La Bible en ses Traditions

Apocalypse 8,1–2

Byz V S TR Nes

Et quand il eut

Vcomme il avait  ouvert le septième sceau

se fit un silence dans le ciel, d’environ une demi-heure... 

Alors je vis les sept anges qui se tiennent devant Dieu :

Vsous le regard de Dieu :

leur furent données sept trompettes

Réception

Arts visuels

1s ; 9,1.13 ; 11,15 comme il avait ouvert le septième sceau 7e sceau et Fils unique

Enluminure du 14e s.

Un imagier médiéval en fait une interprétation magistrale, avec le Christ maître du sens en (septième) sceau du Livre et « chef d'orchestre » des anges trompettistes :

Anonyme, Les trompettes de l’Apocalypse (ca. 1301-1400), in L'Apocalypse de S. Jean, traduite en français (parchemin, anglo-normand), fol. 10v. détail, Ms-5214 réserve

Bibliothèque de l’Arsenal, Paris (France) © D.R. Gallica→

Musique

1 un silence dans le ciel L'eschatologie en sons — jusqu'au silence final L'Apocalypse connaît un moment vertigineux : à l'ouverture du septième sceau, toute la création retient son souffle — « il se fit un silence dans le ciel » (Ap 8,1). Avant la dernière catastrophe, avant la dernière parole, le silence.

20e s.

Le son de la fin des temps

Eschatophony — mot inventé par Silvestrov lui-même, contraction d'eschatologie et de phonie — est précisément cela : le son de la fin des temps.

Composée en 1966 dans la clandestinité soviétique, la symphonie alterne entre des sonorités scintillantes et fragmentées issues de l'écriture dodécaphonique et des passages aléatoires où le chef d'orchestre abandonne sa baguette pour diriger par gestes — comme si la musique elle-même refusait d'être entièrement maîtrisée. Le dernier mouvement bascule dans un état de paralysie, incapable de générer de nouvelles idées, jusqu'à mener au silence — non pas le silence vide, mais celui de l'Apocalypse : chargé, suspendu, habité par ce qui va venir. Ce silence final n'est pas une résolution — c'est une fracture ouverte, le bord exact où la musique bascule dans ce qui la dépasse.

Valentin Silvestrov (1937-...), Symphony No.3 - Eschatophony, 1965

Bruno Maderna (dir.), 1968's Darmstadt international Summer Courses for New Music orchestra

© Licence YouTube Standard→, Ap 8,1

Compositeur

Valentin Silvestrov, né à Kiev en 1937, est le plus grand compositeur ukrainien vivant et l'une des figures majeures de la musique contemporaine mondiale. Son œuvre ne se cantonne pas à l'espace du concert : elle est profondément ancrée dans l'histoire et les convulsions de son temps.

Persécuté en URSS pour « formalisme », exclu de l'Union des compositeurs, il a traversé des décennies d'underground avant d'être reconnu sur les plus grandes scènes européennes. Lors de la révolution du Maïdan, en 2013-2014, il descend dans la rue et compose cinq versions successives de l'hymne ukrainien, épousant au plus près le rythme des événements — de la veille silencieuse à la colère, puis à la victoire.

Sa musique fonctionne, selon la formule qu'il reprend à la poétesse Olga Sedakova, comme un « cardiogramme de l'époque » : elle enregistre ce que la société ressent avant même de pouvoir le dire. En 2022, à 84 ans, il quitte l'Ukraine sous les bombes. Toute son existence illustre cette conviction que la beauté et la liberté sont indissociables.

Selon l'un des principaux intellectuels ukainiens, figure majeure de la résistance culturelle et intellectuelle à l'agression russe, sa musique est avant tout un acte de résistance spirituelle :

  • Constantin Sigov, « La liberté de l’Ukraine et la musique de Valentin Silvestrov » : « Les sons incomparablement libres des mélodies de Silvestrov nous entraînent au-delà de ces deux tendances [d'aliénation de la musique classique : l'ignorance en gros et dans le détail et l'adoration décorative de ses façades philarmoniques], présentant de manière inattendue de nouvellesformes de connexion entre la musique et les paroles, de la poésie contemporaine en passant par le classique et jusqu’aux stichères liturgiques et aux psaumes. La nouvelle musique "dégivre" les textes figés et gelés, connus mais oubliés justement en raison de leur familiarité » (Revue La Règle du Jeu n°57→, mai 2015).

Cinéma

1,1–22,21 Allusions à l'Apocalypse

  • Ingmar Bergman, Det sjunde inseglet [« le septième sceau »] (1957).
  • Vincente Minnelli, The Four Horsemen of the Apocalypse (1961).
  • Andrei Tarkovski, Offret [« le sacrifice »] (1985).
  • Peter Jackson, The Lord of the Rings (en particulier le 3e film, 2003).