Un projet du Programme de Recherches La Bible en ses traditions AISBL
Dirigé par l’École Biblique et Archéologique Française de Jérusalem
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1 Après cela, je vis quatre anges qui étaient debout aux quatre coins de la terre
ils retenaient les quatre vents de la terre
afin qu’aucun vent ne soufflât, ni sur la terre, ni sur la mer, ni sur aucun arbre.
2 Et je vis un autre ange qui montait du côté où le soleil se lève
tenant le sceau du Dieu vivant
et il cria d’une voix forte aux quatre anges à qui il avait été donné de nuire à la terre et à la mer
3 disant :
— Ne faites point de mal à la terre, ni à la mer, ni aux arbres
jusqu’à ce que nous ayons marqué du sceau les esclaves de notre Dieu, sur le front.
4 Et j’entendis le nombre de ceux qui avaient été marqués du sceau :
cent quarante quatre mille
TR144 mille
de toutes les tribus des enfants
Vfils d’Israël
5 de la tribu de Juda, douze
TR12 mille marqués du sceau
de la tribu de Ruben, douze
TR12 mille ∅
TRmarqués
de la tribu de Gad, douze
TR12 mille ∅
TRmarqués
6 de la tribu d’Aser, douze mille
TR12 mille marqués
de la tribu de Nephthali
VNephtali, douze mille
TR12 mille marqués
de la tribu de Manassé, douze mille
TR12 mille marqués
7 de la tribu de Simon, douze mille
TR12 mille marqués
de la tribu de Lévi, douze mille
TR12 mille marqués
de la tribu d’Issachar, douze mille
TR12 mille marqués
8 de la tribu de Zabulon, douze mille
TR12 mille marqués
de la tribu de Joseph, douze mille
TR12 mille marqués
de la tribu de Benjamin, douze mille
TR12 mille marqués du sceau.
9 Après cela, je vis une foule immense que personne ne pouvait compter
de toute nation, de toute tribu, de tout peuple et de toute langue.
Ils étaient debout devant le trône et devant l’Agneau
vêtus de robes blanches
et Byz S TR Nestenant des palmes à la main.
10 Et ils criaient d’une voix forte disant :
— Le salut est à notre Dieu qui est assis sur le trône et à l’Agneau !
11 Et tous les anges se tenaient autour du trône, des vieillards et des quatre animaux
et ils se prosternèrent sur leurs faces devant le trône
12 disant : — Amen !
La louange, la gloire, la sagesse, l’action de grâces
l’honneur, la puissance et la force soient à notre Dieu pour les siècles des siècles, amen !
13 Alors un des vieillards prenant la parole me dit :
— Ceux que tu vois revêtus de ces robes blanches, qui sont-ils et d’où sont-ils venus ?
14 Je lui dis : — Mon Seigneur, tu le sais.
Et il
Byz S TR Neslui me dit :
— Ce sont ceux qui viennent de la grande tribulation ;
ils ont lavé leurs robes et les ont blanchies dans le sang de l’Agneau.
15 C’est pour cela qu’ils sont devant le trône de Dieu
et le servent jour et nuit dans son sanctuaire.
Et celui qui est assis sur le trône les abritera sous sa tente.
16 Ils n’auront plus faim, ils n’auront plus soif
l’ardeur du soleil ne les accablera plus, ni aucune chaleur brûlante
17 car l’Agneau qui est au milieu du trône sera le pasteur
et les conduira aux sources des eaux de la vie
et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux.
1–8 tenant le sceau du Dieu vivant Signe cruciforme et intertexte
(ca. 730-798), Commentaire sur l'Apocalypse (ca 784), manuscrit, folio 119r
Bibliothèque Nationale de France, Paris (France) © Domaine Public→
Regardez bien le « sceau du Dieu vivant » (signum) que tient l'ange en-dessous du soleil : une croix ! Quel meilleur signe pour la signature, le cachet royal ? Ce n'est certes nulle part dans le texte : toutefois de fortes raisons intertextuelles et calligraphiques président à ce choix. En Ézéchiel, le signe dont il faut marquer au front ceux qui doivent être sauvés du fléau divin est littéralement, dans le texte hébreu, un tav, soit la lettre « t », dernière lettre de l'alphabet hébraïque, servant aussi à désigner l'indésignable (Sg 14,21) : Dieu (on retrouve ce procédé avec l'alpha et l'oméga grecs sous la plume de l'auteur de l'Apocalypse). Or son origine graphique phénicienne est en forme de croix... De là, le fléau et le signe salvateur d'Exode (Ex 12) sont également réinterprétés pour dessiner des croix avec le sang typologique du Christ. Et de là, le sceau de l'ange de l'Apocalypse ne peut être que cette croix du Christ, maintenant dévoilée...
