Un projet du Programme de Recherches La Bible en ses traditions AISBL
Dirigé par l’École Biblique et Archéologique Française de Jérusalem
Pour nous apporter votre aide, cliquer ici
1 VOr Dina, la fille que Léa avait enfantée à Jacob,
Vde Lia, sortit pour voir les filles du pays.
Vfemmes de cette région.
1 ...
2 V Et lorsque Sichem, fils de Hamor
VÉmor le Hivivite
Vl’Evéen, prince du pays, l'ayant aperçue
Vde cette terre, la vit
Vil s'éprit d'elle et l’enleva ,
V et coucha avec elle et lui fit violence.
V, opprimant de sa violence une vierge.
2 ...
3 Son âme s’attacha à Dina, fille de Jacob
il aima la jeune fille et parla au cœur de la jeune fille.
3 ...
3 Son âme s'attacha fortement à elle
et il tâcha de soulager la malheureuse par ses caresses.
4 Et Sichem dit à
Vallant trouver Hamor
VÉmor, son père :
— Prends-moiV, dit-il, cette jeune fille pour femme.
4 ...
5 Or
VLorsque Jacob apprit qu’il avait outragé Dina, sa fille
Vcela
Mmais, comme ses fils étaient aux champs avec son troupeau
Vétaient absents et s'occupaient des troupeaux dans le pâturage
Jacob
Vil garda le silence jusqu’à leur retour.
5 ...
5 Jacob garda le silence Deux silences à Sichem Jacob apprend que sa fille Dina a été violée. Ses fils sont aux champs ; il se tait jusqu'à leur retour. À leur arrivée, Siméon et Lévi massacrent la ville de Sichem. Le silence du père n'a pas empêché la violence : il l'a seulement différée.
L'Évangile connaît un autre silence devant l'injustice, celui de Jésus face aux faux témoins, et Bach en a fait l'un des moments de méditation les plus intenses de sa Passion selon saint Matthieu.
The Arabian Passion According to J. S. Bach, conçue par Vladimir Ivanoff avec l'ensemble Sarband, reprend des pages des deux Passions de Bach. Ivanoff y rapproche la souffrance de Jésus, dans un Proche-Orient occupé au temps du Nouveau Testament, des tensions de la région aujourd'hui, et présente son projet comme un plaidoyer musical pour la paix.
Le récitatif Mein Jesus schweigt et l'air Geduld, Geduld ! y reçoivent une couleur nouvelle : des percussions arabes soutiennent la voix, et la pièce s'achève sur un solo improvisé d'un instrument à cordes arabe. La patience de Bach est chantée par une voix du Levant. Sichem est l'actuelle Naplouse. La patience demandée par Bach aux fidèles de Leipzig est chantée ici pour le pays même où Siméon et Lévi avaient pris l'épée.
Johann Sebastian (1685-1750), arr. Vladimir (1956-...), The Arabian Passion according to J. S. Bach : Mein Jesus schweigt zu falschen Lügen stille (My Jesus is silent at false lies), 2009
Ensemble Sarband, Fadia el-Hage (alto), Modern String Quartet
Revenir à l'original permet d'entendre ce que cette transposition a conservé. Bach consacre au silence de Jésus devant le Sanhédrin un moment de méditation en deux temps. Dans le récitatif de ténor, les hautbois jouent des accords brefs séparés de silences : l'ensemble instrumental parle peu, et chaque pause fait entendre ce qui n'est pas répondu. On peut se demander si les trente-huit silences de cette page renvoient au Psaume 38 et à l'homme « qui n'a pas de réplique dans la bouche » (Ps 38,14-15)... quoi qu'il en soit, tout l'accompagnement tend vers le silence et la patience.
Dans l'air qui suit, avec viole de gambe, deux motifs s'opposent : les huit premières croches disent la patience, et le rythme pointé, qui reviendra pour la flagellation, figure les fausses langues qui piquent. La dernière phrase donne la clé : so mag der liebe Gott meines Herzens Unschuld rächen, que Dieu venge l'innocence de mon cœur. La vengeance que les fils de Jacob avaient prise de leurs mains est remise à Dieu.
Johann Sebastian (1685-1750), St. Matthew Passion BWV 244 : « Mein Jesus schweigt zu falschen Lügen stille », n° 34, 1727
Jaeil Kim & Academy of Ancient Music
La grâce ne supprime pas le silence de la nature : elle le guérit de son ressentiment et l'élève jusqu'au don. Bach en a écrit la forme, avec ses pauses et sa patience obstinée ; The Arabian Passion la rapporte sur la terre de Sichem.