708), h. 17 cm, illustration

in Beschouwing der Wereld : bestaande in hondert konstige figuuren, met godlyke spreuken en stichtelyke verzen, p.2, Amsterdam, Pays-Bas

Pitts Theology Library→, © Domaine public

Description : deux personnes se désaltèrent auprès d'une fontaine à six jets d'eau jaillissante. Une troisième personne repose sous un arbre. La fontaine, allégorie de la source du sauveur, illustre Is 12,3 : « Vous puiserez des eaux avec joie aux sources du sauveur. »

Devise : Toi qui es la source de toutes choses, que tous puissent venir à toi !

Poème : Les gouttes ont plus de valeur / Que la fontaine qui les a portés / Si l'on en croit l'avis de la race mortelle / Qui estime ces riens-ci et ces riens-là / Découlant des choses terrestres / Bien plus qu'elle n'estime leur origine. / Mais celui qui espère trouver mieux / Et sait contenir son désir / Préfère dédaigner malgré sa soif / Une gouttière, mêlée d'eau et de boue terrestre / Afin de réserver le moment de se désaltérer / Pour la pure fontaine qu'il atteindra, / La riche source de tous les fleuves, / Où toute personne assoiffée devrait se rendre / Pour boire à sa guise le saint breuvage ; / Ce vivant filon d'eau / Qui jaillit pour l'éternité depuis le Père / Et reçut le très doux nom de Jésus. / Ainsi devons-nous chercher à dédaigner le temps / Et nous consoler de souffrir quelque soif ; / Même si le soleil temporel nous brûle / Il nous faut nous hâter vers la fin, / Car c'est alors que notre soif sera étanchée pour l'éternité / Grâce à Dieu, qui est pure fontaine de vie.

Musique

3 Vous puiserez des eaux avec joie aux sources du sauveur Il en jaillit du sang et de l'eau : annonce prophétique du Sacré Cœur ouvert sur la croix

21e s.

Frédéric Ledroit (1968-...), La passion du Christ selon Saint-Jean, Op. 56: No. 13, Il en jaillit du sang et de l'eau, 2019

Gaelle Malada, Deutsche Staatsphilharmonie Rheinland-Pfalz, Robert Reimer (dir.)

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