9–17 une foule immense que personne ne pouvait compter Dessiner n'est pas compter
(ca. 730-798), Commentaire sur l'Apocalypse (ca. 784), manuscrit, folio NP
Bibliothèque Nationale de France, Paris (France) © Domaine Public→
Cette foule innombrable et bariolée (qui ne comprend ici néanmoins que des hommes) n'a pas ses regards tournés vers le trône et l'Agneau comme les autres personnages, mais vers nous. Comme pour nous dire qu'ils furent à notre place et que nous pouvons les rejoindre à la leur : dès lors, ils sont nombreux non pas pour qu'on les compte mais pour qu'on mesure que tous les lecteurs peuvent à leur tour grossir leur groupe.
Hubert (1998-), Męczennicy [Les Martyrs] (huile sur toile), 50 x 70 cm
La représentation est ici évocation, et à l'inverse de la précédente : l'on ne voit personne, aucun martyr, mais seulement un pan de ces robes blanchies « dans le sang de l'Agneau ». Ce sang est rappelé par l'encre rouge qui sort d'une des quatre plumes auréolées de lumière sur fond rouge sombre : les martyrs témoignent en effet, et leur sang versé, qui est témoignage, est une parole venant illuminer les ténèbres.
10ss et ils criaient d'une voix forte Le cri d'un peuple La foule innombrable venue de toutes nations, de tous peuples et de toutes langues crie d'une seule voix devant le trône et devant l'Agneau. Ce n'est pas un chant organisé : c'est un cri collectif, celui de ceux qui ont traversé la grande tribulation et qui, en même temps, reconnaissent ensemble ce qui les a tenus debout.
Alors que montaient les tensions avec l'impérialisme russe qui ne voulait pas reconnaître le mouvement national naissant en Ukraine, Valentin Silvestrov composa une œuvre chorale en quatre cycles, incluant chacun une variation sur l'hymne national, en écho aux événements de ce que les Ukrainiens appellent la « Révolution de la Dignité » sur la place du Maïdan à Kiev de novembre 2013 à février 2014. Musique Ap 1,1
Le Cycle III du Maïdan 2014 est composé aux heures les plus sombres du 18 et 19 février 2014, jours où les tirs font leurs premières victimes sur la place. Silvestrov y répond par le geste liturgique le plus complet des quatre cycles, son hymne national est suivi d'un Notre Père, un Requiem et un Agnus Dei.
Ces quatre pièces forment une arche allant de la résistance civique à l'intercession pour les morts. L'hymne national porte une tension nouvelle : la mélodie est comme alourdie par ce qui suit, sachant déjà qu'elle va devoir porter des noms, des visages. La foule de l'Apocalypse chante avec ses blessures transfigurées tandis que l'hymne de Silvestrov intercède pour hâter la venue d'un tel miracle.
Valentin (1937-...), Pavlo (paroles), Maidan 2014, Cycle III: I. National Anthem, 2014
Mykola Hobdych (dir.), Kiev Chamber Choir © Licence YouTube Standard→
Les quatre cycles traversent l'arc complet de cette révolution, de la veille hivernale et silencieuse de janvier aux jours meurtriers de février, jusqu'à la berceuse fragile qui clôt le cycle après la victoire, comme si l'hymne national avait dû mourir et renaître plusieurs fois pour dire ce que le peuple ukrainien venait de traverser.
Comme les cantiques de l'Agneau dans l'Apocalypse, reprendre le même chant à travers les épreuves successives est un acte d'espérance, une conviction obstinée que ce qui est chanté, même dans le sang et la nuit, finira par advenir.
1,1–22,21 Allusions à l'Apocalypse